‹ L'instruction publique en ItalieChapitre 22 sur 51 · PREMIÈRE ANNÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ANNÉE

Langue italienne.

HiAloire de l'Italie (depuis les origines de Rome ) 10 h.

jusqu'à la chute de l'empire d'Occident).

" Géographie. j

Arithmétique ( calcul f décimal, fractions, sys- > tème métrique, règles de proportions).

Dessin. 5

Calligraphie. 5

Langue latine. 101

Langue italienne. 7

Géographie. 3

Arithmétique (point de programmes ; simples exercices sur les connaissances acquises dans les écoles primaires.) 1

ItaUen. J

Dessin. 3

Géoméine, 6

Langue française. tO

EMSBIOIIBMBIIT SECONDAIRE.

DEUXIÈME ANNÉE Latio.

lUIien.

Géoffrapliie.

Arithmétique ( comme dessus ).

iSO

ItaUen.

Histoire (époque moderne).

Géographie.

DroiU et devoirs du citoyen.

Gëonjétrie.

Algèbre. i

JfWïgue française.

Calcul.

^'euces ph vsiques et ~*»^elle8.

2Sh.

TROISIÈME ANNÉE Latin.

Italien.

Géograpiiie.

Arithmétique (comme

dcSAUS).

lUh.

QUATRIÈME ANNÉE Latin.

Grecs h. Italien 5 h. 10 Histoire et géographie ( ancienne , orientale et grecque ). 4

Arithmétique raison née. 3

CINQUIEME ANNEE Latin.

Grec 5 h. iUllen 4 h. 9 Histoire et Géographie (histoire romainedepuisson origine jusqu'à la chute de l'empire d'Occident). 4

Arithmétique. 3

aWv.

i90 L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALtti.

En comparant ces deux programmes, un professeur de Milan, M. G. Gattoni, répondant aux questions posées par la commission d'enquête sur Tittstruction secondaire, en a fait ressortir les grades inconséquences. Il a fait remarquer d'abord qu€ Ton ne peut alléguer pour les justifier d'autre raison que le désir d'établir une séparation complète entre l'éducation classique et l'éducation technique? Mais tandis que dans les écoles techniques 1^ élèves sont trop surchargés et quant au nombre d& matières enseignées et quant aux heures qu'ils ;; doivent consacrer, toutes les facultés des jeun© gens sont dans les gymnases concentrées surua* étude presque unique, ce qui arrête le développe ment simultané de leurs dispositions naturelles e empêche de tirer aucun profit de cette envie de savoi si forte chez les jeunes enfants, qui bien ordonnée ^ bien réglée est féconde en précieux résultats. C'es3 déjà un grand mal, appelant un prompt remède, d'où découlent tous les autres contre lesquels s'éld • vent tant de plaintes.

Le savant professeur fait à ce plan d'études ler^ proche capital que je lui ai moi-même adressé propos de l'organisation des écoles techniques c'est que l'on met les enfants dans l'obligation d^ choisir la voie dans laquelle ils doivent s'engage presque irrévocablement, à un âge où il leur est iirï possible de prendre une détermination en connais'

ENSBIONEMRMT SECONDAIRE. I9t

«aoce de cause, et où ni les maîtres ni les parents ne peuvent savoir quelles seront dans l'avenir leurs aptitudes pour Tune ou Tautre carrière.

Parmi les parents, les uns sont dans des conditions de fortune qui devraient les engager à renoncer pour leurs enfants aux grades universitaires et pa.r conséquent aies envoyer aux écoles techniques, l'es autres sont en position de désirer pour leurs fils l'instruction classique. Les premiers cependant choisissent le gymnase sans trop savoir si leur enseignement sera utile à leurs enfants, mais uniquei^ent parce qu'on leur dit que les études des écoles ^^chniques sont beaucoup plus nombreuses et plus difficiles que celles des gymnases. Ils comparent i^s programmes, ils font le compte des matières enseignées: italien, histoire, géographie, arithmétique, dessin, calligraphie, géométrie, algèbre, tei^Ue des livres, physique, sciences naturelles, droits et devoirs des citoyens. Ils voient que les élèves emploient à ces études si nombreuses 25 heures Par semaine. Cette perspective les épouvante pour ^^urs enfants ; ils les envoient donc dans les gymnases où, leur dit-on, l'enseignement est d'un ordre plus élevé, et où cependant le nombre des heures de ^lasses n'est que de 21 par semaine. Là ils appren- ^^t le latin, le grec, l'italien, la géographie, ^ histoire et un peu d'arithmétique. Les parents P^^fèrent donc le gymnase à l'école technique :

m Ll3ISTRUGTI(Ur ÏCBLIQfn D IXàLn.

une triste expérience leur ^^rendn c(MDbie& ils oQt ea tort. Cein qui sont en position de fidre donner à leurs fils une instnictioa qui les prépare à suivre les cours des uniTershés ne jeu- Yent, lors même qu'ils le Toudraient, juger des aptitudes et des dispositions intellectuelles de jeunes garçons de 9 à 10 ans. C'est donc à tout hasard qu'ils les envoient aux gymnases classiques. Ceus que le sort favorise, parce que leurs fils doués d'heureuses dispositions intellectuelles et morale^ ont pu suivre et achever avec succès les études dei gymnases et des lycées, n'ont rien à dire : et si o< leur demande ce qu'ils pensent de l'enseignemeci classique, ils répondront infailliblement que toiB y est pour le mieux. Mais en serait-il ainsi des élève* qui sont chaque jour victimes de Terreur de leur: familles et des fausses espérances que Ton avaî conçues pour eux ! Combien de pères voient ave^ terreur arriver le moment où leurs fils se trouveroa en présence des deux systèmes entre lesquels iL^ auront à faire un choix ! S'ils se décident pour U carrière classique, seront-ils certains que leurs fils la poursuivent jusqu'au bout? Si des circonstaoc^i imprévues ou le manque d'intelligence les force i la quitter, après en avoir parcouru la moitié, comia< il arrive à tant de jeunes gens, le malheur sera sarm: remède.

