mSTRTCTION l?UBIiieUfî
oilemeiûjt-aus; seidtibQs:dfi là bihliolhè^aiB]U^lk>^) nale existante à) Paris. ' <* . '. 'S
Cefcte icprresipoû^anjee Cfournirg. les premierô» matériaux à ub j^urn^I dhm îgeak'e nouveau qiiôl vous devez. ettcoiiragerL Cet ouvra^e/qui ne.deytftt point être- assinjetti à une pédodicilé feneste àl tauteh lesipriodùcitioiis^.'auraunibut pl;iilosopbiqUq) ettrès moriil ; destiné d^ahord à feire conaailtre» le nombre^ la nàtiuJe des livres ou imtoUscirils ^e» diàijtie département, à perfèclionridr: leurs .^^$61^: fications, , leurf sousi-diViçipUSr «t .àc flXer» les rer+j cherches inquiètes des savamlf ,;il ©AWrla. bienlûtj desnotlces a-paly tiques siir tout ee que :1e têiûps commande d^abrégîeii:/ dès ; choix, heûceuxi vXl^i sisHpiîûéatiéiis siavantes qui réduiront inseilsiiKle^t ment: a lin petit; nombre de volqmeâ^ méice&sairesi ce çûe les tcàVaux de chaque : slèéle bnl \ prôdudp, delplas intéressant ; il disposera les iinûtéîiaux ddi (îe>-qut' est incomplet, pré^parera^ les ; mStliOjle9;> appreii)(lra ce qui é&l ^ £aii^ ce qu'oQ' 00. doit ' plu^) dliecoher^nôqs dira bombien chaque; vérit|é,,clikaq'iièl dé<iouverte>rëiid inutiles d'oùvcajgies,! ■ dé iptoctipna» d'ojuvragesv et àurixiuit hâtera leur s^p^aatissienienit^ péelvd^abôtldien rédpisant idui.phitô 'peli pofisîbIepc'^tA-à''djpe^i si rpn peut parlear;^ittsiv âj deS' inâiyidii& iumquësy. cette foule d'pûvrEgéSjStH-; pérfluQ, multipliés ^avec tapil^deprotesion^ et! to» Hvcaht ensuite !à la b^ntaisàtite rigueui: :dil tem:psj le soin de détruire absolumentiréspèeë entièue^ condamiiée I à ne plus ^se !reprbduipoii;PfetiiTéjre même uù tel ' getii?nai pircsisera'tlil ropinion pU-i biiqiueiaîii! point qu^on re^arderay iMn commd
KAPPôRt fiÉ TALLEYRÀND-pSrIGORD l3â
èDttrâgetix, mais oomind ^èîûipliEf et ràisc^H^iblbl de détruire tout à feit, d'époques en époques, une prodigieuse quantité d'ouvrag-es i^ni n'offrirent pliiè ¥ien, même à la burîoisité; et (ju'il Seriiit jftiéWl de* vdillbir- étïcorê conserver. L'es^ritsë sbMà^e'prfr f espoir^ ^^ i^mèiisfe"
de prodtfclibns tant dé fois répétées pairTart, 'é% qfîii h^bitirâitjâniaisdû ëiîstér^^ r^iV ^pitig <i^;^vfcf<iru p!is;tôîybti]^s;'qirytiflH, le^ livret (^iôtitfôit Ihtit (ïçliîen àte'fïômiïlés; lïè i^ont pas' dèstiriës à Mil: faire xïtL pëû' Id' gii^ri-é et au physiqtlb et au lîïïo^ rai. Or^ c*est évidemment du sein des-biblrdthèiiÛd^ qiië doit sertir le ïnbyéii id'éii * actiélérér ' la d^struëtioh/ '■'•^■--^'■■'i :.'..'.^^i/- .-,; o^:.--,; -)0i; r..vU
Avant de .terminer cet article, vous désirezf sàhé (ïoiitë saVôïr' lî^l^ làpJDroiiiiïiaiioii à^ qîlbî 's'è'lève
ecclésiastiques et téXi^ixiiyàn.liiot^^ fMÏle ciïVq cèfks ïùàîsôi'i's oti'^à pfetk près, àtiildn- , cent quatre millions cent ffuatf^-vi7igt:q7Mtoi^^é' miW "■ Quatre cent jdôiiiè Vôliiïiies, dont prëS 'dp 'èingi-six Triîlle iAïixiiiiétiis: Sur 'ôe hpnibirêî \d Ville' dé l^àrîs fôurnji ' Kutt * cent 'mille cmt vingt vbltitiiês^ Oïi a tëiharduS c(ii'ènvi'rbti un cinquième ètail:'a;éj30uillé/ôît'*d^ huilé valeur. On éVialdë dbiic éh'-générâl ië rionibre 'des volumes cfùi forme cîès ouvrages èbmpletè â ttàîé mîlîiôné déiÛ he^iiî^îiy^^Xiv lësqdëls Cnyih)tf slr'i; cêHt qiiàfàhfè fniliè h ï^aWs. Il est' vrai aussi qtië cërtams liWé^ ^sbtit Yë^étës trois,/sîi; et' neuf inîlië;f^^^ qti'it ii'y a qtt'ënviron ce7it mille articles différents^
Enfla, dans ce nombre de trois millions deux cent mille se trouvent à peu près deux millions de volumes de théologie.
Les deux premiers moyens d'instruction que nous venons de parcourir, se fortifient de ceux gui doivent naître des encouragements^ des récom* penses, et surtout des méthodes nouvelles.
Les encouragements connus sous le nom de bourses offrent quelques points de discussion. Tout ce qui les concerne se trouve renfermé dans les questions suivantes, qu'il est indispensable de résoudre.
Quel doit être l'emploi des nombreuses fonda* tiens de ce genre qui existent particulièrement à Paris ?
Au profit de qui et par qui doivent- elles être employées ?
Faut^il en établir, et à l'aide de quels moyens, dans les lieux où il n'en existe pas 7
Enfin quelles règles à observer dans leur distribution ?
Les principes sur les fondations sont connus. Ce qui a été donné pour un établissement public, a été remis à la nation qui en est devenue la vraie dispensatrice, la vraie propriétaire, sous la condition d'accorder en tout temps l'intention du donateur avec l'utilité générale. L'Assemblée nationale peut donc, en se soumettant à ce piîncipef disposer du domaine de l'instruction, commQ aussi des fonds de la charité publique. Mais, dans un objet de cette importance, il ne faut point d'opération hasardeuse. L'espoir du mieux ne
permol de rîeii compromettre : on doit uniquement s'occuper de conserver et d'appliquer. K faut donc garder soigneusement à Unstruction tout ce qui lui fut primitivement consacré ; ear c'est au momeot où elle s'agrandit que les secours lui deviennent plus nécessaires. 11 faut que les. bourses existantes à Paris soient appliquées à Paris, non seulement parce que c'est le vœu des fondateurs, mais parce que les fonds sur lesquels sont établies ces, bourses, existent presque-tous dans la ville même de Paris, et parce que c'est aussi le seul moyen-d'en faire jouir complètement et plus utilement, même tous les départements du royaume. Cette dernière raison résout la seconde question sur les bourses.
Au profit de qui et par qui doivent-elles être accordées ï
La plupart ^t été fondées pour des provinces qui n'existent plus, pour (les classes privilégiées qui n'existent pas dava:ht€tge* Cette intention littérale ne peut donc être remplie. Mais elles l'ont été toutes pour l'encouragement du talent, pour le soulagement de l'infortune, et, en dernier résultat, pour le plus grand bien i^ibûc. Or, cette intention, la seule qui doit survivre à tout,' sera parfaitement acquittée, lorsqu'il aura été décidé qu'elles seront réparties proportionnellement entre toi^s les départements, et que chacun d'entre eux aura le droit de nommer et d'envoyer à Paris, pour jouir de ce bienfait, le nombre de sujets qui lui seront désignés par ce partage.
