CHAPITRE IX
ÉCOLES rOUB LES ENFANTS DE COULEUR. — COLORED SCHOOLS.
Rien nefeit, selon moi, plus d'honneur aux États- Unis que le zèle avec lequel le gouvernement et les associations privées se sont occupés, au moment le plus teiTible de la guerre de sécession, d'assurer aux nègres du Sud des moyens d'existence, et de créer des écoles pour eux et leurs enfants. On n'ignore pas que le Nord, tout en se montrant opposé à l'esclavage, n'avait pas plus que le Sud abjuré le préjugé qui considère les fils de l'Afrique comme appartenant à une race inférieure. Une invincible répugnance avait toujours assigné à ceux-ci une place à part dans la société. Même sur la terre de l'égalité, une injurieuse différence se . maj[ntenait entre eux et les privilégiés de la race blanche ./Partout cependant des écoles pour les enfants de couleur s'étaient établies, et, tout en les considérant comme incapables de jouir des droits civils et poli-
tiques, TÉtat s'était cru obligé de leur assurer le bienfait de Téducation.
Quelques-uns des fonctionnaires préposés à renseignement public avaient porté un véritable intérêt à ces déshérités du sort, et recon^iu que ni Taptitude ni Tintelligence ne leur faisaient défaut. De bons espnts commençaient a soupçonner que c est à la fatale influence de Tesclavagë, beaucoup plus, qu*à la nature, qu'il était juste d'attribuer leur infériorité morale universellement admise.. Mais la plus grande partie de la nation n'éprouvait pas pour eux, il faut bien le dire, les mêmes sympathies. /Elj|e^ 4t?ît bien plus loin encore de leur présager de C meilleures destinées.^
Les événements extraordinaires qui ont amené, contre toute prévision, l'émancipation des esclaves du Sud et les ont ensuite appelés, à titre de citoyens, à tous les droits politiques, ont eu pour première conséquence la création dans chaque ville d'un bu'reau des affranchis^ et ces bureaux organisés avec cette promptitude et cet entrain merveilleux qui président à toutes les entreprises offrant un grand intérêt national ont immédiatement porté leurs soins sur l'établissement d'écoles de garçons et de filles pour les enfants de couleur.
Le 1" janvier 1863, jour à jamais mémorable, le président Lincoln proclama l'émancipation des esclaves dans tous les districts du pays révolté contre
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le gouvernement des États-Unis. Le 22 du même mois, une loi établissant un comité (T émancipation fut portée à la chambre des représentants.
Avant que l'attention du Congrès eût été appelée sur ce point, un grand nombre d'associations privées s'étaient formées dans les différents États pour venir au secours des affranchis. Des multitudes, d'hommes, de femmes et d'enfants, fuyant l'esclavage, s'étaient çoises à la suite des soldats du Nord, implorant leur secours et leur offrant leurs services. M. Pierce, du Massachussetts, courait à Washington et plaidait avec éloquence la cause des réfugiés, demandant qu'on leur assurât du travail et qu*on les préparât à la liberté par l'éducation. Mille échos répétèrent dans tous les États-Unis cet appel à la générosité publique. La seconde année de la guerre, tandis que tous les jeunes gens étaient appelés sous les armes pour sauver cette puissante Union que leurs pères avaient fondée au prix de leur sang, des femmes, au cœur magnanime, j^rurent aux armées et apportèrent à leurs maris, à leurs frères, à leurs fils, le concours de leur dévouement et de leur tendresse. Elles établirent et dirigèrent sur le théâtre de la guerre des hôpitaux • et des ambulances, et n'oublièrent pas les pau* vres esclaves dont la guerre brisait les fers, mais auxquels il fallait assurer des moyens d'existence. Ce furent encore les femmes qui répondirent avec
le plus d'empressement à Tappel fait au zèle des maîtres ; elles vinrent diriger les écoles fondées pour les enfants de couleur, dans les difTérentes villes où l'armée victorieuse rétablissait le drapeau de l'Union.
