‹ L'instruction publique au Canada: précis historique et statistiqueChapitre 8 sur 22 · NOUVEAU-BRUNSWICK · texte numérisé non relu

NOUVEAU-BRUNSWICK

Après les provinces d'Ontario et de Québec, c'est celle du Nouveau-Brunswick qui offre, au point de vue de l'instruction publique, le plus d'intérêt. La question des écoles communes et des écoles confessionnelles ou, pour mieux dire, de l'enseignement religieux dans les écoles de l'Etat, y a excité, comme nous l'avons dit en commençant, une agitation qui s'est étendue dans toute la confédération et a exercé, •particulièrement dans la province de Québec, une très- grande influence sur les élections pour la Chambre des communes.

En fait d'enseignement classique, le Nouveau- Brunswick possède une université à Frédérickton, des écoles de grammaire établies sous la direction du bureau de l'éducation dans chaque comté, un collège catholique et plusieurs académies.

L'Université fut créée d'abord par une charle provinciale^ 1 800, sous le nom de a Collège du Nouveau- Brunswick. » Par une charte impériale datant de 1828, son nom fut changé en celui de « King's Collège » auquel fut substitué, en 1860, celui d' «Université du Nouveau-Brunswiek. » Les degrés qui se donnent sont ceux de maître-ès-arts, debachelier-è<-sciences, de docteur en philosophie, de bachelier et de docteur en droit civil et de docteur-ès-lois. Le lieutenantgouverneur est visiteur. L'Université est gouvernée par un sénat composé de douze membres. Il y a sept professeurs et un lycée ou High School où l'on prépare les élèves pour les cours. C'est en même temps l'école de grammaire du comté de York.

Il y a une école de grammaire dans chaque comté, sous la direction immédiate de syndics. Elles sont au nombre de 1 4, et elles ont 898 élèves dont 690 étudient la littérature anglaise, 274 le latin, 59 le grec, 169 le français, 42 la philosophie, 122 l'algèbre, 131 la géométrie. A l'exceplion de 4, ces écoles sont unies aux écoles de district, en vertu d'une disposition de la loi qui rend cette union facultative.

Le collège de St. -Joseph de Memramcookest dirigé par un ordre religieux, établi en Canada depuis quelques années et dont la maison-mère est à St. -Laurent, près de Montréal. Cet ordre comprend des Pères et des Frères, les premiers connus sous le nom de Pères de Ste. Croix, les autres sous celui de Frères de St.

Joseph. Le collège a été fondé il y a une dizaine d'années. Le rév. J. Lefebvre en est le supérieur. Il y a 10 professeurs et 180 élèves.

Un édifice très-coûteux, et de vastes dimensions, a été inauguré cetle année.

Cette institution est de la plus haute importance pour l'avenir des populations acadiennes du Nouveau- Brunswick. Elle est appelée à faire pour elles ce qu'ont fait les anciens collèges du Bas-Canada pour les Canadiens-français.

Il y a aussi une académie classique et commerciale sous la direction des Frères des écoles chrétiennes à St. -Jean, une autre à Chatham, sous la surveillance immédiate de l'éveque du diocèse, et une troisième à St. -Louis, sous la direction du rév. M. Richard et de trois professeurs laïques. D)ns plusieurs de ces institutions le français est la langue enseignante.

Le département de l'instruction publique se compose d'un surintendant et d'un bureau ou conseil (Board of Education). Le gouverneur de la province, les membres du Conseil exécutif* le président de l'Université et le surintendant forment ce bureau dont le surintendant est le secrétaire. La distribution des pouvoirs cmtre le bureau et le surintendant est à peu près semblable à ce que nous avons décrit pour les deux autres provinces, avec cette différence que le rôle du surintendant et son initiative sont moindres. Il y a 14 inspecteurs d'écoles ; leurs dis-

tricts d'inspection sont déterminés par le bureau d'éducation. On exige des aspirants à cette charge les conditions suivantes : avoir obtenu un certificat, après examen, de professeur d'une école de grammaire et avoir enseigné pendant trois ans. De plus, aussitôt après sa nomination, l'inspecteur doit suivre les cours de l'école normale, pendant une session.