Mais doit-on, et par quels moyens, établir ce
fl^0rjr<5îà'aneoui'^o gemeiH dans les lieux oùfil iik'^xislç
Il jeattclaît (jue les moyeas gratuits d'tasitualiQli ne, doivent pas être /ConciKBlrés ëxclu^^i vannent rdajQS la caipitâle ;; que la justice et tauteâ les; oonr ; vidnances deiniandent que> dans chaque dé{$artef jttient,.:r!ii;istructibn sôit aussi complète qu'elle çeut rètFd. Cet^endant, coqament y faire paccottry* tou^ ie$ degrés d'instniction à ceux ique^leur î .déè icesse met dans rimpQssibilité d'en accïoiltert ; les frai«^ tandis, que leurs dispositions les y appèlèeaff AuïBoaient de la révision de notre code bonstit -tutionrtel, vous avez fortement exprimé votre îvœu à. cet égai'd ; voue avez pensé qu'il était dm devoir de rassemblée d'acquitter cette dette. dé ia ïiatiôh. Noos vous proposons donc d' établir, de fixer dans chaque département tin ceortxin aonabre débourses qui seront àcijuitlées et ap|ïliquées> là, et dont la distribuldony dans les diffé|4 ^en^tes ôcolesy sera confiée auîi diverses admiriîsr^tcalioBsU Ce moyen ^ ne^ tardera pas'à;i&'étietidrè, à s-agrahdir j ïil se foTtiÔera siurtout, 'nous h'éù doutons point, pîar de notfibtèaseà souscription^ vblontaîres ; ces mouvements ; spontanés dés peuples libres qm, associant; l'homme à tout ce qiuî s'élève d'utile autour de luîj vont le porter Vers; cette multitude d*étâblissemients noruveâux où tous lesi yœûx d'une bienfaisance éclairée trou^ verontà se satisfaire. Quaiit aux règles de la distribution, ! elles sont simiples, chaque admi^^ nistrati^n niunicipale, surveillant les écoles de son arrondissençtent . puiç^ra dans chacune d'elles,
RAPPORT DE îTALLETKAlîD'^PBRIGORD t87
^Y Um0. ôô.mmïiiiicaUoQ^ fréqlientej: des iiôlioins précises sur lies titiies effectifs i de tous > i qeaais x|iii lispii^eTOi;^! àce bienfait. ëesàotiohs'^ront^ahiS'^ ttifeeS' pai^ kS'itîuhicipûlUéS'aïix districts, içiarjes districts àux-dépiaftemeiitsi qtiî» les réunissant t<3iuf6is et tiotaàbînaflt '^Bisemble ,les dispmïtiénsi k doifiidhitë'et^ les tti6yérisidô fàr'luttô^-.pounoflt diséépfiéî» i (*ëWc qtifi métritôrèiït ià frététmt^i, ■. ou^ dans ife cas î)rôskiùe>cMm^riqueid-ua doute a*)"^ i&ttluv' oi'âèiiËet'onti uïlë^dëMïiërô éptèuvè ^titb: ie^ Mtadti^rënts. ^ettè ffîétfeodë qile Texpériefiée pei*-^ fectionnera, nous a paru ^i?^férab}0'à'tiil^^^(^ ^(iiïtk • qui* ^erâît tôiàjbilrs' et èj^lilïsivônïôttt' dééréifj à cette épîre^ivè ittijèi^taiil^'où 4a < tiiïiiMlfr^'d ftfït' sbtitéttt ëchbtl^ï* ïA^ tJàtenls^ H^ét'itiabtefe ;^où' Is ^édîëdi^îte Mraië :a ^Bt^ïïu' tant i d'avawta^ë^ 'Gë dèMièi* ifeoyèii*, qui âppeîlé Wut^ râtteftlîéri"de§ j^^iei^ È\à' uti' éëtlï îftstaitil;' éét lltt seul dilVrstgë^ pêttt ' ëitë ^ èbris'eHé^ • (iails là; cafrièrè idôs ' ai*ts - et' pôli'^ 'là-' ëoiutîon ' des • grâ'nds çrobtènîes de^ sciétïces Vëai* ici totlt lé talent que Foi veut té^ édriipetisër 'petit se montt^er dans une sejulë coih- ^bsitîoni. Mais,: lorsqu'il est moitis quë^tibri de* tàlérit que de dispositions^^ lors qu'on a' moins M ré'ébtnpènéer ce qiiî est fait, qu'à èncôiii'ag'er cë^ (^Ui îièiit' se'fairë, iorsqiië lés dispôsîtrôns ^ôiit encore Vagues et n'ont pii se Jùgér sur • rrh àétlidbjëfjiVest parfaitement raisonnable dé iie 'pàs^ s'arrêter à iinnioment/ à^ une productièn quîl pétil û'êtf ô qu'uri heureux hasard, et il faut ëlërs^ se déterminer sur les indications de toute une aiittéë; qilî Tarcthent seront tronipeuses.
Si la société doit ce genre d'encouragement aux simples espérances que donnent des dispositions marquées, elle semble devoir davantage à ce que le talent produit de réel et d'utile^ à tous les succès par lesquels il se distingue. C'est dans le trésor de l'opinion que résident surtout les moyens précieux d'acquitter cette dette. On sait ce que dans tous les temps les récompensos,]con-> nues sous le nom de prix, ont produit chez les peuples libres ; quelle ne sera pas leur puissance chez une nation vive, enthousiaste, avide de toutes sortes de gloire ?
Ils seront offerts à tous les âges : tous doivent les ambitionner. Le premier âge, parce qu'il est plus sensible à la louange, qu'heureusement elle rétonne, et qu'elle ne corrompt pas encore ses actions ; l'âge de la raison, parce qu'il sent plus profondément les outrages de l'envie, et qu'il a besoin de trouver hors de lui et dans un témoignage irrécusable, un réparateur des injustices individuelles. Longtemps le mot de prix et toutes les idées qu'il réveille, ont été relégués dans le dictionnaire de l'enfance, et ont paru y prendre une sorte de caractère de puérilité ; ce préjugé achèvera de se dissiper à votre voix. C'est elle, c'est la voix de la nation qui, invoquant et fixant l'opinion, provoquera les efforts, se servira de l'amour-propre et de l'imagination de l'homme pour le conduire à la véritable gloire par les routes du bien public, tantôt désignant le but aux recherches du talent, tantôt le livrant à lui-même et se confiant à sa marche, toujours montrant
la récompense inséparable du succès. Depuis l'élève des écoles primaires jusqu'au philosophe destiné à agrandir le domaine de la raison, quiconque, dans les productions recommandées à son talent, aura dépassé ses rivaux, aura atteint le but, aura osé quelquefois le franchir, recevra, dans un témoignage éclatant, la juste récompense de ses elBforts.
Il faut que tout ce qui est mieux, que tout ce qui est plus utile, soit désormais à l'abri de Tindifférence et de l'oubli ; mais cette première récompense du talent doit être simple, pure, modeste comme lui ; une branche, une inscription^ tme médaille, tout ce qui annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa délicatesse dans le choix même du prix, semble laisser à l'estime et à la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque jour davan* tage la dette de la nation. Voilà ce qu'il convient d'offrir d'abord au talent. C'est sur ce principe que doivent être distribués les prix dans toutes les parties du Royaume. Chaque lieu choisira le moment le plus solennel pour honorer le triomphe du talent. Ce jour sera partout un jour de fête, et tous ceux que le choix du peuple aura revêtus d'une fonction, devront y assister comme étant les organes les plus inunédiats de la reconnaisance publique.
On ne peut parcourir les moyens d'instruction, sans s'arrêter particulièrement aux méthodes^ ces véritables instruments des sciences qui sont pour les instituteurs eux-mêmes, ce que ceux-ci sont
Wa *i:' 'ÏKgTRVOTîQN I PUBLIQUE ^'11/ r
pùiïT Us élèves. Cesl i îelles ©ni effetà les cond d^ûire âah& <toâ: véritables routes, à^aplahii? poUi* eux, à abréger le chemin difficile dérinsï-' t^uction. Non seulement éUe$ «oint Rèeessaires aux esprit» communs ; le génie le plus créalteur lui-même èû reçoit d'iiicdlculables secours, el le^tra dû Souvent ses plus hautes «oriceptiôns :' car elles l'aident à franchir tous les întei^alies j et^ri îe CôtiduîSânt rapidement aux limites de ce <ïuî 'est connu, elles lui laissent touie • -sa forc^ pour S'éiaùcèr au delà. Etiïïn poiir apprécier d*un> mot- léié ihéthôdes, il- su^fii-a dé dire- quje' 11» séierice la plus hardie, la plus vaste daiisses ap^ préèiatîons; F algèbre u'^ét èHe-tnème qu'une mé^^ thôde îtivétitëè par le génte, poiii* écôttdjttllséi' > 'te temps et les forces' de TèspHt humairt. îll 'e^^ ddn^ essentiel ide ' présenter qiièlques vues teur fe» g^àtrd itioyeii d^iiistructibri: Sads douté qûei Tinfài» tlgaWë 'activité dés esprits àupérieùrs, èneriûra^' ^éèi et fortement secondée jiâr là libre oii^ùlàtidii» des' idées, se portera à'ellë-mêiiie vers cet bbjët o^h^tànt de'décoti^véPtéè sont ëiicore ôlfâiris S'ïKiai# il ifaitt, ' autënt quf il ^ est- eii îiotis , îépiàrgïiel^ 'dlfeu^ tïîesiefférts ; il fâiit nôiis aider 'Cii ce ïilëment dèf tout ce que le génie de lia philosophie 'a' pii m\ik> transmettre, • afirixfë présseï^ et d'a^sû^è^= la ^ 'Hïà'r^-î chë dérëspril humaÎTi'. En iih bâloty nlWiè âiohk* marqué le but de rinstruction;iln6ufe'!re&te'à' marquer, à ' indiquer dii rtïéîns lès- ' p^ii^éîpàltes rbutes, et à fermer' sans retëùî* celles qui si Ibn^temps n'ont servi qu'à égarer les hoinmeS. ■ ^ ^ Poul' né pôiMisoper'drë dans bët'imiinfe lise sti*''
RAPPORT.) DE! TAI^iE'^Rj^^B-^ÇRIG ORD l^ \
jety iK)S/méèirl}atîJ9ns!se -soût. portées,; J>î?P?. ?iflift? ■saarlés seienceé en particiUier; qiiQ surl^^priaqp© et te M de: toutes Les sdpne€is,;-çar,|ç;^S(t,là-,i^ur7 4out (Ja'ii faut àppeter en ce momçnjt . les ^fltorti^ dûi talent ; et les idées <îréatrices dç tpus/ Iq^ propa-; g^teurs deiliaivérité. ; ))
