‹ L'instruction publique aux États-Unis. Écoles publiques, colléges, universités, écoles spécialesChapitre 28 sur 134 · ET DES PEINES CORPORELLES · texte numérisé non relu

ET DES PEINES CORPORELLES

Avec un système d'écoles publiqes si bien entendu, avec les sommes considérables qui leur sont annuellement consacrées, avec le dévouement et Thabileté des nombreux fonctionnaires préposés à leur surveillance, les États-Unis, il faut bien en convenir, n'ont pas encore obtenu jusqu'à présent des résultats proportionnés aux sacrifices immenses que leur coûte une organisation qui n'a son égale dans aucun pays du monde.

Nulle part l'instruction ne devrait être plus universellement répandue, puisqu'elle se donne à tous largement et gratuitement, et cependant on a lieu de déplorer les causes multiples qui s'opposent à ce

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que tous les enfants en profitent réellement. D'ua ^utre côté, si les programmes de l'enseignement, à ses divers degrés , s'exécutent d'une manière satisfaisante dans les grandes cités et dans un grand nombre de yiUes d'un ordre moins élevé, il s'en faut de beaucoup que les localités moins considérables, les communes rurales, possèdent des instituteurs suffisamment préparés à remplir leur devoir d'une manière complètement satisfaisante. Les écoles se sont fondées et organisées plus promptement que ne se sont préparés et formés des instituteurs capables; et, quelque nombreux qu'ils soient déjà, ils ne le sont pas assez encore pour répondre aux besoins que chaque année rend plus pressants, grâce aux accroissements de la popula* tion. C'est surtout poiu* les nouveaux arrivants que ^es écoles doivent exercer leur action civilisatrice. Ce sont eux qui ont le plus, à gagner en participant à la forte éducation que donnent les établissements publics ou privés. Il est donc nécessaire de faire sans cesse appel à de nouveaux maîtres ; mais ceux-ci passent trop rapidement des bancs de la classe dans la chaire de l'instituteur, pour qu!ils puissent y apporter k savoir et l'expérience, sans lesquels on ne peut obtenir que des résultats médiocres. Chacun comprend fort bien que tant vaut l'instituteur, tant vaut la classe, et que, par conséquent, l'œuvre capitale consiste aujourd'hui

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à former de bons maîtres. De là, la nécessité hautement reconnue de multiplier les écoles normales, beaucoup trop rares jusqu'à présent.

Il n'est pas de pays où le professorat soit en plus haute estime ; mais, quoique dans toutes les Tilles les traitements des directeurs et des instituteurs atteignent uj) chiffre trës-élevé , ils sont, dans les districts ruraux, hors de proportion, soit avec les exigences de la vie, soit avec les avantages que présentent les carrières commerciales et industrielles,

A New- York, le traitement d'un surintendant des écoles est de 22,^00 fr. ; celui des sous-intendants, de 20,000, 17,500 et 15,000 fr. Le directeur de l'école normale reçoit 23,750 fr.

Lés traitements des directeurs d'écoles publiques sont, d'après le nombre des élèves, de 15,000, 13,750 et 11,250 fr.^ ceux des sous-directeurs, de 10,000 fr. ; des directeurs d'écoles de grammaire, de 8,500, 7,000 et 6,000 fr.; des maîtres, 7,250 et des maîtresses, 3, 775 fr.

D'après les derniers règlements, adoptés en 1868 par l'État d'Jllinois, les salaires des instituteurs dQ la ville de Chicago solit fixés ainsi qu'il suit : le surintendant des écoles, 20,000 fr.; le directeur d'une high schooly 12,500 fr.; d'une école normale, 11,000 fr.; d'une école primaire, 10,000 fr, après trois ans d'exercice. Les institutrices

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ne reçoivent que des traitements de 2,250 à 3,300 fr. ^

A New- York, comme à Chicago, ces traitements, si supérieurs à ceux que reçoivent en Europe les directeurs des écoles primaires et secondaires, sont jugés fort insuffisants, çt il y a une tendance gé-r nérale à les augmenter^

Le président des écoles de Chicago me disait :