La dernière loi d'éducation (1872) ressemble plus, dans quelques-unes de ses dispositions, à la loi d'Ontario qu'à celle de Québec ; mais en d'autres points elle diffère de l'une et de l'autre. Nous ne signalerons que ces différences.

La province est divisée en districts d'école par le bureau d'éducation. Chaque district peut avoir plusieurs écoles, mais doit contenir au moins 50 enfants en âge de les fréquenter. Les contribuables de

chaque district élisent lessyndics des écoles,lesquelles sont entretenues par une subvention du gouvernement et par des cotisations locales. Elles sont toutes gratuites; les élèves ne payent aucune rétribution. La subvention du gouvernement est payée en partie directement aux instituteurs et en partie aux syndics. Il y a des examinateurs nommés parle bureau d'éducation. Le mode de distribution, de la subvention est en partie basé sur le degré du diplôme obtenu par l'instituteur, et en partie sur le degré de succès constaté par le rapport que l'inspecteur fait de l'école. Il se perçoit deux sortes de contributions locales :

les unes sur tout le comté, les autres sur le district seulement. La moitié des taxes prélevées sur le comté est. destinée au traitement des instituteurs. Les taxes imposées au district (ou arrondissement) d'école suppléent les premières tant pour le salaire des instituteurs que pour l'entretien de l'école, la construction des maisons d'école et toutes les autres dépenses, en général. Une subvention supplémentaire est payée aux districts pauvres par le gouvernement.

Il existe des dispositions particulières pourles cités de St. -Jean et de Frédériclon assez semblables à celles qui ont été faites dans la province de Québec, pour les cités de Québec et de Montréal, avec cette grande différence, toutefois, qu'il n'y a qu'un seul bureau pour chaque cité, tandis qu'à Québec et à Montréal il y a un bureau catholique et un bureau protestant. Les écoles se divisent en écoles élémentaires et en écoles supérieures. Celles-ci, comme nous l'avons dit, peuvent être unies aux écoles de grammaire par arrangement facultatif entre les deux bureaux de direction. Il ne peut y avoir qu'une seule école primaire supérieure dans chaque paroisse. Cette division correspond assez à celle qui est laite dans la province de Québec en académies, écolesmodèles ou primaires supérieures et écoles élémentaires. Pour établir une école supérieure dans une paroisse, il faut d'abord que les syndics aient engagé, du consentement de l'inspecteur, un instituteur

capable et lui aient donné au moins deux cents piastres de salaire ; alors le gouvernement ajoute à ce traitement une somme égale jusqu'à concurrence de trois cents piastres.

La loi encourage aussi la formation debibliolhèques publiques, et le gouvernement alloue àchaquedistrict une somme égale à celle qui y est prélevée pour cet objet, jusqu'à concurrence de $20 par année.

Le bureau de l'éducation a aussi établi, à Frédéricton, une école normale et une école-modèle annexe. Il y a un examen d'admission, et les diplômes sont de trois degrés différents. Il n'y a point de pensionnat ; mais les élèves reçoivent $24.00 par année pour les aider à se payer une pension. Là, comme dans la province de Québec, ils s'obligent à remettre tout ce qu'ils auraient ainsi reçu s'ils n'enseignent point pendant au moins trois années, après avoir obtenu leur diplôme. Le nombre total des élèves de l'école normale, dans les deux sessions de l'année 1871-72. qui ont obtenu des diplômes est de 69 ; il y avait eu 66 élèves dans la première session et 44 dans la seconde.