• Lîhomme est vin ;être raisiannablei ou plu^ éxactemerït peutrêtre, il est destijaé à le devenir? il faut: lui. apprendre à penser : il eH i;n être so^ tïiàl; il faiiit lui apprendre à eominuniQU!Br ,ss^ pen^éef :? il est lïn être moral ; il faut lui; appren-r drë'àfaiire le bien. Comn^ent Vaidei^ à r^jMplii? cetteitrïple destinée ?. Par qiiels; moyens parvieiir drà*-t-^on à éteadreet à perfectionna [la raison,;^ faciliter la <^miïiruni(ïatiôn des idé/es^, à, ^iplani? lè& difficultés de lamorale ? Do telles : reçjberc^ies^ sont' îdîgnes» de notre époque, Yoicîi. quelques à|)erçh6^pent êti^e quelques Résultats vquei. nou^ ionfions à rattention publique. ■ , ;,
- lia m2>o>t, cette! partie essentielle de il'bpmmAj quide distini^iie de tout ce qui n'est piaa t lui,, ^s^ aéaàmoinà dans unei tëlio! dépeadae^e; dp SQU pr-^ 'ganijaatîon et des itopression^ qu'il rieçoit, qu'elli^ parait presque tenir de dehors son e^xistençe eu même teïnp» que son. développement- U faut donc ôurveillerses impressions pr^^mières, auxquelles sont comtaaeattehées et la nature et: la dignité deFhommo;. ^
' ' ^ Et i'abôfrd, i qu'il soit prescrit de bannir; du nou-t vel ieasedîguement tout ce qui jadis n':était pas vi-? sîbWment propre' ^u'à cbrrompre, qu'à ewîb^-r ner cette première faculté ; et les euper titions dp
tout genre doul on Teffrayait, et qui exerçaient sur elle et contre elle un si terrible empire longtemps encore après que la réflexion les avait dissipées ; et toutes ces nomenclatures stériles qui, n'étant jamais l'expression d'une idée sentie, étaient à la fois une surcharge pour la mémoire, une entrave pour la raison ; et ce nouveau mode bizarre d'enseignement où les connaissances étant classées, étant prisées dans un rapport inverse avec leur utilité réelle, servaient bien plus à dérouter, à tromper la raison qu'à Téclairer ; et ces méthodes gothiques qui, en convertissant en obstacles jusqu'aux règles destinées à accélérer sa marche,la faisaient presque toujours rétrograder. Il est temps de briser toutes ses chaînes : il est temps que l'on rende à la raison son courage, son activité, sa native énergie, afin que, libre de tant d'obstacles, elle puisse rapidement et sans détour avancer dans la carrière qui s'ouvre et s'agrandit sans cesse pour elle. C'est par vous qu'elle retrouvera sa liberté ; c'est par les méthodes qu'elle en recueillera promptement les avantages. Sans doute qu'il existera toujours des différences entre la raison d'un homme et celle d'un autre homme : ainsi l'a voulu la nature; mais la raison de chacun sera tout ce qu'elle peut être : ainsi le veut la société. Cependant comment tracer des méthodes à la raison ? Comment ouvrir une route commune à tant de raisons diverses ? Comment faire parvenir à chacune de ces raisons la part de richesses intellectuelles à laquelle chacun peut et doit prélen-
dre? De tels objets réunis échapperaient peutêtre à des méthodes générales. Je veux en ce moment me borner à ce qui importe le plus à la perfectibilité de Thomme, c'est-à-dire, aux moyens de donner à la raison de chaque individu toute la force et toute la rectitude dont elle est susceptible. La force de la raison dépend particulièrement de la mesure d'attention qu'on est en état d'appliquer à l'objet dont on s'occupe, peut-être même n'est-elle que cela ; car c'est par elle que la raison d'un homme se montre toujours supé-» rieure à celle d'un autre homme. L'attention est une disposition acquise par laquelle l'âme parvient à échapper aux écarts de Timagination, à se soustraire aux importunités de la mémoire, et enfin à se commander à elle-même pour recueillir à son gré toutes ses forces, C'est alor$ que l'intelligence peut s'élever jusqu'à son plus haut degré d'énergie, que la pensée crée d'autre$ pensées, et que des idées fugitives et comme inaperçues se réunissent et deviennent tout à coup productives. Mais l'attention n'est une marque d'étendue et de supériorité qu'autant que l'esprit peut, en quelque sorte, la prendre à sa volonté, et la transmettre toute entière d'un objet à un autre. Tel est donc le but auquel il faut tendre dans l'instruction destinée à la jeu-« nesse : il faut, par tout ce qui peut influer sur ses habitudes, l'accoutumer à maîtriser sa pensée, à retenir ou rappeler à son gré ce regard si mobile de l'âme ; lui montrer dans cet effort sur soi, dans cette réfréna tion intérieure, le principe
de tous les genres do suécès, la source diis \y]\is belles jouissances de l'esprit. Il faut enfin feire sortir de son intérêt présent, de ses affections rriême les plus impétueuses, le désir përséi^éfaïil de se commander en quielque- sorte pour en devenir plus libre. Cet' aperçu indiquer ait petit-^ être là théorie qu'exige cette partie de^ l'ebsei* gnemeht, ihéis le problème rest€ en^Gore ponr hous tout entier à résoudre. - <'
Quelle est Vindicàtioit qmprésise et complète des- Ynoyens propj*es â apprendre à tous tes hommes >d èe rendre maîtres dé leur Mention ? Un iei prot Même mérite d'être recommandé à tous ceux qui èont dignes de- concourir à ravancement de la raison htrmai ne. * j; . j-
' Larectilude de la tàisbn tient à d'fittftres^àlusefej fet néanmoins rattention qiii' est le principe âe sa force, est un grand acbemirièment vers cetiei rec:^ titude;' car la disposition dé l'âme qui permet S'observer longtemps' un objet, doit être nécêBJéaîreiiient un des preihîers moyens pour ap-t prendre à le bien voir. Mais il ÎTaut aider ce moyen; îl faut, par des procédés Wen éprouvés', assurer à ïa raison el lui conserver ce tt^ habitude; d'O yoii* éiins effort ce qui est, et ôétte éonstdnfe direction Vers la Vérité qui îilors devient la pasâiOndomî-^ îmntc et souvent exclTOivedo rame; Ensfiôuè ële^ Vaut jusqu'à là •hâiitcill* des -iWélhôdeè les'pliii générales, il noû^ a semblé qtïOj pour atteindre èe but, il importait souverainement i d'intéresser ëh qiielque sorte la consciente des élevés à là fechcrcbe de tout ce qui est vrai (la vérité est
en effet la morale de Tesprit, comme la justice est la morale du cœur). Il importe non moins vivement d'intéresser leur curiosité, leur ardente émulation, en les faisant comme assister à la création des diverses connaissances dont on veut les enrichir, et en les aidant à partager sur chacune d'elles la gloire même des inventeurs, car ce qui est du domaine de la raison universelle ne doit pas être uniquement offert à la mémoire ; c'est à la raison de chaque individu à s'en emparer : il est mille fois prouvé qu'on ne sait réellement, qu on ne voit clairement que ce qu'on découvre, ce qu'on invente en quelque sorte soimême. Hors de là, l'idée qui nous arrive, peut être en nous ; mais elle n'est pas à nous ; mais elle ne fait pas partie de nous ; c'est une plante étrangère qui ne peut jamais prendre racine. Que faut-il donc ? Recommander par dessus tout l'usage de l'analyse qui réduit un objet quelconque à ses véritables éléments, et de la synthèse qui le recompose ensuite avec eux. Par cette double opération qui recèle peut-être tout le secret de l'esprit humain, à qui nous devons les plus savantes combinaisons de la métaphysique, et par là les principes de toutes les sciences, on parvient à voir tout ce qui est dans un objet, et à ne voir que ce qui y est : on ne reçoit point une idée; on l'acquiert ; on ne voit jamais trouble ; on voit juste ou on ne voit rien. Que faut-il encore? L'application fréquente et presque habituelle de la méthode rigide des mathématiciens, de cette méthode qui, écai'tant tout ce qui ne sert qu'à
140 INSTRUCTION PCBUQUB
distraire Tesprit^ marche droit et rapidement à sou but, sappuie siur ce qui est parfaitement oouuu pour arriver sûrement à ce qui ne Test p<\s> HO dedxiîgiie aucun obstacle, ne franchit aucun iutor\-alU\ s*arrète à ce qui ne peut être euieudu. cousent à ignorer* jamais à savoir mal; et prvs<nite le moyen sinon de découvrir toiyonrs la vcrUo d un principe, du moins d'arriver avec certiulde Jusqu'à ses dernières consêquences.Cette mctiuvlo est applicable à plus d*objel> qu'on ne {vuse. ot c'est un gnind service à rendre à Fesprii humahi que do Totoudre sur tous ceux qui en sont s^iscepiibles. Ainsi, nouveau problème à résoudre.
tVxit r;;.-î*/Yi#.vf cîV*5? j«-2;Vi»fc;-*iL'*>fii^ aux divers
0 est ouv\>re ici à la naiiou à interrv>ger, et c\'>4 au tomv<^ à nou^ montrer celui qui sera rlUr.e d à: ;«w>rtor la re^H>UM' à ot-îie questkîQ.
