‹ L'instruction publique en France pendant la révolutionChapitre 40 sur 42 · CADASTRE · texte numérisé non relu

CADASTRE

La géographie publique, ou plutôt Tart de faire les cartes géographiques, si utile pour tous les genres de services publics, et qui tient de si près à toutes les branches de l'économie, réclame une école particulière ; et les comités ont cru devoir la placer parmi les écoles d'application, qui doivent toutes fournir des sujets pour la défense ou Tadministration générale delà République. Les élèves de cette école n'y seront admis qu'après avoir passé un an à Técole polytechnique ; leur nombre sera fixé non seulement en considération du service ordinaire, mais encore en considération du travail extraordinaire et temporaire qu'exige la confection du cadastre et des autres entreprises géographiques commencées. Les comités ont pensé que l'opération du cadastre devait fixer votre attention ; et ils ont cru nécessaire de vous présenter l'état où est aijgourd'hui ce beau travail. Le cadastre de la France a été ordonné par une loi du 16 septembre 1791.

Depuis cette époque, le corps législatif a rendu plusieurs décrets tendant à en accélérer Torganisation définitive. Enfin on a ouvert récemment un concours pour la nomination de \vw%\.-^à5\s!^

géographes destinés à commencer les opérations par le cadastre du département de la Seine. Le choix de ces géographes a été fait ; mais l'état des subsistances n'a pas encore permis de les répartir dans les communes : ils n*en ont pas moins été employés très utilement à la confection des grandes tables relatives à la nouvelle division des angles.

Le bureau central du cadastre a été, depuis son institution en 1791, employé dans diverses administrations aux objets relatifs à son institution. On a fait dans ce bureau un toisé général, le seul peut-être qui mérite de la confiance, de la superficie de chaque partie du territoire français. On y a construit plusieurs cartes générales de la France, pour offrir le tableau de Tensemble des routes, de la navigation intérieure, des chaînes de montagnes et du nivellement, de Thydrographie. On y a dressé plusieurs états extrêmement détaillés et méthodiques de la population considérée sous différents aspects, etc. ; enfin on y a entrepris les tables logarithmiques et trigonométriques les plus étendues et les plus exactes qui aient jamais été publiées et même conçues, et qui se rapportent à la nouvelle division décimale du cercle. Plus des trois quarts de ce vaste ouvrage sont déjà livrés à Timpression, dont on a chargé Firmin Didot, et dont les planches polytypées resteront en propriété à la République. L'exécution d'un semblable projet sera comptée parmi les services que la nation française a rendus aux sciences et aux arts.

Le bureau du cadastre s*est de plus occupé des nombreux détails relatifs à la préparation du travail des géographes, et des moyens d'assurer à ce travail la précision et l'uniformité qui doivent en assurer le succès et Futilité .

1* Les cartes et plans qu'on lèvera du territoire français seront de trois sortes ; savoir : 1° les cartes trigonomé triques à l'échelle de 1/10.000 qui représenteront les positions des principaux lieux et la peinture des accidents généraux du terrain.

2° Les plans de masse âe commune comprenant le cours et les sinuosités des chemins, ruisseaux, rivières, etc., non seulement dans le périmètre de chaque commune et de ses sections, mais encore dans toute l'étendue de sa surface ; ces plans comprendront ainsi toutes les masses ou îles de propriétés dont la forme et retendue peuvent être considérées comme permanentes d'après l'invariabilité des lignes qui les circonscrivent.

3*" Les plans nommés parcellaires, qui doivent donner la désignation individuelle et l'arpentage de toutes les propriétés particulières.

Cette division du travail nécessite une division correspondante dans les coopérateurs qui y seront employés, et qui, selon l'une des trois espèces de cartes dont ils s'occuperont, doivent avoir un degré d'instruction et d'aptitude très différent. C'est d'après cette considération que les géographes appelés pour commencer la levée des départements, ont été distribués en trois brigades, la première chargée de la partie trigonomé triççia.

402 INSTRUCTION PUBLIQinB

la deuxième des plans de masse, et la troisième de Tarpentage.

Les deux brigades ou classes qu'on occupera aux plans de masse et à Farpentage ne peuvent pas, eu égard au grand nombre d'employés dont elles seront composées, être tirées d'aucun établissement particulier d'éducation : les connais* sances et lliabitude pratique qu'elles exigent, sont de nature à pouvoir se rencontrer assez communément chez les hommes qui se sont adonnés par état ou par goût à la géodésie et à l'arpentage. En prenant toutes les précautions qui peuvent assurer de bons choix, et en employant les moyens de vérification combinés d'avance dans l'organisation du travail, on pourra obtenir des plans de masse et de détail dont la levée, le dessin et les calculs rempliront les conditions qu'il sera nécessaire d'exiger.