Le nombre total des écoles sous la direction du gouvernement, tant écoles de grammaire, écoles primaires supérieures qu'écoles élémentaires dites écoles communes (common schools), pour le semestre de l'année 1872, était de 604 ; elles avaient 672 maîtres et sous-maîtres et 28,750 élèves. Sur ce nombre il

y avait 1 4 écoles de grammaire et 32 écoles primaires supérieures. Nous avons déjà parlé des premières. Le nombre des élèves fréquentant les écoles supérieures était de 2,183. D'après les tableaux détaillés de renseignement dans les écoles communes, on voit que les nouvelles méthodes d'enseignement, les leçons de choses, l'usage du boulier-compteur, du tableau noir, sont introduits généralement, La proportion des élèves sur la population est de 1 sur 9.y8. 131 sont au-dessous de 5 ans ; 24,736 entre 5 et 15 ans et 4,096 au-dessus de 15 ans. 11 y a 16, 1 77 garçons et 1 2,456 filles. L'assistance moyenne àl'école est de 18,438, ce qui est 61.45 pour cent sur le nombre total d'élèves inscrits. Les moyennes de salaire les plus basses, pour chaquecomté, sont, pour les instituteurs de première classe, de $303, de deuxième classe, de $284, de troisième classe, de $186; pour les institutrices de première classe, de $230, de deuxième classe de $186, de troisième classe, de $140. La moyenne la plus élevée était, pour les instituteurs : première classe, $741 deuxième classe, $466 ; troisième classe, $264 pour les institutrices : première classe, $388 deuxième classe, $271 ; troisième classe, $231.

L'état de choses indiqué par ces chiffres est trèssatisfaisant et, proportion gardée des ressources des deux provinces, est aussi favorable au progrès de l'enseignement que celui qui existe dans la province d'Ontario.

La loi d'éducation de cette province est remarquable par son laconisme. Elle laisse beaucoup à régler par le bureau de l'éducation. Ainsi, la disposition qui a fait tant de bruit, au sujet de l'absence d'instruction religieuse, est conçue dans les termes suivants :

« Toutes les écoles dirigées en vertu de cette loi seront non- confessionnelles (non-sectarian). »

Les articles suivants des règlements établis par le bureau d'éducation ont trait à ce sujet.

« Aucuns symboles ou emblèmes particuliers à aucune société nationale, à aucun parti politique ou à aucune organisation religieuse, ne seront montrés ou employés dans l'école, soit dans l'installation de l'école ou dans les leçons qui y seront données, ni sur la personne d'aucun instituteur ou élève.

« Le maître pourra ouvrir et terminer sa classe cbaque jour par la lecture d'un passage de l'Écriture, soit dans la version commune (protestante), soit dans la version de Douay (catbolique), et en récitant l'Oraison dominicale. 11 pourra y ajouter toute autre prière autorisée par les syndics; mais il ne pourra forcer aucun élève à assister à ces exercices religieux, contre la volonté de ses parents ou tuteurs, exprimée par écrit aux syndics.

<( L'instituteur, dans l'exercice de ses devoirs dans une école publique, ne fora usage d'aucun caté-

chismo religieux, et n'interviendra point et ne permettra pas qu'on intervienne dans les croyances religieuses d'aucun de ses élèves. »

Il est évident qu'aucune école catholique, ou dirigée comme les catholiques ont l'habitude de le faire, ne peut être subventionnée sous de tels règlements. Les ordres religieux, à cause de leur costume, sont même implicitement exclus.

Le résultat a été non-seulement de causer des embarras politiques, mais aussi une irritation trèsvive dans la province. Des prêtres et des particuliers ont refusé de payer les cotisations scolaires, et ils ont été poursuivis et même emprisonnés. 11 s'en est suivi des émeutes, et, cependant, le gouvernement local, malgré les vœux fréquemment exprimés par le parlement fédéral, ne s'est encore prêté à aucune concession.

