CHAPITRE II
La France a été pendant longtemps persuadée qu'elle pouvait se dispenser d'étudier les institutions des autres pays, surtout en matière d'éducation publique. Elle connaissait de nom et de réputation, par exemple, les célèbres universités d'Oxford et de Cambridge; mais elle n'avait qu'une idée bien incomplète de leur organisation. Elle ignorait si a côté, au-dessous de ces illustres corps, l'Angleterre ne possédait pas des établissements importants pour l'éducation des classes moyennes. Ce n'est pes que des relations et des documents suffisants manquassent aux lecteurs ; c'étaient malheureusement les lecteurs qui manquaient à ces documents et à ces relations.
Il y a quelques années, un inspecteur de l'université, M. Rendu, publiait de très-intéressants détails sur les écoles d'Angleterre. Un peu plus tard, MM. Marguerin et Motheré, chargés d'une
mission spéciale par le préfet de la Seine, rappor-
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talent à cet administrateur les résultats de leurs observations. Tout récemment, enfin, iDI. Demogeot et îiontucci livraient à l'impression deux magnifiques volumes dans lesquels ces membres distingués de notre corps universitaire donnent, sur l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur en Angleterre et en Ecosse, les détails les plus précieux. Mais qui a profité de ces recherches consciencieuses, de ces renseignements, dont la plupart sont de véritables révélations? Ces ouvrages si instructifs auraient du être publiés et répandus à des milliers d'exeinplaires. Mais, imprimés avec un grand luxe (je parle surtout des deux derniers), sortis des presses de l'Imprimerie nationale, ils ne sont accessibles qu'aux heureux possesseurs de bourses bien garnies. Conservés avec un soin presque jaloux dans la bibliothèque du ministère de l'instruction publique , envoyés dans quelques bibliothèques départementales,. ou remis à quelques fonctionnaires laborieux, ils sont presque lettre close pour les pères de famille ou les directeurs d'écoles qui y trouveraient les plus utiles indications.
Chargé de pourvoir à tous les besoins, de tout étudier, de tout faire par lui-même, l'Etat, héritier naturel des traditions monarchiques, aura bien de la peine, même en ces temps de démocratie ascendante, à se débarrasser de ses habitudes a^tori-
taires et à distribuer largement aux citoyens, appelés aujourd'hui à s'occuper sérieusement de leurs affaires, les documents dont la connaissance leur est indispensable. C'est un devoir qu'à son défaut, la presse périodique devrait accomplir. Sa tâche serait plus facile si, comme cela se fait en Angleterre et surtout aux États-Unis, des documents officiels sur toutes les branches de l'administration étaient mis chaque jour à sa disposition. Comme il y a infiniment plus de lecteurs pour les journaux que pour les livres, leur immense publicité vulgariserait une foule de faits qu'il est important de connaître.
C'est ainsi que deux ou trois lettres remarquables de M. Taine, publiées dans le journal le Temps, ont appris sur Oxford et. sur Cambridge, à des milliers de personnes, ce qui n'était connu que des trop rares lecteurs des ouvrages de MM. Demogeot et Montucci. Je demande à mon tour à mes savants . collègues la permission de puiser largement dans leur œuvre magistrale.
Les établissements d'instruction secondaire, les collèges sont, en Angleterre, exclusivement créés et entretenus par l'initiative privée, L'État n'intervient en aucune façon dans cet ordre d'enseignement. « Nous vivons dans un pays Ubre, disait, en 1865, le comte de Harrowby, présidant une distribution de prix à Liverpool ; notre éducation ne peut nous être imposée par l'autorité d'un seul homme
(j8 L'INSTRUCTiOîl PUBLIQUE EN ANGLETERRE.
OU d'un seul corps. » Ce sont les universités, les diverses églises, les partis politiques, les associations industrielles, les compagnies d'actionnaires, une foule de particuliers, qui élèvent des écoles et choisissent à leur gré leurs programmes, leurs règlements et leur personnel.
Le clergé a eu jusqu'ici le patronage de l'enseignement secondaire et supérieur, comme il le possédait, ainsi que je l'ai dit prêcédemj^aent, pour lès écoles d'instruction primaire. L'opinion publique a peine encore à séparer l'école de l'Église. Les communions dissidentes ont pareillement leurs écoles. Mais, en dehors de ces établissements, un parti nombreu:i^ et éclairé a fondé des institutions séculières, où le catholique vient s'asseoir à côté du protestant, le quaker auprès de Tisraélite.
Deux partis sont donc aujourd'hui en lutte Bans l'éducation, comme ils le sont depuis longtemps dans l'État. L'un soutient les traditions du passé, . Tautfe, plus sensible aux exigences du présent, appelle les innovations et s'efforce de les réaliser. Les universités, les grandes écoles publiques, les anciennes écoles de grammaire, presque tout le clergé anglican, composent le premier; des corporations municipales, des associations de négociants, de manufacturiers, de riches propriétaires, constituent le second. L'antagonisme entre les deux ordres d'établissements se traduit par la nature de
l'enseignement que reçoivent leurs élèves. Les premiers ont conservé, sans le modifier d'une manière notable, l'enseignement classique ayant pour fondement l'étude du latin et du grec; les seconds font une part légitime -à l'élément scientifique et aux langues modernes.