« Les membres du clergé reçoivent de TÉtat, de 20,000 à 40,000 fr. ; les avocats et les médecins gaT gnent davantage; comment pourrait-on avoir de bons directeurs d'écoles primaires pour la modique somme de 10,000 fr.? et les malheureuses iustitu-» trices, que peuvent-elles faire avec leurs 3,800 fr.? Il en est peu qui n'aient avec elles une vieille mère ou un père infirme, ou des frères ou des sœurs, dont elles sont Tunique soutien. Il faudra bien que Ton arrive à doubler et même à tripler lenrs salaires. »

La disproportion qui existe entre les traitements des femmes et ceux des hommes a, en efiet, de quoi étonner^ dans un pays où il est généralement reconnu que ce sont les femmes qui s'entendent le mieux à élever et à diriger, non-seulement les plus jeunes enfants^ mais encore les plus avancés, sur

1. On trouvera dans l'appendice un état détaillé des traitementB des fonctionnaires des écoles publiques, dans les villes les plus considérables de l'Union.

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lesquels elles ont, ggâce à leur habileté et leur douceur persuasive, beaucoup plus d'influence que les hommes. Quand on réfléchit à Timportance sociale qui leur est attribuée, on ne peu^'empécher de recoanattre qu'il y a là une injustice contre laquelle lé bon sens et l'humanité protestent.

Un surintendant de New-York, M. Rice, faisant remarquer que les quatre cinquièmes des personnes employées dans les écoles de l'État sont des femmes, considère l'enseignement comme leur véritable vocation. « L'élévation de leur esprit, dit-il, se communique naturellement aux élèves qui sont en rapport journalier avec elles. Gracieuses, douces et pures, elles les rendent, comme elles, doux, purs, et gracieux. La femme, bien plus pé^ nétrante que l'homme, connaît mieux que lui le cœur humain et particulièrement celui des enfants. Elle les maintient dans le devoir par Taffection, mieux que ne le font les instituteurs par leurs rè-. glements et leurs systèmes de répression. Leurs tendres reproches produisent plus d'eifet que les menaces et la froide logique de ceux-ci. Enfin nous pouvons être certains que tout enfant, élevé par des institutrices capables , sortira de leurs mains pourvu de sentiments incompatibles avec une exis-tence vicieuse; son cœur sera sensible, ses goûts délicats, son esprit vif et subtil. Je ne doute pas que l'avenir ne soit pénétré de reconnaissance pour

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les services iinmenses qu'elles auront i^eûdus à nos écoles. D

Cette opinion est partagée par toutes les personnes qui s'occupent d'enseignement public, et l'on a une si haute idée de leur bon sens, de leur jugement et de leurs lumières, que déjà plusieurs comités d'éducation ont admis les femmes parmi leurs membres; ils n'auront certainement pas lieu de s'en repentir.

Si, malgré l'infériorité de leurs traitements, le nombre des femmes institutrices est, comme je l'ai plusieurs fois fait observer, bien plus grand que celui des hommes, c'est que pour ceux-ci l'enseignement n'est pas , comme pour les femmes, une carrière. Us ne le choisissent bien souvent que comme un pis-aller. Les trois quarts des instituteurs employés .dans les écoles de districts n'y entrent que pour se préparer à d'autres professions plus lucratives. Aussitôt qu'ils ont réalisé quelques économies, ils quittent l'école, soit pour aller étudier le droit ou la médecine dans les universités, soit même poiu* se livrer à des professions manuelles. Les institutrices continuent, pour la plupart, à exercer leurs honorables et pénibles fonctions jusqu'à ce que leurs forces les trahissent et les contraignent à les abandonner. Elles se marient alors presque toutes avantageusement. Elles portent dans la société des vertus, des habitudes

d'ordre et de régularité, des goûts sérieux et Tamour du travail. Celles qui ont pu se faire connaître dans les écoles supérieures des villes sont souvent recherchées par de riches particuliers, et il est juste de dire que ce sont elles qui constituent la portion la plus respectable et la plus distinguée de la société américaine.

Quant aux fonctionnaires de renseignement dans les grandes villes, la position qui leur est faite finit par les attacher aux établissements qui les emploient, et quelques-uns des directeurs et des maîtres y comptent de longues années de service. Il serait facile de rendre encore cette position plus stable, si le système des retenues ou tout autre moyen assurait leur avenir, comme cela se fait de-* puis longtemps en France pour les membres de renseignement secondaire et supérieur, et comme cela commence à se faire, grâce aux efforts de M. Duruy, pour les instituteiu*s et les institutrices des écoles primaires.