La meilleure et la plus utile réforme à introduira

BMSBIGlIKMBlfT SECONDAIRE. 193

dans renseignement secondaire serait de l'organiser de manière à supprimer toute erreur et toute équivoque, et à ne plus continuer de mettre les parents dans la nécessité de se décider, à tout risque, à envoyer leurs enfants à Técole technique ou au gymnase, immédiatement après leur sortie des écoles élémentaires. Préparés exclusivement pour ies carrières industrielles, ils sont exclus d'avance de celles qui exigent l'enseignement universitaire. Préparés d'une manière aussi exclusive dans les &y mnases pour recevoir l'instruction classique supérieure des lycées et des collèges, ils sont étranff^rs aux connaissances appliquées, aux carrières Pï^cfessionnelles. Il serait avant tout nécessaire de Codifier les programmes d'études des deux genres ^'^établissements. Commençons par les gymnases,

La statistique apprend que les 104 gymnases du Souvemement et les établissements privés envoient chaque année aux examens 6 000 jeunes gens, sur lesquels la moitié au moins échouent. Or, que de- ^ennent les trois mille candidats malheureux? Ils ^nt, pendant les trois premières années du gym- ^^se, étudié les principes de la grammaire latine, ^û peu d'italien et de géographie, et enfin repassé, dans les leçons d'une heure par semaine, les éléments de l'arithmétique qu'on leur avait enseignés daos les écoles primaires. Dans les deux années sui- ^^ntes, ils ont joint à ces études celle du grec, de

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Thistoire ancienne, orientale, grecque et romaine, quelques principes de littérature et rarithmétique raisonnée. Quel profit retireront de cette instruction ceux mêmes qui ont soutenu avec succès Texamen de licence gymnasiale, s'ils ne peuvent continuer leurs études classiques? Les plus avancés seront moins bien préparés pour la vie que ne le sont, après trois années, les élèves des écoles techniques. Le moindre inconvénient qu'auraient à subir les pauvres naufragés sera de dépenser beaucoup de temps et d'argent pour se mettre en état d'être admis dans les instituts techniques. On croira peutêtre que, fortifiés par leurs cinq années de gymnase, ils y entreront avec plus de succès que les élèves sortis des écoles techniques. Ce serait une erreur. Le nombre de ceux qui réussissent est peu considérable : les autres se trouvent exposés à l'amer repentir d'avoir fait un faux calcul, en présence d'un avenir incertain et misérable peut-être. Il n'est malheureusement pas rare de voir en Italie (et nos yeux ne sont pas moins souvent affligés en France d'un pareil spectacle) les tristes fruits secs des collèges et des lycées trouver à grand'peine à se placer dans quelque maison de commerce, et s'appliquera des emplois pour lesquels ils auraient été beaucoup mieux et en moins de temps préparés dans les écoles techniques.

A ces considérations qui ne sont pas, on le voi^

eulement applicables à Tltalie, on peut ajouter elle-ci : c'est que, dans les universités et dans 'exercice des fonctions les plus élevées, on ne trouve [u'uD petit nombre d'esprits d'élite qui n'aient pas lit un étemel adieu à ces études que l'on considère )omme les seules conditions d'une haute culture nlellectuelle. Peu d'entre eux en proclament la vaeur et en reconnaissent l'influence dans toutes l(.>s )ranches de l'administration publique et privée, comment s'étonner alors du discrédit dans lequel ombent partout les études classiques et du nombre 'e gens qui répètent sur tous les tons : a A quoi «rvent le latin et le grec? Qu'est-ce qui lit aujourl'hui Cicéron ou Thucydide, Homère et Virgile, si •e n'est dans les traductions?» Il est certain que l'on ^adresserait pas de pareils reproches aux études classiques si, tout en conservant dans leurs prorranames une grande place à cette étude des ^gues anciennes, à laquelle on attache avec rai- ^ un si haut prix, on la dirigeait de manière à 'oDner satisfaction aux besoins nouveaux.

Je ne crois pas nécessaire de reprendre ici une à ^^ les diverses branches de l'enseignement des ynanases classiques, pour signaler ce qu'ils ont

excessif en certaines parties et indiquer toutes les icunes qu'il est urgent de combler. Il est indispen- ^We que l'on y fasse entrer l'élément scientifique ont l'importance est aussi vivement sentie en Italie

i96 L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.

qu'en France : mais alors on se trouvera en présence des difficultés que rencontrent les mimstresT qui ont à cœur la réforme* de notre enseignement secondaire. Il faudra diminuer le nombre des heures données au latin et au grec ou du moins imaginer des méthodes plus expéditives, simplifier ou supprimer certains exercices, consacrer plus de temps à l'enseignement de l'histoire et de la géographie et surtout à l'étude de la langue nationale si négligée. On s'est demandé en Italie , comme on le fait assez souvent parmi nous, pourquoi les jeunes gens qui ont terminé leurs études classiques écrivent en général beaucoup plus mal que les jeunes filles qui ont reçu une éducation moins complète et moins savante. Parmi les questions posées par la dernière commission d'enquête se trouve celle-ci: « D'où vient qu'en ce qui concerne la composition et le style, les écoles de filles présentent une incontestable supériorité? » Le fait n'est malheureusement que trop vrai : cette supériorité non contestée est la condamnation de renseignement des gymnases.

A la question posée plus haut le professeur Gattoni s'est borné à répondre que l'on n'écrit pas sans idées. Où prendraient-ils des idées, dit-il, ces écoliers

BNSBIGNEMBMT SBCONDAIRB. 497

li, pendant trois années, condamnés à dix heures latin par semaine, passent une partie de leur nps à se remplir la tête de subtilités grammatiles qu'ils étudient sans goût, parce qu'ils ne sont s d'âge à en comprendre l'utilité et en apprécier valeur? Ce ne sont ni les textes latins ni les gramlires, ni les nomenclatures géographiques qui ir donneront des idées : toutes ces études ne leur iroissent que des mots. Le peu d'idées qu'ils uveDt saisir au passage sont celles qui leur sont ^gérées par les remarques que fait le professeur à )pos des passages latins qu'il explique, et encore Dbien peu de maîtres possèdent l'art d'en if unB leçon morale ou littéraire, capable de re quelque impression sur l'esprit et sur le cœur? Qibien y en a-t-il qui croient n'avoir d'autre he à remplir que d'exercer la mémoire de leurs ves. L'enseignement de l'histoire fournirait cer- Qement la meilleure occasion d'éveiller chez eux faculté de penser. Mais l'enseignement de l'hisre ne commence, chose bizarre! que dans la alrième année, et il n'embrasse que l'histoire annne, beaucoup moins intéressante et bien moins )pre à éveiller la curiosité que l'histoire natiole, que l'on enseigne seulement dans les lycées par laquelle il faudrait commencer • Le programme des écoles techniques ne comprent pas l'étude des langues anciennes compense

i98 L'INSTRUCTION PUBLIQUE BN ITALIE.

cette exoluaion par de grands ayantages que ne possèdent pas les gymnases. Mais on trouve avec raison que les trois années consacrées à cet enseignement sont insuffisantes et qu'en les répardssant en quatre années on le rendrait beaucoup plus profitable aux élèves. 11 serait possible alors d'en élargir le cercle. On pourrait aussi réduire à quatre les cinq années d'études des gymnases, et faire de la dernière année retranchée la première des lycées, dont les cours seraient alors de quatre années au lieu de trois.