Les premiers, naturellement, sont les plus anciens. Créés par des donations, par des legs, ils sont organisés, selon les règlements ou statuts du donateur, et gouvernés par un corps qui représente §es droits et son autorité. Le seul rôle de l'État par rapport à ces fondations a été d'en reconnaître l'existence, et de les constituer personnes civiles par l'octroi d'une charte de corporation.
Ces collèges possèdent pour la plupart des revenus considérables. N'ayant pas eu à subir le nivellement que la Révolution française a imposé à nos corporations, ils sont restés propriétaires et maîtres d'eux-mêmes. Ils n'ont à compter ni avec l'État, à qui ils ne demandent rien, ni même avec les pères de famille, dont ils pourraient absolument se passer. C'est une indépendance que n'ont pas nos villes de France, même pour les collèges dits commuriiaux^ qu'elles fondent et entretiennent. L'État accepte leur argent, mais leur épargne les soucis de l'administration et de la direction des études. . Les écoles d'Angleterre sont gouvernées par deux corps, dont l'un, sous le njom de Collège ^ est une
réunion d'instituteurs émérites, tous ecclésiastiques, et dont l'autre se compose des fidéi-commissaires, gens du monde distingués et honorables, étrangers à l'enseignement et aux études. Les prin* cipales écoles de cette classe sont celles de Winchester, de Westminster, d'Eton, de Harrow et de Rugby, l'école de Saint-Paul, celle des négociants tailleurs de Westminster, la Charteuse, à Londres, et les écoles de grammaire de Leeds, d'York et de Durham.
C'est le Chapitre qui administre le collège annexé à la cathédrale de Westminster, dont l'école est un appendice. Les revenus de ce Chapitre sont d'un million et demi. Sur cette somme, 28,'350 francs sont affectés à l'entretien de 40 boursiers et de deux maîtres. La compagnie des merciers de Londres administre l'école de Saint-Paul, fondée par le docteur Colet, ami d'Érasme et doyen de la cathédrale. D'après les termes du legs de fondation, l'école ne doit recevoir que 153 élèves, en mémoire des 153 poissons pris par les apôtres dans la pêche miraculeuse. C'est de là que vient le nom de gros^ poissons [the big fishes)^ donné aux élèves de Saint- Paul par leurs camarades des autres écoles.
C'est loin des grandes villes, au milieu de campagnes aux vastes horizons, que sont placés presque tous les collèges. L'éducation qu'on y reçoit serait impossible dans nos vastes maisons, où sont réunis et
concentrés tous les services, où une consigne sévère tient la porte extérieure fermée à tous les élèves, et où les récréations mêmes se resserrent dans des <îours entourées de hauts muré. L'école anglaise, comme celle des États-Unis,, est un hameau, où se groupent, autour de l'édifice principal, les classes, les bibliothèques, les musées, les terrains destinés aux jeux. Non- loin de là, dans d'élégants cottages, résident les professeurs, chez lesquels les élèves sont reçus en qualité de pensionnaires. Ils se tiennent dans sa maison en famille, et ils prennent leurs repas avec le maître, sa femme, sa mère, ses sœurs, ses enfants.
Ce maître est leur tuteur, le remplaçant du père, le directeur et le surveillant de leurs études. Le nombre 4es élèves n'est pas considérable : Eton en compte 800, Harrow 520, Rugby 495. Les autres collèges en ont de 150 à 200. Ils ne sont réunis qu'à la chapelle pour les exercices religieux et aux heures des classes pour l'enseignement. Mais, après les leçons, chacun d'eux se rend dans la maison du professeur. L'élève est alors maître de son temps, il en dispose à son gré et sans aucun contrôle. Toute la campagne lui appartient, tous les jeux sont à lui. Il peut sortir de la maison et y rentrer quand il lui plaît. La seule restriction, c'est l'heure de la leçon, celle du repas et celle de la clôture, qui a lieu l'été à neuf heures et l'hiver à la chute du jour.
Grâce à la liberté dont jouissent les élèves^ ils conservent le souvenir le plus agréable de l'école où s'est écoulée leur enfance. Devenus hommes, ils attestent cet attachement par des donations, des legs, des fondations de prix.
Mais, dira-t-on, les études? que deviennent-elles avec ce régime de liberté et cette indépendance? Les Anglais répondent que ce n'est là qu'une considération secondaire. L'essentiel est que l'enfant apprenne une chose plus importante même que la science : c'est qu'ici-bas sa destinée est d'être libre, mais responsable de ses actiops. Il faut que Técole soit l'apprentissage de la vie et l'initiation à un usage raisonnable de la liberté.
Voilà pour l'homme moral. On ne prend pas moins de soin pour former l'homme physique. De là l'importance attachée à tous les jeux et à tous les exercices qui rendent le corps souple et robuste : la paume, le ballon, le canotage, la course, et surtout ce fameux cricket pour lequel écoliers et adultes ont une égale passion. Deux ou trois fois par se* maine, les classes cessent à midi; le reste de la journée est libre pour les exercices du corps. L'opinion publique attache aux distinctions accordées
aux vainqueurs dans les luttes athlétiques une haute» censidération. Des défis mettent aux prises les élèves des diverses écoles. On s'y prépare plusieurs mois à l'avance par un genre de vie particuUer, par une éducation spéciale, un entraînement {training). Les avantages de ces violents exercices, qui fortifient le corps, sont appréciés dans un pays humide et brumeux contre lequel l'homme doit réagir pour ne pas succomber. La jeunesse, grâce à son éducation physique, soutenue par une forte et simple nourriture, s'y développe avec une énergie triomphante.