La population catholique du Nouveau-Brunswick est de 90,016 âmes sur un total de 285,59 i, suivant le recensement de 1871, c'est-à-dire de plus d'un tiers. Sur ce chiffre, 44,907 sont d'origine française et descendent de ces anciens colons de l'Àcadie que leurs malheurs, chantés par Longfellow, ont rendus si intéressants. Leurs familles, comme les familles irlandaises et canadiennes-françaises, comptent tuajours un grand nombre d'enfants; l'élément catholique est destiné à s'accroître dans une très-forte proportion, là comme ailleurs, par le seul effet des

naissances et probablement aussi par une émigration qui viendra de la province de Québec. Le reste de la population catholique est principalement d'origine irlandaise.

En attendant qu'ils obtiennent les concessions qu'ils demandent, les catholiques s'efforcent d'ouvrir des écoles indépendantes. Outre les institutions classiques dont nous avons parlé plus haut, ils ont 13 couvents enseignants, tenus par les dames du Sacré-Cœur, les sœurs de la Congrégation de Notre- Dame, les sœurs de Charité, etc.

Le surintendant, M. Théodore Rand, dans son rapport pour 1872, constate une diminution de 23 écoles et une augmentation de 5,856 élèves, de 1871 à 1872. Il attribue la diminution du nombre des écoles à deux causes, à l'impopularité du nouveau système qui introduit la cotisation foncière et des écoles gratuites, et à l'opposition organisée par les catholiques. 11 paraît se consoler en constatant que, dans la province de la Nouvelle-Ecosse, le changement de système qui n'a eu de l'opposition qu'au point de vue politique et municipal, a entraîné, cependant, une diminution bien plus considérable dans les chiffres de la statistique scolaire. Il est à remarquer toutefois que la diminution du nombre d'écoles qui a lieu au Nouveau-Brunswick, porte surtout sur les comtés de Gloucester, Kent, Northumberland et Victoria, précisément ceux où il y a le plus de catholiques, et

que, tandis que partout ailleurs il y a eu une augmentation considérable dans le nombre des élèves, le rapport accuse, dans ces quatre comtés, une diminution de 1,367. On peut en conclure que la question catholique a été pour beaucoup plus dans ces résultats que celle des cotisations.

Pour suppléer, dans une certaine mesure, à l'absence de tout enseignement religieux dans les écoles, le bureau d'éducation a recours à des leçons de morale, et le règlement fait un devoir à chaque instituteur d'instruire les enfants sur les vertus et les habitudes bonnes ou mauvaises dont il donne un catalogue assez curieux pour que nous le citions en entier. « Amour et haine — Obéissance volontaire ou contrainte— Vérité, mensonge et dissimulation — Egoïsme et abnégation — Bienveillance et cruauté — Politesse — Propreté — Fidélité au souverain et amour de la Patrie — Générosité et cupidité — Ordre et ponctualité •^Persévérance — Pardon des injures — Patience, justice— Se posséder soi-même — Se contenter de peu- Travail et paresse — Respect pour la vieillesse — Amour-propre — Penchant à détruire — Rapporter ce qui se passe; quand est-il blâmable et quand est-il louable de le faire?— Indulgence et sympathie dues au malheur et aux infirmités. »

Mentionnons, en terminant, une particularité qui existe au Nouveau-Brunswick, comme dans plusieurs états de l'Union américaine : C'est le boarding round

System, c'est-à-dire, l'usage d'accorder àl'instituteur, comme partie de son traitement, le privilège d'être hébergé par les principales familles de l'endroit, à tour de rôle. Cet usage a existé assez généralement dans les cantons de l'est de la province de Québec, dont une partie de la population l'avait emprunté aux Elats- Unis ; mais il y disparaît graduellement. Il présente ,de très-grands inconvénients et a été le sujet de discussions assez vives, dans les conférences d'instituteurs, tant aux Etats-Unis qu'au Canada. Plus de 100 instituteurs et institutrices du Nouveau-Brunswick enseignent dans ces conditions.

[1876]. — Depuis que ce qui précède a été écrit, nous avons reçu les rapports de M. Rand, pour 1874 et 1 875. Nous en extrayons les chiffres suivants du nombre d'élèves fréquentant toutes les écoles sous le contrôle du gouvernement, pour les quatre dernières années.

