‹ L'instruction publique aux États-Unis. Écoles publiques, colléges, universités, écoles spécialesChapitre 27 sur 134 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'instruction obligatoire.

LOIS CONTRE L'ABSENTÉISMB ET LE VAGABONDAGE. (COllPULSOBT EDUCATION.)

On ne croit pas aux États-Unis porter atteinte à la liberté et à Tindépendance des familles, en rendant obligatoire la fréquentation des écoles. On ne prétend nullement enlever ainsi aux parents la tutelle de leurs enfants ; mais, comme les écoles sont conQées à la surveillance des comités, le devoir de ceux ci est de veiller à ce qu'elles soient utiles au plus grand nombre possible de citoyens. La loi ne force pas les parents à envoyer les enfants dans les écoles publiques, mais à leur donner T.éducation, quel que soit le moyen qu'ils emploient pour y parvenir. L'État a besoin de citoyens instruits ; les parents peuvent .choisir entre l'éducation donnée dans leur maison et celle que les enfants reçoivent dans des écoles privées ou publiques ; mais ils

n*ODt pas le droit de choisir entre Véducation et Vignorance.

Malgré les sacrifices immenses consacrés à Tinstruction populaire , malgré les facilités offertes à toutes les familles pour en faire profiter leurs enfants, il est triste d'avoir à constater que partout, et principalement dans les grandes villes, il est nécessaire de lutter contre Tinsouciance et le mauvais vouloir de certains parents. Dans tous les rapports des swintendants et des commissaires, il s'élève à ce sujet un concert de doléances. En dépit des mesures prises pour diminuer le nombre des absences et des lois mêmes qui obligent les parents, sous des peines sévères, à remplir, à Tégard de leurs fils et de leurs filles, le premier et le plus important de leurs devoirs, le mal prend parfois des proportions alarmantes. Bien ne parait donc plus légitime que les soins pris par les bureaux d'éducation pour arrêter les suites du vagabondage et de la mauvaise conduite des enfants. Ils ne permettent pas qu'ils errent dans les rues où ils contractent des habitudes funestes, au lieu de prendre le chemin de ces admirables écoles, non moins utiles au perfectionnenient moral qu'au développement de l'intelligence. Partout où la législation n'a pas pourvu aux moyens de rendre l'instruction obligatoire , des voix généreuses s'élèvent pour en proclamer la nécessité. Je lis dans le dernier rapport du €omilé de FÉtat du

Gonùecticut publié en 18S8: «Le plus triste côté de ce rapport est celui qui fait connaître l'extension alarmante de Tabsentéisme et du vagabondage. Le nombre des enfants de 4 à 16 ans a été en 1868 de 123,650, sur lesquels 80,148 ont été inscrits pour les écoles d'hiver, et 93,000 pour les écoles 4'été. Or, le nombre moyen des élèves ayant suivi régulièrement les classes n'a été que de S7, 1 17 pendant Thiver et de 52,299 pendant Tété. Plus de la moitié des enfants ayant Tâge requis pour leur admission aux écoles ne les ont pas fréquentées. En faisant la part de ceux qui suivent renseignement des écoles privées, il en reste encore un nombre considérable qui croupit dans Tignorance,. et pour lesquels le vagabondage dans les rues est une école de vice et de crime. »

Les lois contre le vagabondage sont excellentes, mais elles ne sont pas exér.utées. Elles sont cependant aussi utiles que légitimes.

ce Les common schools, dit un des rapporteurs du comité des écoles du Connecticut, sont des institutions de rÉtat, organisées sous la direction de rÉtat et soutenues en grande partie par le trésor de l'Etat ou par les fonds réunis sous l'autorité de l'État. Le principe qui justifie cette relation et Texercice de son autorité est que l'éducation est nécessaire pour le bien de l'État et le bien-être de la société qu'il est- chargé de protéger. Les écoles

accomplissent l'objet pour lequel elles sont organisées, principalement en s'ouvrant pour les entants en âge d'y être admis, et en les élevant pour jes devoirs qui devront leur incomber en leur qualité de citoyens de l'État et de membres du corps social. Ce but n'est pas atteint si les enfants ne fréquentent pas les écoles. Cette question a déjà occupé lès esprits dans d'autres États, et doit être pour notre comité d'éducation l'objet d'une attention sérieuse. Les plus pressants intérêts de la société exigent que l'on prenne des mesures assurant la présence aux écoles dç tous les enfants qui n'ont aucun naotif légitime pour s'en absenter.

a Si la vertu et le savoir protègent la propriété, dit le commissaire de Rhode-Island, il est juste que la propriété soit convenablement taxée pour assurer l'un et l'autre. Si tout enfant a droit à une éducation morale et intellectuelle, chaque État a le devoir d'assurer la jouissance de ce droit par une loi obligatoire.