\u ôc:\ co p^'i*^'^^ sucvSxio rsi-xiomeat le don *k vvr.;n\;;;.iq;ior ce quon ponM? : o^i jCu;C4 Tun etî^ t;:y.ia\e;;t oach.v.::ie à rau:ro. quotunepeut les cv r.c^w.ir :k jvtrvs ^uo fvtr ji:<sirjKUva. I»o cette ^^c;;î? iv:^.ùx* iVLr*ku,ièreiiKiiî Si^r*5^:C?e ^ dos X c::^ il S4:'t oxie îô;u ce qui a;;.fiûtc:e îes pro- *;;:;:> ô? ^^^ y<^:riS<\L\ Jtcit si:ïiulurii-i»^:s4 sur le
::«,;r I^ rn rrxv: tiuis v*î^;c <v»w><^c~.55:o.*^* irSvVMiioss-
Une singularité fra^ppante de l'élat dont nous nous sommes affranchis, est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendait ses conquêtes au delà des limites de la France, soi); restée au milieu de nous comme accessible à un si grand nombre de ses habitants, et que le premier lien de communication ait pu paraître pour plusieurs de nos contrées une barrière insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est vrai, son existence à diverses causes agissant fortuitement et sans dessein ; mais c'est avec réflexion, c'est avec suite que les effets en ont été tournés contre les Peuples. Les écoles primaires vont mettre fin à cette étrange inégalité : la langue de la Constitution et des lois y sera enseignée à tous; et cette foule de dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité, sera contraint de disparaître : la force des choses le commande. Pour parvenir à ce but, à peine est-il besoin d'indiquer des méthodes : la meilleure de toutes pour enseigner une langue dans le premier âge de la raison, doit, en effet, se rapprocher de celle qu'un instinct universel a suggérée pour montrer à Tenfance de tous les pays le premier langage qu'elle emploie ; elle doit n'être qu'une espèce de routine, ràisonnée,/il est vrai, et éclairée par degrés, mais nullement précédée des règles de la grammaire : car ces règles, qui ont des résultats démontrés pour celui qui sait déjà les langues et qui les a méditées, ne peuvent, en aucune manière, être des moyens, de les savoir pour celui qui les ignore : elles sont des conséquences ; on ne peut,
sans faire violence à la raison, les lui présenter comme des principes. Mais si Ton peut laisser au cours naturel des idées le soîfi de rendre universelle parmi nous une langue dont chaque inslant i'appellera le besoin, on ne doit pas confier au hasard le moyen de la perfectionner.
La langue française, comme toutes les autres, a subi d'innombrables variations auxquelles le caprice et des rencontres irréfléchies ont eu bien plus de part que la raison : elle a acquis, elle a perdu, elle a retrouvé une foule de mots. D*abord stérile et incomplète, elle s'est chargée successivement d'abstractions, de composés, do dérivés, doidébris poétiques. Pour bien apprécier les richesses qu'elle possède et celles qui lui manquent, il faut avant tout se faire une idée juste de son état actuel ; il faut montrer à celui dont on veut éclairer la raison par le langage, quel a été le sens primitif de chaque mot, comment il s'est altéré, par quelle succession d'idées on est parvenu à détacher d'un sujet ses qualités pour en former un mot abstrait qui ne doit son existence qu'à une hardiesse de l'esprit ; il faut rappeler le figuré à son sens propre, le composé au simple, le dérivé à son primitif ; par là tout est clair ; il règne un accord parfait entre l'idée et son signe, et chaque mot devient une image pure et fidèle de la pensée. Ici, commence le perfectionnement de la langue. Et d'abord la révolution a valu à notre idiome une multitude de créations qui subsisteront à jamais, puisqu'elles expriment ou réveillent des idées d'un intérêt qui ne peut
périr ; et la langue politique existera enfin parmi nous ; mais, plus les idées sont grandes et fortes, plus il importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes destinés à les transmettre ; c^r de funestes erreurs peuvent naître d'une simple équivoque. Il est donc digne des bons citoyens, autant que des bons esprits, de ceux qui s'intéressent à la fois au règne de la paix et au progrès de la raison, de concourir par leurs eftorts à écarter des mots de la langue française, ces significations vagues et indéterminées, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui semblent receler des armes toutes prêtes pour la malveillance et l'injustice. Ce problème très philosophique et qu'il faut généraliser le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de l'opinion publique pour être complètement résolu. Il n'est pas indigne de l'Assemblée nationale d'en encourager la solution. Un tel problème, auquel la création et le danger accidentel de quelques mots nous ont naturellement conduits, s'est lié dans notre esprit à une autre vue. Si la langue française a conquis de nouveaux signes, et s'il importe que le sens en soit bien déterminé, il faut en même temps qu'elle se délivre de cette surcharge de mots qui l'appauvrissaient et souvent la dégradaient. La vraie richesse d'une langue consiste à pouvoir exprimer tout avec force, avec clarté, mais avec peu do signes. Il faut donc que les anciennes formes obséquieuses, ces précautions timides de la faiblesse, ces souplesses d'un langage détourné qui
semblait craindre que la vérité ne se montrât tout entière, tout ce luxe imposteur et servile qui accusait notre misère, se perde dans un langage simple, fler et rapide; car là oti la pensée est libre, la langue doit devenir prompte et franche, et la pudeur seule a le droit d'y conserver ses voiles.
Qu'on ne nous accuse pas toutefois de vouloir calomnier une langue qui, dans son état actuel, s'est immortalisée par des chefs-d'œuvre. Sans doute que partout les hommes de génie ont subjugué les idiomes les plus rebelles, ou plutôt partout ils ont su créer un idiome à part ; mais il a fallu tout le courage, toute Taudace de leur talent, et la langue usuelle n'en a pas moins conservé parmi nous l'empreinte de notre faiblesse et de nos préjugés. Il est juste, il est constitutionnel que ce ne soit plus désormais le privilège de quelques hommes extraordinaires de la parler dignement ; que la raison la plus commune ait aussi le droit et la facilité de s'énoncer avec noblesse : que la langue française s'épure à tel point, qu'on ne puisse plus désormais prétendre à l'éloquence sans idées, comme il ne sera plus permis d'aspirer à une place sans talent ; qu'en un mot, elle reçoive pour tous un nouveau caractère et se retrempe en quelque sorte dans la liberté et dans l'égalité.
C'est vers ce but non moins philosophique que national que doit se porter une partie des travaux des nouveaux instituteurs.
Un ministre immortel dans les annales du des-
potisme ne juge pas indifférent à sa gloire, et surtout à ses vues, de réserver une partie de ses ^soins au progrès et à ce qu'il nommait le perfectionnement de la langue française : en cela il voyait profondément et juste. L'Assemblée nationale, qui certes connaît, et connaît bien autrement, la puissance de la parole, qui sait combien les signes ont d'empire, ou plutôt d'action sur les idées et par elles sur les habitudes qu'elle veut faire naître ou affermir, et qui désire que la raison publique trouve sans cesse dans la langue nationale un instrument vigoureux qui la seconde et ne la contrarie jamais, sentira sans doute aussi, mais dans des vues bien différentes, combien un tel objet importe à l'intérêt et à la gloire de la nation. Ainsi : notre langue a perdu un grand nombre de mots énergiques qu'un goût^ plutôt faible que délicat y a proscrit ; il faut les lui rendre; les langues anciennes et quelques-unes d'entre les modernes sont riches d'expressions fortes^, de tournures hardies qui conviennent parfaitement à nos nouvelles mostirs ; il faut s'en emparer : la langue française est embarrassée de mots louches etsynonymiques, de constructions timides et traînantes^ de locutions oiseuses et serviles ; il faut l* en affranchir. Voilà le problème complet à résoudre.
Si la langue nationale est le premier des moyens de communication qu'il importe de cultiver, l'enseignement simultané des autres langues, de celles surtout qui nous ont transmis des modèles immortels, est un moyen auxiliaire et puissant qu'il serait coupable de négliger : car,
sans parler des beautés qu'ellesinous apportent et qui expirent dans les traductions, on ne doit pas perdre de vue que, par le seul rapprochement, les langues s'éclairent et s'enrichissent ; que, surveillées en quelque sorte Tune par l'autre, elles s'avertissent de leurs défauts, se prêtent mutuellement des images ; qu'elles fortifient parleur contraste, par leur opposition même, les facultés intellectuelles de celui qui les réunit. L'idée qui. nous appartient sou» divers signes, est en effet bien plus profondément en nous, bien plus intimement à nous : c'est une propriété dont à peine nous soupçonnions d'abord l'existence, et qui reçoit une nouvelle garantie et comme un nouveau titre de chacun des témoins nouveaux qui la constatent.
Cette action mutuelle des langages qui, s'épurant ainsi l'un par l'autre, concourent par leur influence réciproque à imprimer à la pensée un nouveau degré de force et de clarté, a dû insensiblement élever l'esprit jusqu'à l'idée d'une langue commune et universelle, qui, née en partie des débris des autres, trouverait, soit en elles, soit hors d'elles, les éléments les plus analogues avec toutes nos sensations, et par là deviendrait nécessairement la langue humaine. Il paraît que cette idée, ou plutôt une idée semblable, a occupé quelque temps un des plus grands philosophes du dernier siècle ; il semblait à Leibnitz, que pour hâter les progrès de la raison, on devait chercher non à vaincre successivement, mais à briser à la fois tous les obstacles qui empêchent
OU retardent la libre communication des esprits ; que, dans rimpossibilité d'apprendre cette multitude d'idiomes disparates qui les séparent, il fallait en former ou en adopter un qui fût en quelque sorte le point central, le rendez-vous commun de toutes les idées, en un mot, qui devînt pour la pensée ce que Talgèbre est pour les calculs. Une telle vue a dû étonner par sa hardiesse, et l'on n'a pas tardé à la ranger dans la classe des chimères : il faudrait, en effet, que les nouveaux signes universellement adoptés, fussent une image tellement sensible de nos idées, qu'attiré ou ramené vers eux comme par enchantement, le genre humain s'étonnât d'en avoir jusqu'à ce jour, adopté d'autres, qu'ils fussent en un mot presque aussi clairement représentatifs de la pensée, que l'or et l'argent le sont de la richesse. Or de tels signes sont-ils dans la nature? Peuvent-ils exister pour toutes les idées? Gardons-nous pourtant de fixer trop précipitamment le terme où doivent s'arrêter, sur de semblables questions, les recherches de l'esprit humain; car, si dans toute retendue que présente ce problème, on est en droit de le regarder comme insoluble, il est cependant permis de penser que les efforts, même impuissants pour le résoudre, ne seraient pas tout à fait perdus, et que chaque pas que Ton ferait dans cette recherche, dût lé terme se reculer sans cesse, chaque découverte, dans cette région presque idéale, apporterait quelques richesses à la langue, quelques moyens nouveaux à la raison.
