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CHAPITRE III

UNIVERSITES d'OXFORD ET DE CAKBRIDGE

L'organisation des deux . célèbres universités d'Oxford et de Cambridge offre au plus haut degré l'expression des caractères distinctifs dont sont marquées les institutions sociales en Angleterre : respect pour la tradition, maintien, à côté des progrès accomplis par le temps, d'habitudes appartenant aux âges les plus reculés; prépondérance de l'Église, dont l'État respecte l'indépendance pour prix de l'appui moral qu'elle lui prête ; privilèges hiérarchiques se produisant non-seulement par les distinctions extérieures dont jouissent certains étudiants, mais encore par le genre d'instruction qu'ils reçoivent et qui ne peut être accessible qu'aux représentants des familles aristocratiques.

Les universités anglaises ont eu la même origine que celles qui s'étaient étabUes au moyen âge à

Paris et dans les provinces de France. Même liberté, même système d'études, mêmes privilèges pour les écoliers, et aussi mêmes habitudes turbulentes.

Les désordres devinrent moins violents et plus rares lorsque, grâce à de pieux fondateurs, il s'établit, auprès de chaque université, des collèges où les jeunes gensr, soumis à une surveillance pater- * nelle, purent poursuivre le cours de leurs études sans troubler la paix publique. C'est ainsi que, du xiii® au XIV® siècle, se sont successivement élevés les vingt collèges réunis autour de l'université d'Oxford et les dix-sept qui se groupent autour de l'université de Cambridge^

Ce furent primitivement de véritables couvents âaa& lesquels les exercices religieux occupaient naturellement une grande place. Les diverses branches d'enseignement qui s'y introduisirent^ dans la suite, formèrent une échelle de connaissances commençant par la grammaire et conduisant au doctorat. Pendant longtemps, il ne fallait pas moins de vingt années pour en franchir les nombreux degrés.

On y distinguait plusieurs sortes d'étudiants : les agrégés pourvus de grades ; les élèves boursiers se préparant à les obtenir ; des élèves serviteurs gagnant, en se chargeant d'un travail domestique, le driHl de prendre part à l'enseignement, et enfin des élèvçs pensionnés formant alors, comme au-

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jourd'hui, la majorité des étudiants et devenus la source des riches revenus des collèges.

Nos universités provinciales ont disparu : la inain d'un puissant organisateur les a remplacées par un vaste système d'instruction dont il s^ait injuste de méconnaître les avantages, mais dans lequel il est permis de réclamer J'introduction des améliorations rendues nécessaires par les changements survenus dans les institutions politiques de ^notre pays.

En Angleterre, les xmivershés et les collèges d'Oxfofd et de Cambridge sont à peu près aujourd'hui ce qu'ils furent à Torigine, des corporations enseignantes constituées et dotées de certains privilèges, se gouvernant elles-mêmes, ayant leurs assemWées législatives, leurs chefs élus, leur juridiction intérieure et leur représentation au pariement britannique.

Elles sont encore les avenues principales du ministère de l'église établie. Elles prennent part à k législation du pays par les deux députés que cha- •oune d'elles envoie à la chambre des Communes. JEUes possèdent le droit de mainmorte pour acheter •des propriétés, et ont reçu du Parlement le pouvoir d'accepter des legs d'une quotité illinutée saneafveir recours aux formalités nécessaires en tout autre ^as. Elles présentent aux bénéfices ecclésiastiques placés sous le patronage des catholiques romains.

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Plusieurs de leurs membres sont de droit chanoines de certaines cathédrales. Les chefs de leurs collèges peuvent occuper des bénéfices avec charges, d'âmes, sans être 'obligés à résidence. Enfin, elles reçoivent des allocations annuelles du parlement, et leurs imprimeries ont un monopole pour la vente des livres liturgiques K

Indépendamment des protecteurs officiels que Tusage place à la tête des universités et qui sont choisis parmi les plus illustres fonctionnaires de l'État, elles ont pour administrateurs un chanceher, dont le titre est purement honorifique, et un vicechancelier, sur qui repose la direction effective. 11 est l'exécuteur des règlements, auxquels concourent plusieurs assemblées librement . élues et se contrôlant mutuellement. Chaque collège est gouverné par un chef assisté du corps des agrégés, fellows^ qui sont les véritables propriétaires de l'établissement, et dont les chaires, distribuées autrefois d'une façon assez arbitraire, se donnent aujourd'hui au concours.