Hiver.,

• Eté.

Nombre approximatif de tous ceux qui ont fréquenté l'école durant l'année.

(1) Ce chiffre est certain; ceux des années précédentes dans cette colonne ne sont qu'approximatifs.

L'année scolaire, comme on l'a vu, est divisée en deux sessions : la session d'hiver et la session d'été. Il y a un nombre de jours prescrits comme jours d'école pour chacune de ces sessions; mais toutes les écoles ne sont pas tenues le nombre voulu de jours.

Ainsi dans la session d'été de 1874, le nombre de jours prescrits était de 113; cependant 93 écoles avaient été tenues pendant moins de 80 jours ; 116 plus de 80 et moins de 100 ; 843, cent jours et audessus ; 208, quatre ou cinq jours de moins que le nombre voulu ; 537, tout le temps voulu.

Dans la session d'hiver de 1875, ces chiffres sont encore moins favorables ; le temps prescrit était de 1 18jours,et 141 écoles ont été ouvertes pendant moins de 80 jours. Cependant le tout ensemble constitue un progrès sur les années précédentes. Les traitements des instituteurs pour 1875 présentent une augmentation assez considérable sur les chiffres que nous avons donnés plus haut. La plus haute moyenne pour les instituteurs de première classe est de $779 ; elle est dans la ville de Saint Jean ; pour les instituteurs de troisième classe la plus basse est de $185, c'est dans le comté de Restigouche. La plus haute moyenne pour les institutrices de première classe est de $403 ; la plus basse pour les institutrices de troisième classe est de $168 ; elle est dans le comté de Gloucester.

Les moyennes totales sont :

Instituteurs. Institutrices, Première classe . . . $554 $336

Deuxième classe . . . 377 255

Troisième classe ... 268 196

Le nombre d'écoles dans la Province était de 1,169, augmentation, 117; maîtres et assistants 1,214, augmentation, 119. Quelques comtés n'ont qu'un très-petit nombre d'écoles, ce sont Gloucester, 20 ; Madawaska, 7 ; Victoria, 24. Le nombre total des élèves de 62,349, donnerait une proportion de 1 sur 4.58 de la population totale.

On s'est occupé, dans ces dernières années, de l'établissement d'écoles primaires supérieures; dans la session d'hiver de 1875, il y avait cinquante de ces écoles qui ont reçu la subvention promise par le gouvernement.

Le nombre de leurs élèves était de 3,053, dont 1,216 étudiaient l'histoire d'Angleterre, 138 l'histoire ancienne, 864 la composition anglaise, 1561e latin, 9 le grec, 62 le français, 330 l'algèbre, 319 la géométrie, et 333 la chimie usuelle.

Le nombre des écoles de grammaire était de 14 ; il y avait 14 directeurs, 25 autres professeurs et assistants ; le nombre des élèves était de 2,027 ; augmentation, 324. Une forte proportion, cependant, suivait les cours inférieurs ou préparatoires, comme on l'a vu à propos des écoles primaires- supérieures

ou école s-modèles, des académie* et même de quelques collèges de la province de Québec; 809 seulement suivaient le cours de grammaire proprement dit.

Des 809 élèves du cours supérieur, 534 étudiaient l'histoire d'Angleterre, 247 l'histoire grecque et l'histoire romaine, 396 la composition anglaise, 329 le latin, 129 le grec, 144 le français, 230 l'algèbre, 242 3a géométrie, et 266 la chimie. On voit par là que le programme des écoles de grammaire ne diffère guère de celui des écoles primaires-supérieures quant aux matières enseignées

Dans la session d'hiver 1875, l'école normale a eu 66 élèves, dont 52 ont reçu des diplômes au mois de mars ; la session d'été en avait 83 ; à l'ouverture des classes pour la, session qui commençait lorsque le surintendant écrivait son rapport, il y avait déjà 118 élèves inscrits. La dépense de l'année avait été de $3,994; augmentation, $813.

