‹ Lʹ instruction publique en AllemagneChapitre 10 sur 104 · L'Éducation de VBomme^ p · texte numérisé non relu

L'Éducation de VBomme^ p

les propriétés et l’usage. Le feu brûle ^ dit-elle en approchant prudemment le doigt de l’enfant de la flamme, afin de lui faire sentir l’action du feu,* sans pourtant qu’il s’y brûle ; elle le préserve ainsi pour l’avenir d’un danger qui lui était inconnu. Elle dira aussi en appliquant légèrement la pointe d’un couteau sur sa main : Le couteau coupe. Puis- voulant appeler l’attention de l’enfgint, non-seulement sur les objets dans leur état passif, mais encore sur leur usage et leurs propriétés, elle ajoute.- la soupe est chaude^ elle bride; — le couteau est pointu, affilé, il pique, U coupe, ny touche pas. L’enfant, passant de la connaissance de l’objet à celle de son action, arrive aisément de cette manière à comprendre la signification réelle des mots couper, piquer, brûler, sans qu’il soit obligé d’en faire l’expérience sur lui-même.

« La mère montre à son enfant la manière de se servir des objets quelle lui désigne. .Reliant toujours la parole à l’action, elle dira à 1 enfant qui se dispose à manger : ouvre ta bouche pour manger; elle lui fera connaître le but de son action lorsque, en le couchant, elle dira: dors, dors. Elle lui fait distinguer les diverses- sensations du goût et de l’odorat, soit en lui disant : Oh ! que cela est bon ! on fi I que c'est mauvais ! Lui présentant une fleur d’agréable parfum: Oh! que la fleur sent

bon, dit-elle en simulant une aspiration ; ou'bien,

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se détournant 'vivement de la fleur qu’elle veut éloigner de l’enfant : Ohl la mauvaise odeur ! dit-elle avec dégoût.

« C’est ainsi qu’agit la mère qui, dérobant à tout œil profane le sanctuaire de son amour, élève son enfant dans la retraite, développant tour à tour chacun de ses membres et de ses sens de la manière la plus simple et la plus conforme à la nature.

« Malheureusement, avec notre sagesse raffinée, nous perdons souvent de vue le principe et le but du développement de l’homme. Abandonnant les véritables guides, la nature et Dieu, pour chercher secours et conseils dans la prudence et la science, nous n’arrivons qu’à bâtir des châteaux de cartes qu’un souffle jette à terre. »

Il est certain que si l’enfant,' en sortant de la maison paternelle pour entrer à l’école, tombe de l’étude raisonnée des choses dans celle des règles plus ou moins abstraites qu’il trouvera dans des livres qu’ü ne pourra comprendre sans de pénibles efforts et de grandes fatigues, il ne peut que prendre en dégoût des études qui l’ennuient et qui coupent court à tous les progrès qu’il devait au développement naturel de ses facultés.

C’est encore en s’inspirant de l’auteur de l'Émile que les Allemands ont introduit dans leurs écoles cet enseignement par l'aspect, qui, en parlant d’abord aux sens de l’enfanl, donne une première satisfaction à sa curiosité et à son besoin de

connaître et le conduit tout naturellement de la

vue du monde réel à l’intelligence des idées qu’il exprim*e. Mais les tableaux et les images, qui représentent les choses, ne valent pas les choses elles-mêmes, et voilà pourquoi cet enseignement par l’aspect dans les écoles allemandes ne vaut pas ces leçons de choses usitées dans les écoles des États-Unis et qu’il serait d’autant plus utile d’introduire dans les nôtres que ce sont encore nos grands éducateurs français, Montaigne, Fleury, J. -J. Rousseau, qui les premiers en ont proclamé l’utilité et l’excellence. Ce n’est pas seulement à la salle d’asile qu’il faut appliquer cétte méthode qui fait naturellement suite aux premières notions que l’enfant doit à l’enseignement maternel. Elle ne conviendrait pas moins aux écoles primaires et à l’enseignement moyen, où elles remplaceraient avantageusement les méthodes vicieuses qui, dirigeant presque uniquement l’attention sur les

mots et sur l’arrangement des phrases, n’ont souvent pour résultat que d’enseigner aux élèves l’art d’écrire avant qu’on lui ait fait connaître les objets sur lesquels il doit écrire. Les leçons de choses composeraient un fonds solide, une forte assise de connaissances positives et réelles, qui lui permettraient ensuite de parler ou d'écrire sciemment et pertinemment sur tqutes choses.

Verbaque ptovisam rem non invita sequentur.

Ces leçons de choses, nous en trouvons tout le mécanisme exposé dès le dix-septième siècle’, dans l’excellent livre de Claude Fleury : Du choix et de la conduite des études.

« Comme les premiers objets dont les enfants sont frappés sont le dedans d’une maison, ses diverses parties, les domestiques et les services différents, les meubles et les ustensiles de ménage, il n’y qu’à suivre leur curiosité naturelle pour leur apprendre agréablement Tusage de toutes choses et leur faire entendre, autant qu’ils en sont capables, les raisons sôlides qui les ont fait inventer, leur faisant voir les incommodités dont elles sont les remèdes.- On les accoutumerait ainsi à admirer la bonté de Dieu dans toutes les choses qu’il nous fournit pour nos besoins, l’industrie qu’il a donnée aux hommes pour s’en servir ; à sentir le bonheur d’être nés dans un pays bien cultivé et dans une

nation instruite et polie On les accoutumerait

à faire des réflexions sur tout ce qui se présente : ce qui est le principe de toutes les études. Car on se trompe fort quand on s’imagine qu’il faut aller chercher bien loin de quoi instruire les enfants. Ils ne vivent ni en l’air, ni parmi les astres, moins encore parmi les espaces imaginaires, ils vivent sur la terre dans ce bas monde, tel qu’il est aujourd’hui.