La plupart de ces professeurs ne donnent chaque année qu'un petit nombre de leçons. Quelques-uns même n'enseignent pas du tout, et leurs chaires, richement rétribuées, sont de véritables sinécures.

1. Demogeot et Môiiluccl. De V Enseignement supérieur en Angleterre et en Ecosse,

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR. iOi

Ce sont des maîtres particuliers, des tuteurs^ qui se chargent, moyennant rétribution, de préparer, par des répétitions individuelles, les étudiants aux divers examens qu'ils doivent subir.

Ce qui assure ^existence des universités et de leurs collèges, c'est, qu'ils n'ont pas besoin de demander chaque année, comme dans la plupart des États européens, une dotation dont le chiffre est constamment remis en question. En Angleterre, cette dotation, créée 'par la libéralité des particuliers, protégée par là loi, accrue par l'action bienfaisante du temps, est considérée comme une véritable propriété nationale sur laquelle aucune puissance n'oserait porter la main. Leurs recettes, protenant du revenu de leurs propriétés territoriales, de rentes sur les fonds publics, des droits perçus pour les inscriptions, les examens et la collation des grades et sur quelques autres bénéfices résultant de certains privilèges, ne sauraient être évaluées d'une manière exacte. Aucune publicité n'est donnée à leur gestion financière. D'après des indications fom^nies par de patients investigateurs, on croit' pouvoir évaluer à 12,500,000 francs la

dotation de l'université d'Oxford et celle de ses

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collèges. Celle de Cambridge est beaucoup moins eoDsidéraUe : 5,128,000 francs.

Le nombre total des aspkants aux grades éttit, en 1870, pour les deux universités, de 3^800 seulement : à Oxford 1 ,800 et à Cambridge 2,000. L'âge moyen auquel on entre aux universités est de 18 à 19 ans. On y reste, en général, de trois à cinq ans, selon l'activité qu'on déploie à conquérir son grade et selon la difficulté du grade que l'on amMtiosme. Le personnel des étudiants se compose dés jeunes gens riches que la nlbde €t le bon ton poussent aux universités, des aspirants aus fonctions ecdé-^ siastvques, à qui les isèqaes imposent, avairt l'cardination, le séjour et les grades (ils forment laplus grande masse des étudiants) ; puis des jeunes lauréats des écoles secondaires qui obtiennent une bourse, et enfin des élèves qu'attire le désk id^nstruction. Les derniers sont en minorité.

On ne s'iétonncra pas du petit nombre des'étudiants appelés k jouir des bienfaits de l'éducation supérieure, malgré les immenses ressources scientifiques misQS à leur âsposition par les deux vifies, où, possédant de magnifiques musées, des bbofatoires, de riches collections, de splendides biblioflièques ( la Badldemm d'Oxford, celle de Christchurch, de Caimbridge), quand on saura combien sont coûteux pour les étudiants les dépenses de séjour et les frais d'études. Ils ne sont pas moin-

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<lres de S, 000 frants pour les jtftmes gefns les jAus ■économes. Il va sans dire que les plus riches peuvent dépenser le double et le triple, lorsqu'ils veulent transpoilîer à l'université, ce qui n'est pas rare, l'existence luxueuse et aristocratique dont îls jouissent dans leurs familles. Les universités laissent donc en dehors de leur sein une foule de jeunes gens destinés aux professions Ubérales. Beaucoup d'avocats, d'avoués, de médecins, d'ingénieurs surtout, ne passent point par leur enseignement. Ils courent à l'instruction professionnelle, négligent la science théorique qui en contient cependant les principes.

Cette particularité concourt, avec bien d'autres causes, à expliquer le caractère des classes moyennes de l'Angleterre, leur habileté pratique dans toutes les professions et l'absence de toute tendance philosophique dans leurs écrits et dans leurs pensées.

Là faiblesse ou "plutôt la nullité de Fépreuve d'admission dont plusieurs collèges se contentent abaisse le niveau général des études. La masse des étudiants futurs IravaîDe peu à l'école secondaire, parce qu'ils savent qulls seront admis avec la plus grande facilité dans l^rnivcrsifé.

Les examens subis à l'université sont de deux sortes : le premier, obligatoire pour tous les étudiants, n'exige que des connaissances superficielles, pour l'acquisition desquelles les tuteurs appliquent

les procédés employés par quelques-uns de nos préparateurs au baccalauréat. Ceux qui les subissent dans ces conditions, désignés sous le nom de pass-meriy sont les premiers à reconnaître l'insuffisance du savoir que peut donner cet enseignement, ce bourrage, cramming^ comme on l'appelle en Angleterre, qui n'exige qu'un effort de mémoire. L'autre examen est peu sérieux. C'est un véritable concours ad honores^ qui assure aux vainqueurs des prix et des avantages matériels considérables.