Mais là ne devrait pas s'arrêter la réforme à laquelle plusieurs bons esprits ont déjà pensé. Tirai plus loin et comme je trouve l'Italie en possession d'une organisation qui lui permettrait de donnera tout l'ensemble de ses établissements d'instruction secondaire une organisation offrant la meilleure solution du problème qui se pose presque partout, celui de la fusion de l'enseignement classique et de l'enseignement technique dans un seul ordre d'établissements, je ne puis trouver une meilleure occasion de développer un système sur lequel j'ai eu plus d'une fois l'occasion d'appeler l'attention.

V enseignement technique de l'Italie , les Red' schulen d'Allemagne et V enseignement secondait^ spécial de France sont nés du besoin de préparer toute une classe de la société, qui a pris dans le monde moderne une grande importance, à des carrières

EH8SI0NEMB1IT SECONDAIRB. 190

our lesquelles Tinstructioa classique traditioanelle tait devenue insuffisaute. Les écoles nouvelles se ont remplies sans que la population des collèges^ les gymnases et des lycées diminuât sensiblement. £% mathématiques , la physique , la chimie , les cieDces naturelles, les langues modernes ont remdacé dans le nouvel enseignement celui des lanpies anciennes restées la partie principale et esseuielle de renseignement classique. Or, qu'est-il irri?é? c'est que l'enseignement nouveau ne pou- 'ait se renfermer exclusivement dans l'étude des •ciences, et l'enseignement classique dans l'étude «clusive des langues et dea littératures, par larai- 'On que l'on considérerait aujourd'hui comme inomplète et insuffisante toute éducation dans la- |uelle ne figureraient pas, dans telle proportion que on voudra, ces deux éléments. Les deux ordres e sont donc peu à peu rapprochés et le temps n'est 'AS éloigné sans doute où ils finiront par se con- Dndre.

Due fausse idée les avait placés vis-à-vis l'un de ^utre dans cet état d'antagonisme dont j'ai signalé -s périls. Ils devaient avoir une spécialité tellement •anchée que du choix que les parents devaient faire ^ Tun d'eux dépendait tout l'avenir de l'enfant, oué dès l'âge de dix ans à la carrière industrielle ^ à la carrière universitaire. Dans plusieurs pays, ^ a cherché à obvier à cet inconvénient en orga-

iiisaDt renseignement technique sur des bases assez larges pour que Télève pût en le quittant se mettre promptement en état de prendre des grades universitaires, et en faisant entrer dans l'enseignement classique assez d'éléments sdeotifiquespour que les élèves en le quittant pussent entrer dans la carrière industrielle ou commerciale. C'est ainsi que dans un de nos meilleurs établissements d'enseignement secondaire spécial , l'école Turgot, les études sont assez étendues pour que ses meilleurs élèves puissent, après une courte préparation, se présenter aux épreuves du baccalauréat, à celles de l'école centrale des art&et manufactures et même à celles de l'école polytechnique. Mais ce ne sont là que des exceptions : elles servent seulement à prouver que Ton comprend partout le besoin de ne point engager d'avance par une instruction trop spéciale l'avenir des jeunes gens.

L'enseignement secondaire, celui que reçoit l'enfant de dix à quatorze ans , ne doit être ni spécial, ni professionnel. C'est le temps pendant lequel il doit recevoir une éducation générale, développant dans tous les sens ses facultés intellectuelles , éclairant sa raison, formant son cœur. C'est à ce résultat que doivent concourir toutes ses études. Elles n'ont pas pour but de faire de lui un philologue, un historien plutôt qu'un chimiste , un géomètre, un commerçant , un industriel, mais de le préparer à em-

ENSBIONBMElfT SECONDAIRE. 201

brasser la profession pour laquelle se seront révélés ses goûts et ses aptitudes.

Dans l'état actuel des choses, les écoles techniques de ritalie préparent spécialement pour les instituts industriels et les gymnases pour les lycées. U faudrait que leurs programmes fussent constitués de telle sorte qu'ils pussent préparer indifféremment pour ces deux ordres d'enseignement supérieur. C'est ce qui s'est fait, en Autriche, dans les établissements nouveaux créés sous le nom de gymnases réeis, et réunissant l'école technique et le gymnase. Ce n'est donc pas à la sortie des écoles primaires que s'accomplit alors la bifurcation des Études : c'est après quatre ans d'études préparatoires, ce qui est bien différent. L'insuffisance des trois années d'enseignement dans les écoles techniques est généralement reconnue, et plusieurs municipalités, celles de Florence, de Venise, de Milan, de Turin y ont ajouté, sous le titre de Cours compté- ^^"^taire^ une quatrième année. Par suite de cette ^élioration, les jeunes gens ont pu, à la sortie des Écoles et sans avoir besoin de passer par l'institut •technique, être assez instruits pour occuper dans le commerce, Tindustrie, dans plusieurs administra- ^ons, celle des télégraphes, par exemple, des emplois assez importants. Ainsi constituées , les écoles ^chniques ont beaucoup d'analogie avec les collèges d'enseignement secondaire spécial dont la créa-

tion n'est pas un des moindres services rendus à rinstriietion publique par radministration active tt féconde de M. Duruy.

Cette identification de Técole technique et du g}'mnase ne nécessitera pas seulement une refonte de leurs programmes respectifs mis en harmo- i nie ; elle exigera l'emploi de méthodes d'enseignement appropriées à leur véritable nature. Celles que Ton y suit aujourd'hui doivent être réservées pour les lycées et les instituts techniques.