« Il faut donc qu’ils connaissent la terre qu'ils habitent, le pain qu’ils mangent, les animaux qui les servent et surtout les hommes avec qui ils doivent vivre et avoir affaire.

« A mesure que l’âge avancerait, on leur en dirait davantage et on ferait en sorte de les instruire passablement des arts qui regardentla commodité de la vie, leur faisant voir travailler et leur expliquant chaque chose avec grand soin. On leur ferait donc voir, ou dans la maison ôu ailleurs, comment on fait le pain, la toile, les étoffes ; ils verraient travailler les tailleurs, les tapissiers, les menuisiers, les charpentiers, les maçons et tous les ouvriers qui servent aux bâtiments. Il faudrait faire en sorte qu’ils fussent assez instruits de tous ces arts pour entendre le langage des ouvriers et pour n’être pas aisés à tromper. Cette étude serait un grand divertissement pour eux; et comme les enfants veulent tout imiter, ils ne manqueraient pas de se faire des

jeux de tous ces arts en s’efforçant de les imiter. »

C’est précisément ce qu’explique Frœbel plus longuement, mais moins simplement, et moins clairement que l’écrivain français. Mais ces sages préceptes ce ne sont pas les Français qui les ont les premiers mis en pratique. Lorsqu’on leur expose les méthodes d’éducation employées en Allemagne, qu’ils se sont accoutumés à admirer sur parole, c’est à elle qu’ils font honneur d’une invention dont eux-mêmes avaient eu le mérite. C’est ainsi que pendant longtemps nos historiens littéraires avaient attribué à l’Allemagne, à l’Italie, à l’Angleterre, des compositions épiques ou IjTiques, une foule de contes et de fabliaux, qui n’étaient que des imitations, fort imparfaites souvent, de nos troubadours et de nos trouvères, dont les manuscrits, longtemps oubliés, sont sortis depuis plusieurs années de la poussière des bibliothèques.

Les leçons de choses conseillées par Claude Fleury en 1766, M“® Pape-Carpentier nous les montre, d’après un récit de M. de Cormenin, admirablement organisées à Florence en 1847, dans un établissement fondé par le prince Demidoff*.

« De véritables tableaux appendus dans la salle de l’école primaire instruisent les jeunes enfants

1 . Vêla Méthode des Salles d'asile, première conférence faite à la Sorbonne.

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SALLES D’ASILE, OD JARDINS D’ENFANTS. 71 qui sortent de l’asile, et ils y reçoivent des leçons de dessin, de coupe de pierres et de simple architecture. D’autres ateliers d’imprimerie, de cordonnerie, de soierie et différents états professionnels sont ouverts dans la maison aux enfants sortis de l’asile qui manifestent leur goût pour l’un d’eux. On les a pris presque en naissant et, par une prévoyance ingénieuse, on complète là leur apprentissage. Rien n’est négligé pour qu’ils ne prennent des êtres^ des choses, des «risque des idées nettes et exactes, et successivement, sans trouble ni confusion de mémoire. ,

« Ainsi l’on place sous leurs yeux, à mesure qu’ils peuvent les comprendre, les objets des trois règnes de la nature, le végétal, le minéral, l’animal; on tient ces divers objets dans des armoires séparées ; chaque armoire a son casier, on y voit des épis de blé, d’orge, de froment, des herbages, des légumes, des fruits. On les nomme devant eux, on les leur montre, on les décrit (aux États-Unis on les leur fait décrire, ce qui vaut mieux). Us s’accoutument à les distinguer, à les reconnaître, à les dénommer eux-mômes et tout de suite. Pareillement des échantillons de pierres, de terres, de plâtres, de marbres, de soufre, de métaux d’or, de cuivre, de plomb, d’argent, de bitumes, y sont classés dans un ordre méthodique ; on les leur fait toucher, on en dit l’origine, on en explique brièvement la

transformation et l’application aux divers usages de la vie.

« 11 en est de même des animaux empaillés et représentés aux enfants, tels que la nature les a faits, moins la vie. Ils savent leurs noms, leurs mœurs, leurs instincts, leurs manières d’être, leurs qualités, leurs dangers. Aux enfants de l’école primaire on découvre l’anatomie de l’homme intérieur, la composition des corps, le jeu des organes, leur place, leurs fonctions, leur écoftomie. On fait assister l’homme devant eux, étude sérieuse et qui Ips force à méditer. Les leçons de mécanique complètent leur enseignement. On fait jouer à leurs yeux les rouages des machines. On leur décrit le mécanisme des montres, des moulins, des bateaux à vapeur, des locomotives, des métiers à filer, à tisser, à fabriquer les draps, les toiles, les étoffes. Cela s’enseigne comme par récréation, sans efforts et sans contrainte.

« Je crois que l’on ferait bien d’exciter les municipalités, chacune selon ses ressources, à se procurer de pareilles collections des trois .règnes de la • nature * . »

Ces indications et ces conseils, hélas! sont restés pour nous sans effet. Instruisons-nous, du moins, en voyant que d’autres, pays les ont mis à profit, et

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