On ne saurait se faire une idée de Fénergie avec laquelle les habitants concoururent à cette œuvre vraiment chrétienne. Dès l'année 1862, des réunions publiques furent tenues à New-York, à Boston, à Philadelphie, et aussitôt se formèrent, sous la double influence de l'humanité et de la religion, V Association pour secourir les affranchis et YAssO" dation des missionnaires , à New-York; le Comité et éducation j à Boston; les Sociétés d'éducation^ h Philadelphie, à Cincinnati, à Chicago. Des revues spéciales s'organisèrent pour rendre compte des résultats obtenus par chacune de ces sociétés, faire connaître le montant des dons volontaires recueillis parles comités, et publier les lettres et les informa* tions envoyées dans tous les lieux où les protecteurs des noirs exerçaient leur action bienfaisante.
Dès la première année, 1,500 écoles avaient pu leur être ouvertes. A mesure que l'armée du Nord prenait possession de quelque ville nouvelle, ime phalange dévouée d'instituteurs et d'institutrices y entrait à sa suite. En incorporant parmi leurs soldats les nègi'es fugitifs, les généraux formaient pour eux des écoles régimentaires. Les chapelains
les initiaient aux vérités de la religion, aux principes de la morale, et leur apprenaient en même temps à lire et à écrire. Sherman , en Géorgie, Banks dans la Louisiane, Howard dans le Tennessee, déployèrent, pour accomplir ce devoir d'humanité, la même énergie qu'ils appliquaient aux soins de la guerre. Il faut le dire à l'honneur de la race si longtemps déshéritée, si longtemps condamnée à la dégradation, à l'abrutissement, à l'ignorance, (une loi du Sud défendait, sous peine de mort, d'enseigner la lecture et l'écrilture aux esclaves), aucun spectacle ne poùfrait être plus touchant que celui qu'offrirent alors ces malheureux, vieillards, hommes, femmes et enfants, aussi empressés de courir aux écoles où l'instruction allait régénérer leurs âmes, qu'aux maisons hospitalières ouvertes pour abriter leurs corps.
L'homme afiamé ne se jette pas avec plus d'avi-* dite sur les mets qu'on lui présente, que ces pauvres fugitifs sur ce pain du savoir qu'un instinct sublime leur faisait considérer comme la première condition de leur régénération. Le dévouement des instituteurs et des institutrices se montra à la hauteur de cette grande tâche. Les offrandes d'argent^ les envois de denrées et de vêtements arrivaient de toutes parts. Le bienfaisant Peabody consacrait 5 millions à la création des écoles. Une seule association, le Missionnaire américain, recevait plus
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de 4S,000 fr. par mois, et cette somme était bien insuffisante pour secourir efficacement tant de souffrances physiques et morales. Le Congrès donnait 45 millions au bureau des affranchis, dont la présidence avait été confiée par Lincoln au général Howard, qui venait de perdre une jambe dans Tun des derniers combats. Tout ce qu'accomplit le bureau depuis le jour de son installation est inimaginable. Les malheureux, dont on voulait faire des hommes et des citoyens, réclamaient des secours de tout genre. Il fallait établir pour eux autant d'hôpitaux que d'écoles. De 1861 à 1866, près de 400,000 affranchis avaient rempli les 48 hospices créés pour eux, et dans lesquels 20,000 succombèrent à la misère, aux fatigues et aux blessures reçues en combattant pour la cause qui leur assurait la liberté et rindépendance. A la fin de la guerre, 40,000 avaient suivi les écoles régimentaires et savaient lire et écrire.
Quel que fût le dévouement dcd hommes et des femmes occupés de l'éducation des enfants, le nombre des écoles qui allait toujours croissant (on en comptait 4,000 au commencement de 1868) requé^ rait plus de maîtres que le Nord et l'Ouest ne pouvaient en fournir.
Les généraux et les surintendants y suppléèrent en créant des écoles normales pour les noirs, et en
leur confiant à eux-mêmes, aussitôt qu'ils avaient reçu les premières notions d'écriture, de lecture et de calcul, le soin de communiquer aux autres leur savoir. Admirables élèves, les noirs devinrent d'excellents professeurs. Eux-mêmes, alors, purent fonder des écoles. Dieu sait au prix de quels sacrifices et de quelles privations I En 1868, ils entretenaient à leurs frds 1,200 écoles; 391 maisons leur appartenaient.