Le plan des études se trouverait alors constitué comme celui des États-Unis : il serait facile d'y établir cet enchaînement qui, depuis le premier de* gré de l'enseignement primaire jusqu'à l'enseignement supérieur, forme des séries non hiterrompues et s'élevant de degré en degré , de manière à ce que chacune d'elles fût une préparation pour celle qui la suit. C'est la ligne droite substituée à h pluralité des voies différentes ou distinctes dans lesquelles l'organisation actueUe force les enfants à s'engager sans savoir si la route qu'ils vont suiTTC , sera bien pour eux la meilleure et la plus sûre.

Cette organisation est conforme au grand principe d'égalité qui régit les États libres , où tous les citoyens, riches ou pauvres, ayant les mêmes droits, doivent trouver dans le système général de 1 enseïgnement public la possibilité de pousser aussi loin qu'ils le voudront ou qu'ils le pourront leur

BNSEIONBMENT 8ËC0NDA1RK. '203

istructioD. Il ne sera pas doDDé à tous sans doute e (^courir tous les degrés successifs de cet enseioemeot : les uds n'auront besoin que de recevoir instruction élémentaire, les autres pourront se DDtenter de l'instruction intermédiaire; d autres ofin seront en position d'aller plus loin et de par- )urir le cercle entier de renseignement public, as le choix qu'ils auront fait aura uniquement dé- 3ndu de leur volonté ou des conditions de fortune u)8 lesquelles ils se trouveront. Cette organisatioa tira à chacun d'eux le double avantage do don- T à chacune des phases de l'enseignement un ractère spécial , puisqu'il se composera des conissances appropriées aux conditions sociales où front se trouver ceux qui doivent s'en contenter de préparer en même temps à l'enseignement du ^ immédiatement supérieur.

C'est ainsi que la crèche conduit à la salle d*asile, salle d'asile à Técole primaire du premier degré, le celle-ci à l'école élémentaire du degré supéor. Comme ce degré sera la limite à laquelle rrêtera le plus grand nombre , disons-le en past, il ne faudra pas resserrer l'enseignement éléntaire dans l'étroit espace de trois années. L'éîation populaire qui se bornerait à l'enseignement la lecture et de l'écriture serait insufâsante. Ce 8t pas la lecture seulement qu'il faut apprendre : enfants, c'est l'amour de la lecture qu'il faut

faire naître en eux. Il est facile de donner à ies^ enfants de six à dix ans des notions exactes les faisant pénétrer sans aucun appareil scientifique dans rétade de la nature au moyen de ces leçons de choses dont j'ai eu si souvent l'occasion de parler; il est surtout essentiel de jeter, dans leurs âmes les germes des vertus morales, d'habituer leurs esprits à observer et à réfléchir.

Les élèves moins nombreux qui participeront à l'enseignement secondaire y seront parfaitemenl préparés. Que de choses ils pourront apprendre pendant les quatre années qu'ils passeront dansiez établissements où seront habilement fondus les programmes d'études de l'école technique et ceux ài gymnase ! Après ces quatre années, ceux qui devront arrêter là le cours de leurs études, auron reçu une instruction complète, qui leur ouvrira ui grand nombre de carrières; ceux qui pourront,» contraire, les continuer, verront s'ouvrir devan eux les instituts supérieurs techniques ou les lycées, ceux-là pour se préparer définitivement « l'agriculture, le commerce et l'industrie, ceux-c pour suivre les cours des universités.

Ai-je besoin d'insister sur les immenses avao tages que présenterait une organisation qui répon drait à tous les besoins et pourrait recevoir facilement son application en Italie? La distinction entr le gymnase et le lycée permet de faire une p*^

ENSEIONfiMEHT SECONDAIRE. 203

égale à renseignement intermédiaire et aux études classiques. Les élèyes sortis des gymnases et des écoles techniques seraient préparés pour une foule de fonctions et de carrières pour lesquelles ils auraient reçu une instruction suffisante constatée par les diplômes qui leur en ouvrent la voie. Le lycée recevant des élèves préparés par cet enseignement intermédiaire pourrait donner plus d'étendue et de solidité à son enseignement classique et renforcer encore Tétude des langues et des littératures anciennes.

La distinction, déjà consacrée, en Italie, entre le gymnase et le lycée , qui peut rendre facile nne bonne organisation de l'instruction secondaire, manque à la France. Notre enseignement classique aurait tout à gagner s'il était, comme fin Italie , partagé en deux périodes et si les lycées ^ recevaient que les élèves de quatorze ou quinze MIS, sortis de ces établissements que l'Autriche désigne sous le nom de gymnases réels. On n'aurait pas à se plaindre alors d'un système d'éducation appliqué sans distinction à tous les enfants, quelles que soient leurs aptitudes et quelque situation que leur réserve l'avenir. Car, il faut bien le dire, 'a question importante à résoudre n'est pas tant de restreindre les études classiques que de diminuer ^ nombre de ceux qui y participent et auxquels ^Ues sont parfaitement inutiles et souvent nuisibles.

La plupart des réformes proposées , la suppr du grec, du thème ou du yers latin, par exe la substitution de la traduction rapide à la tr tion minutieuse , l'introduction des langues < gères, sont inspirées et justifiées par le 1 très-légitime de donner, non un enseignemei treint et spécial utile seulement à un petit m de sujets d'élite, mais une instruction générait à tous. Ces réformes et ces suppressions sont lentes pour les gymnases auxquels appartient ractère de généralité, mais elles n'auraient \ même raison d'être pour les lycées, si, ne re( que des élèves préparés pour l'enseignement rieur des universités, ils devaient avoir poui comme par le passé , de maintenir dans tout étendue ces études littéraires et ce culte de 1 quité grecque et latine que Ton considère ci la condition essentielle de toute culture in tuelle et dont la France doit avoir à cœur de C( ver les précieuses traditions.