On éprouve un vif sentiment d'admiration et 4e surprise lorsque l'on visite pour la première fois ces grandes villes des étudiants, Oxford et Cambridge, où de véritables monuments ont été construits pour être exclusivement consacrés à la jeunesse, qui vient y compléter, par un enseignement supérieur, les . connaissances qu'elle a pu acquérir dans les établissements d'instruction secondaire. Je laisse parler les derniers voyageurs qui ont exprimé d'une manière saisissante l'impression produite sur eux par l'aspect des deux cités anglaises.

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((De véritables palais * à la fois austères et splendides, magnifiques de dessin et d'exécution, se succèdent à Oxford presque sans interruption à droite et à gauche et garnissent les principales rues. Chacim a son caractère et pour ainsi dire sa figure. L'un étend sa façade monotone sur une longueur de 200 pieds en lourdes assises horizontales, dont les deux premiers étages sont surplombés et en quelque sorte voilés par un large bandeau de pierre, tandis qu'au troisième les fenêtres, surmontées chacune d'un faîte triangulaire, lui forment un diadème radié comme celui des rois mérovingiens : c'est le collège ^ Alfred-le-Grand [Universiiy collège). Un autre [Christ church)^ avec ses tours majestueuses, sa vaste cour quadrangulaire, sa ca/A^t/m/e du vil® siècle, son réfectoire de 100 pieds de long sur SO pieds de hauteur, aux voûtes de chêne sculpté, auxpendentifs élégants, aux vitraux coloriés, aux armoiries royales, semble rappeler avec orgueil Henri VIII et le cardinal Wolsey, ses fondateurs. Il domine la ville de toute sa hauteur impérieuse. Sur son portail d'entrée, composé de trois tours, s'élève le beffroi de Tom^ le bourdon d'Oxford, deux fois aussi gros que celui de Saint-Paul de Londres, et dont la voix bruyante, souvent peu écoutée, 'sonne

1. Demogeot et Montucci. De Renseignement supérieur en Angleterre et en Ecosse, p. 29»

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eha^e soir pour Ioqs les étudiants la retraite dans leurs collèges et la feameture de toutes les portes. Pixta loin, voici Baillai^ ayec sou élégaute cbapelle toute moderne et la jeune façade qui vient de remplacer se») portail contemporain de Henri YU. Voici Eaxter avec sa longue façade à ogive, d'un effet si imposant ; ^oioîiBrase^nose^ avec son nez de cuivre ^scidpté sur la porte.; voici le collège de All-s(nds eisa ecKor seHtaire aiiec sa bibliothèque, ûosA ks hauts coîBtrerforts ressemblent à des minarets. Plus loin, à Tune des extsèaujbés de la ville^ s'élève le diarmani; collège de Sainte-Marie-Madeleine^. bâti a» xv^ siècle*. »

« Cambridge, avec ses deux seules rues, nous semble plus adiEnrable encore. King's eoUege est vraiment un pelais de roi ; Trinity et Saint- John sont peut-être les pbis magnifiques fondations collégiales de FEurope» Les édifices de Cambridge, pk» vastes et plus splendid^ que tous ceux d'OiîoïAj sont aussi mieux conservés. La pierre^ plie dure, plu^ résistante, a gardé sous la graindeuf du ies€dn toute la finesse des détails. Oxford s'émiette 6005 la maindu 1»]^set menace de tomber en poussâère. Cambridge est jeune et forte daais ses sculptures séctdarrea. Caimbridgeaenooreun daarme partir culier : la plupart de ses collèges, situés près de la Cam, ont de vastes jardins, ou plutôt des parcs somptueux qui descendent vers la rivière, lafranchissem

