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ORGANISATION GÉNÉRALE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE

Lorsqu’au mois de mai 1831 , M. Victor Cousin écrivit son remarquable rapport *sur l’état de l’instruction publique dans quelques pays de l’Allemagne et particulièrement en Prusse, il ne put s’empêcher d’opposer avec douleur le nombre et l’importance des établissements qu’il venait de parcourir, à la condition misérable dans laquelle se trouvaient, à cette époque, ceux de France.

En présence de ces écoles primaires, de ces

écoles bourgeoises [bürgerschnlen]^ de ces écoles

réelles {realschitlen) ^ de ces gymnases, de ces

universités si richement dotées et si üorissantes, il rappelait, non sans amertume, que la Restauration n’avait pu inscrire au budget de l’instruction publique que la somme dérisoire de S0,000 francs. Mais il savait en même temps que, sous l’influence de la révolution de 1830, l’esprit public se portait avec ardeur vers toutes les améliorations que réclamait l’éducation populaire. 11 savait que plusieurs hommes distingués appelés alors au pouvoir, et avant tous, son éloquent collègue de la Sorbonne, M. Guizot, songeaient sérieusement à reprendre l’œuvre si libéralement commencée et si brusquement interrompue de nos premières assemblées politiques. Les documents qu’il rapportait de ses voyages devaient, dans sa pensée, apporter plus d’un élément utile à la loi qui se préparait et qui, en 1833, ouvrit à l’instruction publique une ère nouvelle.

M. Cousin avait successivement visité les établissements scientifiques et littéraires de Francfort-surle-Mein, les écoles, le gymnase, le séminaire philologique de Weymar, l’université d’Iéna, le collège de Schulpforta , les grands établissements du royaume de Saxe et l’université de Leipzig; il avait enfin, pendant un séjour prolongé dans le royaume de Prusse, étudié avec une exactitude minutieuse, l’organisation générale de l’instruction publique à ses trois degrés, l’instruction primaire.

l’instruction secondaire et l’instruction supérieure ou universités.

' Ce livre eut un succès immense et mérité. Il eut

d’autant plus de retentissement, que des rapports

récents attestaient l’état déplorable dans lequel se

trouvaient en France les écoles publiques. Tandis

qu’en Prusse et dans les divers États d’Allemagne,

toutes les communes étaient pourvues d’écoles dont

la fréquentation était déclarée obligatoire, 13,984

communes de France, sur 38, 135, c’est-à-dire plus

d’un tiers, manquaient de tout moyen d’instruction, et par suite plus de la moitié des jeunes gens de vingt à vingt et un ans, inscrits au tableau de recensement ne savaient ni lire ni écrire. Je n'ai pas besoin de rappeler ici les faits douloureux énumérés dans le tableau de l’instruction publique en France publié en 1837 par M. Lorain.

M. Cousin avait compris et fort bien exposé la différence capitale qui existait en Allemagne et en Prusse, entre les établissements d’instruction primaire et ceux où, pour la classe bourgeoise, avaient été organisées l’instruction secondaire et l’instruction supérieure : les premiers appartenant particulièrement aux départements et aux communes, et les seconds relevant plus directement, soit de l’autorité provinciale, soit de l’État. Un autre fait, non

moins important, était pareillement mis en lumière

par l’auteur du rapport : c’est que l’instruction des

classes populaires était presque entièrement dans la dépendance des ministres des différents cultes.

Ces caractères généraux signalés dans l’organisation des écoles publiques ont subi, depuis 1831, des modifications importantes. J’aurai plus d’une fois l’occasion de les indiquer. Il y a d’ailleurs entre l’Allemagne du Nord et celle du Midi des différences trop nombreuses, pour qu’il soit possible d’appliquer à la première les réflexions que suggère la seconde. La prépondérance (qu’assurent en ce moment à la Prusse les succès de la guerre de 1870, l’influence qu’elle doit exercer sur l’organisation de l’instruction publique dans les pays soumis à son hégémonie, expliquent sufGsamment pourquoi c’est sur elle que se portera particulièrement notre attention.

Elle occupera d'ailleurs d’autant plus de place dans cet exposé que c’est sur ses établissements que se sont modelés en grande partie, ceux des autres parties de l’Allemagne.

Jusqu’en 1819, l’instruction publique avait fait partie du ministère de l’Intérieur. A cette époque, la Prusse obtint, sous le baron d’Altenstein, un ministère spécial auquel fut réuni celui des cultes.