On a remarqué que, dans certains établissements privés de l'éducation gymnastique, les élèves n'ont ni l'énergie de caractère, ni la fermeté que l'on observe chez ceux qui la reçoivent. « L'œuvre de l'éducation n'est pas toute entre les mains des maîtres, écrivait à un membre du bureau de l'administration de l'école de Saint-Paul à Londres, un des censeurs de cette maison. Les enfants remplissent un rôle important dans leur éducation mutuelle, et, sans parler de l'énergie physique, compagne fréquente de la force morale, je crois qu'une trempe d'esprit virile, vigoureuse, s'acquiert bien plus sur la pelouse des jeux que dans la salle des classes. Je ferais peu de cas d'un enfant qui n'a aucune passion pour ses jeux et ses récréations : il en éprouve rarement pour sou travail, »
C'est précisément ce que pensent en France ceux qui approuvent et appellent rintroduction, malbei»reusement trop peu générale encore dans nos collèges, des exercices gymnastiques et militaires.
La part attribuée par les Anglais à tout ce gui peut développer les forces jJiysiques est exagérée. Elle nuit certainement aux premières études, moio» fortes que dans nos établissements universitaires ; mais rien n'empêche que les élèves ne les reprennent plus tard sous une forme plus sérieuse. Un inconvénient plus réel, c'est que les Anglais doivent à cette sorte de culte pour le développement physi^ que le goût pour le pugilat, pour les combats de coqs, et pour les autres formes du sport qui les caractérise.
Il y a pour le système des pensions libres groupées autour des écoles publiques un revers» de la médaille : c'est qu'une pareiUe- organisation coûte extrêmement cher, et que ces sortes d'étabU^sements ne sont abordables que pour la riche bourgeoisie. A Eton, à Harrow, les frais d'éducation et d'entretien ne sont pas, pour chaque élève, moindres de 8,(M)0 francs par an. Les traitements des principaux et de^ professeurs étant plus que modestes* (ii à 1,200 francs au collège d'Eton), ils ne peuvent se soutenir qu'en recevant dans lerars maisons des pensionnaires à un prix élevé. On a calculé qu'un professeur, qui a le droit de recevoir
INSTRUCTiaif SECONDAIRE. 75
chez lui trente pensionnaires, peut gagner par an ' de 40 à 4^,000 francs.
Les émoluments du principal du collège d'Harrow s'élèyent à 157,860 francs, ceux du principal de Rugby à 74,000 francs, ceux du principal d'Eton à 112,500 francs. En supposant que ces fonctionnaires en dépensent la moitié pour eux et pour leurs familles, il leur reste encore un assez joli revenu j et s'ils continuent pendant vingt-cinq ans à exercer des fonctions très-pénibles, sans doute^ et trèsméritoires, ils en sont récompensés par la possession d'un capital que n'atteignent jamais les membres les plus favorisés de notre corps enseignant.
Certes, je n'éprouve aucune peine à voir ces honorables fonctionnaires dignement rémunérés ; mais je regrette que kurs leçons ne puissent être données qu'à des élèves dont les parents peuvent payer une pension de 5,000 francs. C'est un abus, du reste, auquel on cherche à remédier en multipliant les bourses accordées aux enfants appartenant à des familles peu aisées.
Presque partout, aujourd'hui, ces bourses sont données au concours, pour enlever tout prétexte à la protection et à la faveur : ce qui, soit dit en passant, contribue à élever le niveau des études, car les boursiers sont en général les élèves les plus distingués et les plus studieux.
Avant de parler de» matières dont se compose
l'enseignement dans les collèges anciens ou modernes, il est important d'indiquer comment, dans les uns et les autres, s'obtient cette conciliation de Vordre et la liberté que lès politiques considèrent comme un problème presque insoluble : res disso* ciabileSy dit Tacite, principatum et libertatem.
Les Anglais ont trouvé la solution du problème dans leur respect pour la légalité. C'est la première vertu que leur exemple inspire à la jeunesse. « L'obéissance à la règle, disent excellemment MM. Demogeot et Montucci, est naturelle au jeune Anglais. Dès son enfance, il a sous les yeux le culte et,, s'il est permis de le dire, la superstition de la loi. Qu'une loi soit générale, dure, absurde même, l'Anglais s'incline et la subit. Le Français discute la loi déjà faite, au nom de quelque chose d'antérieur et de supérieur à la loi. L'Anglais discute la loi à faire ; dès q.u'elle existe, il lui obéit les yeux fermés. Ces caractères, indomptables à l'arbitraire et à la force, se courbent sans murmurer devant la baguette noire qui représente la souveraine absolue de TAngleterre, la loi. C'est qu'ils sentent que la loi est la sauvegarde de ce qu'ils chérissent au même degré qu'elle, la liberté. »
Dans les écoles, les enfants anglais acceptent donc sans difficulté le joug du règlement. Ils obéissent aux professeurs dont l'autorité a pour fonde ment le respect qui s'attache à leurs mœurs, leur
savoir, leur gravité, leur bienveillance. Ce sont pour eux des parents et des amis.
