‹ L'instruction publique aux États-Unis. Écoles publiques, colléges, universités, écoles spécialesChapitre 21 sur 134 · LECTURE, ÉCRITURE, CALCUL^ DESSIN, HISTOIRE, GÉOGRAPHIE · texte numérisé non relu

LECTURE, ÉCRITURE, CALCUL^ DESSIN, HISTOIRE, GÉOGRAPHIE

L'enseignement d.e la lecture, de récriture et au calcul, pour les enfants de S à 10 ans, a été depuis longtemps Tobjet des méditations des hommes \oués au perfectionnement des études élémentaires. Un grand nombre de procédés et de méthodes ont donc été tour à tour employé^dansle nouveau comme dans Tancien monde. L'esprit, qui a présidé au choix qu'on a fait dans les écoles publiques des États-Unis, peut s'obsen'er dans les diverses branches de l'enseignement à tous les degrés. C'est l'emploi de la méthode expérimentale s'appuyant sur la pratique, rejetant les règles abstraitesT^es principes généraux, les idées à priori ; s'adressant d'abord aux sens, aux facultés perceptives^ et attendant, pour mettre en jeu la raison et l'intelligence, l'âge où les facultés réflexives sont suffisamment développées : les notions synthétiques et concrètes d'abord ; puis, à leur suite, les connaissances fondées sur l'analyse et l'observation.

Pour la lecture, le maître ne commence pas, on le conçoit, par faire apprendre les lettres, puis les syllabes, puis les mots. Il montre un objet, un animal, un arbre, une maison, puis le mot qui sert à les désigner et dont l'image se lie naturellement à celle de l'objet lui-môme. Allant tour à tour de l'un à l'autre, l'enfant les reconnaît sans peine, et cet enseignement, par les yeux et par les oreilles, se continue jusqu'à ce qu'il sache distinguer et énoncer d'une manière imperturbable tous les mots que l'on a fait entrer dans les tableaux successivement étudiés. Il est exercé, avec le plus grand soin, à les prononcer distinctement et correctement, et lorsque l'on connaît les difficultés qu'offre sur ce point la langue anglaise, on comprend qu'il est important de multiplier les exercices variés que l'on imagine pour rendre cet enseignement attrayant et facile. L'enfant doit être habitué à articuler séparément chaque consonne, afin de bien distinguer le bruit particulier qui la constitue, indépendamment du son qu'elle fait entendre lorsqu'elle frappe une voyelle. ""

Il y a des sons et des articulations pour lesquelles les différentes partiçs de l'organe vocal doivent recevoir une éducation particulière. On exerce les enfants à les prononcer et à les articuler séparément. Tels sont le th, doux ou fort, les différents sons de Ya, de l'o, de I'm, pour lesquels les mouve-

ments des lèvres, la position de la langue, Taction des dents, l'émission de Tair sont indiqués avec soin par le maître qui ne laisse passer aucune faute sans la signaler immédiatement.

Pour s'assurer que tous les élèves de la classe sont attentifs, il fait commencer l'épellation d'un mot en faisant épeler la première lettre par un élève, la seconde par un autre, la troisième par le suivant; le dernier donne le mot tout entier. Le maître montrera par exemple le mot natation : le premier élève dit n, lé second a, le troisième n«, le suivant /, le cinquième a, le sixième ta et ainsi de suite, jusqu'au dernier qui prononce le mot entier natation. Les enfants sont exercés aussi à aspirer l'air et à l'expirer, tantôt lentement, tantôt vite. L'émission des sons peut, selon leur nature, être accompagnée de mouvements de la tête, des pieds et des mains, et le besoin d'agitation qui caractérise l'enfant trouve satisfaction dans cette union d'articulations vocales et d'exercices physiques.

L'enfant qui sait lire et prononcer le mot, peut distinguer les syllabes dont il se compose, puis les lettres qui entrent dans chaque syllabe. Cette nouvelle étude se fait pour lui sans peine et sans fatigue. Elle lui enseigne sous une autre forme ce qu'il sait déjà. Les progrès sont bien plus sûrs et plus rapides que s'il suivait la méthode inverse si longtemps maintenue par la routine.

Les Américains ne craignent point de consacrer à la lecture un temps considérable dans tous les degrés de l'école primaire, et pendant la dui'ée de renseignement des grammar schools. On lit et Ton ép^le ; et à force d'épeler et de lire, on a appris l'orthographe. L'élève donc parle et écrit correctement avant d'avoir étudié les règles de la grammaire, qui lui donnera la théorie de ce qu'il sait déjà par la pratique.