La Prusse, avant la dernière guerre, comptait 1 8,491 ,87 1 habitants, dont 1 1 ,298,246 protestants, 6,906,917 catholiques, 234,785 juifs, 16,283 catholiques allemands, 12,706 mennonites, et 1,202 appartenant à l’Église grecque. Dans ce chiffre étaient compris 848,939 enfants de cinq à sept ans, et 2,731,536 de sept à quatorze.

Il y a en Prusse 1 académie des sciences, 1 académie des sciences techniques, 6 universités com plètes, et 7 en comptant l’université incomplète de Munster ; 2 universités catholiques de philosophie et de théologie, 13 séminaires, dont 9 catholiques, 3 évangélistes, et 1 israélite ; 1 université israélite de littérature talmudique ; 5 séminaires pour l’enseignement (écoles normales) ; 1 académie des arts, 2 académies des beaux-arts, 6 écoles d’arts et métiers ; 1 institut de musique d’église ; 1 académie des ponts et chaussées et d^’architecture, 1 académie des mines, 1 institut supérieur de commerce, 1 école forestière supérieure, 8 écoles d’agriculture ; 1 académie d’art militaire, 1 école de génie et d’artillerie, 3 écoles de guerre, 5 écoles de chirurgie militaire; 1 institut central (école normale supérieure), 144 gymnases (lycées), 25 gymnases préparatoires, ^Zrealschulen, 10 ^^h’ÿ^e7•sc/^w/en supérieures; 25 écoles provinciales d’arts et métiers, 3 écoles de dessin (pour les tisserands), 2 écoles de dessin pour le dessin ordinaire, 57 séminaires (écoles nor-

males) pour former des maîtres d’école, 25 instituts de sourds-muets, 9 instituts pour les jeunes aveugles; 70 écoles supérieures pour les jeunes filles, 350 écoles moyennes de garçons et 370 écoles moyennes de filles.

En 1857, la Prusse avait 25,463 écoles publiques élémentaires, renfermant 2,828,692 enfants, dont 1,430,926 garçons et 1,397,766 filles. L’enseignement y était donné par 33,599 instituteurs et 3032 institutrices, ce qui donne une moyenne de 112 enfants par école et de 80 enfants par instituteur ‘.

La Prusse est divisée en dix provinces dont chacune est subdivisée en départements qui comprennent un cercle territorial plus ou moins étendu. Chacun de ces départements se divise en cercles plus petits que nos arrondissements, et chacun de ces cercles est divisé en communes.

Chaque département a une espèce de conseil de préfecture appelé régence^ dont le président exerce des fonctions analogues à celles de nos préfets.

Chaque province, ayant aussi son président, possède son université dont les chefs sont nommés par elle-même, sous la surveillance d’un commissaire

1. J’emprunte cette statistique de l’instruction publique en Prusse au remarquable rapport de H. Baudouin, inspecteur général de l’instruction primaire, sur l’état de l’enseignement spécial et de l’enseignement primaire en Belgique, en Allemagne et en Suisse, publié en 1865.

royal désigné par le ministre de l’instruction publique et qui correspond directement avec lui. Toutes ces fonctions sont salariées. Ceux qui en sont revêtus n’y arrivent qu’après des examens sévères. Les universités relèvent directement du ministère. Elles sont, comme on le verra plus loin, des institutions de l’État.

Il n'en est pas de même des établissements d’instruction secondaire. 11 existe, en effet, dans chaque province, une institution portant le nom de Consistoire provincial^ divisé en trois sections comme le ministère de l’instruction publique lui-même : la première pour les affaires ecclésiastiques, ou consistoire proprement dit; la seconde pour l’instruction publique, appelée collège pour les écoles, et la troisième, pour les affaires qui regardent la salubrité publique : on l’appelle collège médicinal. Ce consistoire provincial est salarié. Tous ses membres sont nommés directement par le ministre de l’instruction publique et des cultes. Mais il est présidé dans son ensemble et dans chacune de ses sections par le président suprême de la province, lequel est seul chargé de la correspondance soit avec le ministre de l’instruction publique, soit avec les autfes ministres. Toute l’autorité est néanmoins entre les mains du consistoire, dont chaque section délibère séparément et décide à la majorité des voix sur toutes les affaires.