Mais c'est surtout au règlement qu'ils obéissent, même dans ce qu'il a de plus rigoureux. Ils savent qu'aucune violation de la loi ne doit rester impimie, et comme, parmi les moyens disciplinaires, figure encore ce genre de punition qui répugne le plus à
ia délicatesse française, le fouet^ les élèves le subissent sans murmurer. Oui, l'on fouette encore dans les collèges d'Angleterre. Le principal, il est vrai, est seul chargé de l'application de cette partie
' du règlement, quel que soit l'âge du coupable. C'est un reste de barbarie qui fait un singulier contraste avec les habitudes de là civiUsation moderne ; mais il n'est pas rare de voir en Angleterre, novatrice et conservatrice à la fois, des institutions surannées fleurir encore à côté d'institutions conçues dans un tout autre esprit. Il est une partie du vêtement humain dont on ne pourrait en Angleterre prononcer le nom sans être exposé à entendre le mot réprobateur : a C'est indécent [shocking) ! » et l'on n'hésite pas cependant à le faire mettre bas pour infliger un châtiment que personne ne trouve shocking.
On a voulu remplacer, dit-on, dans un de ces établissements, le fouet par une amende. Les élèves se révoltèrent contre cette substitution et crièrent : Vive le fouet I à bas V amende I Comme la femme
de Sganarelle, ils déclarèrent vouloir être battus. L'on maintint donc le flog^ing. L'élève met son orgueil à supporter ces châtiments corporels, soufflets, férules, bastonnades, et celui que nous eoosidérons comme le plus odieux et le plus dégradant.
Un moyen disciplinaire beaucoup mieux entendu con^ste à confier aux quinze premiers élèves de récûle, qui prennent le titre dé moniteurs ^ le soin de maintenir parmi leurs condisciples l'oràoe et l'observation des règlements. €e sont donc les élèves qui se surveillent et se gouvemeat euxlaémes. Ceux qui commandent ont commenoé par obéir, et ceux qui obéissent savent qu'ils commanderont à leur tour. Le système moniiorial, favorable à l'indépendance et à la virilité du cœur, a le grand .avantage de supprimer les maîtres d'études et, par conséquent, une des causes les plus faidntuelles de celte lutte plus ou moins ouverte existant dans nos collèges entre les élèves et les maîtrea. Ne serait-^e pas pour cette raison que les jeunes Ajbglâis »>rtent des écoles, où ils ont joui d'une lîberié presque entière et dont ils rapportent les plus heureux souvenirs, avec un grand respect pour Fautorité, tandis que nos jeunes gens, soumis à la léclusion et à une contrainte rigoureuse, portent dans le mcHide un esprit dlnsubordination et de révolie dont les résultats sont souvent déplorables?
INSTftUGTION SECONDAIRE. 79
Je ne donnerai pas la même approbation à un de ces usages odieux et ridicules que notre école militaire et notre école polytechnique ont conservé jusque dans ces derniers temps sous le nom de brimades^ et qui, sous prétexte de maintenir Tégalité entre tous les élèves, assujettissait les derniers venus à souffrir patiemment les obligations que leur imposait le caprice des anciens*
Dans les collèges d'Angleterre, un véritable service de domestiques ifagging) est imposé aux jeunes élèves fax les plus avancés. Tout élève au-dessous d'une certaine division est serviteur [fag) des élèves des divisions supérieures. Chacun de eeio-ci a droit au service d'un ou de plusieurs enfants, dont il s'établit le maître {master). Le malheureux fag^ forcé de se plier à tous les caprices et \ toutes les exigences du maître, est quelquefois traité avec la barbarie la* plus révoltante* Il emploie tout son «coorage et toute son énergie à s'endurcir contre la doulem, et ces partisans de toutes les coutumes, qu'ils trouvent excellentes parce qu'elles sont andenaes, tiennent beaucoup à la conservation d'un Usage qui prouve que l'Anglais civilisé n'a pas encore pef du cette rudesse et cette férocité qui ont si longtemps caractérisé la race anglo-saxonfoe.
Le directeur d'une école de Londres disait à M. Eugène Rendu «t qu'oïl cherchait à couler du fer dans l'âme des enfants. » D'aurtres trouvent dans le
fagging un moyen d'apprendre aux jeunes gens, par la pratique de robéissance, l'art de commander et le respect de la hiérarchie.