« Il ne peut être permis à aucun enfant de s'en exempter : pour un État populaire, l'éducation est une question do défense personnelle. Il y a dans la cité de Providence et dans d'autres parties de l'État, des centaines d'enfants hors d'état de lire, qui sont en état permanent de vagabondage , recevant des exemples vicieux et criminels de toutes sortes; ils sont négligés, comme sr ce mal, qui prend chaque

jour de plus formidables proportions, n'était pas signalé dans tous nos rapports. Si cette question : que ferons-nous (Teuxf ne touche personne, peulôtre cette autre question : que feront-ils de nous? excitera-t-elle plus d'intérêt.

c< Nous n'avons qu'une chose à faire à leur égard : leur donner Téducation, établir pour eux des écoles et voir s*ils les fréquentent. Cela demanderait une sanction pénale sans doute. L'État n'a-t-il pas des cours de justice et des prisons?

« En 1819, la Prusse a publié une loi obligatoire pour l'éducation des filles ; elle a rencontré d'abord une violente opposition , et, comme à l'ordinaire, on a crié à la violation des droits de la famille. Mais, en douze années , le crime et le paupérisme avaient diminué de quarante pour cent, et aujourd'hui personne né songerait à révoquer une pareille loi.

«c Les gens timorés diront : mais nous n'avons pas le droit de faire de pareilles lois ! Comment ! vous avez le droit d'envoyer un hoinme en prison, et vous n'avez pas le droit de l'envoyer à une école? une loi pour pendre {suspend by the gàllows)^ et vous n'avez pas le droit de lui apprendre le Décàlogue? le droit de déshonorer un homme pour toujours, et vous n'avez pas celui de le préparer pour l'honneur, la gloire et l'immortalité? Faites connaître à nos législateurs que la criminalité des enfants s'accroît dans une proportion supérieure à

celle de notre population ou de notre richesse. N*est-il pas temps qu'une loi vienne tarir la source de ce mal effrayant avant qu*un torrent impétueux déborde et se répande sur toute la surface du pays ! »

/il est presque superflu de faire observer que le mal causé par le manque d'éducation des classes inférieures est infiniment plus grand dans un pays où le pouvoir politique, par suite du suffrage universel, appartient aux masses populaires, que dans les pays où la discussion des affaires est entre les mains d'une minorité composée d'hommes ayant reçu de l'éducation. Dans ces pays même, je suis loin de penser qu'il soit utile au salut de la foule que la partie du peuple qui n'a pas la puissance politique soit tenue dans l'ignorance. L'importance que les Américains attachent à cette question peut facilement se concevoir. /;

« Je ne puis terminer mon rapport, dit le surintendant des écoles de Providence, sans répéter ce que j'ai déjà dit dans mes rapports précédents, savoir que nos écoles souffrent plus du vagabondage que de toute autre cause. Rien n'a été fait jusqu^à présent pour mettre un terme à cette cause de crime et de misère. Si l'on faisait une peinture exacte du rapide accroissement de la dépravation, tout ami véritable de l'humanité et de l'ordre social en serait effrayé. La semence d'aujourd'hui

produira, dans quelques anuées, une bien triste moisson.

« L'administration serait bien aveugle si elle hésitait à dépenser quelques centaines de dollars pour prévenir le crime, au lieu de courir le risque de mettre en péril la propriété et de dépenser des milliers de dollars pour le punir et pour guérir toutes les misères qu'il entraine à sa suite. »

Dans une lettre adressée à TÉtat de TOhio par le président de F Association des instituteurs ^ il est dit:

« Jamais l'obligation de faire tous les efforts possibles pour supprimer l'absentéisme et le vagabondage, qui font chaque jour de nouveaux progrès, n'a été plus impérieuse ; il n'est point de citoyen qui ne soit intéressé à mettre fin au désordre qui natt du nombre toujours croissant des jeunes gens livrés au vagabondage et au crime. »

M. Randall, surintendant de la cité de New-Yock, s'exprime ainsi sur le même sujet : a Des raisons de salut public exigent impérieusement que des milliers d'enfants abandonnés et errants dans les rues et les carrefours, privés de toute instruction

1. Cette lettre a été publiée dans VOhio educaiional Monthly (1865).

et de surveillance, soient arrachés aux liaisons dépravées et conduits dans les écoles publiques ou privées.