Lire, épeler et prononcer les mots d'une langue, ce n'est pas encore savoir lire. Les directeurs des écoles n'ignorent pas que l'on ne lit bien que ce que l'on comprend, et ils apportent les plus grands soins à exercer de bonne heure les enfants à denner à chaque mot, à chaque phrase, le ton et l'accent qui leur conviennent. Ils doivent avoir avant tout l'intelligence et le sentiment de ce que les mots expriment. Ce ne sont point pour eux des sons insignifiants, des lettres mortes, psalmodiées, criées, anonnées enfin, comme on ne le fait que trop souvent chez nous dans les meilleures écoles, et même dans les classes les plus avancées.

Pour s'assurer si l'élève comprend bien la phrase qu'il lit, le maître a recours à plusieurs moyens ; il fait des questions nécessitant des réponses où sont employés les mots qui viennent d'être prononcés. Il fait répéter en d'autres termes la pensée exprimée. Il fait définir les mots dont le sens parait

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difflcile,et substituer dans la phrase la définition au mot défini.

Un maître intelligent sait donner de l'intérêt à ces divers exercices. Tous les petits moyens propres à maintenir l'attention, en intéressant l'amourpropre, en faisant passer à la télé de la classe celui qui répond le mieux, etc., produisent des effets salutaires. On sait combien il est difficile de rompre les mauvaises habitudes qu^on laisse prendre aux enfants des écoles. Quiconque, dans sa jeunesse, n'a pas appris à lire d'une manière claire, distincte et . intelligente , ou ne le saura jamais, ou aura beaucoup de peine à corriger, sur ce point, les vices de son éducation première. Je n ai jamais entendu mieux lire et mieux réciter la prose et les vers que dans les écoles des États-Unis. Le grand et salutaire principe, appliqué en tout et partout, et qui consiste à se rendre compte de chaque parole, de chaque fait, de chaque acte, de chaque geste, empêche ce laisser-aller et cette insouciance routinière que les maîtres ont pris l'habitude de tolérer dans nos classes, et qui sont portés si loin quelquefois, que l'élève qui, en récitant son Virgile ou son Boileau, s'aviserait d'y mettre le ton et l'accent nécessaires, semblerait, aux yeux de ses camarades, faire quelque chose de prétentieux et^ de ridicule. C'est en lisant d'une manière convenable dès l'école primaire, que l'on peut acquérir le

«0 PREMIÈPE PARTIE.

talent de lire, si rare en France et si eomm^m aux États-Unis.

L'écriture nVst pas enseignée par principe. L'élève ne commence pas par barbouiller du papier en faisant en gros^ puis en moyen^ puis en /ïirdes l)arres et des ronds. C'est plus tard qu'il devra faire usage de l'encre et du papier. L'enseignement de l'écriture se fait comme celui du dessin. L'élève a une ardoise sur les bords de laquelle sont disposés les dessins des principales figures géométriques, de quelques animaux, de quelques arbres et des lettres de l'alphabet, consonnes et voyelles majuscules et minuscules. Il doit les reproduire le mieux qu'il peut, et montrer ce qu'il a fait au maître qui approuve ou corrige. Il écrit donc comme il dessine; il essaye de reproduire un mot, comme il reproduit une figure; cela Tamuse, l'intéresse, et, sans se fatiguer, il arrive, après des essais et des tâtonnements plus ou moins longs, à réussir dans cette double reproduction. Il écrit ensuite les mots que contiennent les tableaux de lecture, et il imite le modèle imprimé comme le modèle écrit. Le maître écrit sur le tableau un mot que toute la classe reproduit sur l'ardoise, il nomme chaque lettre qu'il écrit immédiatement, et cet exercice, d'abord lent et de plus en plus rapide, finit par rendre la main souple et obéissante.

Apprendre à bien écrire n'est plus tard qu'un

jeu, et pendant les dernières clsi^sesle penmans/iip est Tobjet de soins assez sérieux pour que Ton obtienne tout le succès que peut désirer un pays où la calligraphie est un honneur.