L'esprit éminemment utilitaire et pratique de la nation anglaise se manifeste dans l'idée qui préside à l'enseignement des grandes écoles publiques.. Ce n'est pas précisément l'instruction scientifique ou littéraire que les élèves viennent y chercher, c'est ï éducation; ce n'est pas seulement la culture intellectuelle, c'est l'affermissement de la volonté. L'homme est moins puissant -par ce qu'il sait que par ce qu'il veut. « Que le premier but de vos efforts, écrit un père à son fils, soit de montrer au monde que vous n'êtes pas fait de bois ou de paille, mais que vous avez du fer dans votre nature. Qu'on sache bien que ce que vous dites vous le ferez; que vos résolutions sont fermes et non flottantes ; qu'une fois décidé à une chose, ni séductions, ni menaces n'auront aucun effet sur vous. » Un autre père, accompagnant son fils à Rugby, se detnande, en le quittant, ce-qu'il devra lui recommander. « L'engagerai-je à soigner son travail? Lui dirai-je qu'il devienne un homme lettré ? Mais ce n'est pas pour cela que nous l'y mettons ; du moins, ce n*est pas
pour cela principalement. Je m'embarrasse fort peu des particules grecques, et sa mère ne s'en soucie pas davantage. Qu'il devienne un brave Anglais, un homme utile, actif, sincère, un gentleman et un chrétien, c'est tout ce qu'il me faut. »
Les études ne sont qu'une part de la vie scolaire. L'élève s'occupe avant tout de se faire une place honorable parmi ses égaux, par sa force physique, son activité, son adresse, et par les qualités morales qui font un bon et loyal camarade. Il a son domicile, sa petite étude, son home^ où il reçoit. Il a ses amis et ses ennemis ; il prend le thé avec les uns et se bat à coups de poing avec les autres, et se fait respecter de tous.
Avec de pareilles dispositions, lés études, reléguées au second plan, courraient risque d'être bien négligées, si des moyens puissants d'excitation n'étaient mis en usage pour faire comprendre aux enfants qu'ils ont un grand intérêt à travailler. Un excellent système de promotion consiste à ne faire passer d'une classe à l'autre qu'après de sérieux examens ; des récompenses magnifiques sont décernées aux meilleurs élèves, qui doivent à leurs propres efforts des revenus annuels à l'École ou à l'Université, et même des pensions viagères.
Ce qui favorise surtout cette œuvre importante
de l'éducation, c'est le système iutorial, qui place
les enfants sous la direction immédiate de leurs
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professeurs, dont la plupart sont des ecclésiastiques aussi respectables par leur vie que par leur caractère. Le clergé anglais diffère en des points ess^itiels du clergé catholique romain, qui dirigie un grand nombre d'établissements. d*instruction secondaire. Mariés, père^ de famiUe, hommes du monde, les tUrgymen des écoles anglaises ress^DQblent plus aux professeurs laïques de dos collèges qu'à aucune aiutre classe de la société française.
Les ayaotages obtenus par une combina^n qui fait participer les élèves à la vie scolaire et à la vie de famille sont incontestables^ et les maîtres s'en trouvent fort bien. Si Ton se décidait en France à supprimer les internats, nos professeurs seraient ceftainemei^ heureux de se trouver, à l'exemple de ceux d'Angleterre et des Etats-Unis, attachés à de vastes externats établis de préférence hors des grasides villes, et de se charger d'un certain nombre de jeunes gens dont ils dirigeraient et^surveilieradcnt les études.
Les chefs préposés au gouvernement deg écoles publiques (je parle surtout des anciennes) considè- . * rent les belles-lettres, c'est-à-dire les langues et les littératures grecque et latine, comme pouvant seules élever les âmes, inspirer le goût du vrai et du beau, et donner l'éducation morale, but suprême que doivent se proposer les instituteurs de la jeunesse. Cette influence , ils la refusent aux sciences mathémati-
mSTRUCTION SSOOMDAIU. b3
qœs, aux langues moderoes, aux adenceg naturelles, qui , dans les écoles andeoues, n'ont pu pénétrer encore, et auxquelles, au contraire, les écoles récemment fondées accordent une place iégitime.
Us ont pour eux Topiiôon d'un sai^aist dont Tautorité è&t grande en Angleterre, M. Stuart MiU, qui soutient Texcellence des études littéraires par des arguments ayant beaucoup d'analogie avec ceux qu'employait) dans une mémorable séance de notre Chambre des députés, M. de Lamartine, répondant à rillustre Arago. Il est inutile d'entrer ici dans une controverse qui divise, en Angleterre, les meilleurs esprits, d'abord parce que le grec et le latin, ayant été toujours considérés conune la base de toute instruction solide, il est dans les habitudes anglaises de conserver les usages consacrés par le temps ; ensuite parce que la question est, en général, assez mal posée. On dirait qu'il s'agit de donner un de ces enseignements à l'exclusion de l'autre, et, par conséquent, de faire valoir ce que chacun d'eux a d'excellent et ce qui laanque à l'autre pour constituer un système d'éducation complet.
Il n'est plus possible aujourd'hui de séparer ces deux éléments, répondant l'un et l'autre à des besoins qui réclament une égale satisfaction. Les écoles ancieniies les plus renommées, Han^ow, Rugby, Eton, donnent tout leur soin à l'enseignement du grec et du latin, auquel se joint, dans une certaine
mesure, celui de Thistoire et de la géographie. Elles ne donnent ^oint de place à la rhétorique et à la philosophie. Dans toutes les classes, renseignement se borne à l'explication des auteurs et à des compositions, soit en vers, soit en prose. L'explication des auteurs n'est pas, comme dans les collèges de France, une école de style : c'est une sorte d'interprétation mécanique et grammaticale, accompagnée d'observations philologiques, de comparaisons de textes, d'éclaircissements historiques. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet enseignement des langues anciennes, c'est la quantité considérable de matières expliquées pendant l'année. Chacune des classes, dont la durée n'est que d'une heure et quelquefois moins, a son emploi particulier et toujours unique, latin, grec, mathématiques.Hette dernière étude n'est pour les élèves qu'une science de mémoire ; quelques-uns se bornent à réciter machinalement les textes de leurs livres sans les comprendre. Les sciences tiennent peu compte de la raison, et donnent le procédé plutôt que l'intelligence du principe. On peut dire, en général, que dans toutes les branches de l'enseignement, langues, histoire, littérature, les meilleurs élèves sont ceux qui ont amassé et conservé le plus de détails, d'informations et de faits particuliers. Les principes philosophiques, les considérations générales,. les vues esthétiques, tout ce qui constitue l'art de pen-
ser, n'entrent que d'une manière imparfaite dans le cadre de l'instruction secondaire. C'est une lacune dont les conséquences se font sentir dans la formation de l'esprit et du caractère national.
