‹ L'instruction primaire avant 1789 à Orléans et dans les communes de l'arrondissement d'après desChapitre 55 sur 71 · QUI PER VITAM VIVEBAT IN OMNIUM COMBE · texte numérisé non relu

QUI PER VITAM VIVEBAT IN OMNIUM COMBE

ABI VIAtOR, ADMIRARE ET IMITARE

Cet éloge magnifique, inspiré par la gratitude de toute une paroisse dont il avait été le bienfaiteur, n'a rien d'exagéré. M. de la Manerie fut, dans l'acception la plus rigoureuse des termes, le père de tous les infortu-

(1) Nous trouvons dans un compte des marguflliers de Recouvranee pour l'exercice de 4750-4751 le détail de ce qu'a conté à la paroisse la plaque de marbre sur laquelle est gravée l'inscription :

Frais à la plaque de marbre 90 liv.

A Flagy, posage de la plaque et fer 5

Voiture de la plaque . . . . 14 t.

Pour le cadre et voiture 12 10

A Bénier, maçon, posage de ladite plaque. . . . 6

Pour renvoy et retour de la plaque 1 4

415 liv. 8 s.

nés. C'est l'hommage que se plaisaient h lui rendre tous ceux qui avaient pu le connaître, et c'est aussi celui qu'il reçut après sa mort du curé de Saint-Michel, sa paroisse, et que nous avons recueilli dans le registre des actes mortuaires :

« Le septième juillet mil sept cent quarante-neuf, messire Jean- Baptiste Masson, écuyer, sieur de la Manerie, gentilhomme ordinaire du roy, est décédé dans cette paroisse, âgé d'environ quatrevingt-quatre ans, plein d'oeuvres de piété et de charité, regretté des pauvres, après avoir reçu dans sa dernière maladie les saints sacrements de Pénitence, Saint- Viatique et Extrême-Onction ; et le lendemain, huit dudit mois, son corps a été transporté de cette église Saint-Michel, après le service fait et célébré, dans l'église et paroisse de Saint-Paul de cette ville, pour y être inhumé par nous, prêtre docteur en théologie et curé de Saint-Michel, dans la sépulture de ses ancestres, ce qui a été fait en présence de sa famille, et particulièrement en présence de Messieurs Masson de Plissay, Masson de Vernou, Masson de Courcelles etBoyetet, lieutenant criminel d'Orléans, tous ses neveux et soussignés. » (Suivent les signatures) c Gombault, curé. »

L'acte qu'on vient de lire nous apprend que le vœu de M. de la Manerie avait été accompli et qu'il avait reçu la sépulture k Saint- Paul, dans la tombe de ses pères; mais ce qu'il souhaitait par dessus tout, c'était que la simplicité dont il ne s'était jamais départi pendant sa vie présidât encore k ses funérailles. Les termes eu lesquels il règle ce qui s'y rapporte sont la preuve indéniable de son sincère amour de la pauvreté :

« Mon enterrement et . funéraille se feront avec toute la simplicité possible, excuzant (excluant) l'ostentation. Et si Dieu dispose de moi dans la ville d'Orléans, mon corps sera porté k Saint-Paul, au lieu où a esté enterré mon père et ma mère. Et pour le cas de mourir ailleurs,

mon corps sera inhumé dans la chapelle de la Vierge de la paroisse, avec une tombe, et la mesme à Saint- Paul, au cas qu'il n'y en eusse eu une avec inscription connue pour mon père, m'en rapportant à la discrétion de mes légataires universelz cy-après nommez. » Puis, dans un codicile du 22 novembre 1742 : « En cas de mourir hors d'Orléans, je veux et prie mes héritiers et exécuteurs nommés de me faire enterrer dans le cimetière des pauvres, sans nulle pompe. »

Nous avons le profond regret de n'avoir pu recueillir aucuns détails sur la vie privée et les derniers moments de cet humble chrétien, si parcimonieux pour lui-même, mais si prodigue pour toutes les œuvres de bienfaisance et si généreux pour nos écoles primaires. A défaut des souvenirs qui eussent ajouté tant de prix k ces lignes, l'on nous saura gré, nous n'en doutons pas, de reproduire le fac-similé de sa signature, telle que nous l'avons recueillie dans les actes de l'état civil de la paroisse de Combleux, où il avait été parrain d'une cloche nommée Marie, le 10 octobre 1731 (1), avec M me Marie Baguenault, veuve de M. Seurrat, trésorier général.

(1) En 1749, M. de la Manerie fit présent à l'église de Combleux d'une superbe chasuble violette, lisons-nous dans le registre paroissial. — Le banc qu'il occupait dans le chœur était au-dessous de la grande croisée septentrionale du monument, près de la balustrade servant de séparation avec la nef.

La famille de M. de la Manerie n'est plus représentée aujourd'hui que par des parents en ligne collatérale. M Ue Anastasie Masson de Vernou, morte il y a peu d'années, est, croyons-nous, la dernière de ses membres ayant habité la ville d'Orléans. Elle y continua jusqu'à une vieillesse avancée les traditions de généreuse charité dont ses aïeuls, et surtout son oncle, lui avaient laissé le magnifique exemple, et par son testament, en date du 30 avril 1872, elle fit aux hospices de sa ville natale un don de plusieurs centaines de mille francs (1).

Nous ne voudrions pas que cette notice, trop incomplète encore à notre gré, pût nous attirer un reproche qui ne serait pas sans quelque apparence de justice : celui d'avoir enfreint, en achevant cette étude, la loi que nous avons suivie de nous renfermer dans l'objet unique de nos recherches. Mais si nous avons cru devoir grouper a cette place l'énoncé de plusieurs donations d'une nature étrangère a l'enseignement primaire des pauvres, c'est qu'il nous en eût coûté de laisser dans l'ombre un seul fleuron de la couronne de bienfaisance dont les purs reflets entourent le front vénérable de ce prince de la charité évangélique. Toutes ses bonnes œuvres, trop liées entre elles pour pouvoir se désunir, reçoivent leur complément l'une de l'autre. La charité de M. de la Manerie accompagnait le pauvre du berceau jusqu'à la vieillesse, et ne s'en séparait que le jour où il avait accompli toute sa tâche dans les pénibles jours

(1) Outre les larges générosités qu'elle avait répandues durant sa longue existence sur les incurables, elle légua 10,000 fr. aux pauvres d'Orléans, une ferme de la valeur d'environ 120,000 fr. à l'Hôpital, et une autre de 150,000 fr. à l'Hôtel-Dieu.

d'ici-bas. Loin donc d'essayer de nous justifier d'avoir quelque peu dépassé nos limites, nous aimons, au contraire, a nous féliciter d'avoir pu, en une occasion nouvelle, faire ressortir l'incontestable vérité que le zèle pour l'instruction des pauvres demeure étroitement associé à l'exercice des vertus chrétiennes, et prêter l'écho de notre faible voix aux accents de gratitude qui, tant de fois, s'élevèrent du sein d'une cité tout entière, pour bénir et acclamer le plus généreux soutien de toutes nos œuvres charitables.

Page 1