' Un seul fait pourra faire apprécier l'importance attachée par eux à l'éducation. En 1863, la Louisiane, grâce aux taxes fournies par les habitants, avait déjà un assez grand nombre d'écoles pour y donner l'instruction à 50,000 affranchis. De pressantes nécessités ayant fait supprimer la taxe, les noirs en furent désolés, mais ils ne perdirent pas courage. Déjà ils payaient comme tous les autres habitants une part de la taxe levée pour l'instruction publique et employée tout entière à soutenir des écoles destinées aux blancs, écoles dont les noirs étaient exclus. Malgré cette injustice, ils demandèrent à être autorisés à four-nîr une contribution spéciale pour l'éducation de leurs enfants, sans être déchargés néanmoins de HmpAt commun, et leurs écoles purent se maintenir. En quelques années ; la race émancipée s'étfidt presque élevée au niveau de la race civilisatrice.
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Ainsi, écoles pour les enfants, écoles d'adultes, écoles du dimanche, écoles supérieures, écoles normales, écoles industrielles, écoles professionnelles pour les filles, caisses d'épargne, sociétés de tempérance, avaient surgi comme par enchantement. 300,000 noirs participaient aux bienfaits de réducation (9,000 seulement au moment où commençait la guerre savaient lire et écrire). Enfin, un journal hebdomadaire, le Républicain, entièrement rédigé par des hommes de couleur, était, en 1867, fondé à Raleigh, capitale de la Caroline du Nord.
CerteS) il mérite la reconnaissance et Tadmira-^ tion, ce peuple américain, qui dans son ardeur gé* néreuse, après avoir afiranchi quatre millions d'es* claveS) a prodigué son or et employé sa noble et puissante initiative, pour faire jouir ces nouveaux frères de tous les avantages que procure l'instruction ; mais n'est-il pas juste aussi d'admirer l'intelligence qui a fait comprendre à tout un peuple d'esclaves qu*il ne pourrait prétendre à tnarcher de pair avec ses anciens maîtres qu*en s'instruîsant comme eux, c'est*à-dire en faisant disparaître le signe le plus caractéristique de Tinégalité qui les séparait I Jamais on n'a mieul vu que les nègres et les blancs sont enfants d'un même Dieu, que la nature n'a étabU entre les uns et les autres aucune différence essentielle, que l'intelligence
d*un nègre se développe et s'agrandit aussitôt qu'on a fait pénétrer le divin rayon du savoir dans cette âme systématiquement emprisonnée par une politique cruelle dans les limbes de Tignorance.
J'étais bien heureux de pouvoir en recueillir les preuves, et, en arrivant à Washington, après une première visite à M. Henry Barnard, le commissaire d'éducation, et à son zélé secrétaire, M. Angerer, je m'empressai d'aller voir l'illustre organisateur du bureau d'affranchissement, le général Howard et son digne collaborareur, M. Eliot. C'est à Washington que se sont, dès l'année 1861, établies les premières écoles pour les enfants affranchis. Il en existe de tous les degrés, et même le général fait construire de vastes et beaux édifices, où, pour eux, il fonde un collège et une université. J'étais tout plein des souvenirs que j'avais recueillis dans les plus florissantes écoles de l'Est, et il m'était facile de juger par moi-même des différences qui pourraient exister, au point de vue des aptitudes intellectuelles, entre les enfants des deux races. Je n'en ai trouvé aucune ; tous les instituteurs et toutes les institutrices que j'ai pu consulter sur ce point sont du même avis. Un homme, dont le nom s'est attaché de la manière la plus honorable à l'œuvre d'émancipation accomplie par le bureau des affranchis, M. Z. W. AlvoijI,
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surintendant des écoles des États du Sud^ établit ce fait de la manière la plus évidente, dans les admirables rapport annuels adressés par lui au major général Howard. Dans une de ces écoles, qui réunit quatre cents élèves des deux sexes, j'ai suivi les exercices depuis la classe des enfants de cinq à six ans, jusqu'à Técole supérieure, où les élèves étudient les sciences, Thistoire et la littérature. L'emploi des mêmes méthodes a produit partout des résultats aussi satisfaisants. Les jeunes négresses même, je lavoue, m'ont paru douées d'un esprit plus net et plus prompt; elles semblaient comprendre à demi-mot les explications données par le maître ; quelques-unes s'exprimaient avec une facilité étonnante. Les opérations d'arithmétique et d'algèbre se faisaient avec une exactitude et une précision remarquables. L'institutrice fit lire les compositions du jour. Une jeune fille de quatorze ans récita la sienne. Elle avait pour objet les /leurs et leur signification symbolique. Une autre lut un écrit assez plaisant, celui d'une de ces petites parties de campagne pour lesquelles les voisins et les parents se réunissent pour faire ce que nous appelons un pique-nique^ et j'ose dire que, dans aucun de nos pensionnats de France, les jeunes filles ne peuvent mettre dans lem*s lectures autant d'expression et de charme. On néglige, chez nous, de leur donner ce talent, objet, comme je l'ai déjà
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dit, d*iine scrupuleuse attention dans les écoles des États-Unis.