Ce consistoire est dans presque tous les États d’Allemagne en grande partie ecclésiastique. En Prusse, sur les trois sections dont il se compose, une seule, celle des écoles, se compose en majorité d’ecclésiastiques ; les deux autres sont laïques et scientifiques, ce qui assure à l’élément laïque une assez grande influence. Mais ce qui y domine pardessus tout, c’est l’esprit de gouvernement; l’idée de l’État y domine toutes les autres C

Auprès du collège des écoles est une commission d’examen composée ordinairement des professeurs de la province. Cette commission a deux objets : 1® Examiner les élèves de gymnases (lycées) qui veulent passer à l’université ; 2® examiner ceux qui se présentent pour enseigner dans les gymnases.

Si les universités appartiennent à l’État seul, et l’instruction secondaire aux provinces, l’instruction primaire appartient en très-grande partie au département et à la commune.

Toute commune doit avoir, par la loi même de l’État, une école, et le pasteur ou curé du lieu est

1. V. Cousin. Rapport sur Vétat de Vinstruclion publique dans quelques pays de V Allemagne et particulièrement en Prusse, Paris, 1831, 1833.

l’inspecteur né de cette école, avec un comité communal d’administration et de surveillance composé de quelques notables.

Dans les communes urbaines où il y a plusieurs écoles et des établissements d’instruction primaire plus élevés que les écoles de campagne, les magistrats forment, au-dessus des comités particuliers de chaque école, un comité supérieur qui surveille toutes les écoles et en compose un système harmonique.

Il y a de plus au chef-lieu de canton ou de l’arrondissement, un autre inspecteur pour toutes les écoles du cercle, et qui correspond avec les inspecteurs et les comités locaux. Ce fonctionnaire dont la juridiction est plus étendue est presque toujours un ecclésiastique. Chez les catholiques, c’est le doyen.

Ainsi les deux premiers degrés d’autorité dans l’instruction primaire sont ecclésiastiques , en Prusse comme dans toute l’Allemagne; mais audessus de ces deux degrés, l’influence ecclésiastique finit entièrement et c’est l’intervention administrative qui commence.

L’instruction primaire est donc, en résumé, communale et départementale, et en même temps, elle relève du ministre de l’instruction publique. Toute l’instruction secondaire dépend du collé’ge

des écoles qui fait partie du consistoire des écoles

et qui est aussi nommé par le ministre de l’instruction publique. Enfin l’instruction supérieure, celle des universités, aboutit au commissaire royal qui agit sous l’autorité immédiate du ministre. Rien n’échappe donc à l’action ministérielle, et en même temps chacune des sphères de l’instruction publique a en elle-même un certain degré de liberté et d’indépendance. Les universités élisent leurs autorités. Le Collège des écolês propose et surveille les professeurs des gymnases et connaît de tous les points importants de l’instruction primaire. Le commissaire général, avec le conseil de régence, ou plutôt le conseil de régence, sur le rapport du commissaire et d’après la correspondance des inspecteurs et des comités, décide de la plus grande partie 'des affaires de l’instruction inférieure. Le ministre, sans s’immiscer dans les détails infinis de l’instruction populaire, s’enquiert des résultats et dirige tout par des instructions émanées du centre qui tendent à maintenir partout l’unité nationale. Il ne se mêle pas sans cesse des choses de l’instruction secondaire; mais rien ne se fait sans sa confirmation, et il s’appuie toujours sur des rapports exacts et complets.

Il en est de même des universités : elles se gouvernent elles-mêmes, mais d’après les lois qui leur sont données. Les professeurs élisent leurs doyens etleurs recteurs; mais eux-mêmes ils sont nommés

par le ministre, qui laisse le détail aux autorités locales et ne se réserve que la direction de l’ensemble et l’impulsion générale.

Ce qui distingue avant tout, comme nous le verrons plus tard, l’enseignement des universités, c’est la liberté laissée aux professeurs. Leur libertas docendi est à peu près illimitée, pourvu qu’ils se renferment scrupuleusement dans le programme qu’ils ont dû se tracer eux-mêmes.

Aux termes de la loi de 1819, constitutive de l’enseignement en Prusse, toute commune, si petite qu’elle soit, est obligée d’avoir une école élémentaire^ complète ou incomplète, c’est-à-dire remplissant tout le programme prescrit par la même loi, ou les parties indispensables de ce programme. Toute école élémentaire du 1" degré se compose de trois divisions, dont l’enseignement complet dure six ans.

Toute ville est tenue d’avoir au moins une école bourgeoise (on verra plus loin en quoi consiste l’enseignement de ces écoles bourgeoises) ou plusieurs, selon sa population.

Les petites villes de moins de quinze cents habitants, qui ne pourraient suffire à la dépense d’une école bourgeoise, sont tenues d’avoir au moins des écoles élémentaires du degré inférieur suivant le nombre des enfants des deux sexes en âge d’aller à l’école.