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par des ponts ravissants^^la bordent de prairies et de saules pleureurs, la peuplent de batelets et d^ples pavoisées. »

c( Rien ne manque dit M. Taine, dans la forte et intéressante Étude qu'il vient de publier sur les institutions anglaises ^ Ni les beautés de Tart ni les fraîcheurs de la nature, ni les graves et grandioses impressions de Thistoire. Tout à Theure, en me promcenant dans les collèges, on me citait les noms d'anciens hôtes, étudiants à jamaiscélèbres, Wickff, le prince Noir, sir Walter Raleigh, Pym, Hamden, rarcheyêque Laud, Ireton, Adcbson.., Je vii^te deux ou trois maisons de processeurs; les unes, semblables à d'anciens hôtels français ; les autzBS, modernes et charmantes, toutes avec des jardins, des fleurs, des perspectives nobles ou riantes^ Les plus vieilles, sous les portraits des prédécesseurs, rassemblent toutes le confortable moderne* Je les compare à ceUes de nos savants, sorte de cages au troisième étage d'une grande ville, aux tristes logis de laSorbonne, et je pense à Taspeét si terne et si étriqué de notre Collège de France. PauvresFrançais, sipauvres et qui vivont campés ! Nous sommes d'hier et ruinés de père en fils par Louis XIV, par Louis XI, par la révolution, par Femfpire. Nous avons démoli, il a

1 . Notes sur r Angleterre, dans ïe journal h Temps. (Mois d« septembre et octobre 1871.)

fallu tout refaire à nouveau. ^ci la génération suivante ne rompt pas avec la précédente : les réformes se superposent aux institutions, et le présent, appuyé sur le passée le continue ! »

Je reconnais tout ce qu'il y a de fondé dans ces réflexions mélancoliques. Mais, si dans des conditions qui peuvent en effet, sembler misérables, quand nousles comparons à celles où se trouvent les universités d'Angleterre, la France a pu dans ses écoles primaires, son enseignement secondaire, et ses hautesétudes liistoriques,.littéraireset scientifiques, s'élever au niveau, sinon au-dessus des autres nations, quels progrès ne doit-elle pas espérer lorsqu'elle pourra y consacrer des ressources et une puissance d'action plus grandes?

Car, il faut le dire, les résultats obtenus par les célèbres universités d'Angleterre, quant aux écoles, ne sont pas en rapport avec la richesse des moyens que la munificence de leurs fondateurs a mis à leur disposition. Mais on se tromperait si l'on ne jugeait l'<Buvre des collèges universitaires que sur la somme des connaissances littéraires que les étudiants en rapportent. Les deux universités sont surtout des villes d'éducation : elles présentent l'image de la vie anglaise elle-même avec ses qualités et ses défauts, l'énergie du caractère, le sentiment de la personnalité, la haine de toute chose basse et vile.

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Les illégalités sociales euatre lesquelles, depuis le commencement de ce siècle, lutte l'esprit moderne se produisent encore d'une manière frappante dans les différences hiérarchiques qui distinguent entre eux les Étudiants. La distinction de& rangs et des privilèges est consacrée par l'immatriculation . Les pairs, les fils de pairs, les lîls aînés de tous les fils de pairs et de pairesses, les baronnets et les lîls de baronnets sont dibtingués sous le titre collectif de noblemen. Leurs privilèges consistent à se présenter à l'examen de bacheliers après deux ans de ^éjour à l'université, au lieu des trois années exigées des autrQ3 étudiants. Au dhicr, ils ont au réfectoire une table spéciale élevée sur une estrade; ils ont le droit de porter aux jours de solennités une robe chamarrée d'or et les autres jours un grand gland d'or à leur toque.' Les nobles sont libres maintenant, en prenant leur inscription, ile renoncer à leur position priA^ilégiée.

Entre cette classe et celle des étudiants ordinaircî^, plusieurs collèges reconnaissent un ordre de pensioimaires gentilhommes ou convives des agrégés, qui prennent leurs repas à une table particulière et peuvent porter une robe de soie ; la richesse seule

donne droit à celte distinction; pour l'acquérir, il suftit de la payer.

Les pensionnaires [commoners] diffèrent, à leur tour, des boursiers par la forme et la longueur de leurs robes. Mais ici la distinction sociale à l'origine est devenue purement intellectuelle, depuis que les bourses sont données au concours. La robe du boursier était, il y a cent ans, un stigmate de pauvreté ; elle est aujourd'hui un vêtemeut d'ho'nneur.

Les distinctions établies entre les étudiants se manifestenL encore par la différence des sommes payées pour leur immatriculation. Le noble paye à Oxford 200 fr.; le gentilhomme pensionnaire, 128; le pensionnaire ou boursier, 62 fr.; l'élève serviteur, 12 fr. SO.

