ÉCOLES NORMALES
Mais ce qui est depuis quelques années considër<^s partout comme une nécessité indispensable, c'est la création d'institutions pédagogiques [training schools, normal schools) dans lesquelles les instituteurs et les institutrices seront préparés à remplir dignement leurs fonctions, en recevant en même temps une instruction supérieure et en s'initiant à la pratique de l'enseignement dans les écoles élémentaires annexées à ces institutions préparatoires. M. Hankock, surintendant des écoles de Cincinnati, joignant sa voix à celles de toutes les «personnes qui demandent partout l'érection d'écoles normales analogues à celles qui ont déjà rendu de si grands services en France et en Prusse, fait observer judicieusement que les meilleurs systèmes d'enseignement, les méthodes les plus ingénieuses, les pro-
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grammes d*études les plus complets^ quelque beaux qu'ils soient en théorie, quelque réguliers qu*ils paraissent au point de \ue philosophique, ne produisent aucun effet, si TÉtat ne possède pâ^es instituteurs intelligents et capables de les mettre en pratique.
<c L'instituteur, dit-il, est le fait capital autour duquel se groupent tous les autres faits. Sa tâche ne consiste pas seulement à faire Tapplication des moyens conçus par d'autres; il doit penser par luimême, et s» faire une juste idée du sujet siur lequel il opère. L'entendement ne croit pas à la manière des plantes, mais comme un esprit, recevant de son contact mystérieux ayec un autre esprit Tanimation de la yie : la pensée doit s'allumer au foyer d'une autre pensée, i»
Les théories et les conseilç ne font jamais défaut en Amérique. Personne ne demeure indifférent à tout ce qui peut améliorer l'enseignement public; personne ne révoque en doute la nécessité non-seulement d'assurej^4)lus de bien-être aux fonctionnaires charges de l'éducation de la jeunesse, mais encore de leur procurer les moyens d'atteindre un haut degré cTinstr action, afin qu'ils puissent accomplir leur tâche dans les meilleures conditions possibles. Eux-mêmes, animés de cet esprit, et ayant le sentiment de la haute mission qui leur est confiée, recherchent, avec une louable émulation.
les occasions de s^enquérir des uoeilleures méthodes, et ils se rendent ayec empressement aux réunions et aux conférences dans lesquelles se posent et se discutent toutes les questions qui les intéressent. Us s'y rencontrent avec les maîtres les plus autorisés, qui les interrogent ou leur communiquent, dans de savantes leçons, les résultats de leur expérience.
Rien n'est plus intéressant que ces réunions d'instituteurs des deux sexes, ayant lieu ordinairement à la fin de Tannée, à l'époque des inspections et sous la direction des inspecteurs eux-mêmes. On y appelle toutes les personncf^qui portent quelque intérêt au succès des études et à la bonne tenue des classes. En i868, cinquante-neuf assemblées de ce genre, sous le nom d'Instituts des professeurs {Teacher's imtitutes), ont été tenues dans TÉtat d'Indiana ; i,622 instituteurs et 1,911 institutrices ont pris part aux lectures et aux conférences. Ces sortes de réunions durent pendant huit jours et souventpendant quinze. Chaque année, on désigne, dans chaque État, les villes où doit se tenir ce congrès.
J'ai eu le plaisir d'assister à quelques séances d'une de ces réunions tenue à Elizabethtown, dans le comté d'Essex, sous la direction de deux commissaires, MM. Bullard etBishop. Les femmes s'y trouvaient, comme partout, en majorité : on y
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comptait 72 institutrices et 22 instituteurs. Les leçons devaient être faites pendant la session, qui a duré quinze jours, par le professeur William, de Buffalo, miss Potter, de Brooklyn, et miss Ëmily A. Price, d'Oswego. Les conférences et les examens ont eu pour objet l'enseignement de l'arithmétique, de la géographie, du dessin et des arts, les leçons de choses, les exercices de lectures, la grammaire, l'histoire, le gouvernement des États-Unis (Congrès, Cour suprême, pouvoir exécutif, etc.).