Dans le cas où une ville ne pourrait entretenir séparément et dans des bâtiments distincts une école élémentaire et une école bourgeoise, il lui est permis de se servir des classes inférieures de l’école bourgeoise comme d’école élémentaire; de même, en cas de nécessité bien constatée, on peut employer à l’usage de l’école bourgeoise les classes inférieures du gymnase.

Dans les villes qui ont plusieurs écoles de divers degrés, l’autorité s’occupe de les organiser toutes conformément aux instructions ci-dessus, de telle sorte qu’elles se lient entre elles et forment un seul tout.

Ce sont les communes qui se chargent de tous les frais de construction ou d’appropriation des écoles, de l’achat du mobilier scolaire, de l’entretien de l’école et de ce qu’elle contient. En cas d’insuffisance de ressources, la province vient au secours de la commune.

Les deux grands principes sur lesquels reposent essentiellement la constitution et les progrès do l’éducation populaire, la gratuité et I’obligation, sont depuis longtemps écrits dans les lois et consacrés par la pratique.

Tous les pères de famille, c’est-â-dire tous les

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habitants d’une commune y ayant un ménage, sont tenus de payer la contribution fixée par les autorités communales pour la fondation et l’entretien des écoles. Nul ne peut se refuser à cette taxe scolaire^ consacrée à un service qui tient le premier rang parmi les besoins de la commune sous le prétexte que les écoles de sa paroisse ou de sa confession sont en bon état. Il s’agit, en effet, de pourvoir à l’enseignement général de la commune, et toutes les écoles étant ouvertes à tous peuvent également profiter à chacun. Ce système, qui est celui des États-Unis, a l’immense avantage de ne pas établir de différence entre les habitants d’une même commune, dont les uns payeraient la rétribution scolaire et les autres en seraient exempts, moyennant un certificat d’indigence. L’impêt scolaire, perçu comme tous les autres impôts, étant payé par tous les habitants en proportion de leur fortune, donne à tous le droit de participer au bienfait des établissements qu’il permet de fonder et d’entretenir.

L’obligation imposée aux parents d’envoyer leurs enfants à une école publique ou privée, ou de leur faire donner dans leur maison l’instruction élémentaire, est reconnue non-seulement en Prusse, mais dans toute l’Allemagne, et en vérité cette obligation ne peut faire l’objet d’aucun doute pour toutes les personnes qui veulent sérieusement faire parti-

ciper tous les enfants de leur pays aux bienfaits de l’instruction, parce qu’ils sont persuadés que c’est l’unique moyen d’assurer le bien-être matériel et d’élever le niveau moral d’une nation. N’est-ce pas au moyen de la participation commune de tous les esprits à la connaissance des droits et des devoirs qui incombent à tous les citoyens d’un État, qu'il est possible d’asseoir sur des fondements solides l’ordre politique et social?

Le devoir des parents d’envoyer leurs enfants aux écoles primaires est tellement enraciné dans toutes les habitudes légales et morales du pays qu’il est consacré dans un seul mot Schulpflichtigkeit (devoir d’école). Il répond dans l’ordre intellectuel au Dienstpflichtigkeit (service militaire). «Ces deux mots, a dit Victor Cousin, sont la Prusse tout entière. Ils contiennent le secret de son originalité comme nation, de sa puissance comme Étal et le germe de son avenir. Ils expriment, à mon gré, les deux bases de la vraie civilisation, qui se compose à la fois de lumières et de force. »

L’éloquent rapporteur ne prévoyait pas que la France expierait bien cruellement un jour le malheur de n’avoir pas été, comme la Prusse, dotée de cette double force : Renseignement obligatoire et le service obligatoire. Si c’est là, comme il est permis de le croire, une dps causes les plus réelles de son infériorité présente sur sa redoutable rivale,

inspirons-nous du sentiment de notre patriotisme pour la faire disparaître.

La Prusse ne s’est point contentée d’écrire dans ses lois l’obligation morale pour les parents de donner à leurs enfants pour le moins une forte instruction élémentaire. En attachant à l’infraction de ces lois une pénalité sévère, elle n’a pas été arrêtée par la crainte d’attenter à la liberté des pères de famille. Dès le mois de janvier 1769, une circulaire du grand Frédéric leur avait imposé l’obligation de faire instruire leurs enfants. La loi de 1819 a établi les dispositions destinées à les y contraindre. <i Les parents, y est-il dit, ou ceux de qui dépendent les enfants (et il faut comprendre sous ce titre les fabricants ou les maîtres qui prennent en apprentissage ou à leur service des enfants en âge d’aller à l’école) seront obligés de leur faire donner une instruction convenable depuis leur septième année jusqu'à l’âge de quatorze ans accomplis. Les comités et les autorités municipales feront tous les ans, après Pâques ou après la Saint-Michel, une enquête sur toutes les familles de leur circonscription qui, de notoriété publique, n’auraient pas pourvu à l’éducation particulière qu’ils doivent à leurs enfants, à défaut de l’éducation publique.