Tous les chiffres que nous venons de citer indiquent une augmentation considérable sur ceux de 1872.

Le surintendant réclame avec énergie de plus grands sacrifices de la part du gouvernement pour école normale ; beaucoup de choses manquent encore à son installation. Il cite de nombreux extraits des rapports des inspecteurs qui parlent avantageusement des succès obtenus par les élèves de celle institution.

Le surintendant préside aux examens pour l'obtention des diplômes, tant pour les candidats qui ont fréquenté l'école normale que pour tous les autres. Le nombre total des candidats avait été de 155 ; augmentation, 4. 149 obtinrent des diplômes ; augmentation, 11. De ce nombre, 120 avaient suivi les cours de l'école normale, 27 étaient des instituteurs qui voulaient avancer d'un grade, 6 étaient des gradués de collèges, et 2 avaient étudié à l'école normale d'une autre province.

Quant aux degrés, les diplômes se divisent en diplômes pour écoles de grammaire et diplômes pour écoles primaires ; chacune de ces catégories se subdivise en trois classes. ïl y avait 52 candidats du sexe masculin, dont 51 furent admis, et 103 du sexe féminin, dont 98 obtinrent des diplômes.

Le surintendant, dans son rapport, réïtère phisieurs recommandations importantes qu'il avait déjà faites, et il en soumet de nouvelles. Les dispositions de la loi qui était alors en force voulaient que dans un an la subvention fût en partie basée sur la classe du diplôme dont l'instituteur est muni et en partie sur le mérite relatif de l'école telle que rapportée par l'inspecteur. C'est, jusqu'à un certain point, le système des compétitive examinerions qui a fait tant de bruit en Angleterre.

Le surintendant dit qu'avec les inspecteurs tels qu'on les a aujourd'hui, avec les salaires qu'on

leur donne, il est impossible — dans la plupart des comtés — de suivre un pareil système avec quelqu'équité. Il se livre à des considérations importantes sur la nécessité d'une inspection efficace, que nous regrettons de ne pouvoir reproduire, et il finit par recommander que l'on élève le traitement des inspecteurs, que Ton exige d'eux l'emploi exclusif de leur temps, que l'on en diminue progressivement le nombre, et que le nouveau système ne soit mis en force qu'à mesure que cette réforme pourra être établie. Il recommande aussi l'établissement d'une caisse d'économie ou fonds de retraite pour les anciens instituteurs; enfin il se plaint assez vivement de l'inefficacité des écoles de grammaire, et il recommande d'abolir les syndicats de ces écoles, de les réunir aux syndicats des écoles de district, de diviser les écoles de district en trois' départements : département primaire, département plus avancé, et enfin département du high school ou lycée, qui ferait partie de l'éducation secondaire et serait comme le vestibule du collège universitaire. Un système de primes assez ingénieux récompenserait chaque école de district en proportion du nombre des élèves qui subiraient avec avantage l'examen des degrés supérieurs. Il prévoit cependant lui-même une objection, c'est que les instituteurs ou professeurs de ces écoles pourraient être portés à négliger les élèves des classes inférieures pour pousser plus vivement ceux

des classes supérieures. La Gazette Officielle de Frederickton, du 14 juin dernier, contient la nouvelle loi d'éducation refondue, qui introduit peu de changements aux lois pré-existantes et se borne à maintenir la disposition qui permettait aux écoles de grammaire de s'amalgamer avec les écoles de district.

Le département de l'éducation, qui fournit des livres aux écoles, s'est procuré pour les districts français une nouvelle série de livres de lecture anglofrançais; les deux textes sont en regard. Celait le plan proposé, autrefois, par M. Mondelet, pour le Bas-Canada, dans ses Lettres sur l éducation. Ces livres imprimés par la maison Nelson, d'Edinburgh, sont illustrés de charmantes vignettes ; les deux premiers volumes sont publiés ; ils sont faits avec la préoccupation d'en exclure tout ce- qui peut appartenir à une religion plutôt qu'à une autre. Le second se termine par un choix de maximes tirées de la Bible.

