ÉVALUATION APPROXIMATIVE DES SOMMES CONSACRIÎES
A l'Éducation nationale. '^
1® State fund. — En vertu d'un des articles de la Constitution, le Congrès des États-Unis a le droit de disposer de tout le territoire ou de toute propriété appartenant à la nation et d'établir à cet égard tous les règlements qu'il juge utiles au bien public. L'administration de ces propriétés est confiée à un bureau appelé Government land office^ établi en 1812, comme un département du Trésor et transféré en 1859 au ministère de l'intérieur. Sur les 1,921,288,233 acres' (ou 2,819,811 milles carrés) qui forment l'étendue territoriale de l'Union, 1,450,549,033 acres (ou 2,265,625 milles carrés)
!• L'acre vaut 40 arei«
appartiennent aux terres dont la vente et l'administration sont confiées au land office^. Cette immense étendue est divisée en arrondissements ou communes, townships, de six milles carrés, subdivisés en trente-six sections dont la seizième est réservée pour l'entretien des écoles publiques.
Voici comment est établie cette seizième section, ou school section. On divise chacun des arrondissements en trente-six parties disposées de la manière suivante :
1. II faut ajouter à ces territoires celui d'Alaska ou de T Amérique-Russe, acheté en 1867, pour la somme de 36,000,000 de francs, dont la surface est de 385,000 milles carrés, ce qui porte à 3,174,811 milles carrés l'étendue actuelle des États-Unis.
Chacune de ces sections représente une surface d'un mille carré. On en fait le compte comme dans ce tableau, en commençant toujours parle côté du nord.
La valeur de la seizième section varie selon les lieux et selon la circonstance dans laquelle la vente en est faite. Dans TËtat d'Ohio dont la superficie, divisée en 1,331 townshipSj est de39,9S4 milles carrés, le trente-sixième est de 710,470 ares. Si l'on en juge par le revenu que donnait en 1864 cet irréductible fund, qui était de 1,093,185 fr., le prix de l'acre serait de 17 fr. SO à 20 fr.
Dans certaines parties de l'IUinois, où les frais de culture sont peu considérables, la valeur de la seizième section est plus grande. La compagnie du Cmtral railway a offert d'acheter environ un million d'acres de terres, voisines du chemin de fer, dans des fermes de 40 ou 50 acres, à des prix qui varient suivant leur situation, mais qui vont de 45 fr. à 73 fr. l'acre.
2" Union State deposit fundx — A la fin de l'année 1835, le gouvernement des États-Unis se trouva, par une fortune bien exceptionnelle, en possession de 40 millions de dollars ( plus de 200 millions de francs), dont il songea à faire l'emploi le plus avantageux. Le Congrès décide que les deux tiers de cette somme, 150 millions de francs,
seraient attribués proportionnellement à chacun des États de l'Union , avec la liberté d'employer cet accroissement de revenu de la manière qu'ils jugeraient la plus utile. Ils devaient seulement en faire retour à l'État, si l'intérêt national l'exigeait. Ce retour n'a pas été réclamé,mémesousla pression de la guerre civile, et quoiqu'il soit considéré comme un prêt, personne ne pense que le gouvernement en réclame jamais la restitution.
Dans plusieurs États, le revenu annuel de ce fonds, désigné sous le nom A' Union State deposit fund^esX approprié au service des écoles publiques, en totalité dans le Gonnecticut et dans Rbode-Island et en partie dans les autres. La part de l'État de New-York est de 20,072,600 fr., produisant un revenu d'environ 1,300,000 fr., sur lesquels 830,000 fr. sont chaque année appliqués au fonds des écoles; dans l'Illinois, le deposit fund est de 1 ,677,960 fr., produisant un revenu de 100,000 fr.; dans le Gonnecticut, de 3,818,300 fr., dont le revenu est de 225,000 fr.
3* State agrictdtural fund, — La dernière donation faite par le gouvernement central est consignée dans Tacte connu sous le nom à'Agriculiural collège act.
Par cet acte, le Gongrès de 1862 accorde aux États qui voudront se conformer à ses dispositions
une quantité de terres égale à 30,000 acres pour chacun des sénateurs et des représentants dont le nombre est fixé par le censtis de 1860. Le niveau du prix de vente de ces terres sera consacré à la création, dans chaque Etat, d'un collège, ayant pour objet, indépendamment des différentes études scientifiques et classiques, renseignement de toutes les branches de connaissances relatives aux arts agricoles et mécaniques.
La plupart des États se sont empressés de profiter de cet acte de munificence et ont fondé des établissements répondant aux intentions du législateur. L'État d'Ohio a pour sa part 630,000 acres, dont la vente, si elle est habilement conduite, produira 3,150,000 fr., en portant seulement à S fr. la valeur de l'acre. Cette somme placée à 6 p. 0/0, dans la banque des États-Unis, produira un revenu de 190,000 fr.