Pour ceux des districts ruraux, leur situation précaire est aussi préjudiciable à leurs intérêts que nuisible à Téducation des enfants. Ils ne sont, en général, engagés que pour une année, quelquefois pour six mois; il y a un semestre d'hiver et un semestre d'été; le premier compte plus d'élèves que le second. Ce sont souvent des instituteurs qui dirigent les cours pendant Thiver, et des institu*

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trîces pendant Tété. On peut citer tel état dans lèquely sur 3,000 instituteurs, 1,400 seulement ont enseigné pendant Tannée entière. Dans d'autres, il y a eu deux maîtres, un pour chaque s^emestre; Cela constitue un va-et-vient dé professeurs, qui rend impossible là direction d^une école et un en» seignement régulier.

On trouvera sans doute les moyens de rendra la position de ces estimables fonctionnaires plus avamm tageuse et par conséquent plus stable f mais il est tout aussi nécessaire de soumettre à des épreuves plus sérieuses ceux qui aspirent à prendre rang parmi les instituteurs. Il n*est pas de profession qui n'exige un apprentissage garantissant une capacité suffisante, et c'est souvent sans y être préparés que des jeunes gens de dix-huit à vingt ans se présen-» tent pour diriger une école.

Nul maître sans doute ne peut être employé dans une école publique sans avoir une certaine, capacité attestée par un certificat indiquant le degré d'instruction qu'il possède; mais les examens ne se font pas partout d'après les mêmes programmes, et souvent même les besoins du service ont rendu forcément les juges indulgents. On a déjà adopté .des programmes pour chacune des classes dont se composent les écoles graduées; ou songe à géné^ j-aliser de même ceux d'après lesquels seront exar minés les instituteurs. Les diplômes qui leur sont

délivrés sont loin d'avoir la même valeur. Les uns ne sont valables que pour un temps déterminé ; les autres confèrent le droit d'enseigner partout et toujours.

C'est en général le comité des écoles, sous la présidence du surintendant, qui procède à Texamen des instituteurs.

Il y a, pour l'État d'Ohio, des diplômes de quatre «degrés, donnant le droit d'enseigner, pendant six, douze, dix-îiuit ou vingt-quatre mois. A New-York, c'est le surintendant qui examine les instituteurs et leur délivre les diplômes. Mais , dans tous les États, les épreuves auxquelles sont soumis les can« didats sont reconnues comme insuffisantes. On aU tache beaucoup de prix aux diplômes obtenus par les candidats ayant fait des études dans les acadé-* mies et les écoles supérieures, et surtout aux titres de ceux qui ont été pourvus de grades universitaires.

Deux questions importantes, généralement résolues aujourd'hui de la même manière, ont été, pendant plusieurs années , agitées dans les réunions publiques, dans les journaux et les rapports des surintendants. Elles sont relatives à l'abolition des rétributions scolaires et des punitions corporelles. La nécessité de supprimer les rate bills est soutenue dans un rapport du comité d'éducation du Connecticut avec beaucoup de force et d'éloquence^

par MM. Fenton, de New- York, Edouard Everet et Sears, président de l'université de Brown. Partout où ils ont été supprimés, les écoles sont devenues plus nombreuses et plus florissantes. C'est pour établir dans toutes les écoles la gratuité absolue, que tant de riches particuliers se sont montrés si généreux envers les écoles; c'est le but principal qu'a voulu atteindre M. Peabody, lorsqu'il a cqnsacré aux établissements d'instruction publique une fortune aussi inépuisable que sa bienfaisance ^

L'établissement d'écoles particulières pour les pauvres est une chose déplorable, offensante pour Tamour'^propre et la dignité de ceux qui en sont l'objet, et qui d^ailleurs ne seront pas toujours pauvres» On en avait fondé une dans la Caroline du Sud, mais personne n'y envoya ses enfants^ et l'école est tombée*

Une correspondance curieuse fait connaître Tétat de l'opinion publique^ au sujet de la gratuité ab^^ solue des écoles. M» White, surintendant d'Ohio,