Le département a aussi fait publier une Histoire du Canada et d'autres livres d'écoles en anglais, et s'occupe de la compilation d'ouvrages sur la géométrie, la physique, la géographie et 1 économie domestique. Le gouvernement a de plus mis à la disposition du bureau d'éducation un certain nombre d'exemplaires d'une carte des provinces maritimes qu'il a fait publier*.

Cette province se compose de la presqu'île de l'Acadie ou Nouvelle-Ecosse et de l'île du Cap-Breton. Elle a été, autant que le Canada proprement dit, le théâtre des luttes entre la puissance anglaise et la puissance française en Amérique. On sait peu de chose de ce qui fut fait pour l'éducation sous la domination française. Les sœurs de la Congrégation, comme nous l'avons vu plus haut, établirent une de leurs écoles à Louisbourg dès l'année 1727. Les vicissitudes ou, pour mieux dire, les aventures de cette mission, dont les religieuses furent deux fois transportées en France, lors de la première et de la seconde prise de Louisbourg p'ar les Anglais, forment un chapitre bien intéressant de l'histoire de leur

ordre. (l) Louisbourg a été complètement détruit, mais les filles de la sœur Bourgeois sont retournées au Cap-Breton et ont une maison florissante à Arichat.

Colonisée depuis plus de cent quarante ans, l'Acadie ne comprenait, en 1755, lors de la dispersion des acadiens par le gouvernement anglais, qu'une population française d'environ 20,000 âmes. En 1772, !a population totale n'était que de 19,000, dont 2,200 Francais-acadiens et 865 sauvages. En 1827, la population de la Nouvelle-Ecosse et du Cap-Breton s'élevait à 164,000 âmes. (2) Les partisans de l'Angleterre émigrés des Elals-Unis, à l'époque de la révolution, avaient commencé à en élever le chiffre, et beaucoup d'Acadiens étaient revenus.

En 1871, la population de cette province était de 387,800. Sur ce nombre 102,101 sont catholiques, dont 32,833 d'origine française. L'île du Cap-Breton a formé une province séparée de 1763 à 1820, année où elle fut réunie à la Nouvelle-Ecosse.

Le gouvernement anglais s'est occupé de bonne heure de l'instruction publique à la Nouvelle-Ecosse. Le collège de Dalhousie à Halifax reçut sa charte en 1820. Le programme des études fut calqué sur celui de l'Université d'Edimbourg. Une université, sous le nom de King's Collège, fut établie à "Windsor ; des académies et des écoles de grammaire s'ouvrirent en

(1) Vie de la Sœur Bourgeois par M. Faillon.

(2) Bouchette — British Dominion, in North America.

divers autres endroits. En 1828, le budget de l'éducation s'élevait à £3,347 ou $13,388. (>)

Le système des écoles publiques qui s'est établi graduellement est à peu près le même que celui des autres provinces. Le Dr Dawson, principal de l'Université McGill à Montréal, qui est né à Pictou dans cette province, a été un de ses surintendants les plus zélés et les plus actifs. Le Dr Forrester, qui lui a succédé, s'est aussi fait remarquer par les mêmes qualités et a publié un ouvrage de pédagogie trèsétendu et très-complet. (2)

L'établissement de la 'taxe foncière directe et générale pour les fins scolaires a rencontré plus d'obstacles peut-être dans la Nouvelle-Ecosse que dans toute autre province. Déjà nous avons vu que la diminution qui est résultée de son adoption a été plus considérable qu'au Nouveau-Brunswick où la répugnance qu'elle inspirait était cependant augmentée par l'hostilité religieuse. Le Dr Dawson et le Dr Forrester ont lutté énergiquement pour ce système. Ce dernier s'exprime comme suit dans l'ouvrage que nous venons de mentionner :

« Beaucoup de nos lecteurs savent très-bien que la première fois que ce système a été mis au jour, que la première fois que l'on a proclamé que la propriété

(1) Bouchette. — British Dominion, in North America. — Haliburton History of Nova Scotia.

