‹ L'instruction primaire avant 1789 à Orléans et dans les communes de l'arrondissement d'après desChapitre 8 sur 71 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

coup d'œil rétrospectif sur la fondation des établissements d'instruction primaire "" dans la ville et l'arrondissement d'orléans.

Dès que les premiers jalons de l'instruction primaire eurent été posés dans l'Orléanais par l'évêque Théodulfe, des écoles gratuites, conformément aux prescriptions formelles du Capitulaire (1), s'établirent dans tout le diocèse, depuis la ville jusqu'aux moindres bourgades, et pendant une longue suite de siècles les prêtres en furent naturellement les maîtres et les directeurs (2).

La période agitée des guerres de religion fut, à tous égards, un temps fatal a l'instruction. Les dévastations systématiques des religionnaires, ayant surtout l'Église pour objectif, portèrent également k l'école, qui en était la pupille, les coups les plus meurtriers.

Si les grandes institutions scolaires eurent tant k souffrir des jours malheureux qu'elles traversèrent, est-il

(4) Voir ce document dans les Annales de la Saussaye, liv. VI, no 9.

(2) Scholas vel ipsi fparochij vel eorum vicarii aperiant fStatuta synod. Aurel. diœc, p. 617, dressés d'après les canons des conciles et promulgués en 1664 par Ms r d'Elbèno).

besoin d'ajouter que les pauvres petites écoles primaires, moins protégées, durent, à plus forte raison, laisser bien des lambeaux de leur chair aux ronces du chemin?

Que de précieuses révélations nous fourniraient leurs humbles archives, si les guerres civiles du moyen âge d'abord, et plus tard les sanglantes discordes religieuses du XVI e siècle, n'eussent à peu près anéanti ce que le temps lui-même, « ce vieillard sans pitié* » avait cependant respecté, et livré à de nouvelles injures le reste de ces feuillets déjà mutilés et épars !

Pour cette époque lointaine, il faut donc se résigner à citer des faits sans produire toujours les preuves matérielles de leur exactitude. Et pourtant, malgré cela» la certitude de l'existence des écoles n'en est nullement compromise, car si elles n'eussent pas été en exercice, si elles n'eussent pas tenu une place définie parmi les institutions de leur époque, les évêques, dans les canons de leurs conciles, n'auraient pas eu a en réglementer le fonctionnement (1), à rappeler aux maîtres leurs devoirs (2), et surtout a y maintenir ce principe de gratuité que l'Église ne voulait point laisser tomber en désuétude (3);

Sous les rois de la deuxième race, l'école et l'Église étaient assez étroitement unies pour que ce qui portait

(1) Efficiant (parochi)... ut parochiani publicos ludimagistros conducant, qui non modo sufficientis littérature verum etiam fidei et vitse laude commendati sint.... (StaU synod. dressés en 1664, d'après les canons des conciles, p. 607.)

(2) Caveant ne vir puellas, aut mulier pueros doceant in sckolis sut*, aut alibi quant in illorum domo paterna. (Id., ibid.)

(3) Voir dans VAmplissima collectio de Dom Martène, t. II, deux bulles d'Alexandre III données à cette fin ; Tune est adressée à l'évêque de Châlon, l'autre aux évêques de toute la France.

atteinte k l'une d'elles entraînât, ipso facto, la ruine de l'autre. Et pendant longtemps encore il en fut ainsi, quoique, grâce à Dieu, a mesure que les siècles imprimaient sur le monde les vestiges de leur passage, la religion, mieux affermie, ne fût plus aussi souvent la victime de querelles privées et d'ambitions politiques auxquelles elle était tout à fait étrangère.

Mais quand, au XVI e siècle, la vague furieuse du flot protestant vint déferler sur le sol de notre province et en balayer les églises, l'école fut entraînée a leur suite; car l'école était la fille de l'Église : elle vivait à l'abri de son ombre, et souvent le prêtre, qui y montrait k lire aux petits enfants, était lui-même persécuté et errant.

C'est donc surtout aux luttes des partis religieux et aux dommages matériels qu'elles occasionnèrent qu'il faut imputer ces lacunes considérables dans les archives paroissiales, qui constituent entre le présent et le passé de longues solutions de continuité. Par suite, il devient impossible de suivre sans interruption la trace des établissements scolaires (1).

Jusqu'au XVI e siècle quelques rares épaves, recueillies çà et la, apportent, à des époques différentes, la preuve certaine que l'enseignement primaire n'a pas cessé d'être en vigueur. Puis, graduellement, les temps se

(1) Le plus ancien nom de maître d'école que nous ayons jusqu'à présent rencontré est celui de Pierre, en 1378 ; or, si déjà au X1V° siècle nous trouvons les petites écoles existant et pourvues de maîtres, à fortiori devaient-elles l'être au XV e . Cette preuve ressort d'ailleurs de diverses pièces comptables de l'époque. Ainsi nous lisons dans le compte d'Arnaud Fabre, maître de l'Hôtel-Dieu d'Orléans en 1341 : De magistro scholàrum de Burgo novo, XV solid. De semblables articles de dépense figurent aussi dans nos comptes municipaux.

rapprochent, et dès lors les documents écrits, soumis a des causes de destruction moins nombreuses, nous livrent moins parcimonieusement leurs secrets ; si les détails sur les écoles continuent a (aire défaut, des noms de maîtres et de maîtresses apparaissent du moins fréquemment, comme pour témoigner de la continuité de l'enseignement primaire dans notre vieille province. Tous, kla vérité, n'ont pas été retrouvés; mais qu'importe, après tout, le plus ou moins grand nombre de ces noms arrachés aux arcanes du passé? La démonstration de l'antiquité et de la prospérité de l'enseignement primaire dans le département du Loiret n'en demeure pas moins établie. Et si nous ne nous étions interdit de franchir les limites où nous avons circonscrit notre sujet* nous pourrions ajouter que cette preuve étant faite pour notre province, elle ne Test pas moins pour le pays tout entier (1), car il n'est pas un coin de cette noble terre française que l'Église n'ait réchauffé de son souffle et vivifié de son esprit (2). Les pierres de nos monuments séculaires l'attesteraient au besoin ; mais les faits le proclament assez haut : leur témoignage nous suffit. Empruntons-le donc a nos vieilles archives, seules dépositaires aujourd'hui d'une vérité qu'elles ne laisseront point altérer.

(1) Voir la récente publication de M. l'abbé Allain sur l'instruction primaire dans toute la France.

(2) L'établissement d'écjoles gratuites dans toutes les églises cathédrales fut formellement prescrit, en 4179, par le troisième concile de Latran, par ceux de Rouen en 1445 et 1581 ; et enfin, celui de Cambrai,' en 1565, en ordonna la fondation dans toutes les paroisses.

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