1; Parmi Ida done faits par Mi Peabody atlx él&blissëtlletits d'instruction publique des États-Unis^ figurent 5,340,000 fr. pour riAstitut de Baltimore j tO,680,000 ît, pour un Musée d'an- Uquités américaines, au collège d'Yale ; 800,000 fr; pour un mu* 8ée analogue au collège d'Hartard } 1,330,000 fr. pour titi institut et des objets d'éducation à Danvers; 257^000 fr. pour uti musée libre à Salem i li336,000 fr. à l'Ëtat du Maryland. J'aurai plus tard l'occasion de mentionner les dotis dus à la munificence de M. Erza Cornell à Ithaca, et par MM. Salisbury, Bornton, Girard, Jiacob Astor, G. Street, Wallîer, clc, etc.

apprend que le rate-bill, d*abord adopté, a été abandonné depuis quinze ans. Il n'existe dans aucun des États de TOuest. Il a été aboli dans celui d'Indiana, dans Tlowa, dans le Kansas, dans le Kentucky, dans la Pennsylvanie et dans le Massachussetts. Cette rétribution avait d'ailleurs été fort minime partout; mais son abolition absolue s'accorde parfaitement avec les dispositions de l'opinion publique. Maintenant^ daiis presque tous Ijss États, non-seulement les élèves reçoivent l'instruction gratuite, mais on leur donne encore gratuitement tous les livres qui leur sont nécessaires. A New-Tork, par exemple, et à Philadelphie, livres, plumes, papier, ardoises, sont mis libéralement à leur disposition , dans toutes les écoles primaires et secondaires. Cette dépense, pour les 73,000 enfants qui fréquentent les écoles à Philadelphie, est de 340,000 fr. par an, ce qui constitué en moyenne une somme de 4 fr. SO par élève. Chacun d'eux aurait à débourser une somme bien plus considérable, s'il était obligé de se procurer lui-même les livres et les autres instruments de travail. A Chicago, les parents sont obligés de les acheter; c'est pour eux une charge qui souvent excède leurs moyens et les force à garder chez eux leurs enfants. Lé dernier rapport de M. Clarke, président du Comité d'éducation, faisait remarquer que, pour un enfant ayant suivi les cours de trois degrés.

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cette dépense pouvait s'élever à 350 fr.' pour toute la durée de ses études. Il demandait donc, avec les plus vives instances, que la ville de Chicago suivît l'exemple dionné par les villes de New- York et de Philadelphie. Tout parte à croire que TÉtat aura fait droit à sa demande»

L*opinion publique se prononce avec la même force pour l'abolition de toute punition corporelle, dans les écoles primaires et dans les écoles de grammaire de garçons. Il n'en existe point dansles écoles de filles et pour les établissements d'enseignement supérieur, comme on doit bien le penser. Quantaux écoles de jeunes enfants et à celles où peuvent être admis des écoliers qu'une mauvaise éducation première rend naturellement peu dociles, l'usage de la férule avait été maintenu dans plusieurs États, comme indispensable à l'égard de certains élèves grossiers ou incorrigibles. L'expulsion est une peine toujours jugée trop sévère et comme ayant des conséquences déporables. Dans certaines écoles de grammaire, oùTemploi d'une peine corporelle avait été maintenu, de grandes précautions étaient prises pour prévenir sur ce point tout regrettable abus. Elle ne pouvait être infligée que par le principal, pour le cas de mauvaise conduite notoire et persistante, et après l'emploi de moyens moraux pour réformer le coupable. Le principal devait faire connaître au surintendant la peine infligée, le nom de

l'enfant qui Tavait subie, celui du maître qui Tavait ordonnée, la nature' de la faute. Notification devait en être faite à la famille. Tout principal ayant négligé de remplir ces formalités, ou s'étant rendu coupable d'avoir infligé une peine excessive, pouvait être révoqué , et tout maître l'ayant infligée de sa propre autorité encourait la destitution. Ces prescriptions figuraient dans les règlements des écoles de New-York; mais les moyens coercitifs sont partout répudiés ; c'est au bon sens, au tact et à l'habilité des maîtres que l'on s'en rapporte pour l'emploi exclusif des moyens agissant sur le cœur et l'intelligence des élèves.

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