Les universités d'Oxford et de Cambridge jouissent d'une véritable indépendance à l'égard du gouvernement. U existe néanmoins entre elles et lui une étroite alliance. Dan-s un pays où TÉtat et l'Église ne font qu'un, l'État peut s'abstenir quand l'Église agit* à sa place. Hautes écoles aristocratiques en même temps que séminaires ecclésiastiques, les universités, gouvernées et peuplées par les classes gouvernantes, sont le plus ferme appui de la constitution politique, essentiellement liée d'intérêt avec l'Église établie. Elles ne sont point des écoles professionnelles, puisque leur enseignement embrasse presque exclusivement la haute lit-

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térature, la philosophie, ITiistoire, la théologie, les mathéipatiques pures. Elles offrent aux jeunes gens qui ont terminé leurs études secondaires une culture générale, ^une science désintéressée, utile sans doute à toutes les positions de la vie, mais n'étant immédiatement applicable à aucune. Les jeunes gens, appartenant aux classes moyennes, trouvent à l'université de Durham, et surtout à celle de Londres, unenseignement qui, sans cesserd'être aussi élevé, est essentiellement plus pratique.

UNIVERSITE DE LONDKKS.

Oxford, Cambridge et Durham représentent, par la nature de leur enseignement, leur régime disciplinaire et la prédominance du clergé, l'esprit Mu passé corrigé et modifié depuis quelques années par l'introduction d'éléments nouveaux. L'université de Londres, conçue à un tout autre point de vue, se propose de donner satisfaction aux besoins de la société moderne. Une charte royale du 8 décembre 1837 a consacré son existence légale. Le centre de cette grande institution est établi à Burlington house^ qu'elle partage avec la Société royale des sciences. Elle ne ressemble ni aux autres universi-

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tés anglaises, ni à notre Sorbonne ou à notre Collège de France. Les anciennes universités, comme on Ta vu ci-dessus, sont des institutions essentiellement anglicanes; nul n'y peut obtenir le grade de maître ou de docteur, s'il ne reconnaît publiquement les trente-neuf articles regardés comme la base de la foi anglicane.

Les dissidents ont voulu créer une université laïque^ indépendante de toute influence cléricale et de tout enseignement dogmatique.

C^tte université n'est point un corps enseignant^ mais un corps examinant. Elle n'a point de professeurs, mais elle a des examinateurs nombreux pour' tous les genres de connaissances, conférant tous les grades. Son domaine s'étend sur les trois royaumesunis et sur les vastes domaines qui composent leurs colonies. C^est un tribunal offrant également h tous ses examens, ses grades, ses récompenses, jugeant sur place et souvent sans déplacement les candidats, sans distinction d'église et de secte.

L'université est administrée par un vice-chancelier et 36 agrégés {fellows) composant le sénat. En outre, tous les gradués de l'université forment une seconde assemblée, la convocation^ appelée par le sénat à siéger au moins une fois par an et extraordinairement pour des questions spéciales.

Tandis qu'il n'existe point pour les universités anciennes d'examens d'immatriculation, l'ùniver-

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site de Londres exige de tous les aspirants aux grades des connaissances élémentaires dans les sciences et dans les lettres. Une large part est faite dang ses études générales aux sciences expérimentales.

Elle confère plus d'espèces de grades que toute autre université des trois royaumes, excepté celle d'Edimbourg *.

Les programmes des examens que doivent subir les candidats, soit dans la faculté des arts, soit dans celle des sciences, sont très-étendus, et ceux qui obtiennent des diplômes sont obligés de faire preuve de connaissances sérieuses. Les grades que confère l'université de Londres ont donc une très-grande valeur.

Par une charte additionnelle du 27 août 1B67, la reine Victoria a donné à l'université le droit de décerner aux femmes jes degrés en littérature, eu arts et en sciences. Elle délivre aux jeunes personnes deux espèces de certificats. Celui du premier degré ou Pass-certificate : et celui du second degré, certi-ficate of higher proficiency. L'épreuve pour le certificat du premier degré occupe cinq jours ou deux

Ir Ces grades sont ceux du baccalauréat es arts (B. A.) ; maîtrise es arts (M. A.); doctorat es lettres (D. Let.); baccalauréat es sciences (B. Se); doctorat es sciences (D. Se); baccalauréat endroit (L. L. B.); doctorat en droit (L. L. D.) ; baccalauréat en médecine (M. B.); baccalauréat en chirurgie (B. S.) ; maîtrise en chirurgie (M. S,); doctorat en médecine (M. D.).

séances, dont les deux premières seulement sont de deux hçures chacune ; la durée des autres est de trois h^^ures, ce qui fait un total de 27 heures d'examen. Les matières de l'examen ,du premier degré sont le latin, le grec, le français, Tallemand, Titalien, la langue et la littérature anglaises, l'histoire d'Angleterre, la géographie moderne, les mathématiques, la physique, la chimie, la botanique et la physiologie végétale.