Pour stimuler le zèle des élèves et donner plus de force aux études, les universités ont à leur disposition des récompenses largement distribuées et un système d'examens qui tient en haleine les étudiants disposés à la mollesse ou à l'indifférence. Les prix sont des médailles ou des livres d'une valeur généralement assez élevée. A Eton, par exemple, on décerne deux fois par an un prix consistant en livres d'une valeur de 250 francs pour une pièce de vers faite en vacances; de 125 francs pour une déclamation oratoire. A Rugby, 6 guinées pour un thème latin; 3 guinées pour vers ïambiques grecs.
Le prix indien de 250 fr. est donné chaque année pour le meilleur résumé d'une partie des affaires de l'Inde dans l'année courante.
Les plus magnifiques sont des pensions annuelles {exhibitions , schotarships) qui permettent à celui qui les obtient de suivre presque gratuitement les leçons d<es professeurs. Les élèves distingués obtiennent des revenus annuels de 3Ô, 40, 80, 100 livres sterling (750, 1,000, 2,000,. 2,500 fr.), payables pendant quatre , cinq et sept années consécutives, à la condition qu'ils continueront leurs
études à Tune des universités. Les pensions accordées par le collège de Rugby sont aujourd'hui au ncAabre de vingt et d'une valeur de 1 ,600 à 2,000 îr. chacune.
Mais ce gui contribue le plus efficacement à «lever le niveau des études, ce sont les examens orga^ nisés par ie conseil d'administration, fies savi^ts élrangers, rémunérés par l'école, sont appelés chaque année à juger des progrès faits par les élèves; ils les interrogent, leur font faire des compositions qu'ils corrigent. Ils classent ensuite toutes les oopies et assignent à chacune son rang.
C'est dans les universités que les jeunes gens pourront étudier les hautes parties de l'enseignement littéraire, pour lequel les écoles publiques les préparent. Or, comme im tiers seuleoieut est admis à suivre les cours des universités d'Oxford et de Cambridge, l'instruction qu'ont reçue les deux autres tiers leur est à peu près inutHe. Ils en sortait sans doute préparés, par des habitudes viriles^ k prendre dans la société un rang honorable, et à y déployer les qualités morales qui constituent le gentleman accompU; Mais ce qui convenait aux jeunes Anglais, appelés autrefois à faire partie d'une riche et puissante aristocratie, ne suffit plus à la classe nombreuse des négociants et des industriels, qui à pris une si large place dans la société anglaise, et une si grande influence dans les affaires
politiques- Il est donc devenu nécessaire d'étendre les cadres de J'enseignemeni secondaire et supérieur, pour donner satisfaction à des besoins nouveaux. Tandis que les écoles anciennes n'ouvrent que timidement la porte aux innovations, d'autres se sont élevées , qui^ sans bannir les études purement littéraires, si longtemps en honneur, ont établi des chaires pour l'enseignement des langues vivantes, de la chimie, de la physique, de l'histoire naturelle, des sciences appUquées.
Le gouvernement a beaucoup contribué à la création d'établissements destinés à répondre ainsi aux exigences de l'esprit moderne. Sans intervenir dans la fondation, le régime intérieur ou le système d'études de ces nouvelles écoles , il s'est borné à faire connaître qu'il ne donnerait les emplois nombreux dont il dispose dans tous les services civils, l'amirauté, les ministères, les douanes, les prisons, etc., qu'aux jeunes gens ayant, dans des concours spéciaux, fait preuve de capacités suffisantes. En modifiant les progrsuznnes d'admission aux écoles mi- Utau'es, par exemple, et en élevant le niveau des ^connaissances requises, il a changé entièrement le mode de recrutement des officiers de l'armée. Il n*a pas supprimé l'achat des grades (en Angleterre, rien ne se supprime); mais il lui a porté indirectement une atteinte qui finira parle faire disparaître, en substituant au régime des nominations de faveur
celui des examens et des concours. Quand il sera prouvé que les officiers les plus instruits et les plus capables sont ceux qui n'achètent point mais qui conquièrent leur commission, on rougira de l'acheter.
Nous avons déjà vu que l'État a fait prendre un grand développement à l'instruction des classes ouvrières par l'établissement du département de l'art et de la scienpe [art and science department). Il a offert des encouragements et des subventions^ et aussitôt les citoyens et les corporations se sont mis à l'œuvre pour créer partout des cours de dessin, et fonder ces belles écoles industrielles aujourd'hui si florissantes.