Parmi les questions agitées en ma présence, j'ai noté la suivante, qui n'est certainement pas une des moins singulières. Il s'agissait de savoir s'il fallait appliquer aux écoles le système monarchique ou le système républicain. Un des professeurs, partisan de l'organisation démocratique, cita l'exemple de l'Académie de Bufialo, dirigée entièrement d'après le principe républicain. Ce sont les élèves euxmêmes qui établissent les règlements des classes et qui veillent à leur observation ; ils se chargent de la surveillance et de tout les détails de la discipline ; ils décident si la classe doit ou ne doit pas avoir lieu ; ils ont le pouvoir de chasser un mauvais élève ; ils ont enfin le droit de censure à l'égard de ceux de leurs professeurs qui auraient abusé de leiur autorité ou dépassé leurs attributions.
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C'était, disait le professeur, un excellent exemple à suivre, et il prétendait que Tacadémie de Buffalo était un des établissements qui se distinguaient le plus par la force des études et par la bonne conduite des élèves.
Je suis fâché de n'avoir pu me rendre à Bufifalo, pour m'assurer moi-même de ce qu'il y avait de vrai dans une pareille assertion. D'autres personnes m'ont assuré depuis que le fait était parfaitement exact.
On pourra juger de l'importance des questions débattues dans les réunions de ce genre par les suivantes, que je note parmi celles qui ont été examinées aux dernières conférences tenue& dans le Gonnecticut : De l'usage des tableaux noirs et des exemples illustrés; nécessité d'une préparation quotidienne et d'un programme déterminé pour chaque classe. — Responsabilité des instituteurs. — Temps consacré aux classes et aux récréations. — Moyens employés pour donner aux enfants l'habitude de l'observation, pour développer l'attention, y la mémoire, l'imagination, l'association des idéesj/^ — Dès rapports entre les différentes branches d'e- • tudes et les facultés de l'entendement. — Des peines disciplinaires et de leurs inconvénients. — Comment développer les sentiments bienveillants, la sincérité, l'honnêteté, la politesse et les bonnes manières? — Du choix des livres de lecture, fon-
dation de bibliothèques de districts, revues et journaux d'éducation. — Nécessité pour les maîtres de se mettre en rapport avec les parents et de visiter les écoles. — Gratuité de l'enseignement, abolition des rétributions {rate bills) des écoles dans les communes rurales. — Des enfants employés dans les manufactures. — Enfants abandonnés par leurs familles, absentéisme et vagabondage, etc.
Ce ne s(mt pas seulement les instituteurs qui se réunissent pour examiner ces diverses questions : elles sont mises à l'ordre du jour, dans un grand nombre de villes, où les citoyens les plus éminents s'assemblent pour les discuter. On y expose les méthodes à suivre, les moyens proposés pour rendre de plus en plus florissantes les écoles publiques, dont l'existence se lie essentiellement avec le progrès social et la prospérité de l'État. Les ministres des différentes religions sont invités à diriger, dans ce sens, quelques-uns de leurs prônes; et il est iuste de dire que tous, sans distinction de sectes, sont joujours disposés à user de leur influence dans "^>^ l'intérêt de l'instruction populaire. Eux-mêmes, i dans leurs écoles du dimanche, rendent directeïnent les plus grands services aux jeunes gens et aux jeunes filles qui répondent partout en grand nombre à leur appel.
A la suite de ces conférences publiques, l'assemblée, selon l'usage de toutes les assemblées, rédige
des résolutions que les journaux rendent bientôt publiques.
Dans un meeting, tenu à Meriden le 8 novembre 1867, par la Société pour les progrès de Tinstruction populaire, les axiomes suivants, qui résument le système général des écoles dans les États-Unis, ont été proclamés :
1* Devoir pour FÉtat de se protéger . contre les dangers de Tignorance ;
2"" Nécessité d'un système d'écoles publiques ;
3* Point d'écoles particulières pour les pauvres ; écoles communes à tous, common schools;
4® Gratuité absolue. Impôt levé régulièrement sur la propriété, pour subvenir largement aux frais de l'éducation publique ;
S* Multiplier les écoles supérieures, high schools;
&** Fonder partout des écoles normales ;
V Réunir les districts, dont la population est faible , où les ressources sont insuffisantes ;
8'' Recommander aux comités et aux directeurs d'écoles de veiller sur les enfants négligés ou abandonnés ;
O'* Enfin, appeler tous les citoyens à s'occuper activement des questions relatives à l'éducation nationale
Les réunions périodiques des instituteurs et des institutrices, quelque utiles qu'elles puissent être, pour stimuler leur zèle et éclairer leur esprit, sont reconnues comme bien insuffisantes, et des établissements réguliers et permanents se fondent sur le modèle des écoles normales de FEurope. Dans son rapport de 1867, le surintendant d'Indiana exposait que le Wurtemberg possédait 7 écoles normales,, la Bavière 9, la Saxe 10, l'Autriche 15, l'Angleterre S3, la France 97. En Amérique, le Maine venait d'en organiser, 2; Rhode- Island , Connecticut , New - Jersey , Maryland, Illinois, Michignan, Missouri, lowa, Kansas, Californie, en avaient chacun 1; Wisconsin, Pennsylvanie, Minesota, 3; New -York et Massachusetts, 4.