(2) The teacher's text book —Halifax 1867 in-8° 620 p.

de chacun doit être imposée par la majorité des propriétaires pour l'éducation de tous, ça été dans la cité de Boston en, 1635, moins de cinq années après l'arrivée des exilés puritains (pilgrim fathers) sur les rivages du Massachussetts. Il y fut décidé, dans une assemblée publique, qu'un instituteur serait nommé pour instruire et élever les enfants, et une partie des terres publiques fut de suite destinée à cet objet. Peu d'années après, en 1647, la législature du Massachussetts décréta que, dans chaque ville où il y aurait au moins 100 familles, on établirait une école où le grec, le latin et les mathématiques seraient enseignés aux enfants pour les préparer aux cours de l'université établie par la même législature à Cambridge, en

« De là, il est évident que toute la somme requise pour l'éducation était alors prélevée par des taxes directes. Maintenant, quoique nous pensions que ce système serait, sous tous les rapports, plus propice à la cause de l'éducation populaire que tout autre, s'il était généralement adopté, cependant aucune nation, même en établissant des écoles gratuites, ne l'a suivi sans y faire quelques changements. La province d'Ontario, par exemple, offre à chaque comté ou municipalité une certaine somme qui doit servir de base à une taxe foncière d'un montant au moins égal, et cela étant fait, toutes les écoles sont ouvertes gratuitement. Dans la province de la Nouvelle-Ecosse,

trois circonscriptions contribuent à l'entretien des écoles : la province, le comté et l'arrondissement (secl-dii). La province paye sur ses revenus à chaque instituteur une certaine somme, d'après la classe du diplôme qu'il a obtenu ; le comté prélève, à raison de dente centins par tête, une taxe foncière dont le produit est distribué entre les instituteurs, dans la proportion de l'assistance moyenne à leurs écoles respectives ; enfin, la balance requise pour l'adminisl ration scolaire est prélevée par une taxe locale sur l'arrondissement. Voici le plan que je proposais il y a un an : la province, le comté et l'arrondissement devaient contribuer chacun pour un tiers à la dépense totale. L'arrondissement aurait été libre de prélever sa part de la manière qui lui aurait paru préférable ; mais le payement devait être assuré avant qu'il lui fût permis d'exiger de la province ou du comté leur part de contribution respective. Nous mentionnons ces détails afin de montrer que le système des écoles gratuites peut être suivi de diverses manières et se prêter à des conditions bien différentes les unes des autres.

« Il y a là beaucoup plus qu'une affaire d'argent. La position sociale de l'instituteur, l'excellence de l'éducation et le succès de l'enseignement, tout cela est grandement affecté par le système de contribution adopté. El c'est en cela surtout, et de ce point de vue élevé que nous devons admirer la sagacité, la

générosité et la .philanthropie des exilés puritains qui conçurent la grande idée d'une éducation gratuite et universelle. »

Dans son rapport pour l'année 1872, le surintendant actuel, M. Hunt, constate une diminution de 1,221 élèves dans les écoles et de 35 dans le nombre des instituteurs et institutrices employés ; et, ce qui est plus regrettable, la diminution porte sur les instituteurs de première et de seconde classe. Il attribue cet état de choses à plusieurs causes temporaires ; mais, en ce qui concerne les instituteurs, à une cause qui se fait aussi sentir ailleurs, le désir des autorités locales de se procurer des maîtres à bon marché.

Le tableau suivant indique cependant que, malgré des fluctuations auxquelles les changements de législation scolaire n'ont pas été étrangers, il y a eu en somme un progrès satisfaisant.

Années.

Elèves clans

la

session d'hiver.

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