‹ L'instruction publique aux États-Unis. Écoles publiques, colléges, universités, écoles spécialesChapitre 34 sur 134 · Voir sur les collèges Rutger et Vassar, i)ages · texte numérisé non relu

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sont exempts de toute rétribution. Véglise et les bâtiments où sont établis les cours ont unç valeur de 1,730,000 fr. Les sacrifices que se sont iicnposésles directeurs pour fonder le collège de Saint-François- Xavier, les ont, d'après la déclaration quils ont faite aux régents, endettés de 750,000 fr. La rétribution payée par les élèves suffit à tous les frais de la maison, avec un bénéfice annuel de 2S,000 fr., consacrés à l'extinction de la dette. Quoique l'étude des sciences n'y soit poiq4 négligée, ce sont cependant les langues anciennes, la philosophie , la rhétorique , la littérature et l'histoire qui forment la partie la plus importante de l'enseignement.

L'une des écoles de médecine de l'État de New- York a pour objet l'enseignement de l'homéopathie, et une autre s'occupe spécialement de former des dentistes.

Les réunions de la corporation des régents ayant lieu chaque année à Âlbany offrent le plus grand intérêt. Elles attirent un grand nombre d'auditeurs, devant lesquels les professeurs les plus distingués de l'État traitent , de la manière la plus élevée et avec un grand sens pratique , toutes les questions qui se rattacheùt à l'éducation publique. C'est dans ces discours que l'on peut apprécier les sentiments communs à tous les instituteurs de la jeunesse américaine, sur l'importance qui doit être attribuée aux études littéraires, historiques et philosophiques,

dont le foDdement le plus solide est la connaissance approfondie des langues anciennes. Il ne faut pas croire, en effet , que celte société industrielle , où semble prédominer le culte des intérêts matériels, demeure étrangère à ces études spéculatives et à cet amour désintéressé de Tart , que les principales nations de l'Europe civilisée considèrent comme un privilège qui leur est propre. C'est précisément parce que, dans les États démocratiques , ^ la nécessité d'une forte organisation donnée à Tinstruction populaire tend à lui faire perdre en profondeur ce qu'elle gagne en étendue, qu'une réaction sérieuse contre une éducation purement utilitaire se fait plus vivement sentir. On a vu que , grâce à leurs écoles publiques , ce sont les États-Unis qui comptent le plus grand nombre de citoyens pourvus de connaissances positives , immédiatement applicables aux diverses conditions sociales. Ils aspirent aujourd'hui non-seulement à conserver leur place parmi les nations qui se distinguent par une large diffusion des lumières, mais encore à multiplier les établissements d'instruction supérieure , destinés à former des hommes distingués, par une plus haute culture intellectuelle. Tout ce qui concerne les collèges et les universités est l'objet d'un intérêt général. C'est avec une grande solennité que s'organisent les cérémonies par lesquelles s'ouvre l'année classique et surtout les fêtes imposantes qui en si-

gnalent la clôture. Une foule 'empressée accourt, au jour fixé, daus le lieu où les jeunes gens elles jeunes filles doivent recevoir la récompense de leurs travaux. C'est ordinairement une des églises de la ville. En voyant la joie qui brille sur tous les visasages, on ne reconnaîtrait pas, à coup sûr, cette société américaine que Ton prétend être si froide et si indifférentes aux choses de Tesprit. Les anciens élèves de Tétablissenlent , occupant souvent dans l'État des fonctions élevées, ou ayant conquis, par leurs efforts, une fortune brillante, ne manquent jamais, toutes les fois qu'ils le peuvent, de venir offrir des félicitations et des encouragements sympathiques à leurs jeunes successeurs. Dans chaque université, l'association des anciens étudiants , des alumni^ est une institution sérieuse. Elle resserre et perpétue les liens d'une touchante confraternité entre les hommes qui, dans les conditions souvent bien différentes où le sort les a placés, sont heureux de se retrouver, chaque année, dans les modestes sanctuaires où ils ont reçu une éducation commune. L'assemblée émue écoute d'abord avec recueillement la prière , faite à haute voix par le président de la réunion ; les élèves chantent des hymnes religieuses ou des chants patriotiques , auxquels s'associe l'assistance tout entière. La parole est donnée ensuite aux étudiants appelés à payer de leur personne et à faire la lecture de leurs meilleures com-