« Nous ne pouvons nous dissimuler qu'il n'y a pas moins de 100,000 enfants qui ne fréquentent pas les écoles ou dont les moyens d'instruction sont renfermés dans une très-courte période. »

Partout on demande avec instance une législation pour l'éducation obligatoire. Les lois de ce genre sont lé complément nécessaire de celles qui ont établi la gratuité des écoles. Celui qui paye la taxe exigée pour l'éducation publique, quoiqu'il n'ait pas d'enfant à y envoyer, peut se dire que si l'État lui impose une taxe dont il ne bénéficie pas lui-même, il a le droit d'exiger que l'État, dans l'intérêt dei la société, force les enfants en faveur desquels cette taxe est perçue à en profiter.

« Notre système [free schools\ dit encore un commissaire des écoles de TOhio, repose sur ce principe, que le fondement le plus sûr de la liberté est l'instruction universelle. Toutes les dépenses qu'elle occasionne sont justifiées par le principe que la plus haute sécurité de l'État et le bien-être de la société dépendent de l'universelle diffusion des lumières et des vertus, ce qui est la conséquence de l'éducation.

« Pour répondre à cette nécessité des gouvernements libres, les écoles ont leurs portes ouvertes

à tous. Mais pourquoi ne tirerait-t-on pas de ce principe toutes ses conséquences logiques? Ce n'est pas l'établissement d'écoles d'éducation pour toute la jeunesse qui assure la prospérité de l'État ; c'est la participation universelle à ce bienfait. Les écoles gratuites ne sont que des moyens, mais la fin consiste dans la valeur de l'éducation elle-même. Si c'est un devoir pour l'État d'établir des écoles gratuites, comme moyens d'éducation universelle, c'est aussi son devoir de faire en sorte que ces moyens reçoivent leur complète exécution; en d'autres termes, le droit de prendre à un citoyen une part de sa propriété pour l'éducation des enfants d'autrui implique avec lui le devoir de veiller à ce que lesdits enfants reçoivent réellement l'instruction dont ils font les frais. »

La loi du Massachusetts donne à tout enfant, sans aucune exception de race, de couleur ou de religion, le droit d'être admis dans l'école du district où il réside. Non - seulement elle assure le droit des enfants, mais encore elle s'efforce de contraindre les parents à accomplir ce de* voir.

« Toute personne, y est-il-dit, ayant sous sa direction un enfant de 8 à 14 ans, sera tenue, pendant toute la durée de sa tutelle, d'envoyer cet enfant à l'une des écoles publiques du township , pendant

douze semaines, dont six au moins seront consé* €utiYes. Faute de Taccomplissement de ce devoir, la partie coupable devra payer une amende de 20 dollars (100 francs), à moins qu'il n'ait été prouvé, par l'enquête faite par les surveillants {truatit officers)^ que la partie qui néglige ce devoir y a été contrainte par la pauvreté, ou que l'enfant a reçu ailleurs une instruction sufBsanté, ou qu'il est dans un état de santé ou d'intelligence qui le rend incapable de fréquenter les écoles.

« Chaque cité du township prendra toutes les informations relatives aux enfants de 8 à 16 ans, vagabonds et ne fréquentant pas les écoles, ou sans aucune occupation régulière et légale, ou laissés dans l'ignorance, et elle arrêtera toutes les mesures nécessaires à ce sujet dans l'intérêt public. Le mineur pourra être conduit dans une maison d'éduca-^ tion ou de correction, a&n qu'il puisse recevoir l'instruction qui lui est nécessaire, et cela pour un temps qui n'excédera pas dix années. Cette mesure sera prise en vertu d'une décision de la Cour de justice.

Nul enfant entre 12 et 15 ans ne sera employé dans aucun établissement manufacturier, à moins que, pendant les douze mois qui précéderont le mo. ment où il y sera admis , il n'ait suivi les cours de quelque école privée ou publique, sous des maîtres approuvés par les comités, au moins pendant

onze semaines, ou qu'à condition qu'il suj^vra ces cours pendant les douze premiers mois de son en^ trée dans rétablissement.

«i Les enfants au-dessous de 12 ans ne seront employés que s'ils ont fréquenté les écoles au moins pendant dix-huit semaines dans l'année qui précédera leur admission ou pendant l'année où ils auront été admis.