L'organisation des écoles secondaires en 1 rencontré toutes les difficultés que devaient : sairement faire naître les changements cons blés qu'il était devenu nécessaire d'introduin

BNSEIONBMBNT SBCONDAIRE. 207

tous les établissements, soit quant à ]a nature même des études, soit quant aux méthodes à employer. Les plus grands obstacles contre lesquels il y avait à lutter résultaient de Tétat des esprits, en proie à l'agitation produite par les révolutions politiques et profondément divisés sur la question de TinstructioD publique comme sur toutes les autres. Pour apprécier les modifications introduites dans les gymnases et les lycées, il est utile d'étudier dans quel état ils se trouvaient à Tépoque de la formation du nouveau royaume d'Italie. Presque partout renseignement secondaire s y réduisait au lutin, à un peu d'italien et, dans les dernières années, aux mathématiques élémentaires, à la physique et à quelques leçons de philosophie. On peut apprécier jusqu'à înel point étaient conduites ces éludes d'après les ''egistres des universités. Ils constatent que les examens subis par les élèves n'étaient qu'une simple formalité, tant était grande la facilité avec laquelle 'es admissions étaient prononcées.

On ne peut nier cependant qu'au miUeu de la confusion des idées et de l'abaissement déplorable ^es études classiques, il ne se fût établi dans certai- ^^68 provinces des institutions dans lesquelles se Produisaient de nobles efforts pour doaner à l'intel- %ence delà jeunesse des aliments plus substantiels.

Des hommes éminents avaient bien pu, grâce à ^ïïe haute réputation de savoir, ou à une ludoto^-

table énergie, réunir autour d'eux quelques jeun< gens d'élite, auxquels, en dépit d une tyrannie souj çonneuse, ils avaient communiqué, avec l'amoi des lettres, le désir et l'espérance d'avoir un jeu une patrie.

Mais ces tentatives qui contribuèrent cependai) à conserver dans toute l'Italie le culte de la littéra ture classique et à établir d'utiles relations avec le hommes distingués des divers pays, n'avaient pi créer des traditions assez puissantes pour préparei suffisamment les familles, les jeunes gens, et foi peut ajouter une partie des hommes appartenan au corps enseignant, à comprendre et à accepte) de sérieuses réformes. Elles se présentaient, ei effet, comme devant imposer beaucoup d'obligations nouvelles et accroître les difficultés, surtou pour ceux qui étaient entrés sans peine dans lî carrière et qui par hasard y avaient réussi.

On ne doit donc pas s'étonner si les premièrei oppositions à la réorganisation des gymnases et dei lycées vinrent plus d'une fois de ceux-là mêmequ par leurs fonctions semblaient devoir s'y prête; avec le plus d'empressement. Pour faire accepte: les nouvelles institutions, il aurait fallu déployei une énergie inspirée par une conviction profonde car on avait à débattre avec les municipalités deî points importants dont le plus grand nombre concernait la partie matérielle. Le gouvernement y »P'

ENSBIOHEMENT SECONDAIRE. S09

h'qua dès le principe tous ses soins, d'autant plus que si quelques localités étaient suffisamment pourvues, il y en avait un grand nombre dans lesquelles tout était à créer. En beaucoup de lieux les bâtiments jadis occupés parles écoles avaient été affectés à d'autres usages; dans d*autres, ils étaient insuffisants ou dépourvus du mobilier nécessaire. Avec beaucoup de bonne volonté, de persévérance et de sens pratique^ les autorités municipales parvinreat à établir les écoles dans des lieux convenables et sains, appropriés au but que Ton se proposait, et pourvus du matériel nécessaire. Le gouvernement contribua dans la mesure de ses ressources financières à former des cabinets de physique, des musées d'histoire naturelle, des bibliothèques. Mais on peut bien penser que, sous ce ^^pport, les établissements laissèrent pendant longtemps beaucoup à désirer. Plusieurs lycées sont ^ûcore aujourd'hui dans ce cas.

Les règlements relatifs aux études et à l'admi- ^islration variaient d'une province à l'autre. L'administration était confiée à des provéditeurs dans les provinces lombardes, le Piémont, TÉmilie, les Marches et l'Ombrie; il n'y avait, dans la Toscane 6t le royaume de Naples, d'autorité que celle des ^Qspecteurs; en Sicile, les inspecteurs provinciaux avaient sous leur dépendance l'instruction élémeii- ^ftire et l'instruction secondaire, ils présidaient les

2i0 I/INSTRUGTION PUBLIQUE EN ITALIE.

conseils des écoles et remplissaient les fonctions de provéditeurs.

Le ministre de Sanctis fit faire un pas à la régularisation des services administratifs en envoyant dans toutes ces provinces des délégués chargés d'organiser en même temps l'enseignement élémentaire et l'enseignement secondaire.

Mais l'accroissement que prirent ou devaient prendre ces deux parties de l'enseignement public fit sentir la nécessité de donner une assiette plus stable aux autorités locales, et alors on constitua ou Ton rétablit les conseils provinciaux, à la tête desquels fut placé le préfet de la province. Ces mesures rendirent plus rapide Texpédition des affaires, donnèrent au gouvernement l'assurance d'une suneillance plus vigilante sur les études, de la part des autorités locales et des fonctionnaires qui dépendaient de lui. Il y avait aussi, pour ce qui concerne le gouvernement des lycées et des gymnases, des usages différents. Dans les provinces napolitaines le gymnase et le lycée étaient réunis et dirigés par un seul administrateur ; chacun des établissements avait un directeur distinct partout où ils étaient séparés. Le ministre s'efforça, pour des raisons d'économie, de placer les deux établissements sous la direction d'un seul chef.

Il existait, sous d'autres rapports, des différences d'une plus grande importance.

SMSEIOlfEMElfT 8BG0IIDAIRE. 21 1

Enyertu de la loi du 13 noyembre 1859 publiée dans les aaciennes provinces (Piémont et Lombardie), les communes étaient tenues d'établir et d*eutretenir un gymnase dans chaque chef-lieu de province et d'arrondissement, à Texception des lieux où existaient déjà des établissemeuts de ce genre ù la charge de TËtat. A la requête des municipalités de ces deux provincea qui oifrireut les sommes nécessaires à l'entretien des gymnases, le gouverneinent se chargea de les administrer, ce qui existe aujourd'hui non-seulement pour les gymnases royaux, mais encore pour ceux des arrondissements. C'est le gouvernement qui entretient aussi un gymnase dans chacune des provinces napolitaines. Kn Sicile, au contraire, en vertu d'une loi du prodictateur, toute l'instruction secondaire et technique des ohefslioux de province et d'arrondisiement, ainsi que des villes qui dépassent un nombre déterminé d'ha- Wtants, est soutenue pai* l'État.