Pour le second degré on ajoute aux matières qui entrent dans le programme du premier la physiologie humaine, la géologie et la paléontologie, Téconomie politique, la logique et la philosophie, l'harmonie et le contre-point. Ces examens embrassent, comme on le voit, un domaine bien plus étendu que celui de nos institutrices du premier et du second degré.

On remarquera que pour l'obtention des grades les candidats des deux sexes n'ont à répondre à aucune question appartenant au domaine religieux. L'esprit nouveau tient à séparer complètement le domaine de la religion de celui de la science, s'en rapportant pour le premier point aux familles. La religieuse Angleterre ne craint point pour les jeunes filles non-seulement les études scientifiques, mais encore la logique, la philosophie et l'économie politique qui n'a pas encore de place dans renseignement des hautes classes de nos lycées.

Une association de dames vient de créer un établissement mis en rapport avec l'université de Londres et dans lequel les jeunes filles peuvent suivre les cours suivants : langues et littératures anglaise, allemande, latine, française et hébraïque ; psychologie, logique, histoire, jurisprudence, histoire constitutionnelle, hygiène, architecture, dessin, mathématiques, physique, chimie et géologie. Un grand collège de filles a été établi à Mitchin, comté de Kerts. Elles y sont admises après de sévères examens et elles peuvent donner à leurs études toute l'extension désirable. Parmi les autres sociétés fondées pour le même but, nous citerons V Union nationale pour l'éducation des femmes de toutes les classes qui fait les plus grands efforts pour donner aux fiUes une éducation supérieure et combattre sur ce point l'indififérence des parents; l'association fondée à Caraden Town pour l'instruction secondaire des jeunes filles ; le comité d'Edimbourg pour assurer l'instruction médicale des femmes.

Ce n'est pas seulement pour faire reconnaître le droit des femmes à une instruction supérieure que des associations nombreuses se sont formées dans ces derniers temps. L'opinion publique accueille avec faveur toutes les tentatives pour ouvrir aux jeunes filles de la classe moyenne les diverses carrières pour lesquelles leur aptitude est4ncontesta-

ble. Un tendre intérêt pour le sort des plus pauvres a donné naissance à une foule d'institutions ayant toutes pour but de leur procurer des moyens d'existence par une éducation spéciale qui puisse les mettre à l'abri du besoin et assurer leur avenir. Ces diverses sociétés attachent avec raison une grande importance a toutes les questions hygiéniques, elles font publier d'utiles ouvrages où sont exposés les moyens de développer et de fortifier le corps par des exercices appropriés aux différents âges * .

Le but principal que l'université de Londres se propose, c'est la constatation des connaissances que possèdent les étudiants qui se présentçnft devant les commissions d'examen. Elle n'exige des candidats aucune condition de séjour, de vie commune, de- discipline morale ou religieuse. Elle n'impose pas à l'étudiant, comme Oxford et Cambridge, de riches camarades dont la société peut devenir une cause de dissipation et de dépenses et l'arracher aux goûts et aux habitudes modestes de sa posi-

t. Une femme de cœur, M»"® Blackwell, docteur en médecine, a fait dernièrement, dans un meeting de Londres, une lecture ayant pour titre : la Religion de la santé (the Religion of heat).

lion. ((Enfin, comme le disent très-bien MM. Demogeot et Montucci *, si l'université nouvelle ne distribue pas elle-mêuie l'instruction, elle n'en est que mieux placée pour exiger qu'elle soit acquise. Elle n'est jamais juge et partie à la fois ; elle n'a ni esprit de corps, ni vieilles et inébranlables traditions ; elle peut suivre librement le mouvement de la , science et même en diriger la propagation dans les nombreux établissements qui lui préparent des candidats. »

L'université de Londres, ayantpourbutunique les examens et la collation des grades, se trouve ainsi le centre de tous les établissements d'instruction secondaire et supérieure du royaume britannique et de ses colonies. Elle trouve à Londres môme deux collèges qui lui préparent des candidats : le collège de r université et le collège du roi.

Le premier, fondé en 1830 par le parti libéral , est un établissement laïque, entièrement soustrait àl'influence de l'église anglicane. Il accepte des élèves de toute communion, reste en dehors de tout enseignement théologique et abandonné aux familles le soin et la responsabilité de la direction religieuse. Le collège de l'université de Londres est une association privée, composée de deux sortes de membres, les propriétaires et les donateurs. Il se partage

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