SURINTENDANTS ET INSPECTEURS DES ÉCOLES
Le principe d'après lequel le système des écoles publiques est organisé est le droit absolu de la commune ou township de régler elle même ce qu'elle considère comme le plus avantageux aux intérêts dans lesquels elle se trouve particulièrement engagée. La législature de chaque État détermine les attributions et les pouvoirs desadministrations, mais là s'arrête son droit. Ce sont les citoyens qui choisissent les fonctionnaires dont elles se composent. Une fois constituées, elles doivent pourvoir ellesmêmeslsans être gênées ou contrariées en quoi que ce soih à l'organisation et à la gestion à^ intérêts confies à leurs soins.
Dans les différents États, les affaires générales relatives à l'instruction publique sont administrées par un comité central qui, selon les lieux, prend le nom de bureau d'éducation [board of educatio7i)
OU bureau des commissaires des écoles [board of commissionners) .
L'orgaDisation et les attributions de ces comités sont partout à peu près les mêmes. En comparant les lois et les règlements adoptés et publiés par chaque État, on s'aperçoit bientôt que l'indépendance absolue dans laquelle ils se trouvent les uns à l'égard des autres ù'a nullement pbur conséquence ce désordre, cette confusion, ce manque d'harmonie que l'on pourrait s'attendre à y trouver. Le bon sens, la sage^, le désir de bien faire, servent de contre-poids à la liberté, et préviennent les tentatives hasardées ou les essais aventureux. Les États (qui se fondent profitent de l'expérience de ceux qui sont le plus anciennement organisés. La réputation méritée des écoles de la Nouvelle- Angleterre, dont l'esprit progressif ne craint point d'ib-
troduire dans ses statuts toutes les améliorations jugées nécessaires, a fait presque partout adopter le système d'instruction dont elles ont admirable* ment tracé le code.
L'unité d'organisation se retrouve donc au milieu des différences que les exigences des lieux et la diversité des besoins rendent inévitables. Les règlements adoptés par les citoyens des État de l'Ouest et du Sud reproduisent en grande partie ceux de New-York ou de Massachusetts, selon leur tendance à faire prédominer Tinfluence de l'administration
centrale ou à maintenir dans toute sa force Tindépendance de la commune.
Le comité central dé chaque État, directement élu par les citoyens, ainsi que le surintendant, n'exerce pas gratuitement les fonctions dont il est chargé. Le traitement de chacun des membres du comité est, dans l'État de New-York, de 800 dol^ lars ; celui du surintendant, de 2,S00* dollars ou 12,500 fr.
L'inspection des écoles, la surveillance des dépenses, l'examen des instituteurs sont les principales attributions du comité général. C'est lui qui assigne aux différents comités particuliers la part qui leur revient dans le fonds général des écoles, qui règle le montant des taxes levées pour leur entretien, choisit et achète les livres, et surveille les réunions périodiques des instituteurs. Mais , malgré l'influence et l'autorité qu'exercent et le comité central et le surintendant général de l'État, ce sont les comités formés au sdn des communes et des villes qui spnt les vrais administrateurs des écoles.
La ville de New- York est divisée en sept districts scolaires, embrassant les arrondissements qui constituent la commune. Chacun de ces districts choisit au scrutin trois commissaires nommés pour trois ûjs et renouvelés par tiej;s chaque année.
Les vingt et un membres élus composent le bureau, boardof éducation j chargé de la surveillance
et de la direction des écoles publiques de la cité. Ce bureau forme dans son sein quinze commissions particulières, ayant pour attributions : l**radministration des écoles publiques et Tacadémie libre de New-York ; 2® les écoles primaires ; S'* les écoles du soir; 4* les finances ; 5* les terrains à acquérir ou acquis pour les constructions de nouvelles écoles ; 6® les mobiliers classiques; 7** le chauffege et l'aération ; 8° le soin des bâtiments ; 9* les traitements; 1 0- l'apurement des comptes ; 1 1** les lois et les règlements ; 12® les élections et les titres des élus ; 13** les études et les livres des classes; 14* le personnel des instituteurs; 15® les appels.
Le comité choisit ses secrétaires et ses divers employés. Chaque district nomme pareillement au scrutin, pour chacun des arrondissements, cinq commissaires , syndics ou curateurs [trustées] , ayant l'administration de tous les fonds, meubles et immeubles, dont le produit est affecté à l'établissement et à l'entretien des écoles de l'arrondissement auquel ils appartiennent.
Des inspecteurs, au nombre de trois par district, sont nommés par le maire de la ville, dont le choix doit recevoir l'approbation de la majorité des membres du bureau.
Enfin, c'est au comitjé, produit de l'élection, qu'appartient le droit de nommer un surintendant des écoles de la cité, chargé, avec les officiers qui
lui sont adjoints, s'il en est besoin, de visiter toutes les écoles au moins une fois dans Tannée, d'examiner tout ce qui concerne le gouyernement, renseignement, les études, la conduite des instituteurs, les livres classiques, Tétat nx^tériel des maisons d'école ; de s'entendre avec les syndics pour tout ce qui regarde les questions de finances ou de propriété; de veiller à l'exécution des règlements, et particulièrement de ceux qui interdisent l'introduction de l'esprit sectaire dans les écoles, soit par les livres, soit par l'enseignement religieux ; enfin, d'adresser chaque mois au bureau d'éducation un rapport sur les écoles qu'il a visitées, et chaque année un exposé général de leur situation morale, matérielle et financière. Le bureau, à son tour, adresse au conseil municipal de la ville un rapport annuel sur sa gestion. Ce rapport est répandu à un grand nombre d'exemplaires, ainsi que les documents de toute nature qui portent à la connaissance des citoyens ce qu'il leur importe de savoir. Les journaux ne manquent jamais de les publier, et c'est ainsi qu'à défaut d'une autorité supérieure jugeant en dernier ressort, les actes de toutes les administrations sont soumis au contrôle de l'opinion publique, toute-puissante dans les États démocratiques.