Les mêmes principes sont appliqués, a^ec bien plus de rigueur encore, à l'enseignement de l'arithmétique. L'enfant saura faire, de tête ou par écrit, toutes les opérations importantes, avant d'avoir entendu parler de définitions, de règles générales ou d'axiomes. C'est seulement lorsqu'il sait compter qu'il aborde l'étude de l'arithmétique raisonnée. On ne saurait prendre plus de précaution que ne le font les Américains, pour éviter tout ce qui ne fait que charger la mémoire, sans parler aux sens et à la raison. C'est dans cet esprit que sont conçus tous les livres élémentaires, et en particulier ceux qui concernent la science du calcul. Les caractères qui expriment les nombres, lettres ou chiffres, ne sont que des signes représentatifs d'une certaine quantité d'objets. C'est en voyant un ou plusieurs objets que Ton a une idée de Yunité et de la pluralité. La vue des cinq doigts de la main en apprend plus à l'élève sur le nombre cinq que les deux signes 5 ou y, sur lesquels on appellerait exclusivement son attention. Des tableaux spéciaux lui représentent un arbre, deux enfants, trois chiens, quatre maisons, cinq chaises, et au-dessous de l'objet et à côté de son nom, sont les chiffres i , 2, 3, 4, S, etc.

.^â PREMIÈRE PARTIE.

L'intelligence, qui va de chaque groupe d'objets au chiffre qui en désigne le nombre, conçoit immédiatement les rapports que ce nombre exprime. Elle travaille sur le concret, et la notion qu'elle se forme est claire et précise. Sur d'autres images représentant six objets, par exemple, trois sont placés à droite et trois à gauche. L'enfant voit avec ses yeux qu'en ajoutant 3 objets et 3 objets, il peut en compter 6, et que si de la totalité il en retranche 3, il en reste 3 encore. Il a fait sans le savoir la double opération que l'on nomme V addition et la soustraction. Que ces. opérations se renouvellent avec toutes les modifications qu'elles comportent, elles lui feront parfaitement comprendre comment les quantités croissent et décroissent; et, s'il plaît au maître de l'accoutumer à appeler addition la réunion de plusieurs groupes d'objets en un seul, et soustraction* le résultat du retranchement de quelques-uns des objets du groupe dont ils faisaient partiCj il ne lui enseignera que ce que les sens lui ont appris déjà.

La multiplication et la division se feront par des procédés analogues, et une poire, coupée en 2, en 3, en 4 ou en 5 parties égales * l'introduira à la con-' naissance des fractions et des nombres fractionnaires.

Après cet enseignement élémentaire, l'enfant peut être initié aux opérations faites sur les nom-

bres abstraits. Ici encore, il s'agit d'un enseignement purement pratique. Les élèves font toutes sortes d'additions, de soustractions, de multiplications et de divisions sur Tardoise, en suivant les mêmes opérations faites par le maître sur le tableau noir; ils sont surtout habitués à calculer de tête, et ils acquièrent bientôt une habileté si grande, qu'ils se trouvent en état de résoudre immédiatement les problèmes assez compliqués qui leur sont proposés et qui se résolvent par ces opérations élémentaires. De petits garçons et de petites filles de dix à douze ans calculent ainsi de tête ayec une promptitude surprenante.

Quand l'âge d'étudier scientifiquement les procédés qu'ils ont d'abord mis en pratique sera vSbu, leurs progrès^ soit en algèbre, soit en géométrie, ne pourront être que fort rapides^ et c'est ce qui en eflet a lieu, comme je le ferai voir lorsque je parle-^ rai de l'enseignement dans les classes de grammaire*

Des faitS) des faits^ et non des règles , des exemples, des informations ^ et ^on des maximes i telle est la méthode universellement employée et appliquée à tout ce qui doit être enseigné.

Ce n'est encore ni par un catéchisme nî par un traité philosophique que s'enseignent les vérités morales et religieuses. La morale et les bonnes manières, tout ce qui constitue IVdt^ca^iow, occu-