Heureux les pays où les gouverjiements se bornent à montrer la voie, et où les citoyens sont assez intelligents pour y marcher, en suivant les libres inspirations de leur patriotisme !
A l'exemple du gouvernement, les universités d'Oxford et de Cambridge ont rédigé des programmes étendus, où figurent les sciences physiques et naturelles, la littérature anglaise, toutes choses plus ou moins inconnues dans les anciennes écoles, et d'après lesquels ont lieu des examens locaux pour les jeunes gens aspirant à être admis dans ces deux célèbres foyers d'instruction supérieure.
Dans plusieurs collèges, les élèves ont la permission de former des sociétés de discussion, dans lesquelles
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ils s'exercent à l'art de la parole, en traitant souvent les questions les plus graves. On ne craint pas de les voir aborder avec une entière liberté des sujets tels que les suivants : La guerre de Crimée était-elle juste et politique? La réforme et l'extension du droit électoral sont-elles utiles et opportunes ? Apprécier la politique du ministère actuel. Il va sans dire que la lecture des journaux et des revues ne leur est nullement interdite ; il y a même des établissements où une feuille hebdomadaire est publiée par les élèves les plus avancés, moniteurs surveillants, élèvesmaîtres, préludant ainsi aux exercices et aux habitudes de la vie publique. On se souvient à Eton d'une Revue ayant pour titre le Microcosme^ éditée par Georges Canning, alors élève de cet établissement, et dont un des articles sur l'asservissement de la Grèce avait fait une assez grande sensation. Les élèves de Harrow publiaient en 1866 le Tyro^ dont MM. Demogeot et Montucci ont reproduit quelques passages remarquables*.
Il serait assez difficile d'apprécier les résultats de l'enseignement donné dans les établissements d'instruction secondaire. A en juger par le nombre des élèves admis dans les universités, on ne s'en formerait pas une idée bien avantageuse. Les Anglais avouent eux-mêmes que la proportion des élèves
1. Enseignement secondaire en Angleterre et en Ecoste, p. 16.
(0 L'INSTRCCnOS PSBLIdDB EU ANGLETERRE.
qui peurent écrire un latin supportable et répondre à des questions faciles de gnunmaire est généralement évalué à la moitié, un peu plus ou un peu moins. Quant au nombre de ceux qui pourrsàeni; traduire un morceau aisé de latin ou de grec^ la proportion est à peu près la même. Si les épreu^as du baccalauréat ne présentent pas en France des résultats aussi favorahles qu'on pourrait le désirer, il faut reconnaître que les programmes sont lûeii plus élevés et bien plus étendus que ceux des coUé«ges d'Angleterre, où le cercle de Tenseigâernent erit extrêmement restreint. «Si, après quatre ou cinq ans passés dans une école, les élèves en sortent à dix-neuf ans sans être capables d'expliquer un moiv ceau facile de latin et de grec sans Taide d'un die* tionnaire, ne sachant presque rien de la géographie et de rhistoire de son pays, ignorant toute langue moderne, excepté la sienne, à peine en état d'écrire l'anglais correctement, de faire une simple opération d'arithmétique , de démontrer une proposition d'Euclide, tout à fait étranger aux lois qui gouvernent le monde et à sa structure, avec des yeux et une main non exercés au dessin^ une oreille fermée à la musique, un esprit peu cultivé et saiDS aucun goût pour la lecture et l'observation, son éducatioa intellectuelle doit être regardée comme manquée, quand même il n'y aurait rien à blâmer dans ses principes, dans son caractère et dans ses mœurs. »
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Cet ayeu, dont il faut louer la franchise, prouve î5ufS«afnment la nécessité d'opérer dans l'enseignemeat gecondake des réformes que les anciens collèges, esclaves de la traiBtion, n'acceptent qu'avec réserve, mais qui sont tout naturellement adoptées dans tous les établissements nouveaux, fondés pour répondre aux besoins de la société moderne.
Les écoles modernes ont été établies d'abord pour les jeunes gen^ que le peu de fortune de leurs familles ne permettait pas d'envoyer aux écoles anciennes, trop chères et ne préparant pas toujours directement à une profession. C'est à ce besoin que répondentlesécolesdeJfor/ôoroi^A, de Cheltenham et le Wellington collège. Mais c'est dans les deux grands centres manufacturiers de l'Angleterre, Manchester etLiverpool, que devaient naturellement s'organiser d'une manière plus complète des écoles où l'enseignement gcienUfiqi^e prendrait les plus larges proportions. C'est là que l'esprit d'association, s'exerçant dans le domaine des sciences et des lettres aussi bien^que dans celui des affaires, a pu se produire dans toute la plénitude ,de sa puissance .
V Institution royale de Liverpool^ fondée par une société d'actionnaires, est un, vaste établissement
qui renferme dans ses bâtiments magnifiques une bibliothèque, une galerie de tableaux et de sculpture, un muséum d'histoire naturelle, de zoologie, de technologie, et un laboratoire de chimie. Les associés ouvrent gratuitement leurs galeries au public, y font faire des conférences [lectures) accompagnées d'expériences par les savants les plus renommés. L'école annexée à cette grande institution profite de toutes les ressources qu'elle a réunies à grands frais. C'est un externat, alimenté par deux pensions, tenues, l'une par le principal, l'autre par un des professeurs.