Déjà des hommes, inspirés par le génie de l'humanité, ont presque atteint la solution de ce hardi problème. On les a vus, pour consoler les êtres affligés que la nature a deshérités d'un sens, inventer de nos jours et perfectionner rapidement cette langue des signes qui est l'image vivante de la pensée, dont tous les éléments sensibles à l'œil ne laissent apercevoir rien d'arbitraire, par qui les idées même les plus abstraites deviennent presque visibles, et qui, dans sa décomposition, simple à la fois et savante, présente la véritable grammaire, non des mots, mais des idées. Une telle langue remplirait toutes les conditions du problème, si par elle, comme par la parole écrite, on parvenait à transmettre la pensée à des distances indéfinies; mais jusqu'à présent, on n'a pu que la parler et non l'écrire; et ceux qui la possèdent le mieux, sont réduits, pour se faire entendre de loin, à la traduire en une des langues usuelles.
Jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de la transcrire, au lieu de la traduire, elle restera donc à la vérité une des plus belles, une des plus utiles inventions des hommes : elle sera peut-être la première des méthodes pour rendre Tesprit parfaitement analytique, pour la prémunir contre une multitude d'erreurs qu'il doit à l'imperfection de nos signes, pour corriger enfin les vices innombrables de nos grammaires. Sous ces points de vue, elle ne pourra être ni trop méditée, ni trop fortement encouragée; mais elle ne sera point encore une langue universelle.
Ces réflexions sur les langues, les divers points de vue sous lesquels nous avons considéré ce^sujet fécond, et enfin les problèmes proposés ou indiqués, nous paraissent devoir remplir l'objet de cet article, celui de préparer et d'assurer un jour à la raison tous les moyens de communication qu'elle peut désirer. Ce n'est pas assez d'apprendre à penser à l'être raisonnable, d'apprendre à communiquer sa pensée à l'être social, il faut particulièrement apprendre à faire le bien à l'être moral. Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de motifs et avec moins d'efforts, c'est là que tout doit tendre dans une association quelconque. Hors de là, rien n'est à sa place, rien ne marche à son but. Ainsi les méthodes pour apprendre à communiquer ce qu'on pense, ne doivent elles-mêmes être réputées que des moyens indirects pour atteindre jusqu'à la morale, qui est le dernier résultat de toute société ; car les désordres ne sont, bien souvent, que des erreurs de la pensée, et souvent aussi les habitudes vertueuses que le résultat naturel de la communication des esprits.
Mais ces moyens éloignés réclament l'appui des méthodes particulières et directes.
Avant de les présenter, défendons-nous de séparer ici, comme tant de fois on a osé le faire, la morale publique de la morale privée. Cette charlatannerie de la corruption est une insulte aux mœurs : quoiqu'il soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les événements, il est incontestable que le principe moral reste
toujours le même, sans quoi il n'existerait point. On peut bien, on doit même appliquer diversement les règles de la justice ; mais il n*y a point deux manières d'être juste; mais il est injuste de penser qu'il puisse y avoir deux justices.
Pour arriver à l'exacte définition de la morale, il faut la chercher dans le rapprochement des idées que le commun des hommes, livrés ou rendus à eux-mêmes, ont constamment attachés à ce mot. Celle qui paraît les comprendre toutes, et qu'indique un instinct général autant que la raison, présente à l'esprit l'art de faire le plus de bien possible à ceux avec qui l'on est en relation, sans blesser les droits de personne. Si les relations sont peu étendues, la morale réveille l'idée des vertus domestiques et privées : elle prend le nom de patriotisme, lorsque ces relations s'étendent sur la société entière dont on fait partie ; enfin elle s'élève jusqu'à l'humanilé, à la philanthropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chérit les droits de tous ; la bonté qui s'unit par un sentiment vrai au bien ou au mal d'autrui ; le courage qui donne la force d'exécuter constamment ce qu'inspirent la bonté et la justice ; enfin ce degré d'instruction qui, éclairant les premiers mouvements de l'âme, nous montre à chaque instant en quoi consistent et ce qu'exigent réellement et la justice, et la bonté, et le courage. Tels sont les éléments de la morale. De là résultent deux vérités : la première, qu'elle est inséparable d'un bien produit ou à produire, que
par conséquent reffort le plus hardi qui n'aboutit point là, lui est absolument étranger. Ce n'est point de Tétonnement c'est de la reconnaissance qu'elle doit inspirer. La seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans les relations qui nous unissent à nos semblables ; car elle suppose des droits, des devoirs, des affections réciproques, et particulièrement ce sentiment expansif qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la réflexion le garant de la justice, comme il est naturellement le principe de la bonté. Il faut donc ici identité dénature. Sans doute que les rapports de l'homme avec Dieu, avec soi, et même avec les êtres inférieurs à lui, ne sont pas étrangers k la morale ; mais si la raison y découvre des motifs souvent très puissants pour la pratiquer, si, sous ce point de vue, ils doivent être cultivés, ils doivent être respectés, il est sensible, à la simple réflexion, qu'ils ne peuvent faire eux-mêmes partie de cette morale-science dont il est question. On doit seulement les considérer comme moyens, tandis que les rapports sociaux sont ici à la fois et le principe et le but.
La morale ainsi analysée, ainsi circonscrite, quelles méthodes doilmettre en usage une grande société pour en pénétrer fortement les membres qui la composent ? Trois principales s'offrent à l'esprit et embrassent les moyens d'instruction pour la vie entière : la première est de faire faire à l'enfance un apprentissage véritable de ce premier des arts et comme un premier essai des vertus que la société lui demandera un jour, en
organisant cette petite société naissante d'après les principes de la grande organisation sociale ; la seconde, de multiplier sans cesse autour de tous les individus, et en raison de leurs affections, les motifs les plus déterminants pour faire le bien ; la troisième est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les sens, les facultés de Tâme, de telle sorte que la morale, qui pourrait d'abord ne paraître qu'un produit abstrait de la raison, ou un résultat vague de la sensibilité, devienne un sentiment, un bonheur, et par conséquent une forte habitude.
La gloire d'un individu est de faire des actions utiles lorsqu'elles demandent du courage. Le devoir de la société est de les convertir tellement en habitude, que rarement l'emploi du courage soit nécessaire; ce principe est incontestable. C'est donc dans l'enfance qu il faut jeter les semences de la morale, puisqu'il est si bien reconnu que les impressions qui datent de ce premier âge de la vie, sont les seules que le temps n'efface jamais.
Là s'appliqueront sans effort et dans la juste mesura que demandent la faiblesse et l'inexpérience, les moyens ordinaires d'instruction; mais un moyen particulier et d'un effet sûr parait devoir être ajouté partout où les élèves sont constamment réunis sous les yeux de leurs instituteurs.
Ce moyen, dont on retrouve quelques traces dans les anciennes institutions des Perses, ainsi que dans quelques cantons suisses, consiste à
organiser ces jeunes sociétés, quelque temps avant la fin de l'éducation, de telle sorte que l'exercice anticipé de toutes les vertus sociales y soit un besoin universellement senti ; car, qui doute qu'en toute chose et surtout en morale, la première de toutes les leçons ne soit la pratique, et que la pratique ne soit complètement assurée, quand chaque instant en rappelle la nécessité.
Toute réunion qui a un but, est une véritable association; et une association quelconque, déterminée par un intérêt commun, entraîne la nécessité d'un gouvernement. Cette vérité ne peut être mise en doute.
Or, dans le gouvernement le plus fractionnaire, le plus subordonné à la loi et à l'action générale^ on retrouve les éléments des divers pouvoirs qui constituent la grande société, c'est-à-dire, des volontés individuelles qui cherchent à se réunir, et des moyens d'exécution qui demandent à être dirigés; et l'ouest porté à combiner ces éléments sur le modèle qu'on a sous les yeux.
C'est ainsi que, dans l'ancien état des choses, le régime intérieur de chaque école semblait s'être formé sur le régime tyrannique sous lequel la France était opprimée.
Une foule de règlements incohérents, éludés par la faveur, changés par le caprice ; des volontés arbitraires prenant sans cesse la place de la loi ; des punitions qui ne tendaient qu'à flétrir l'âme; des distinctions humiliantes qui insultaient au principe sacré de l'égalité ; une soumission toujours aveugle ; enfin nul rapport de confiance
entre les gouvernements et les gouvernés; telles étaient les maisons d'instruction; telle était la France entière.
Aujourd'hui que le gouvernementreprésentatif a pris naissance parmi nous, c'est-à-dire, le gouvernement le plus parfait qu'il soit donné à rhomme de concevoir, pourrait-on ne pas chercher à en reproduire l'image dans l'enceinte des sociétés instructives lorsque rien ne s'y oppose, que la raison le demande, et surtout que la morale doit y trouver infailliblement le moyen de s'étendre et de s'affermir dans les âmes? Développons cette idée.
Toute association^ a dit un philosophe, dont les membres ne peuvent pas vaquer tous à toute Vad-ministration commune, est obligée de choisir entre des représentants et des maîtres, entre le despotisme et un gouvernement légitime. Cette idée simple et féconde trouve ici une application directe.
Mais une observation se présente toute coup pour suspendre la rapidité de la conséquence qu'on pourrait en déduire.
Le principe n'est complètement vrai que lorsque l'association est formée d'hommes parfaitement égaux, et qui arrivent là avec la plénitude do leurs droits.
Or, une maison d'instruction étant composée d'instituteurs et d'élèves, d'hommes dont la volonté et la raison sont formées, et de jeunes gens ea qui l'une et l'autre sont incomplètes, enfin d'individus revêtus d'une autorité, et d'individus qui doivent s'y soumettre, il est clair qu'on no peut presser ici le principe de régalité.