«c Aucun enfant au-dessous de 12 ans ne sera employé dans une manufacture plus de 10 heures par jour. Le propriétaire de l'établissement qui ne se conformera pas à cette prescription sera passible d'une amende de 50 dollars (2S0 francs) pour chaque enfant employé plus longtemps. x>

La loi du Connecticut diffère en quelques points de celle du Massachusetts*

a Tous les parents, dit-elle, et toutes les pér« sonnes ayant soin des enfants , devront les >con* duire dans quelque établissement régulier, et veiller à ce qu'ils étudient la lecture j l'écriture, la gramr maire anglaise, la géographie et les éléments de Tarithmétique ; des officiers {sélect men) devront j dans leurs iou)nship$ respectifs, surveiller la conduite des chefs de famille, .et^ dans les cas où ils s'apercevront que les parents n'accomplissent pas de devoir, ils les rappelleront à l'exécution de la loi. Si les enfants deviennent grossiers, rebelles et indisciplinés, ils devront, après avoir pris l'avis

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du juge de paix, les enlever à leurs parents, ou aux personnes chargées de leur éducation, et les mettre entre les mains d'un maître capable, les garçons jusqu'à 21 ans, et les -filles jusqu'à 18, afin qu'ils puissent être en état d'exercer quelque profession. »

Dans quelques localités, avant de prendre à l'égard des garçons et des filles des mesures rigoureuses, on les place dans des écoles dites intermédiaires où ils sont soumis à une i^évère discipline. A Boston, lorsque plusieurs avertissements ont été donnés aux familles qui persistent à ne pas faire profiter leurs enfants des bienfaits de l'éducation, on envoie ceux-ci dans l'île du Daim [Deer Island)^ où ils sont gardés dans des établissements spéciaux et forcés de s'instruire. Les enfants qui se trouvent dans ce cas sont traités d'ailleurs avec beaucoup de douceur^ et aussitôt qu'ils paraissent animés de bons sentiments, on s'empresse de les rendre à leurs familles 4

Tant que la société américaine a été composée d'éléments homogènes, les lois contre le vagabondage ont été à peu près inutiles et sans objeté Mais aujourd'hui dans les grandes cités^ et particulièrement dans les villes manufacturières, il existe un flux et reflux continuel de gens appartenant à des nationalités étrangères, apportant des habitudes et une éducation dïïérentes, exerçant par conséquent

iO% PREMIÈRE PARTIE.

une influence considérable sur tout le système social et politique des États-Unis. Cette considération engage les directeurs de Téducation publique à faire tous leurs efforts pour assurer une exécution efficace à la loi, dont le but est d'assurer à chaque enfant du pays une mesure de savoir et de culture intellectuelle qui le mette en état de remplir ses devoirs d'homme et de citoyen.

M. Joseph White, secrétaire du bureau d'éducation de l'État de Massachusetts, étudiant les causes qui contribuent à priver un si grand nombre d'enfants des bienfaits de l'éducation, mentionne les suivantes : le découragement, l'absence d'ambition, qui sont la conséquence de l'état misérable dans lequel se trouvent forcément les enfaqts orphelins ou délaissés par leurs parents. Ils n'ont en perspective aucune amélioration possible dans leur sort; ils vivent au jour le jour, obligés de se contenter de ce qui peut les empêcher de mourir. D'un autre côté , l'ignorance , l'indifférence, l'intempérance et les exemples vicieux des parents exercent sur les enfants une influence déplorable. Combien y en a-t-il qui ne reçoivent de leurs familles aucune direction vers le bien, ou plutôt n'ont pas de famille vraiment digne de ce nom? L'irrégularité aux écoles engendre le vagabondage. Elle a quelquefois sa source dans la répugnance de l'enfant à se soumettre aux devoirs de la discipline par un senti-

ment d'indépendance qui deviendra plus tard un grossier libertinage. L'expulsion est encore une des causes du vagabondage ; aussi ne doit-elle être prononcée contre un élève que comme un moyen extrême et lorsque tout autre aura été inutilement employé.

Mais c'est surtout l'emploi des enfants des deux sexes dans les manufactures qui dépeuple les classes. Dans la plupart des États du centre, la loi exige cependant que les enfants suivent les écoles pendant douze semaines au moins chaque année^ prélevées sur le temps où ils sont employés dans les ateliers ou les manufactures; mais cette loi est ouvertement violée, ainsi que celle qui défend expressément d'admettre dans ces établissements des enfants au-dessous de dix ans. L'avidité ou la misère des parents les pousse souvent à se soustraire à ces prescriptions, dictées par la sagesse et l'humanité .