positions, en prose ou en vers. La séance s^ouyre par un discours latin, non moins riche que celui du concours général de notre Sorbonne en fleurs de rhétorique et en périodes cicéroniennes, avec cette différence qu'il peut être compris par la plupart des jeunes filles devant lesquelles il est prononcé. Lés lectures faites par les autres étudiants ne sont pas écoutées avec moins de faveur. Dans quelques universités, les élèves les plus avancés prononcent, sur des sujets donnés, de véritables discours, s*habituant ainsi de bonne heure à cet art de la parole, auquel les Américains attachent d'autant plus de prix, qu'ils ont chaque jour Toccasion de le pratiquer dans leurs nombreuses réunions publiques. Dans la dernière fête de ce genre, célébrée au mois de juin au collège d'Yale, les sujets suivants avaient été mis au concours : Milton, Taylor et Locke, apôtres de la Uberté , Thomas Wentvirorth , comte de Strafford. Au collège de Middlébury, à la même époque, les sujets traités par les élèves gradués étaient : Charlotte Gorday, les Conditions du travail, la Critique. Ce sont, comme on le voit/ des questions sérieuses et sérieusement traitées/ De chaleureux applaudissements accueillent les jeunes gens qui donnent ainsi la mesure des talents par lesquels ils se distingueront un jour. De pareilles fêtes laissent dans les âmes d'ineffaçables souvenirs. Elles sont suivies de concerts, de bals, de réjouissances

'publiques qui attestent le prix immense qu'attache au savoir la population tout entière.

Des récompenses sont décernées aux auteurs des meilleures compositions et aux élèves qui pendant Tannée se sont fait remarquer par leur travail et leur conduite.

Ces concours ne sont pas des luttes qui, sous prétexte d'entretenir l'émulation et d'élever le niveau des études, ne servent souvent qu'à faire porter exclusivement les soins des professeurs sur les élèves les plus brillants , et à satisfaire la vanité et l'amour-propre des vainqueurs, en suscitant des sentiments d'envie chez les vaincus, moins heureux ou moins habiles* Les prix distribués ne sont qu'une juste rémunération publiquement offerte aux plus méritants. Ils consistent ordinairement en une certaine somme de dollars mise à la disposition des administrateurs par quelque riche particulier* Les élèves laborieux reçoivent ainsi la récompense de leurs efforts et les moyens de continuer leuts études, dans le cas où l'insuffisance de leurs ressources ne leur permettrait pas de les poursuivre 4 Les citoyens généreux^ qui fondent des collèges ^ n'oublient jamais que leur devoir est d'en facilitei* l'accès aux jeunes gens appartenant aux faiâilles peu aisées. Dans plusieurs établissements ^ comme j'aurai occasion de le montrer en parlant de l'université d'Ithaca^ des ateliers sont ouverts aux étu-

diants qui, en consacrant quelques heures de la journée à des travaux manuels, gagnent véritablement, à la sueur de leur front, l'argent qui payera leurs frais d* études et leur assurera les avantages d'une éducation supérieure. Ceux qui parviennent plus tard, par leurs talents, à de hautes positions sociales, peuvent se dire, à un double titre, les artisans de leur fortune et les fils de leurs œuvres.

Mais il est temps de pénétrer dans quelques-uns de ces établissements, pour en étudier en détail l'organisation intérieure. Ceux d'Yale, à Newhaven (Connecticut) , et de Cambridge , près Boston (Massachusetts) , les plus anciens de tous , sont encore aujourd'hui les plus renommés. Us donneront une idée assez exacte de tous les autres, qui, pour la plupart) se sont formés en les prenant pour modèles.

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