Et pourtant si la raison, si la nature des choses demandent que celui qui instruit soit constamment au-dessus de celui qui est instruit; si, sous ce rapport, son autorité doit même être pleine et indépendante, et si l'amour propre le plus rebelle ne peut en être plus irrité que ne Test celui d'un enfant lorsqu'il est porté par un homme fort, il est également vrai que, hors de là et en ce qui concerne surtout le régime des écoles, cette autorité ne doit pas être également illimitée, ou plutôt qu'il faut la placer en d'autres mains pour qu'ici, comme dans le corps social, la séparation des pouvoirs garantisse de tout despotisme.
Qu'on ne perde pas de vue que, dans les individus les plus enchaînés par les institutions sociales^ il est une portion' de volonté- disponible qui peut être utilement et doit par conséquent toujours être mise en commun, dès Tinstant qu'il se forme entre eux une association quelconque.
La volonté des jeunes gens, tout imparfaite qu'elle est, se porte facilement vers ce qui est vrai et juste parce qu'elle est libre de préjugés.
Or, peut-on ne pas sentir qu'il importe aux élèves et aux instituteurs que ces jeunes volontés transmises en quelque sorte par des élections souvent renouvelées jusqu'à un petit nombre d'entre eux qui deviendront des représentants de tous, se réunissent dans l'exercice des diverses fonctions administratives et judiciaires que réclame le maintien de toute société.
C'est alors que les instituteurs bornés à l'objet
qui leur appartient exclusivement, Tinstruction, n'exerçant sur tout le reste qu'une surveillance directrice très générale, conserveront aisément cette confiance si nécessaire à leurs travaux, et qu'aucune vengeance particulière, aucun reproche personnel n'essayera plus d'affaiblir.
Les élèves, de leur côté, à la fois libres et soumis, supportent sans peine un joug dont ils sentiront la nécessité, mais no supportent que celuilà; à l'abri désormais de ces nombreuses injustices qui les révoltent, et dont le ressentiment se conserve toute la vie ; appelés par des choix toujours Jpurs à participer à l'administration commune à devenir des juges, des jurés, des arbitres, des censeurs ; toujours comptables envers leurs égaux ; chargés tour à tour de prévenir les délits, de les juger, de les faire punir; de distribuer le blâme et la louange, d'apaiser les dissensions ; jaloux, dans l'exercice de ces intéressantes fonctions, de mériter l'estime de tous, sans chercher à plaire à personne, apprendront de bonne heure à traiter avec les hommes et leurs passions, à concilier l'exercice de la justice avec une indulgence raisonnée, s'exerceront à toutes les vertus domestiques et publiques, au respect pour la loi, pour les mœurs, pour l'ordre général, sentiront s'élever leur âme au sein de l'égalité, de la liberté, et sauront enfin ce qu'on ne peut savoir trop tôt et ce qu'ils eussent ignoré longtemps, que rhomme, à quelque âge que ce soit, doit plier sous la loi, sous la nécessité, sous la raison, jamais sous une volonté particulière.
N'est-ce pas là le véritable apprentissage de la vie sociale, et par conséquent le cours de morale le plus complet, le plus efficacement instructif? Un règlement facile réalisera les bases de cette constitution particulière, si parfaitement analogue à la constitution générale de TEmpire.
Il est un second devoir de la société pour assurer Pempire de la morale : c'est de rassembler et de fortifier les motifs qui peuvent porter Thomme à faire le bien dans les divers âges de la vie. La société doit exciter Vhomme par l'intérêt^ en lui montrant dans le bien qu'il fait aux autres, le garant de celui même qu'il recevra de tous, en lui montrant que, dans cet échange réciproque, il recevra bien plus qu'il ne donne.
Elle doit Texciter par l'honneur , en rattachant à la morale ce mobile des âmes ardentes, que le préjugé en avait détaché.
Elle doit Texciter par la consciejice^ en le rappelant souvent par Torgane de ses agents et des instituteurs publics, à ce sens interne qui, exercé, éclairé de bonne heure, et consulté fréquemment, devant un inspirateur prompt et sûr, un moniteur incorruptible, et rend inséparables la vertu et le bonheur, le crime et les remords.
Elle doit surtout Texciter par la raison; car il faut avant tout et après tout s'adresser à cette première faculté de l'homme, puisque tous les autres mobiles doivent tôt ou tard subir son jugement et sa revision : il faut montrer à ceux qui se déterminent par réflexion plus que par sentiment, par conviction plus que par intérêt, que les
vérités, dans Tordre moral sont fondées sur des bases indestructibles, qu'on ne peut les méconnaitre sans renoncer à toute raison; qu'en un mot, la morale la plus sublime n'est presque jamais que du bon sens.
Elle doit enfin exciter Fhomme par l'exemple : et ce moyen puissant, c'est à thistoire qu'elle doit le demander : car l'orgueil de l'homme se défendra loiyours de le devoir à ses contemporains. Quelle histoire sera digne de remplir cette vue morale ! Aucune sans doute de celles qui existent : ce qui nous reste de celle des anciens nous offre des fragments précieux pour la liberté; mais ce ne sont que des fragments : ils sont trop désunis, trop loin de nous ; aucun intérêt national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop accoutumés à les ranger parmi les fables. La nôtre, telle qu'elle a été tracée, n*est presque partout qu'un servile hommage décerné à des abus : c'est l'ouvrage de la faiblesse écrivant sous les yeux, souvent sous la dictée de la tyrannie ; mais cette même histoire, telle qu'elle devrait être, telle qu'on la conçoit en ce moment, peut devenir un fonds inépuisable des plus hautes instructions morales. Que désormais s'élevant à la dignité qui lui convient, elle devienne l'histoire des peuples et non plus celle d'un petit nombre de chefs; qu'inspirée par l'amour des hommes, par un sentiment profond pour leurs droits, par un saint respect pour leur malheur, elle dénonce tous les crimes qu'elle raconte ; que, loin de se dégrader par la flatterie, loin de se rendre complice par
une vaine crainte, elle insulte jusqu'à la gloire toutes les fois que la gloire n'est pas la vertu ; que, par elle, une reconnaissance impérissable soit assurée à ceux qui ont servi riiumanité avec courage, et une honte éternelle à quiconque n'a usé de sa puissance que pour nuire ; que dans la multitude des faits qu'elle parcourt, elle se garde de chercher les droits do l'homme qui, certes, no sontpoint là ;mais qu'elle y cherche, mais qu'elle y découvre les moyens de les défendre que toujours on peut y trouver; que pour cela, sacrifiant ce que le temps doit dévorer, ce qui nelaisse point de trace après soi, tout ce qui est nul aux yeux de la raison, elle se borne à masquer tous les pas, tous les efforts vers le bien, vers le pecfectionnement social, qui ont signalé un si petit nombre d'époques, et à faire ressortir les nombreuses conspirations de tous les genres, dirigées contre l'humanité avec tant de suite, conçues avec tant de profondeur, et exécutées avec un succès si révoltant : qu'en un mot, le récit de ce qui fut, se mêle sans cesse au sentiment énergique de ce qui devait être; par là, l'histoire s'abrège et s'agrandit; elle n'est pas une compilation stérile ; elle devient un système moral : le passé s'enchaîne à l'avenir, et, en apprenant à vivre dans ceux qui ont vécu, on met à profit pour le bonheur des hommes, jusqu'à la longue expérience des erreurs et des années.
C'est par tous ces moyens, c'est par tous ces motifs intérieurs que la morale s'imprimera dans l'homme.
Il reste à lui en faire parvenir les impressions par les moyens extérieurs qui sont au pouvoir de la société ; et ici se présentent à Tesprit les spectacleSy les fêtes^ les arts, etc., etc. Un moyen fécond d'instruction sera éternellement attaché à la représentation des grands événements, à la peinture énergique des grandes passions. S'il est vrai que rinfluence de Tart qui les reproduit sur la scène, s'est fait sentir sous le despotisme, sll a déposé dans Tâme des Français des germes qui, avec le temps, se sont développés contre le despotisme lui-même, quels effets ne peut-il pas produire pour la liberté I Cet art qui, chez les Grecs, appelait la haine sur les tyrans, qui offrait rimage de la gloire, du bonheur d'un peuple libre, et celle de Favilissement et de l'infortune des peuples esclaves, ne préparet-il pas aux Français des tableaux dignes de rallumer et de perfectionner sans cesse leur patriotisme? Sans doute c'est là le but vers lequel il va diriger toute sa puissance.
Une vue également morale se manifestera dans les productions d'un autre genre, ouvrage de ce même art qui change de nom en changeant ses pinceaux, et qui alors, moins important sans être moins utile, trace la peinture de nos mœurs habituelles dans les conditions privées. Combien de préjugés nés de la servitude, s'obstinant à exister quand rien de ce qui les soutenait ne subsiste; combien dont la crédulité, moins odieuse qu'amusante, ne peut se résoudre à douter encore de leur extrême importance; combien enfin qui, ter-
rassés par la loi, mille fois vaincus par la raison, ont besoin d'être finis par le ridicule, et de se trouver en quelque sorte témoins de leur propre défaite? C'est sous ce rapport que la scène française deviendra une des puissances auxiliaires de la révolution ; que des talents voués .à l'instruction, mais jusqu'à ce jour plus employés à polir la surface des mœurs qu'à en corriger le fonds, serviront et la morale et la justice ; que la régénération politique, amenant avec elle le renouvellement des pensées de l'homme, étendra la carrière de celui des arts qui, par l'illusion exerce le plus puissant des empires. Alors la scène française se rajeunira, se purifiera ; elle se montrera digne des respects de l'homme le plus sévère, digne de la présence de tous les États, de tous les citoyens qui, ayant fui les indiscrétions de la licence, viendront avec confiance chercher les leçons de la raison.