Mais une surprise plus grande encore était réservée aux personnes qui, avec moi , assistaient à la classe. Un jeune garçon, de seize à dix-sept ans, fut appelé au bureau du professeur pour lire sa composition. Il la lut avec un talent réel. Lorsqu'il eut fini, un de ses camarades se leva et dit au maître que John avait lu la veille des vers de sa composition, bien supérieurs à ce morceau, et qu'on ferait bien de les lui faire répéter. John s'y refusa d'abord; mais, sur ma demande, il consentit à se rendre au désir de ses camarades, ; on Técouta dans un religieux silence. Ce petit poëme de cent cinquante vers environ était sa propre histoire. Son père^ sa mère et sa sœur avaient, avant la guerre, vécu dans une case appartenant à un riche planteur de la Virginie. Un jour, sa sœur est enlevée pour être vendue à un maître qui remmène dans l'Ouest ; sa vieille mère meurt de chagrin. Son père avait maudit la cruauté qui l'avait séparé de sa fille ; on l'avait maltraité. Lui-même, pauvre enfant, âgé de dix à onze ans, avait été, parce qu'il pleurait quand on emmenait sa sœur, frappé du bâton. Mais, tout à coup, un cri s'était fait entendre dans le pays des esclaves ! un cri, la liberté ! J'étais libre, s'écriait le jeune poète, libre de marcher devant moi, libre de regarder la lumière du
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soleil, libre de gagner par mon travail le pain de chaque jour, libre de devenir aussi instruit que mes maîtres ! libre de lire dans le livre de Dieu ! Le jeune homme continua ainsi, jusqu'à ce que, les larmes le gagnant, il fut obligé de suspendre un récit qui nous avait tous remués jusqu'au fond de Tâme. Toute la classe était émue, et je ne pourrai rendre l'aspect que présentaient trente jeunes filles versant des larmes d'attendrissement et d'admiration pour leur compagnon d'étude. Mon opinion sur l'aptitude intellectuelle des enfants de couleur est partagée par les hommes de bonne foi qui ont^ comme moi, parcouru les écoles du Sud. Un voyageur anglais, le docteur Zmcke, exposant ses propres impressions, dit, dans le récit de son voyage en Amérique : ' a J'avouerai mon étonnement extrême à la vue de la vivacité d'esprit des élèves d'une classe d'enfants de couleur. En fort peu de temps ils avaient acquis une somme de connaissances vé* ritablement remarquable. Jamais » dans aucune école d'Angleterre, et j'en ai visité beaucoup, je n'ai trouvé chez les élèves autant de promptitude à comprendre le sens des leçons lues devant eux ; jamais je n'ai entendu des réponses aussi judicieuses et montrant une aussi claire intelligence dii texte ^y>
- 1. Last Wmter in the United States^ par BerhomZincke, 1 vol, I-ondres^ 1869, ouvrage cité dans un remarquable articule de M.E.