Les gymnases de Toscane, des Marches, de 'Ombrie et de l'Emilie sont à la charge des communes, à l'exception de ceux de Modène, de Reg- &io et de Massa, qui, en vertu de certains droits Nouvellement reconnus, doivent être entretenus sur le budget de l'État.

Comme le gymnase devait préparer au lycée et le lycée aux universités, les communes firent tous les efforts pour mettre leurs établissements au niveau

%n L'INSTRUCTION PUBLIQUI^ EH ITALIB.

de ceux du gouveroement et cette assimilatioi tribua puissamment à mettre de Tordre et de gularité daas rorganisation de Tenseigneme condaire. Cette organisation rencontra toi plus d'un obstacle, d'abord dans les conc d'existence des anciens gymnases, puis di composition des classes d'après le degré d'io tion des élèves, dans l'insuffisance enfin d sonnel des maîtres. On conçoit que les p dans ces différents établissements ne pouvaie les mêmes et que sous ce rapport de nomb différences durent exister entre ceux de fon nouvelle et ceux qui existaient déjà depuis temps.

Quant aux matières qui devaient entrei l'enseignement des gymnases, on s'accorda j à y comprendre le latin, Titalien, l'arithmi l'histoire et la géographie. Plusieurs tentati rent faites pour y joindre l'étude de la langui que. Les résultats obtenus dans cette pr partie de l'enseignement secondaire qui doi une durée de cinq années ont été en génén médiocres, et il n'est pas étonnant que l'on î y introduire de notables améliorations.

Les lycées se sont trouvés dans de mai conditions. La possibilité d'y appeler des i habiles et expérimentés, l'âge plus avan jeunes gens qui y sont admis, le nombre pi

EMSKIONBIIEMT SECONDAIRE. 918

treiût des établissements, qui permet une direction plus vigilante et une surveillance plus active, ont coûtribué puissamment au succès des études. Chaque année a été marquée par de nouveaux progrès : c'est ce que constatent les rapports les plus récents.

Les élèves avaient tout d'abord montré la plus grande répugnance pour Tétude du latin et du grec. Il a fallu beaucoup d'adresse et de fermeté de la part du gouvernement, des directeurs et des professeurs, pour triompher de l'opposition qu'ils ont eu à combattre.

L'histoire et la géographie, pour lesquelles les élèves étaient mieux disposés, ne furent pas toujours enseignées avec assez d'intelligence et de mesure. Quelques professeurs firent de cet enseignement une sorte de cours de faculté ; d'autres se perdirent dans des détails trop minutieux. Une direction Daieux entendue a fini par faire rentrer cet enseignement dans les limites qui conviennent à l'instruction secondaire. Les mathématiques, la physique et 'histoire naturelle, qui forment une partie impor- ^nte du programme des lycées, y sont aujourd'hui, ^Près quelques années de tâtonnements et d'essais, ^^ns un état assez florissant, si l'on en juge d'après 'es résultats des examens de licence.

Les études philosophiques ont présenté plus de ^fficultés et d'incertitudes. Peu susceptibles d'elle

circonscrites dans des limites précises, elles s'étendirent outre mesure ou se resserrèrent selon le caprice des professeurs, ou selon Tidée qu'ils se faisaient de rimportance de cet enseignement. Un décret du 29 octobre 1863 a eu pour effet de le simplifier, de lui donner un but moins spéculatif et plus pratique, en le faisant considérer comme un moyen de préparer les élèves à l'étude des sciences et de compléter leur éducation morale.

Les rapports des inspecteurs constatant l'état peu florissant de l'enseignement secondaire formaient avec les résultats favorables des examens un contraste trop manifeste pour ne pas attirer l'attention des ministres. Le nombre considérable des admissions n'était que la suite de l'excessive indulgence des commissions examinatrices.

C'étaient les professeurs des gymnases et des lycées assimilés aux établissements royaux qui, interrogeant leurs propres élèves, étaient naturellement peu disposés à se montrer sévères. En leur enlevant ce droit pour en investir uniquement les professeurs des écoles du gouvernement, le ministre de l'instruction publique a recommandé à ces derniers de donner tous leurs soins à cette tâche importante. Mais le public désire un système d'examens offrant des garanties plus réelles d'impartialité.

La collation des grades de licence gymnasiale et

- BHSIIOrafBlIT SBCOHDAIRË. t\o

§ale est une question délicate, surtout lorsqu'à ê des établissements de TEtat la loi autorise la ation d'écoles libres pouvant leur faire concurice.

Les examens de licence collégiale étant confiés, Italie, aux professeurs eux-mêmes ne peuvent, filques précautions que Ton prenne et quelque nfiance, d'ailleurs, qu'inspireut ces fonctionnai- 8, ofQrir les garanties que présentent nos jurys eiameu, composés de professeurs de Faculté, irmi les questions posées par la Commission d'cnlête, je remarque celle-ci : Les Commissions loties procèdent-elles dans leurs jugements avec ^partialité? Le nombre des établissements publics ant beaucoup plus considérable que celui des 'oies privées S les réponses affirmatives attestant impartialité des juges devaient nécessairement emporter sur les réponses négatives. Parmi les uteurs des dernières, quelques-uns ont fait obser- -r que toute espèce de doute disparaîtrait sur ce ûint si l'on faisait entrer dans les Commissions des Pofesseurs appartenant à l'enseignement libre et ^tout si chaque professeur s'abstenait d'interrocr ses propres élèves. D'autres voudraient aussi ue l'examen de licence fût subi en deux fois : la

1* La statistique des écoles, de 1860 à 1868, indique que sur 'B 36 325 écoles du royaume, il y a eu 29909 écoles publiques ' seulement 6414 privées.

première pour la partie littéraire, l'autre pour 1 partie scientifique, en mettant entre les épreuves u intervalle de quelques jours \

Cet examen , du reste , donne naissance à de plaintes d'un autre genre : la part du hasard y es toujours assez grande. De bons élèves y échoueu quelquefois, tandis que les plus médiocres réussis sent. La liberté de renseignement a donné nais sance à un très-grand nombre d'établissements pri vés qui ont intérêt à pousser, par des études hâtives leurs élèves à subir les épreuves. Bien des par sonnes commencent à croire qu'il serait utile d dispenser les jeunes gens de présenter, pour êtn admis dans les universités, le diplôme de liceoci lycéale. Dans tout ce que je viens de dire de î'ensei gnement de l'histoire, de la géographie et de h philosophie, ainsi que des réclamations auxquellei donnent lieu les examens et la collation des grades. on a dû remarquer qu'en plusieurs points les fait que je signale se sont produits en France.