Ainsi la morale arrive à l'homme en s'emparant de son intelligence, de ses sens, de ses facultés, de toutes les puissances de son être. C'est elle qui va bientôt ordonner, qui va animer ces fêtes, que le peuple espère, qu'il désire, et que d'avance il appelle fêtes nationales.
Ici l'esprit se porte avec charme vers ces fêtes rustiques, où, au milieu des jeux, des luttes, de toutes les émotions d'une allégresse universelle, l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des anciens peuples libres, s'exaltait jusqu'à l'enthousiasme, et se préparait à des prodiges* Vous ne voudrez pas priver la morale d'un tel
ressort : vous voudrez aussi conduire les hommes au bien par la route du plaisir.
Vous ordonnerez donc des fêtes.
Mais vos fêtes auront un caractère plus moral ; car elles porteront Tempreinte de cette bienveillance universelle qui embrasse le genre humain, tandis que le sentiment qui animait celles des anciens, confondait sans cesse l'amour de la cité et la haine pour le reste des hommes.
Vos fêtes ne seront point toutes religieuses, non que la religion les proscrive ou les repousse; elle-même s*est parée de leur pompe; mais, lorsqu'elle n'en est point l'objet principal, lorsque les impressions qu'elle porte à Tâme ne doivent point y dominer, il ne convien-t pas qu'elle y paraisse : il est plus religieux de l'en écarler.Parmi les nouvelles fêtes, son culte réclamera toujours celles de la douleur, pour y porter ses consolations. Le culte de la liberté nous demande toutes les fêtes de l'allégresse.
Elles ne seront point périodiques ; Ton excepte pourtant l'anniversaire du jour où, les armes à la main, la nation entière a juré la sainte alliance de la liberté et de l'obéissance à la loi, et celui du jour mémorable où l'égalité sembla naître tout à coup de la chute de tous les privilèges. Ces fêtes auront un tel caractère de grandeur, elles réveilleront tant de sentiments à la fois, qu'il n'est pas à craindre que l'intérêt qu'elles doivent inspirer, s'affaiblisse par des retours marqués ; mais les autres fêtes doivent, dans chaque lieu, varier avec les événements : elles doivent donc conserver
ce caractère d'irrégularité qui convient si bien aux mouvements de Tâme ; il ne faut pas qu'on les prévoie de loin, qu'on les pressente avec trop de certitude; il ne faut pas qu'elles soient trop commandées ; car la joie, comme la douleur, ne sont plus aux ordres de personne. Elles ne seront pas uniformes ; car bientôt la monotonie en aurait détruit le charme. Elles seront tour à tour nationales, locales, privées. "Vous voudrez que chaque département rende solennelle Tépoque où, arrêtant la liste de ses nouveaux citoyens, il montre avec orgueil à la Patrie, ses jeunes défenseurs, ses nouvelles richesses, et vous verrez avec intérêt chaque famille s'empresser de célébrer encore, par des fêtes intérieures, et ces mêmes époques publiques, et toutes les époques particu- ^ lières de ses événements domestiques.
Enfin, toutes ces fêtes auront pour objet direct les événements anciens ou nouveaux, publics ou privés, les plus chers à un peuple libre; pour accessoires, tous les symboles qui parlent do la liberté, et rappellent avec plus de force à cette égalité précieuse, dont Toubli a produit tous les maux des sociétés ; et pour moyens, ce que les beaux-arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix réservés pour ces jours brillants, offriront dans chaque lieu de plus propre à rendre heureux et meilleurs les vieillards, par des souvenirs, les enfants par des espérances (1).
(1) La longueur ainsi que la sévérité de notre travail nous interdisent sur ce sujet des détails auxquels il eût été agréable de se livrer. Ceux qui désireront des développements pleins d'intérêt, pourront lire MM. Barthelémi, de Pauw et Cabanis.
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Qu'on ne s'étonne pas d'entendre invoquer ici les arts comme appuis de la morale. Conserver des souvenirs précieux, éterniser des actions de gens de mémoire, immortaliser les grands exemples, c'est là sans doute enseigner la vertu. Qui ignore que l'imagination qui s'enflamme à la vue d'un chef-d'œuvre, confond, dans le même enthousiasme, l'imitation parfaite qui l'enchante, et le trait sublime qui la ravit ; et que c'est parti* culièrement dans la première jeunesse que cette alliance des sensations et des idées, cette influence des impressions physiques sur les affections de l'âme, produit les effets les plus vifs et les plus durables.
Les arts n'ont que trop souvent été prostitués aux intérêts de la tyrannie ; elle les employait à détremper le caractère des peuples, à leur inspirer les molles affections qui les préparent à recevoir ou à souffrir la servitude ; mais les arts eux-mêmes étaient esclaves lorsqu'on corrompait ainsi la noblesse de leur destination : les arts aussi doivent rompre leurs fers chez un peuple qui devient libre. Il est vrai que, même sous l'empire des maîtres les plus absolus, on les a vus créer des chefs-d'œuvre; mais c'est qu'alors, trompant la tyrannie, ils savaient se réfugier dans une terre étrangère ; ils se transportaient, ils s'élançaient à Athènes, à Rome, jusque dans rOlympe ; et c'est là qu'ils trouvaient cette liberté et ce courage de conception dont ils ont conservé l'empreinte.
Les arts sont la langue commune des peuples
et des siècles. Il en est un surtout particulièrement consacré à Timmortalité ; il confie au marbre et à Tairain, avec les traits des grands hommes, la reconnaissance de la Patrie, qui s'honore en s'acquittant envers eux, et ajoute à son lustre en perpétuant leur renommée. Quelle autre récompense peut entrer en parallèle avec un tel triomphe qui se perpétue à travers les siècles ? Qu*il est beau pour les arts qui ne vivent que de gloire, d'associer ainsi leurs ouvrages à des noms impérissables! Et aussi, quelle leçon de morale que la statue d'un grand homme, élevée au milieu'de ses concitoyens I Son exemple s'éternise par le monument qui lui est consacré ; et s'il se trouvait une stérile époque où des modèles vivants ne pussent s'offrir à Tambition de la jeunesse, l'histoire aussi animée, aussi vivante, suffirait dans tous les temps à son enthousiasme.
La nation, loin de redouter l'influence des arts, voudra donc se couvrir de leur gloire ; elle les encouragera; elle les honorera; elle leur confiera ses intérêts ; enfin, elle les placera dans Téducation comme un moyen de plus pour faire chérir la morale. Sparte n'avait pas banni de ses institutions l'exercice de la lyre ; elle en avait seulement retranché quelques cordes, dont le son trop attendrissant était capable d'énerver l'âme et d'efféminer les mœurs .
C'est par l'action combinée de tous ces moyens que, sous l'empire d'une constitution favorable à tous les développements, l'homme social verra s'accroître ses richesses intellectuelles et morales;
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mais, pour réaliser ces espérances qui s ouvrent devant nous, pour que tant de moyens indiqués ne restent point de vains projets de Tespril, il faut qu'ils se produisent et se manifestent dans Tordre que sollicitent les besoins de Thomme, et sous un jour qui l'éclairé par degré ; il faut que le talent, s'emparant des découvertes du génie, les rende accessibles à tous, qu'il aspire, non à détruire toutes difficultés ; car l'esprit humain a besoin de vaincre pour s'instruire ; mais à ne laisser subsister que celles qui demandent de l'attention pour être vaincues ; il faut, en un mot, que des lm*es élémentaires, clairs, précis, méthodiques, répandus avec profusion, rendent universellement familières, toutes les vérités importantes, et épargnent d'inutiles efforts pour les apprendre. De tels livres sont de grands bienfaits : la nation ne peut ni trop les encourager, ni trop les récompenser.
En appelant l'intérêt national sur ce genre de secours appliqué aux grands objets que nous venons de parcourir, nous nous reprocherions de ne pas l'arrêter un instant sur d'autres objets d'une utilité moins importante, mais plus directe, mais plus adaptée aux besoins journaliers et individuels, en un mot, sur ce qui intéresse particulièrement la culture et les arts mécaniques.
Comment ne pas former des vœux, pour qu'à l'aide des méthodes et des livres élémentaires, la théorie de l'utile s'allie enfin à la pratique dans toutes les parties de l'agriculture; pour qu'on voie cesser cette étrange séparation qui semblait
faire deux parts distinctes de nos facultés dans Tart qui demande ie plus de réunion de toutes, et qui offrait le spectacle affligeant de la force et de Tactivité sans lumières, de l'intelligence et des lumières sans action.
Qui pourra dire tout ce qu'une telle discordance, fruit de nos vices et de nos institutions, a causé de ravages dans nos campagnes? Partout on y trouve la trace profonde de Terreur ; le dépérissement des forêts, ces produits tardifs de la terre ; la perte de nos bestiaux ; l'éducation abandonnée de ces utiles compagnons de nos travaux ; le défaut de pâturage ; Tusage multiplié des jachères, ce long sommeil de nos champs condamnés à la stérilité, tout annonce l'art encore dans Tenfance ou plutôt couvert de préjugés. Que serait-ce si nous analysions tout ce que produit de maux à la fin de chaque année l'ignorance des premiers principes de la végétation, de la floraison, de la théorie de la greffe, de la nature des engrais, de l'influence des saisons, etc.? N'est-il pas évident que, pour des hommes qui, condamnés par le besoin de chaque jour, ne peuvent accorder que des moments à l'étude de leur art, c'est à des livres très élémentaires, écrits avec clarté et avec intérêt, qu'il doit être spécialement réservé de répandre sur tous ces objets, les lumières les plus nécessaires. L'effet de ce moyen se fortifiera par la révolution qui va s'opérer dans les mœurs.
