CHAPITRE XIII
APPRÉCIATION GÉNÉRALE DE L'eDDCATION PUBLIQUE
L'exposé qui précède peut donner, je le pense , une idée assez complèie de Tétat actuel des écoles publiques aux États-Unis. Il n*est pas inutile d'en résumer ici les traits les plus essentiels.
Pour les Américains, les écoles publiques, common schools, free schoolsy sont des établissements fondés et entretenus par un fonds spécial provenant de la vente de certains territoires affectés à l'instruction publique, par les taxes que s'imposent eux-mêmes les citoyens et par les dons de quelques riches particuliers.
Les enfants et les jeunes gens des deux sexes reçoivent, de 5 à 18 ans, une éducation commune entièrement gratuite. On n'établit aucune différence entre l'instruction que l'on donne aux garçons et celle que l'on donne aux filles. La liberté dont jouis-
sent également les uns et les autres , leur présence dans les mêmes établissements , leur participation aux mêmes cours, dirigés indifféremment par des institutem-s ou des institutrices, sont considérés comme offrant pour leur développement intellectuel, leur moralité et leur avenir social d'immenses avantages. On n'y connaît aucun des inconvénients que pourraient craindre, en pareil cas, les nations chez lesquelles les habitudes et les lois ont donné pour principe aui^ relations établies entre les deux sexes, dans Técole et dans le monde , une circonspection soupçonneuse et une injurieuse défiance.
L'éducation publique a pour but de procurer à tous les élèves une instruction qu'ils pourront, au sortir des écoles, appliquer aux diverses professions de la vie ou à l'accomplissement des devoirs imposés aux citoyens et aux citoyennes d'une grande RépubUque. Tout en les rendant propres aux diverses fonctions ou professions qui n'exigent pas une haute culture scientifique, elle les prépare à l'enseignement des collèges, des facultés et des écoles spéciales, nécessaire à ceux ou à celles qui doivent exercer des professions libérales et savantes.
L'instruction donnée à tous embrasse les études comprises dans ce que nous désignons, en France, sous les noms d'instruction primaire élémentaire et supérieure , d'enseignement secondaire spécial et une partie de l'enseignement secondaire classique
des collèges et des lycées. Sept millions d'élèves sont appelés à profiter de toutes les ressources que procure un enseignement dont la plus grande partie n'est donnée en Europe qu'aux enfants des classes privilégiées ; 450 millions au moins sont employés chaque année à la fondation et à l'entretien de ces écoles publiques, dont le nombre est aujourd'hui do deux cent mille (c'est une école pour 180 habitants), dirigées par 380,000 instituteurs ou institutrices (celles-ci comptant pour les deux tiers) ; elles sont surveillées et inspectées par des fonctionnaires nommés par des comités élus par le peuple et ne comptant pas moins de 800,000 membres s'intéressant directement aux progrès de l'éducation populaire *.
Cette organisation, arrivée graduellement à un si admirable ensemble de forces actives et puissantes, ne s'applique pas, comme en Europe , à des populations depuis longtemps agglomérées et pour lesquelles il ne s'agit que d'améliorer ou de compléter des systèmes d'éducation déjà plus ou moins florissants. Dans un pays qui n'avait en 1790 que 3 millions d'habitants, et qui en compte aujourd'hui plus de 37, l'éducation publique a pour but principal de s'emparer des milliers de nouveaux arrivants que l'Europe envoie, chaque année, aux États-Unis,