pent une grande place dans renseignement des écoles. L'amour pour les parents, l'amitié, la tendresse, la 'douceur, l'obéissance, l'honnêteté, la bonne foi, la générosité, le désintéressement, la propriété, l'activité, l'amour du travail, ne sont l'objet ni d'exhortations directes ni de préceptes dogmatiques. Le meilleur moyen d'enseigner à l'élève ce que c'est que la bonté et la charité, c'est de lui inspirer le désir d'être bon et charitable; c'est ici surtout que la pratique doit devancer la science. Tout devient pour un maître zélé et comprenant ses devoirs une occasion pour cette sorte d'enseignement. Des anecdotes, offrant des exemples de l'amour fraternel, du respect pour la vieillesse, de l'humanité pour les animaux, de la mutuelle affection qui unit les enfants associés aux mômes études, inspirent l'amour de ces vertus; tandis que d'autres récits présentant sous leurs couleurs véritables l'esprit méchant, querelleur ou cruel, la fraude, le mensonge, le manque de foi, font naître dans de jeunes cœurs l'aversion pour ces défauts. Une exacte surveillance pendant les classes et les récréations est nécessaire pour que les enfants contractent de bonne heure des habitudes d'ordre, de régularité, de propre^, de politesse, que la pratique seule peut donnerWLa réunion dans les mêmes écoles des enfants deswix sexes, entre lesquels s'établit naturellement une heureuse riva-

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lité, produit pour ce point intéressant de Téducation des résultats fort remarquables. Ce n*est pas la conséquence la moins importante de cette coéducation des deux sexes sur laquelle j'aurai Toccasion de revenir.

Les écoles primaires graduées partagent ordinairement en dix séries successives les cours d'études qu'elles embrassent. Dans les dixième, neuvième, huitième, septième et sixième, lés exercices dirigés d*après la méthode pratique, exposée ci-dessus, od| pour objet la lecture, Tépellation, l'écriture, le calcul, le dessin, la lAusique vocale et la morale. A partir de la cinquième série, l'enseignement se complète par celui de la grammaire, de Tarithmétique raisonnée, de la géographie, deThistoire et de la Constitution des États-Unis,

La méthode appliquée à la grammaire consiste surtout à faire distinguer aux élèves eux-mêmes, sur les textes qu'ils lisent ou qu'ils ont appris par cœur, les différentes espèces de mots, leurs rapports, les temps des verbes, etc. Il sont exercés à l'analyse, et ils sont ainsi préparés à l'instruction plus élevée et plus complète qui leur sera donnée dans les classes de grammaire proprement dites. Les rédactions écrites deviennent alors plus fréquentes. Elles consistent en résumés des leçons de la classe précédente et en compositions sur des sujets donnés. Elles ont ordinairement pour sujets quelqu'anecdote racontée

par le maître dans ses instructions orales, ou quelque considération de Tordre moral ou religieux, se rapportant toujours à ce qui se rattache soit aux lectures, soit à renseignement. C'est aussi par des récits faits par l'instituteur que commencent les premières notions de Thistoire. Elles ne sont point embarrassées par les détails dé la chronologie, et elles embrassent les faits dégagés des détails qui ne ^ sont que puremeiit accessoires. Comme l'étude de t l'histoire embrasse presque exclusivement d'abord celle des États-Unis, elle peut être aussi complète que possible, et les détails sur* lesquels insistent les maîtres et les livres mis' entre les mains des élèves ont pour but de faire connaître les ressources finan-^ cières, industrielles et commerciales du pays, ses productionSj la nature et l'excellence de ses institutions politiques^ tout ce qui peut enfin graver dans le cœur l'amour de la patrie et une confiance sans bornes dans la grandeur de ses destinées. Les chants dont Retentissent les écoles^ dans les moments con-^ sàdrés à l'êttlde de la musique, célèbrent les grands événements dont les États-Unis ont été le théâtre et les actions généreuses de leurs hommes les plus illustres*

C'est sut* des globes que s'enseigne la géo* graphie. On ne fait distinguer et étudier aux enfants les parties séparées des continents et des mers que lorsqu'ils ont été familiarisés avec la

vue de Tensemble et avec la forme générale de la terre.

Les surintendants ont accueilli partout avec empressement et mis aussitôt en usage Tinvention récente de M. Pierce, qui consiste à construire en fer des globes terrestres de dimensions variées, sur lesquels se posent de petits objets représentant des vaisseaux, des animaux, des arbres, les types des différentes races humaines. Ces objets ont été soumis à l'action du fluide magnétique. La loi de. l'attraction les rend adhérents au globe, et celui-ci, en tournant sur lui-même après avoir été placé dans toutes les positions relativement à Fécliptique, offre une image réelle de la terre. Le fait parle aux yeux et Tesprit le saisit sans effort. La sensation a précédé la perception et ouvert la voie à la réflexion et au raisonnement.

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