Il n'en est pas de même de la classe des géographes qui s'occupera des cartes trigonométriques : ceux-là doivent réunir, et les connaissances théoriques, et l'habitude pratique des opérations ; leur instruction exige des soins particuliers, et ne peutr-ôtre bien complète que dans une école publique. La partie théorique de cette instruction doit naturellement être confiée àl'école polytechnique ; quant à la partie pratique ou d'application, om doit y avoir pour objet non seulement de former des liommes habiles aux opérations géodésiques ou géographiques en général, mais de les habituer, par des exercices répétés, à avoir tous précisément la même méthode, les mêmes procédés.

RAPPORT DE POURCROT 463

l'usage des mêmes instruments, enfin une identité parfaite dans les plus petits dét&ils. Cette uniformité est impérieusement exigée par la nécessité de rendre tous les résultats du cadastre comparables entre eux, sans quoi on perdrait la plus grande partie des avantages qu'on doit en attendre.

La conséquence des observations précédentes est que, pour avoir d*une part des hommes instruits auxquels on puisse confier les opérations fondamentales du cadastre et pour obtenir de Tautre Tuniformité indispensable dans toutes les parties de ce vaste travail, il faut faire à l'école polytechnique la première éducation théorique des géographes ; les faire passer ensuite dans une école d'application que nous proposons d'établir à cet effet au bureau central du cadastre. Cette école sera ouverte à 20 élèves qui, au sortir de récole polytechnique, viendront s'y exercer en commun, et ne seront employés dans les départements que lorsque tous les détails du mode uniforme de travail leur seront parfaitement familiers. Leurs exercices comprendront deux objets principaux ; le premier, relatif aux opérations à faire sur le terrain ; le second, renfermant le travail de cabinet.

Les opérations sur le terrain seront de 3 sortes : i"" La peinture de la configuration du sol, ou l'art de représenter par l'effet des couleurs et des ombres les vallées, les montagnes, les eaux, les variétés minéralogiques et les diverses productions du sol, etc.

464 INSTRUCTION PUBUQUE

^ Les mesures géométriques qu'on divisera en mesure de^ bases, faites, soit avec le bois, soit avec le métal, en ayant égard aux variations hygrométriques et thermométriques, employant d'abord les procédés perfectionnés qu'on a inventés récemment, et ajoutant mème> s'il est possible à leur perfection^ et en mesure des angles qu'on peut obtenir avep les cercles répétiteurs (instruments à l'usage desquels les élèves seront particulièrement exercés] ,et avec différents instruments gradués, à vision directe et réfléchie, ou qu'on peut prendre sur le fait et tracer, sans évaluation, avec la planchette ou autres instruments qui s'y rapportent.

d"" Les observations astronomiques qu'on bornera à celles nécessaires pour orienter une suite de triangles et prendre la latitude d'un lieu.

Les travaux de cabinet auront deux objets :

!• Lés opérations graphiques divisées en réduction géométrique ou tracé linéaire des cartes sur différentes échelles, soit en rapportant les angles avec différents instruments, soit, (ce qui estindispensable pour tous autres plans que ceux d'arpentage,) en plaçant immédiatement tous les sommets des angles dont les positions sont calculées d'avance par rapporta deux axes coordonnés ; et en dessin de la carte qui consistera à mettre au net et à reporter sur la réduction géométrique la peinture des accidents locaux dont on aura fait sur le terrain un croquis figuré.

2** Les calculs divisés en trigonométriques qui auront pour objet la solution pratique de tous

les problèmes astronomiques et géodésiques que comportent la détermination des latitudes, Torientement des triangles, les réductions au centre, à rhorizon, le calcul des triangles, etc. ; on exercera les élèves à l'usage des tables logarithniques jusqu'à ce qu'ils. en aient acquis une habitude consommée ; et en calculs de toises qui auront pour objet l'évaluation des superficies : les élèves seront particulièrement exercés aux méthodes polygonométriques, par lesquelles on calcide immédiatement la surface des polygones, d'après les mesures angulaires et linéaires prises sur le terrain, et qui n'exigent ni l'usage du compas ni le tracé d'aucune ligne sur les plans.

On voit que par ces deux genres de travaux auxquels on exercera les élèves, il se formera, dans l'école qu'on vous propose, des hommes capables de rendre à la patrie tous les services qu'elle a droit d'en attendre, soit pour les départements qui en auront souvent besoin, soit pour la suite du cadastre dont il ne faut point abandonner la belle entreprise, soit à la suite des camps ou des armées lorsque les généraux ou les ingénieurs en chef auront besoin de leur coopération.

Page 1