1 . Un décret du président de la République françaisCi en daU du 9 avril, porte que Teiamen du baccalauréat comprendra aussi deux séries d* épreuves. Mais les deux examens ne seront pasi comme en Italie, séparés par un intervalle de quelques jours : t^^ une année après l'épreuve littéraire qu'aura lieu l'épreuve scientifique.

ENSBIGHIMENT SECONDAIRE. '217

De toutes les parties de rinstructiou publique, c'est renseignement secondaire qui mérite peutr£trc le plus d'éveiller la sollicitude des gouvernements et des pères de famille. Il s'adresse à déjeunes intelligences promptes à recevoir l'impression des principes religieui, des doctrines sociales ou poli- -.^dques que les maîtres ont la possibilité d'y faire jIk': pénétrer par mille yoies. On peut donc aisément concevoir le prix qu'attachent aux leçons reçues à cet ige les divers partis qui se disputent aujourd'hui la direction de la société et cherchent par conséquent à triompher des influences rivales, afin de pouvoir donner à leur guise et dans l'intérêt de leurs idées l'âme des jeunes gens.

Les luttes engagées sur ce sujet préoccupent d autant plus vivement l'attention publique que les partis, exagérant eux-mêmes l'influence exercée par l'enseignement sur l'esprit de la jeunesse, font feus leurs efi'orts pour atténuer ou combattre l'ac- ^'on bien plus puissante et plus décisive de la société ^'le-raéme sur Téducation et sur le caractère des

jeunes gens. Cet état général des esprits explique l*ardeur avec laquelle les différents partis aspirent à ^ emparer du gouvernement des écoles.

218 L'INSTRUCTION PUBLIQUB BN ITALIE.

Et cependant Thistoire nous atteste qu'il y a dans le mouvement des sociétés des courants qui ont une puissance bien supérieure à l'éducation des gymnases, des collèges et des lycées et qui saisissent fortement les âmes des jeunes gens lorsqu'ils en sont sortis. Alors les sentiments religieux et politiques qu'on s'est efforcé de leur inspirer dans les écoles se réduisent à bien peu de chose, carie monde ne tarde pas à les dissiper.

D'ailleurs, pour les élèves qui, comme ceux dont il est ici question, se destinent aux professions 1^^ bérales , les effets de cette éducation à huis clos, à laquelle manquent l'air et l'espace, ne. manquent pas de s'évanouir aussitôt qu'ils ont pu respirer la libre et pure atmosphère des universités.

Ces considérations ne sont pas de nature à faire assez d'impression sur les partis qui aspirent à gouverner la société par Técole, pour les faire renoncer à leurs prétentions. Parmi les influences qui s'en disputent la direction, il faut mettre au premier rang l'État et l'Église.

Entre ces deux puissances , la lutte est aujourd'hui plus vive que jamais en Italie, et c'est ceqm y complique singulièrement la question delà liberté de l'enseignement. On se demande avec un sentiment d'inquiétude à qui profitera cette liberté si, pour obéir à l'esprit général du siècle, le gouverneinent renonce au dtoil c\vx\V eroit avoir de prendre

EMSBIOIIBMBMT SECONDAIRE. 219

^a haute main dans tout ce qui intéresse l'éducation publique. On sait qu'en France la loi du 15 mars 1850, qui a rendu libre Tinstruction secondaire, a eu pour effet d'augmenter le nombre des écoles de l'État et de celles du clergé ; tandis qu'elle a amené la décadence des institutions privées qui représentent la vraie liberté scolaire, puisqu'elles sont régies au gré de ceux qui les fondent ou les dirigent ^

Les partisans de la liberté absolue de l'enseîguement voient avec peine la prépondérance qu'ob- Bennent les établissements publics et l'impossibi- Bté où sont les institutions privées de soutenir avec eux la concurrence. Ils le regrettent d'autant plus qu'ils considèrent ces derniers établissements comme se rapprochant davantage de l'éducation de femille, qui permet de tenir compte de la diversité des caractères , des dispositions intellectuelles plus ou moins grandes des enfants. Ceux qui ont moins de facilité peuvent alors recevoir un degré d'instruction proportionné à leur faiblesse ; ilsavancentlentement, mais sûrement, ce qui leur serait impossible dans ks grands établissements publics, au milieu de condisciples qui les écrasent par leur supériorité. Ceux, ^u contraire^ qui sont pourvus de facultés intellec-

1* Ce résullat est eonstalé dans an rapport sur la statistique ^ l'enseignement secondaire en 1 865, présenté à l'Empereur par «. Duruy,

tuelles supérieures peuvent les développer librement, parce qu'elles ne sont pas entravées par les médiocrités dont se compose la majorité de toutes les écoles. L'enseignement privé, ajoute-t-on, n'étant point tenu de s'asservir aux programmes et aux règlements généraux imposés aux écoles publiques, les élèves peuvent choisir parmi les différentes branches de l'enseignement celles qui sont les plus conformes. à leurs aptitudes, à leurs goûts, à leurs besoins, ce qui ne peut avoir lieu dans les écoles publiques.

Enfin, l'enseignement des institutions privées offre, au point de vue moral, de grands atiaiitages sur celui des établissements publics : outre qu'il peut se conformer ou non aux programmes, se donner avec plus ou moins d'étendue, il se lie et s'unit plus intimement à Véducation^ qui dans les établissements publics en est presque partout distincte.

Indépendamment des établissements fondés par l'État, les corps ecclésiastiques et les particuliers, on ne peut oublier qu'un grand nombre appartient aux communes et aux provinces. Il est asseï naturel que les administrations locales, qui fondent et entretiennent à leurs frais des gymnases, jouissent à leur égard d'une grande liberté d'action : c'est ce qui rend, ainsi que j'ai déjà fait remarquer, plus grande en Italie qu'en France et dans d'autres

EMSKIGIIBMBNT SECONDAIRE. ^li

pays la part faite à la décentralisa lion. Il est utile néanmoins de faire connaître quels sont les principes du gouvernement italien sur le rôle qui appartient à rÉtat dans la direction générale de renseignement public. J'en trouve Texposilion dans les considérants dont est précédé le projet de loi présenté, en 1866, par le ministre Berti.