Dans le temps où il fallait occuper un état auquel un des préjugés régnants attachât de l'honneur, où d'ailleurs on naissait magistrat et guer-
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rier , comme ou naît de tel sexe, où par conséquent la profession était plutôt le produit de Tespèce que ceux du choix, il était presque érigé en prin-» cipe, qu'un propriétaire enrichi devait fuir la source de sa richesse. Travailler son champ était une peine ; Thabiter était un exil et dès lors, parmi les hommes à talent on ne voyait guère dans nos fertiles campagnes que ceux dont l'ambition trompée allait y ensevelir ses regrets.
Désormais on sentira que, dans un pays agricole, tout doit naître cultivateur. On sera momentanément magistrat, guerrier, législateur ; mais les travaux champêtres feront l'occupation habituelle de Thomme, et chacun y trouvera le délassement ou même la récompense de ses fonctions de citoyen ; or, un tel changement de mœurs multipliant dans nos campagnes les expériences utiles, contribuera nécessairement à y accréditer les bonnes méthodes et à y faire fructifier les principes que les livres élémentaires auront déjà pu y introduire.
Et quant aux arts mécaniques, de combien de méthodes ils demandent aussi le secours I Qui n'a pas souffert, qui ne souffre pas encore de voir un si grand nombre de nos ouvriers livrés à une routine qu'aucun principe ne dirige ou ne rectifie ; contraints à faire venir du dehors les instruments mêmes de leur profession quand ils aspirent à perfectionner leurs ouvrages ; entièrement étrangers à la science du trait si nécessaire et si peu connue, à l'art de prendre une hauteur, de mesurer un angle, d'en acquérir le sentiment
à un demi degré près ; aux principes raisonnes de l'équilibre, des leviers, de la romaine, de la balance ; ignorant les propriétés les plus générales de Tair, tous les procédés, toutes les découvertes applicables aux arts et aux manufactures, dont la chimie a enrichi de nos jours l'esprit humain, ne sachant quels sont les corps que rhumidité allonge, quels sont ceux qu'elle resserre; en un mot, ne connaissant de Tart que la mécanique la plus grossière et presque jamais la théorie qui le simplifie et l'agrandit. Et n'estce pas encore ici par des livres méthodiques, réunissant le double suffrage des théoriciens habiles et des praticiens consommés, que les vrais principes sur tous ces objets pénétreront dans nos ateliers et qu'ils y élèveront l'industrie nationale à ce degré de perfection et de splendeur, auquel la France a montré, même dans son état d'imperfection, qu'elle était digne de prétendre.
Nous avons annoncé au commencement de notre travail des principes d'instruction pour les femmes : ces principes nous paraissent très simples.
On ne peut d'abord séparer ici les questions relatives à. leur éducation de l'examen de leurs droits politiques; car en les élevant, il faut bien savoir à quoi elles sont destinées. Si nous pensons que leur part doive être uniquement le bonheur domestique et les devoirs de la vie intérieure, il faut les former de bonne heure pour remplir cette destination.
Une moitié du genre humain exclue par l'autre de toute participation au gouvernement ; des personnes indigènes par le fait et étrangères par
la loi sur le sol qui les a cependant vu naître ; des propriétaires sans influence directe et sans représentation ; ce sont là des phénomènes politiques, qu'en principe abstrait, il parait impossible d'expliquer : mais il est un ordre d'idées dans lequel la question change et peut se résoudre facilement. Le but de toutes les institutions doit être le bonheur du plus grand nombre. Tout ce qui s'en écarte est une erreur ; tout ce qui y conduit, une vérité. Si l'exclusion des emplois publics prononcée contre les femmes est pour les deux sexes un moyen d'augmenter la somme de leur bonheur mutuel, c'est dès lors une loi que toutes les sociétés ont dû reconnaître et consacrer.
Toute autre ambition serait un renversement des destinations premières ; et les femmes n'auront jamais intérêt à changer la délégation qu'elles ont reçue. Or il nous semble incontestable que le bonheur commun, surtout celui des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intérêt dans le vœu de la nature. N'est-il pas sensible que leur constitution délicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs nombreux de la maternité, les éloignent constamment des habitudes fortes, des devoirs pénibles, et les appellent à des occupations douces, à des soins intérieurs? Et comment ne pas voir que le principe conservateur des sociétés, qui a placé l'harmonie dans la division des pouvoirs, a été exprimé et comme révélé par la nature, lorsqu'elle
a aussi distribué aux deux sexes des fonctions si évidemment distinctes? Tenons-nous en là, et n'invoquons pas des principes inapplicables à cette question. Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie ; laissez, laissez dans ce monde subsister une union qu'aucun intérêt, qu'aucune rivalité ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous le demande. Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un beau partage dans la vie ! Le titre de mère, ce sentiment que personne ne s'est encore flatté d'avoir exprimé, est une jouissance solitaire dont les soins publics pourraient distraire : et conserver aux femmes cette passion d'amour que les autres passions affaiblissent, n'est-ce pas surtout penser à la félicité de leur vie ?
On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifié le caractère des hommes ; mais c'est qu'alors elles étaient hors de la carrière. Si elles avaient poursuivi la même gloire, elles auraient perdu le droit d'en distribuer les couronnes. On dit encore que quelques-unes avaient porté le sceptre avec gloire ; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes? Autorisent-elles à déranger le plan général de la nature ? S'il était encore quelques femmes que le hasard de leur éducation ou de leurs talents parût appeler à l'existence d'un homme, elles doivent en faire le sacrifice au bonheur du grand nombre, se montrer au-dessus de leur sexe en le jugeant, en lui marquant sa véritable place, et no pas demander qu'en livrant les femmes aux mê-
mes études que nous, on les sacrifie toutes pour avoir peut-être dans un siècle quelques hommes de plus.
Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problème suffisamment résolu ; élevons les femmes, non pour aspirer à des avantages que la constitution leur refuse, mais pour connaître et apprécier ceux qu'elle leur garantit : au lieu de leur faire dédaigner la portion de bien-être que la société leur réserve en échange des services importants qu'elle leur demande, apprenons-leur quelle est la véritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles trouvent, non de chimériques espérances, mais des biens réels sous Tempire de la liberté et de l'égalité ; que, moins elles concourent à la formation de la loi, plus aussi elles en reçoivent de protection et de force ; et surtout qu'au moment où elles renoncent à tout droit politique, elles acquièrent la certitude de voir leurs droits civils s'affermir et même s'accroître.
Assurées d'une telle existence par le système des lois, il faut les y préparer par l'éducation ; mais développons leurs facultés sans les dénaturer ; et que l'apprentissage de la vie soit à la fois pour elles une école de bonheur et de vertu.
Les hommes sont destinés à vivre sur le théâtre du monde. L'éducation publique leur convient ; elle place de bonne heure sous leurs yeux toutes les scènes de la vie ; les proportions seules sont différentes.
La maison paternelle vaut mieux à l'éducation
des femmes ; elles ont moins besoin d'apprendre à traiter avec les intérêts d'autrui, que de s'accoutumer à la vie calme et retirée.
Destinées aux soins intérieurs, c'est au sein de leur famille qu'elles doivent en recevoir les premières leçons et les premiers exemples. Les pères et mères, avertis de ce devoir sacré, sentiront l'étendue des obligations qu'il impose : la présence d'une jeune fille purifie le lieu qu'elle habite, et l'innocence commande à ce qui Tentoure, le repentir ou la vertu. Que toutes vos institutions tendent donc à concentrer l'éducation des femmes dans cet asile domestique, il n'en est pas qui convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de plus douces habitudes.
Mais la prévoyance de la loi, après avoir recommandé l'institution la plus parfaite, doit encore préparer des ressources pour les exceptions et des remèdes pour le- malheur. La patrie aussi doit être une mère tendre et vigilante. Avant la destruction des vœux monastiques, une foule de maisons religieuses, destinées à cet objet, attiraient les jeunes personnes du sexe vers l'éducation publique. Cette direction générale n'était pas bonne; car ces établissements n'étaient nullement propres à former des épouses et des mères. Mais du moins ils offraient un asile à l'innocence, et cet avantagé est indispensable à remplacer. On n'aura pas à regretter l'éducation des couvents ; mais on regretterait avec raison leur impénétrable demeure, si d'autres maisons non moins rassurantes et mieux dirigées ne suppléaient à leur
destruction. Chaque département devra donc s'occuper d'établir un nombre suffisant de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le garant de la confiance publique. Les femmes qui se consacreront à des devoirs si délicats, ne prononceront pas de vœux ; mais elles prendront envers la société des engagements d'autant plus sacrés, qu'ils seront plus libres, et qui produiront le même efffet pour la sécurité des familles.
Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les ressources nécessaires à leur instruction, et surtout l'apprentissage des métiers diflérents qui peuvent assurer leur existence.
Jusqu'à rage de huit ans elles pourraient, sans inconvénient, fréquenter les écoles primaires, et y puiser les éléments des connaissances qui doivent être communes aux deux sexes ; mais avant de quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer et se renfermer dans la maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et leur donner les moyens de subsister indépendantes, par le produit de leur travail (1).
Ainsi, prenant pour règle les termes de la
(1) On peut offrir aux départements comme un modèle de ce genre d'établissement un mémoire adressé à FAssemblée nationale par une artiste ingénieuse (M"»e Guyard) qui, dans cet ouvrage a su annoblir les arts en les associant au commerce, et les appliquant aux progrès de l'industrie.
constitution, nous recommanderons, pour les femmes, l'éducation domestique, comme la plus propre à les préparer aux vertus qu'il leur importe d'acquérir. A défaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retirées sous l'inspection des départements, et nous leur faciliterons l'apprentissage des métiers qui leur conviennent.