La première école normale a été établie à Lexington, Massachusetts, en 1840; en 1844, l'État de New- York vota une somme annuelle de 60,000 fr. pour l'entretien de celle d'Albany. La ville de New- York avait organisé, en 1835, sous ce nom d'école normale, une réunion d'instituteurs ayant lieu tous les samedis, de 9 heures à midi, sous la présidence du sous-intendant et de deux assistants. Ces réunions devaient être suivies par les maîtres aspirant aux grades supérieurs. Ils s'y rendent quelquefois au nombre de 800. Indépendamment de ces réunions hebdomadaires, obligatoires pour les institu-
teurs des deux sexes, et dans lesquelles sont traitées toutes les questions relatives à l'enseignement public, la ville a institué une véritable école normale, destinée à former et à préparer des instituteurs. Pour y être admis, il faut être âgé de 16 ans au moins et avoir subi d'une manière satisfaisante un examen ayant pour objet la lecture, l'écriture, la géographie, l'arithmétique jusqu'aux racines carrées, l'analyse grammaticale. Les élèves, en entrant à l'école, déclarent qu'ils sont dans Tinténtion de se vouer à l'enseignement dans les établissements de l'État, et qu'ils se présentent à l'école normale avec l'intention de s'y préparer plus convenablement à s'acquitter de leurs importantes fonctions.
Les cours de première année, dans lesquels les élèves sont admis, après avoir suivi, pendant un temps plus ou moins long, des cours préparatoires, sont: l'arithmétique, la géométrie, la trigonométrie, la botanique, la physique, l'astronomie, l'histoire na* turelle^ la grammaire anglaise, l'analyse grammaticale, la géographie, les éléments de la rhétorique, l'histoire ancienne, l'histoire moderne et particulièrement celle des États-Unis d'Amérique, la théologie naturelle et l'économie politique.
Pendant la seconde année, les élèves étudient la chimie, la géologie, les mathématiques supérieures, la littérature anglaise, la philosophie morale et politique, la musique vocale, le dessin et la calli-
graphie. Ds sont exercés à la composition et à Timprovisation. Ils sont habitués à la pratique de renseignement, en dirigeant des classes dans diverses écoles primaires, et particulièrement dans récole modèle annexée à rétablissement. Après ces deux années, des diplômes sont accordés aux élèves des deux sexes ayant subi convenablement les épreuves de l'examen ; le diplôme leur dotme le droit d'exercer partout.
Tous les États de l'Union ont aujourd'hui une ou plusieurs écoles normales. Elles sont quelquefois établies dans les high sckools, dont elles forment une division spéciale, ce qui permet aux élèves de profiter de toutes les ressources et de tous les instruments de travail qui s'y trouvent. Dans l'État de Yermont, les écoles normales sont établies dans toutes les académies et les écoles supérieures existant dans chacun des districts.
Ce n'est pas sans raison que l'on compte sur ces utiles institutions pour que les écoles puissent, dans un bref délai, voir à leur tête des maîtres suffisamment instruits et parfaitement en état de diriger les nombreux établissements qui, sur ce point, laissent beaucoup à désirer, surtout dans les localités éloignées des villes. L'amélioration que l'on espère se réalisera d'autant plus sûrement que les comités, offrant aux instituteurs et aux institutrices, comme je l'ai déjà fait observer, des positions ho-
norables et convenablement rétribuées, les attacheront aux fonctions qu*ils ont à remplir et mettront fin à ces changements fréquents dont se plaignent, avec raison, les familles des communes rurales.