C'est aux instituteurs eux-mêmes ^ c'est aux membres des comités qu'il appartient de veiller à l'exécution des lois\]e sont eux qui ont à s'informer de l'état de misère où peuvent se trouver les familles, s'occuper charitablement de procurer ou de faire procurer aux enfants des malheureux les vêtements nécessaires et de pourvoir à leurs premiers besoins. C'est ce qui a lieu, en effet, partout où les écoles sont établies. Grâce à ce concours in-

telligent, chaque année, des milliers d'enfants sont

arrachés au vagabondage et amenés dans les écoles.

Des enquêtes minutieuses sont faites, par exemple,

par les membres de l'association connue sous le

titre de Toung mens' Christian association^ pour

rechercher les enfants qui ne se rendent pas aux

écoles du dimanche. D'autres sociétés prennent le

même soin pour ceux qui n'assistent pas aux écoles

publiques.

La ville de Springfield a pris récemment, au sujet de l'absentéisme et du vagabondage , les mesures suivantes*:

ce Les maîtres sont invités à user de tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour prévenir l'absentéisme ; ils visiteront les parents des enfants absents; une école particulière recevra les retardataires. Là ils recevront une instruction qui les pré* parera à entrer dans les écoles graduées. Les délinquants incorrigibles seront placés dans une maison de refuge. j>

Ces maisons ne sont pas établies pour punir les enfants ^ mais pour les instruire et pour corriger leurs mauvaises habitudes. On voudrait que, dans chaque ville, des établissements du même genre fussent fondés sur une large échelle.

Notre colonie de Mettray, bien connue des Américains, leur offre sur ce point un modèle qu'ils se montrent fort désireux d'imiter.

ÉCOLES PUBLIQUES. i7t

Le Juvénile asylum et le Childrens' act society^ à New- York, sont deux admirables institutions soutenues par une association de charité, mais soumises au bureau d'éducation, en faveur des enfants abandonnés. Ils sont reçus comme pensionnaires et instruits pendant une période qui varie de trois mois à deux ans. Lorsque Ton s'est assuré que leurs sentiments se sont améliorés, ils sont transportés par escouades de trente à quarante, par les soins d'agents chargés de ce service, dans les Ëtats de rOuest, où ils sont employés par les fermiers, qui souvent les adoptent et leur donnent une famille. Deux mille enfants des deux sexes sont ainsi enlevés chaque année aux occasions qui les conduiraient au crime. J'ai visité le Juvénile asylum^ et j^ai été charmé de son organisation et de Texcellent esprit qui y règne.

Malheureusement les prescriptions législatives, les conseils, les institutions charitables sont bien loin encore d'avoir remédié efficacement au mal contre lequel s'élèvent tant de voix généreuses. La plupart des niesures adoptées par les législateurs ne sont que facultatives ; elles n'ont pas partout le caractère obligatoire. Les peines édictées, soit contre les parents, soil contre les enfants, paraissent trop sévères ; et un excellent esprit, M. Philbrick, de Boston, me faisait remarquer que les lois qui, aux États-Unis , devancent trop l'opinion pu-

blique sont toujours impuissantes. La nécessité de prévenir les funestes résultats de Tabsentéisme et de l'ignorance est universellement reconnue ; mais on n'est pas encore suffisamment d'accord sur les moyens d'en arrêter les effets. Longtemps encore peut-être les lois relatives à l'instruction obligatoire n'auront pas plus d'efficacité que celles qui sont édictées contre l'abus des boissons enivrantes. La loi sur les liqueurs [liquor law), adoptée par les États de Massachusetts et de Connecticut, est ouvertement violée. ANew-Haven,les gens du peupeuple, au lieu de dire : « Voulez- vous venir boire? » disent : « Voulez-vous venir violer la loi? » Il ne suffit donc pas de légiférer, il faut encore que le législateur obtienne le consentement du peuple. Qui est, en effet, le législateur aux État-Unis? me disait un vrai Yankee : c'est le peuple lui-même. Les surintendants ne le forceront pas à fréquenter les écoles, si l'on ne parvient pas à lui prouver qu'il est de son intérêt de les suivre et d'y envoyer ses enfants. C'est ce que semblent penser les hommes de talent et de cœur avec lesquels j'ai eu l'avantage de m'entretenir de toutes ces questions* Us emploient l'énergie dont ils sont capables à sdmuler le zèle des instituteurs, pour que ceux-ci agissent auprès des familles et secouent leur indolence et leur paresse. Eux-mêmes, en publiant leurs rapports, reproduits presque toujours par les

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journaux, ces puissants instituteurs de la nation, espèrent que Topinion publique, à laquelle ils ne cessent de s'adresser, iinira par être suffisamment éclairée et par donner aui lois, dont ils font comprendre la nécessité, la sanction définitive dont elles ont besoin.

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