PRÉFACE XVII
natnre^ et par là établir entré les citoyens une égalité du fait et rendre réelle Fégalité politique.
Distinguant l'inÉtruétion^ c'est-à*dire les connaissances positives et certaines, les vérités de fait et de calcul, et Védunation, c est-à-dire les croyances politiques et religieuses, autant il accorde de pouvoir à TEtat pour étendre la première, autant il lui interdit le droit de diriger et de dispenser la seconde. L'Etat, selon Gondorcet, doit s'arrêter au seuil de la conscience et laisser à leur libre spontanéité les sentiments religieux et politiques. C'est par respect pour les droits de la conscience qu'à l'exemple de La Chalotais et de Talleyrand^ Gondorcet n'admet dans l'instruction publique aucun culte religieux. « Gbacun d'eux, dit-il, doit être enseigné dans les temples par ses propres ministres. Les parents, quelle que soit leur opinion sur telle ou telle religion, pourront alors sans répugnance envoyer leurs enfants dans les établissements nationaux. »
On verra dans le magnifique plan d'études tracé par Gondorcet avec quelle netteté, quelle sûreté, quelle science, sont indiqués tous les degrés qui doivent constituer le majestueux édifice de l'enseignement public. Il n'est pas une seule des questions d'éducation débattues depuis le commencement de ce siècle, qui n'y trouve une solution conforme aux aspirations les. plus élevées et aux besoins les plus impérieux du temps présent. Ge ne sont pas seulement les considérations philosophiques, les théories générales dont les législateurs actuels devraient s'inspirer, pour l'application des principes relatifs à la gratuité, à l'obligation, à la sécularisation de l'enseignement, à la nécessité de donner aux femmes l'instruction la plus élevée ; l'organisation rationnelle des divers degrés de l'instruction publique présente une coordination que Ton serait heureux de
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pouToir mettre en pratique dans nos établissements
scolaires.
On reconnaîtra dans ses écoles primaires, les conditions dans lesquelles nous concevons que doit se constituer leur enseigpnement ; dans les écoles secondmres, cet enseignement intermédiaire qui, sous le nom d'école pri^ maire supérieure, d'enseignement secondaire spécial, est destiné au grand nombre d'élèves qui ont besoin de se préparer au commerce, à Findustrie, à des fonctions pour lesquelles Tinstruction classique n'est pas indispensable ; dans les instituts, les établissemeats qui correspondent à nos collèges et à nos lycées actuels; dans ses lycées, ridée de renseignement supérieur dévolu aujourd'hui à nos facultés, et enfin dans ce qu'il nomme la Société nationale des sciences et des arts, les cinq classes qui composent aujourd'hui l'Institut.
Gondorcet et son prédécesseur avaient construit ainsi de toutes pièces un plan d'instruction publique pour rétablissement duquel ils n'avaient à redouter aucun obstacle. L'Assemblée constituante ayant fait table rase de toutes les institutions de l'ancien régime, un champ sans limites était ouvert aux plus vastes conceptions des législateurs. Jamais on n'avait embrassé dans son ensemble et dans ses moindres détails un système d'éducation nationale. C'est ce qui fait l'originalité et l'importance d'une œuvre dont les auteurs, n'étant gênés par aucune entrave, pouvaient tracer un cadre que, si l'on en dégage les erreurs et les exagérations dues ii l'époque, nous nous efforçons aujourd'hui de remplir.
La Convention pouvait, dans sa toute-puissance, réaiser toutes les améliaration*s qu'elle avait rêvées dans le domaine politique et social, précieuses conquêtes successivement détruites par les gouvernements autoritaires et que le régime républicain pourra seul rendre à la France.
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LiBs rapports de Talleyriind et de Condorcet s^étaient produits au milieu d'événements dont la marche imprévue et rapide n'avait pas permis de les mettre à exécution.
La Convention va nous présenter le spectacle étrange et grandiose d*une assemblée qui, d'un c6té, semble n'avoir d'autre mission que d'écraser, au nom du salut public, tout ce qui fait obstacle au triomphe de l'établissement républicain, et n'imagine d'autre moyen d'y parvenir que la plus terrible et la plus sanglante des tyrannies ; et de l'autre, se livrant avec une sorte de calme et de sérénité stoïques qui forment avec ses actes le plus étonnant contraste, à l'étude, à Texamen, à la discussion de toutes les questions qu'embrasse l'enseignement public, de toutes les mesures à prendre pour assurer les progrès de la science.
Elle a eu la gloire de créer des institutions dont quelques-unes ont été emportées par le souffle des Révolutions, mais dont les plus importantes, existant encore pour le plus grand honneur de la France, attestent la hauteur de ses conceptions.
Oubliant pour un moment les plans d'organisation générale de Talleyrand et de Cpndorcet, la Convention s'occupa avant tout de l'instruction du peuple, et ce fut Joseph Çhénier qa\, organe du Comité d'instruction publique, lui fit rendre le 12 décembre 1792, ce simple décret, point de départ de toutes ses créations futures : «Les études primaires formeront le premier degré d'instruction: Ony enseignera les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. Les personnes chargées de l'enseignement dans ces écoles s'appelleront instituteurs »
L'organisation complète de ces écoles primaires fut, huit jours après, l'objet d'un rapport de Lanthenas, dé-