C'est le surintendant qui donne aux instituteurs l'autorisation d'enseigner, après un examen qui a
lieu en présence de deux inspecteurs désignés ad hoc par le bureau d'éducation .
Les attributions de ce bureau sont fort étendues et ses travaux aussi nombreux que compliqués. Celui de la ville de New-York administre 260 écoles publiques (241 pour les blancs et 19 pour les enfants) de couleur {colored schools) , 18 écoles d'adultes, une école normale, 13 établissements divers appartijnant à des corporations, mais sommis à son contrôle. Ces écoles recevaient, en 1867, 226,187 enfants. Le budget des dépenses de toute nature qu'elles nécessitent présente^our Tannée 1869 la somme de 3,375,897 dollars, près de 17 millions de francs. C'est 10 millions de plus que ce que dépense la ville de Paris pour ses écoles primaires.
Les écoles de la ville de Philadelphie sont administrées par un comité nommé bureau des contrôeurs [board oj controllers) , composé de vingt-six membres , un pour chaque arrondissement ou quartier {y)ard). Le peuple nomme d'abord auprès de chaque école un bureai^dedélégues. [school directors)^ et chaque bureau choisit un représentant pour faire partie du bureau des contrôleurs. Ses attributions sont les mêmes que celles du bureau d'éducation de New- York.
 Boston, le bureau des écoles se compose du maire, du président du conseil municipal {ex ofjîcio) et de soixante -douze membres choisis par les douze
wards de la cité, six pour chacun, élus pour trois ans, de manière que chaque anûée deux nouveaux membres puissent être élus dans chaque ward. Le bureau se partage en plusieurs commissions de cinq membres pour la division du travail, et choisit chaque année au scrutin le surintendant auquel appartient la partie active de Tadministralion.
Cette organisation assez compliquée n'est pas exempte d'inconvénients. Les rouages de l'administration des affaires- sont trop multipliés, et plus d'un conflit peut naître entre les divers comités ayant quelquefois des attributions analogues. Le choix des commissaires n'est pas toujours heureux; on se plaint assez souvent de la prédominance des influences politiques sur les élections. Ce n'est pas toujours la capacité qui décide du choix du candidat. Dans quelques États, on songe à remédier aux inconvénients qui résultenj d'un morcellement exagéré, en donnant plus d'fnfluence au pouvoir central. Déjà dans l'État de New-York et dans la Pennsylvanie, le gouvernement général agissant gar l'intermédiaire du surintendant, exerce sur les écoles une action directrice. Il a le pouvoir de régler les sommes qui leur sont allouées, de nommer et de révoquer les instituteurs, les commissaires, les syndics et les autres fonctionnaires ne remplissant pas exactement leurs devoirs, de les priver d'une partie de leurs émoluments. C'est lui qui prépare
les formules convenables pour les rapports , la tenue des registres , qui prend l'initiative enfin pour toutes les réformes proposées à la législature.
Un surintendant actif et intelligent, comme j'ai eu le plaisir d'en rencontrer dans les villes que j'ai visitées, peut, grâce à la confiance qu'il inspire, rendre à l'administration les plus grands services quand son autorité se fonde sur la haute opinion que les comités ont de sa capacité et de son dévouement. Parfois, c'est le secrétaire du comité qui prend la même importance. C'est en cette qualité que le célèbre Horace Mann^ le véritable fondateur du système des écoles publiques aujourd'hui partout en vigueur, a pendant longtemps (de 1837 à 1849) dirigé le bureau d'éducation de Boston. On ne peut parcourir les établissements d'instruction publique de cette capitale du Massachusetts sans y trouver les traces de l'influence considérable cu^'exerce sur les comités fle surintendant actuel, M. John Phîlbrick, auquel on doit des rapports si judicieur^ dont la bienveillance m'a été si utile^ C'est une bonne fortune pour les écoles lorsqu'elles peuvent avoir pour surintendants des hommes tels que MM. Henry Barnard, Daniel Gilman, le savant professeur d'Yale; Northrop, secrétaire de bureau de Connecticut; Alvord, à Washington; Thomas Baird, à Baltimore; R. White, à Columbus; Pickard à Chicago ; T. Rice, à Albany; John Minn, à Madison;
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Ira Divol, à Saint-Louis ; White, à Cincinnati ; Randal, à New- York; Shippen, à Philadelphie. Les hommes les plus considérables comptent au nombre de leurs meilleures années le temps pendant lequel ils ontjpp, en quaUté de surintendants , de présidents ou de secrétaires des comités, s'occuper acti- Tement de cette grande question des écoles , objet des préoccupations de tous ceux qui voient dans le progrès et la diffusion de Tinstructiou et des lumières la condition de la prospérité des États-Unis. On peut évaluer à 500,000 le nombre des personnes qui, en qualité de membres des différents comités établis auprès des écoles publiques, s'intéressent directement et donaent un concours actif à leur administration*
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