4^ Taxes locales. — Quelque considérable que soit le prix des terres dont le revenu appartient aux différents États, ce sont les taxes locales qui con* stituent la plus grande partie des fonds attribués aux écoles publiques. Ces taxes portent, non sur le revenu, mais sur la valeur capitale de toute propriété personnelle et réelle. La partie afférente aux écoles est déterminée par les citoyens eux-mêmes, d'après le nombre des enfants en âge d'y être
admis et les dépenses matérielles qu'elles exigent dans certains États. La caisse des écoles s'enrichit encore de quelques impôts frappant principalement sur les liqueurs fortes, ou du produit des amendes. Dans un petit nombre d'autres, les familles, au lieu d'être imposées d'une manière générale, pour le service des écoles, payent directement les frais d'études des enfants qu'elles envoient. Mais ce mode s'accorde peu avec la disposition des esprits et les sentiments de la majorité des citoyens, et les payements individuels ou rate bills finiront sans doute par disparaître, pour ne laisser subsister que le school fundîoTmé par les taxes générales assurant à tous, d'une manière certaine, la gratuité de l'enseignement. Ce qu'il est utile de faire observer, c'est que la contribution assignée sur le produit de la vente ou de la location des terres publiques, ne forme que le dixième ou le onzième environ des allocations diverses dont l'ensemble constitue le budget de l'instruction publique aux États-Unis.
Le school fund^ pour les douze États de Conneôticut, Indiana, lowa, Kansas, Albany, Maine, Mas^ sachusetts, Michigan, Minnesota, Missouri, Ohio, West-Virginie et Wisconsin, formait en i 867 un capital de 27,171,090 dollars ou 135,855,450 fr., dont le revenu annuel est, à raison de 6 p. 0/0, de 8,15j,327 fr. Or, pendant la même année, ces douze États ont dépensé pour les écoles la somme
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de 97,762,162 fr. Le State fund n*a donc produit que le onzième environ de la dépense totale.
On peut déjà se faire une idée de Timportance des sommes dépensées chaque année pour Tentretien des écoles publiques. Des renseignements puisés à des sources officielles me permettent d*en présenter ici un aperçu plus complet.
Il est assez difficile d'établir une statistique exacte des écoles publiques aux États-Unis, en Tabsence d'une adminisiration centrale se chargeant d'en rassembler les éléments, et à cause de l'indépendance dans laquelle les divers États se trouvent, comme je l'ai fait remarquer plus haut, à Tégard les uns des autres. Si quelques-uns d'entre eux publient, avec beaucoup d'étendue et des détails surabondants* quelquefois, des rapports officiels sur les ressources financières^ les dépenses» le personnel des maîtres^ le nombre des élèves, etc., qu'il importe de connaltrC) dans d'autres États ces documents ne sont pas encore l'objet de publications régulières» ou ne sont pas rédigés avec une exactitude rigoureuse^
Une considération importante g*oppose d^ailleurs à ce que la statistique offre des renseignements cer^ tains : c'est le changement qu'opère chaque jour dans la marche de lapopulationl'arrivée incessante de nouveaux émigrants, dont le nombre s'est eleve, dans ces derniers temps, à 300,000 chaque année,
ce qui, indépendamment de Taccroi^ment nonnal de la population, modifie incessamment le montant des dépenses, le nombre des écoles etxelul des enfants en âge de les fréquenter ^
C'est seulement depuis deux ans que sur la proposition d'un député de l'État d'Ohio, M. James Ga^ field, le Congrès a reconnu la nécessité d'établir à Washington un Département de Féducation qui sous la direction de M. Henry Barnard, bien connu auK États*Unis et en Europe par la publication de sa revue de l'instruction publique, the American Journal of éducation^ a commencé un travail de centralisation indispensable à la réunion des éléments d'une statistique.
D'après le$ rapports imprimés que j'ai pu consulter à Washington sur l'enseignement public dans vingt-deux États de l'Union ^ilrésulte qu'en 1868 on y comptait 124,613 écoles fréquentées par 5,360,561 élèves, dirigées par 63,600 instituteurs et 135,250 institutrices, en tout 198,850. Le nombre des institutrices, comme on le voit, est bien su-
1. La population des États-Unis, qai était en 1780 de 3 millions d'habitants, s'élève en 1869 à 37,930,903. C'est à peu près la population de la France. En sept ans, de 1861 à 1868, la population entière des États-Unis s'est accrue de «près de 6 millioDS.
2. Ces États sont les suivants : Californie, Gonnecticut, Illinois, Indiana, lova, Kansas, Kentucky, Maine^ Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Missouri, New-Hampshire, New- Jersey, New- York, Ohio, Pennsylvanie, Rhode-lsland, Yermont» West- Virginie et Wisconsin.
périeur à celui des instituteurs. Il était, en 1862, de 45 p. 7o; il est en 1868 de 70 p. 7o. Je reviendrai sur ce sujet lorsque j'aurai à apprécier le rôle des femmes dans renseignement et en général la place qu'elles occupent dans la société américaine. Les sommes dépensées dans ces vingt-deux États ont dépassé Ténorme chiffre de 269.288,583 fr. pour le personnel,^ et de 86,386,395 fr. pour les frais matériels, constructions, mobilier des écoles, ac« quisition de. livres et appareils classiques, en tout 354,675,948 fr. Je ne crois pas pouvoir être taxé d*exagération, si j'ajoute à cette somme cent millions pour les quinze États sur lesquels nous maBguons de renseignements officiels; je porte par conséquent à plus de quatre cent cinquante millions les som-mes dépensées annuellement pour les écoles pu« bliques dans les trente-sept États de l'Uniou.
Ces écoles défassent le nombre de 200,000, ce qui fait une école pour 180 habitants, et Ton peut évaluer à plus de 7 millions le nombre des élèves auxquels elles sont gratuitement ouvertes.
En France, renseignement primaire, bien que circonscrit dans d'étroites limites, n'a pas pu obtenir encore, malgré les réclamations les plus vives, le bénéfice de la gratuité. Sur les 75 millions environ qui lui sont alloués, plus de 21 millions sont encore à la charge des familles *. La France compte en-