‹ L'instruction publique en AngleterreChapitre 15 sur 16 · Ouvrage cité, p. 2î)G · texte numérisé non relu

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en deux facultés, celle des arts et du droit et celle de la médecine. La première se compose de 38 chaires, la seconde de 18. Les facultés choisissent chaque année leur doyen qui les gouverne, les convoque et les rattache à l'assemblée générale des membres du collège.

Un établissement d'instruction secondaire, comptant près de cinq cents élèves externes, est annexé au collège de l'université. 11 va sans dire qu'il diffère des anciens collèges par l'esprit libéral qui y préside et par la place étendue qu'on y donne aux sciences physiques et naturelles, à côté des autres branches d'enseignement. Une chaire d'économie politique y a été établie, et cette science y est enseignée avec beaucoup de succès.

Le collège du roi est comme celui de l'université . de Londres une école d'enseignement supérieur. Il prépare des sujets d'élite pour Oxford et Cambrigde ou les dispense d'y aller. C'est une institution cléricale, l'œuvre du parti religieux, fondée en opposition au collège de l'université. Tout en demeurant fidèle aux traditions des anciennes universités, l'église angUcane, en créant le collège du roi, a voulu prouver qu'elle voulait aussi donner satisfaction aux exigences de l'esprit moderne; elle a étendu le cercle des études. C'est seulement dans le domaine religieux qu'elle se montre rigoureusement exclusive. Les professeurs ne peuvent être

choisis ni parmi les catholiques ni parmi les libres penseurs. Le principal doit être un ministre de TégUse anglicane ayant pour mission de diriger les co'nsciences des étudiants aussi bien que de surveiller leurs études.

Les élèves admis au collège du roi ne' sont point astreints à suivre tous indistinctement une seule série d'études, plus ou moins prolongées. Ils peuvent au moment de leur arrivée se faire inscrire pour Tune des quatre divisions ou départements^ théologie, littérature et science générale, sciences appliquées et médecine. Une école d'enseignement secondaire est annexée au collège.

Les différences signalées plus haut, entre l'organisation des écoles publiques de l'Angleterre et de l'Ecosse, se retrouvent en ce qui concerneles collèges et les universités.

Le principe qui a présidé à la création de l'université de Londres est que l'université confère des grades, mais n'enseigne pas. 11 en est presque ainsi dans les universités d'Oxford et de Cambridge, où le rôle des professeurs universitaires est presque nul. Les universités d'Ecosse, au contraire, enseignentet confèrent les grades. A Oxford et à Cambridge, nous avons vu les étudiants cloîtrés dans les collèges où ils retrouvent le système tutorial. Pendant la première année au moins, ils ne font que continuer les études commencées dans les collèges se-

condaires. Ils n'y voient que les auteurs classiques et les mathématiques. Les autres sciences y sont établies depuis très-peu de temps.

L'Ecosse possède quatre universités, celles de Saint- Andrews, de Glascow, d'Aberdeen et d'Edimbourg. Les recteurs sont élus par le suffrage direct des étudiants immatriculés. Les doyens des facultés sont élus pour deux ans par leurs collègues. Enfui l'administration et sa haute surveillance sont confiées à une cour universitaire^ à un sénat académique et à un conseil général. Ce dernier se compose du chancelier, des membres de la cour universitaire et de tous les maîtres es arts et docteurs en médecine ayant quatre années d'exercice en l'université.

' Il ne reste qu'un petit nombre de remarques à faire sur les établissements d'enseignement supérieur que je viens de passer en revue. En général, ils s'adressent plus à des élèves qu'à des auditeurs. Les étudiants sont assujettis à des compositions, à des examens écrits. On s'est plaint quelquefois qu'il n'en fut pas ainsi dans nos facultés françaises, dont les cours, toujours facultatifs, consistent en leçons ex cathedra des professeurs sur les différentes bran-

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR. VZ\

ches de sciences qui y sont enseignées. Il faut faire observer à ce sujet que les auditeurs de nos facultés ne sont pas seulement, comme en Angleterre, des jeunes gens ayant à compléter des études littéraires ou scientifiques imparfaitement ébauchées. C'est à des hommes faits, le plus souvent, qu'elles sont destinées, et les leçons, à la fois solides et brillantes de nos professeurs, n'ont pas peu contribué à développer et à élever au plus haut degré les qualités qui distinguent l'esprit français en lui inspirant l'amour du vrai, du bien et du beau. Quant aux études qui exigent de la part des élèves un travail régulier, suivi et dirigé par des professeurs spéciaux, la création de l'école des hautes études est venue tout récemment combler une lacune depuis longtemps signalée. Une autre différence à noter entre les universités anglaises et nos facultés, c'est que les étudiants, après avoir joui comme écoliers des collèges d'une liberté entière, y sont soumis à des règles 'et à une discipline assez sévères : ceux de France, au contraire, passent sans transition de la contrainte à laquelle les soumet la vie de collège à l'extrême liberté, dont on a plus d'une fois déploré avec raison les abus.

J'ai déjà indiqué, comme exerçant sur le caractère anglais une influence très-grande, l'esprit qui préside en général à l'enseignement, procédant beaucoup plus par l'étude des faits et des détails quepa

des considérations philosophiques et des conckisions systématiques.

« A Oxford et à Cambridge, a très- judicieusement remarqué M. Taine, les étudiants studieux lisent tous les auteurs latins, même de la basse latinité, Stace, Claudien, Manilius, Macrobe, Aulu- Gelle. Ils connaissent le grec à fond; dans le collège ils ont fait des vers grecs, mais ils n'ont point d'idées. Ils savent le matériel de l'antiquité, ils n'en sentent pas l'esprit; ils ne se représentent pas l'ensemble de sa civilisation, le tour particulier d'une âme méridionale et polythéiste, les sentinients d'un athlète, d'un dialecticien, d'un artiste, etc. L'approvisionnement des faits est trois fois, quatr'e fois plus considérable chez un Anglais bien élevé que chez le Français correspondant, du moins en ce qui concerne les langues, la géographie, les vérités politiques et économiques et les impressions personnelles reçues à l'étranger, au contact des hommes et des choses vivantes. Par contre, il arrive bien souvent que l'Anglais profite moins de son gros bagage que le Français de son petit sac. Les idées générales sont des cadres à compartiments: une fois que l'esprit les a formés, il n'a plus qu'à les appliquer pour embrasser d'un regard l'ensemble et les parties d'un sujet. Ses opérations deviennent plus faciles et plus promptes, et si de la spéculation il passe à la pratique, il organise sans difficulté. Mais

aussi lorsque l'acquisition des cadres généraux est aisée et précoce, l'esprit court risque de devenir paresseux; c'est le cas des Français. Souvent au sortir du collège, presque toujours avant 25 ans, il possède des cadres, et comme ils sont commodes il les applique à tout sujet; désormais il n'apprend plus, il se croit suffisamment muni. »

Que conclure d'un parallèle qui met avec tant de sagacité les inconvénients résultant pour les deux pays de l'esprit qui préside à l'organisation des hautes études? C'est qu'il serait désirable que chacune des deux nations, tout en conservant les qualités qui la distinguent, empruntât à l'autre celles qui lui manquent. Une étude plus approfondie et plus sérieuse des détails, une connaissance réelle des choses, donnerait à l'esprit français plus de gravité et de force, et l'esprit anglais, s'élevant à des généralisations plus hautes et s'habituant àrattacher les faits observés à leurs principes, prendrait plus de largeur et d'étendue, sans rien perdre de sa force.

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