Le plan d'études réalise tout ce que se propose d'atteindre notre enseignement secondaire spécial, en y ajoutant le complément nécessaire qui en corrige les inconvénients que j'ai signalés dans mon rapport sur l'instruction publique aux États-Unis. Dans les classes inférieures dominent les études modernes ou professionnelles; les classes supérieures sont une sorte de préparation à l'enseignement des universités ; organisation excellente, qui se justifie par les résultats qu'elle obtient. Les élèves qui sortent de l'école, après avoir suivi les cours du premier degré, sont pourvus de connaissances utiles et applicables aux carrières industrielles, commerciales et administratives. Ceux qui continuent leurs études obtiennent des distinctions à Oxford et à Cambridge, et des rangs honorables dans les grands
services publics. Le Liverpool collège^ institution cléricale , et V Institut , école séculière ouverte à toutes les communions, sont arrivés à une organisation analogue pour l'enseignement des classes moyennes.
Les cours d'adultes , dont l'importance est partout reconnue, ont reçu en Angleterre une organisation qui leur assure des ressources permanentes, et permet de leur donner tous les développements désirables.
On n'a pas oublié le prodigieux élan qui, il y a quelques années , fît surgir-^en France des milliers de cours d'adultes , suivis avec un admirable empressement par des jeunes gens et des hommes faits, avides de recevoir une instruction que l'école primaire n'avait pu donner. Mais si le dévouement des instituteurs, ajoutant héroïquement un surcroît de travail au labeur si médiocrement rétribué de la journée, a pu montrer tout ce qu'on peut attendre de leur zèle , on a du prévoir qu'il serait souverainement injuste d'abuser ainsi de leur temps et de leurs forces.
Ces cours ne pouvaient donc avoir qu'une durée éphémère, à moins que le budget de l'État n'offrît les moyeils de donner à cette institution une existence solide et durable. Or, nous savons quelles sont les faibles ressources dont dispose notre ministère de l'instruction publique !
A Liyerpool , à Manchester, à Londres , paartout où s'est fait sentir la nécessité de créer des écoles d'adultes et des universités ouTrièrcs, l'esprit d'association y a amplement pourvu. Les hommes riches, les commerçants, les manufacturiers cmt oi*- , vert des souscriptions pour subvenir aux premiers frais d'installation , et formé un bureau local qui se met en rapport avec d'autres associations dirigées vers le môme but. Les ouvriers qui veulent s'instruire payent une cotisation assez faible pour n'être pas au-dessus de leurs moyens, assez élevée pour sauvegarder leur dignité personnelle.
L'association est gouvernée par un conseil élu et renouvelé par l'assemblée générale des souscripteurs. Plus de seize cents instituts de ce genre fonctionnaient en 1868. Plusieurs instituts se groupent souvent autour d'un institut central , et forment un district qui s'étend sur un rayon de dix milles. Ces districts se centralisent quelquefois en un vaste ensemble qu'on appelle Union, administré par les délégués des district^ , qui tiennent successivement leur séance annuelle dans les plus grandes villes de l'association.
Tout cela pourrait fort bien s'accomplir en France. Sans compter un aussi grand nombre de millionnaires que l'Angleterre, elfe possède d'inunenses ressources ; elle est aussi riche en sentiments généreux ; elle ne lui est inférieure ni en intelligence, ni
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eo patriotisme. Mais on ne saurait trop le répéter : l'absorption par TÉtat de toutes les forces vitales, de toutes les énergies locales, ne peut conduire qu'à des résultats mesquins. Personne plus que moi ne rend hommage aui efforts des hommes intellig«nts et dévoués, qui, sous Fimpulsion de ministres souvent habiles et pleins de bonne volonté, prennent part à Tadministration de notre instruction publique. Mais je ne puis m'empécher de reconnaître leur impuissance à faire le bien qu'ils désirent, et, en signalant les admirables résultats obtenus par l'initiative privée et la libre association des citoyens, je ne fais que mettre en lumière les exemples que nous offrent les autres nations.
La plupart des avantages que présentent les écoles de Liverpool se reproduisent dans les établissem'ents du même genre, fondes à Manchester, à Leeds et à Londres. £es différences dans les détails importent peu. Il me suffit d'en avoir indiqué l'esprit général.
Nous ne trouvons dans l'organisation de l'enseignement secondaire, en Ecosse, ni l'externat combiné avec le système tutorial, ni la prédominance cléricale, ni l'absence presque totale de l'intervention municipale ; ce sont au contraire les municipalités qui ont seules la direction des collèges, et elles manifestent une tendance marquée à éliminer l'enseignement religieux. L'extension donnée aux
écoles paroissiales a fait longtemps négliger les collèges.
Les écoles urbaines, ou burgh schools, collèges à Tusage des classes moyennes, ont depuis quelques années pris un assez grand développement et sont à peu près aujourd'hui mises sur le pied de nos écoles secondaires spéciales. Elles admettent des élèves des deux sexes; Aucune branche de l'enseignement n'est obligatoire : les parents choisissent les cours que doivent suivre leurs enfants, et comme chacun des cours se paye à part, le père de famille peut régler sa dépense selon ses moyens.