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Ce qu*il m*a été permis de constater au collège d^Oberlin a confirmé entièreiûent Fopinion qu'avait fait naître en moi ma visite aux écoles du Sud. Dans ce remarquable établissement, on a reçu un grand nombre d*étudiants de couleur. Ils suivent, pour la plupart, les cours qui donnent Tinstructiou professionnelle. Ceux qui continuent leurs études le font avec un plein succès. J'ai trouvé quatorze jeunes filles de couleur dans la classe la plus avancée, et ne paraissant en rien inférieures à leurs compagnes de race blanche. En 1868, le grade AB, celui de bachelier es arts, avait été obtenu par quinze jeunes gens et dix filles. Le principal, dans un discours adressé aux étudiants, leur faisait savoir que ces élèves n'avaient dans l'établissement aucun égal en ce qui touche le goût littéraire et l'habileté philolo- ^ gique. L'opinion des professeurs d'Oberlin est qu'il n'y a aucune différence en fait d'intelligence entre les deux races. Dans une classe de grec, où se trouvaient vingt-sept élèves des deux sexes, et qui était dirigée par une demoiselle de vingt-cinq ans, fille d'un des professeurs de la maison, une jeune fille de couleur traduisit avec beaucoup d'exactitude un chapitre du P' livre de Thucydide. La race nègre forme à peu près le cinquième de la population
Jonveaux, ayant pour titre : L'Amérique nouvelle, dana le Cofw retpondant du 25 avril 1869«
d'Oberlin, et un des professeurs m'assura que les hommes de couleur sont les citoyens les plus paisibles, les plus réguliers, les plus studieux du pays. Pour toutes les relations sociales et les besoins des affaires, ils sont confondus avec les blancs, sans que jamais les uns et les autres aient à s'en plaindre. ^ On ne trouve pas plus d'inconvénient à s'asseoir auprès d'un homme de couleur, dans le conseil municipal ou le comité d'éducation, que dans un omnibus ou à la table d^un restaurant. Quelques-uns d'entre eux, sortis hier de l'esclavage, font les plus grands efforts pour corriger les défauts inhérents a leur condition première. Mais à tout prendre, ajoutait le professeur, si on nous proposait d'échanger ces nouveaux venus contre un nombre égal d'étrangers, nous n'hésiterions pas à repousser une pareille proposition; nous y perdrions, à coup sur.
De pareils sentiments ne sont pas encore universellement partagés par les habitants des États-Unis; mais chaque jour affaiblit les répugnances qui établissaient entre eux et les hommes de couleur une barrière infranchissable. Ils les préfèrent déjà aux émigrants irlandais, devenus le fléau des grandes villes. Ceux qui appartiennent aux familles inférieures sont déjà regardés comme les meilleurs serviteurs, lorsqu'ils sont employés comme domestiques.
Dans les ateliers, on se loue de leur probité et
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de leur zèle ; ceux que les circonstances favorisent et qui peuvent avoir à diriger des exploitations agricoles ou des établissements industriels s'en acquittent avec beaucoup de talent et d'intelligence.
Un ancien esclave, nommé Montgommery, exploite en ce moment^ près de Wicksburg, dans le Mississipi, une plantation appartenant à Joseph Davis, le frère du célèbre rebelle du Sud. Comprenant que l'association seule lui pouvait fournir les moyens de lutter avec avantage contre les blancs, il a tçpelé auprès de lui une centaine de nègres et ap-pliqué à Texploitation de sa ferme le système coopératif. Un conseil élu par les sociétaires administre la plantation ; une caisse de secours est organisée pour les malades et les vieillards, et rétablissement d'un fonds de roulement permettra de donner plus d'importance et plus d'étendue à Tentreprise. La médecine et le droit comptent aussi parmi les nouveaux affranchis des hommes distingués.
Le bien produit par les écoles est immense. 11 s'en fonde chaque jour de nouvelles, et les propriétaires du Sud, qui en ont vu d'abord l'étabUssement avec colère et qui leur ont opposé la plus viVe résistance , commencent à en apprécier les services. Ils comprennent qu'au lieu d'une population d'esclaves ignorante, grossière, toujours ennemie, ils ont tout à gagner en demandant à des hommes élevés par l'instruction au rang de citoyens, un
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concours qu'ils n'avaient jamais pu, jusqu'à présent, obtenir que d'une manière incomplète et par l'emploi de moyens violents, contraires à l'humanité, à la justice et à la religion K
1 Le maire de New-York, adressant un message au Conseil mu* nicipal, a demandé formellement que les enfants de couleur fussent admis avec les blancs dans les écoles publiques. Le professeur Washon, homme de couleur, a été appelé par lui à faire parti du Comité d'éducation»