« Ils feront, à cet effet, un recensement de tous les enfants qui sont en âge d’aller à l’école. Les registres baptistères et ceux de l’état civil seront

ouverts au commencement de chaque année, et la police devra les seconder, à cet égard, de tous ses moyens.

« Les parents, tuteürs ou maîtres qui seront trouvés en contravention seront d’abord rappelés à l’accomplissement de leur devoir. Si les remontrances ne sont pas suffisantes, on emploiera contre eux des mesures de rigueur : les enfants pourront être conduits à l’école par un agent de police. Les parents pourront être condamnés à des peines proportionnées ou à des amendes, et, dans le cas où ils seraient hors d’état de les payer, à la prison ou à des travaux au profit de la commune. Les amendes seront prononcées par le comité de surveil lance, prélevées au besoin avec l’aide de la police et versées dans la caisse du comité. La police sera chargée de l’application des autres peines.

« Toutes les fois qu’on prononcera la peine de la prison ou des travaux pour la commune, on pourvoira à ce que les enfants des condamnés ne restent pas abandonnés pendant que leurs parents subiront la peine qui leur aura été infligée.

« Les parents qui auront encouru ces condamnations pourront, à la demande des comités de surveillance et comme surcroît de punition, être privés de la participation aux secours publics. Cependant les secours publics qui ont rapport à l’éducation des enfants ne leur seront point retirés, mais

cesseront de passer par leurs mains. Ils seront incapables de prendre part à l'administration de la commune ou de remplir aucune fonction d’église ou d’école. Si toutes les punitions sont insuffisantes, on donnera aux enfants un tuteur particulier pour veiller à leur éducation, et un co-tuteur aux pupilles. »

« Dans chaque école, les noms des élèves absents sont inscrits sur un registre spécial, et chaque semaine l’instituteur est tenu d’envoyer sa liste au président du comité de surveillance. Pendant le cours de l’année scolaire aucun enfant ne peut se dispenser d’une seule classe sans la permission du directeur, qui peut l’accorder si l’absence ne doit durer qu’un jour; mais si elle doit se prolonger plus longtemps, le directeur doit en référer au comité de surveillance qui seul a le droit d’en donner l’autorisation. »

Voilà sans doute des pénalités bien sévères. Elles attestent de la part du législateur une ferme volonté de combattre résolument l’ignorance, de faire considérer l’instruction comme le plus grand des biens pour ceux qui la reçoivent, comme un devoir social pour les parents et les tuteurs, comme une condition essentielle, de la force morale du pays. Que l’on se rassure, du reste, au sujet des conséquences que pourrait entraîner la sévérité de la loi.

« Ce système de pénalités, dit M. Baudouin dans

le rapport que j’ai déjà cité n’est jamais ou presque jamais appliqué, parce qu’il n’y a pas lieu de l’appliquer. Pendant le cours de l’année qui vient de s’écouler (1864) le nombre des amendes infligées pour l’inobservation non motivée de la loi a été, si ma mémoire est fidèle, de moins de dix pour le royaume de Prusse tout entier, et la Prusse a plus de dix-huit millions d’habitants : on peut donc dire qu’il n’y a lieu d’appliquer aucune peine.

« Dans les Saxes et les Hesses, aucune absence inexcusable n’a été constatée : c’est que l’instruction élémentaire fait partie aujourd’hui des institutions municipales, des habitudes, des besoins de la population allemande. Les petits enfants voient leurs aînés et les enfants de leurs voisins se rendre régulièrement à l’école, sans mauvaise humeur, sans répugnance, et en revenir paisiblement, gaiement : ils sont déjà familiarisés avec l’idée d’aller à l’école bien longtemps avant qu’ils soient soumis à cette obligation.

a Ensuite, les parents, même les plus pauvres, regardent l’instruction comme une nécessité, et, en même temps, comme le bien le plus précieux qu’ils puissent laisser à leurs enfants. Us savent qu’avec de l’instruction ces enfants pourront un jour améliorer leur sort, trouver une position plus

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