Le ministre empruntait au Moniteur du 13 juillet 1844 un long fragment d'un discours prononcé par M. Thiers à propos de la loi sur l'organisation de renseignement secondaire.

M« Thiers établissait une grande différence entre la liberté du commerce et la liberté d'enseigner. Tous les citoyens ont le droit de revendiquer la première; il en est tout autrement de la seconde. La jeunesse n'est pas un objet de commerce que Ton puisse abandonner aux spéculations des enseignants. C'est un objet sacré qui ne peut être confié qu'aux hommes pourvus de qualités et de titres déterminés d'avance par la prévoyance du législateur. Le professorat n'est pas une industrie; c'est une fonction publique et il n'en est pas de plus grave et de plus délicate. L'enfant qui vient de nattre appartient à la fois à deux autorités : au père, qui lui a donné la vie, qui voit en lui sa postérité, le continuateur de sa famille, et à l'État qui voit en lui un citoyen futur, le continuateur de la nation.

Les droits de ces deux autorités sont divers, mais

222 L'INSTRUCTION PUBLIQUE M ITALIB.

également sacrés, et ne doivent pas être séparés l'un de raulre. Le père a le droit d'élever son fils d'une manière conforme à sa sollicitude paternelle ; TÉtat a le droit de le faire élever d'une manière conforme à la constitution du pays. C'est ainsi, par exemple, qu'un père aime l'éducation sévère, inflexible des grands établissements publics; un autre préfère l'éducation plus indulgente et plus douce des établissements privés. Ceux-ci tiennent à de fortes études, ceux-là préfèrent à tout Tinstruction religieuse. L'un veut que l'on inspire à son fils la vocation de ses pères, celle des armes par exemple; l'autre veut qu'il se prépare aux professions lucratives. Chacun enfin aspire à le diriger selon les vues que lui suggère la tendresse ou, si l'on yeut, la faiblesse paternelle. La liberté d'euseignement consiste à fournir à tous les pères les moyens de donner satisfaction à leurs diverses inclinations et de les satisfaire, non-seulement dans le sanctuaire de la famille, asile fermé à toute autorité étrangère, mais encore dans les écoles publiques régulièrement constituées et toujours ouvertes. Mais là finit le droit du père de famille et commence le droit de l'État.

M. Thiers donnait dans le même discours une admirable déûnition de TÉtat.

« Quand nous parlons des droits de l'État, disaitil, il est besoin de comprendre toute la grandeur

BHSEIQMBMENT SECONDAIRE. ^'A

de ce mot; il est besoin de se figurer TËtat, non comme un despote qui commande au nom de son intérêt égoïste, mais comme le représentant légal des intérêts de tous ; il est besoin de se le figurer non comme ce pouvoir dont on combat un moment les tendances politiques ou comme une dynastie à laquelle on refuse son affection ; il faut voir dans l'État l'État lui-même, c'est-à-dire l'ensemble de tous les citoyens, non-seulement de ceux qui sont aujourd'hui, mais encore de ceux qui ont été ou seront, la nation, en un mot, avec son passé et son avenir, avec son génie, sa gloire et ses destinées. Certes l'État, quand il représente dans l'antiquité Rome, dans les temps modernes la France, l'Angleterre ou la Russie, l'État a le droit d'avoir une volonté à l'égard de l'enfant qui vient de naître ; et si le père a le droit, au nom de sa tendresse, de désirer pour lui des soins moraux et physiques, l'État a le droit de vouloir que l'on fasse de lui un citoyen pénétré de l'esprit de sa constitution, ayant des inclinations qui puissent contribuer à la grandeur et la prospérité nationale. c( Quel est donc le pays dans lequel règne la liberté de renseignement, ajoutait M. Thiers? C'est celui où la loi laisse subsister divers systèmes d'éducation parmi lesquels le père peut choisir celui qui convient le mieux à ses goûts et ses sentiments, pourvu qu'ils soient animés de l'esprit commun de la constitution, conformes au génie de la nation, dirigés

224 L'INSTRUCnOH PUBLIQUE EN ITALIE.

de manière à lui conserver son rang dans le monde civilisé. Le pays dans lequel n'existe pas la libellé d*enseignement serait celui où TÉtat animé d'une volonté ferme, absolue, voulant jeter la jeunesse dans un même moule, la frapper comme une monnaie à son effigie, ne souffrirait aucune différence dans le régime de l'éducation . y>

Il résulte de ces principes "que le droit de TÉlat dans l'enseignement a pour limites celui du père de famille. Pour que celui-ci puisse exercer son droit, il doit avoir la liberté absolue de choisir parmi les établissements d'instruction ceux dans lesquels prévaut l'influence de l'État ou ceux dans lesquels s'exercent d'autres influences* Ainsi tous ceux qui se livrent à l'enseignement, sans en avoir été chargés par l'État, le font en vertu du droit qui dérive de ce qu'ils sont les instruments nécessaires de l'exercice du droit du père de famille. Enfin rÉtat, de son côté, a le droit et le devoir de veiller à ce que l'usage de ce droit ne porte aucun préjudice à la société qu'il est chargé de diriger et de gouverner.

L'État n'a pas de plus sûr moyen d'accréditer les établissements qu'il fonde et l'enseignement qui s'y donne , que de proclamer qu'il n'a nullement l'intention de forcer les familles à s'en servir, et qu'il veut au contraire leur laisser la faculté la plus large de s'adresser aux établissements qui leurcon-

ENSEIONEMENT SECONDAIRE. 225

viennent mieux. Il ne peut que gagner lui-même à ce que l'enseignement privé soit aussi varié, aussi riche, aussi étendu qu*il est possible : la concurrence, fille de la liberté, est un stimulant auquel les écoles publiques et les écoles privées doivent leurs progi'ès; l'accroissement de celles-ci diminue d'ailleurs'les dépenses de l'État, qui peut y recruter des maîtres éprouvés.

Les méthodes employées dans les différents établissements offrent aussi le moyen le plus sûr de reconnaître celles qui sont les meilleures, d'après les résultats mêmes que produit leur usage.

Le gouvernement italien, dans Tapplication de ces principes, s'est trouvé naturellement forcé de déterminer quelle serait, en ce qui concerne les établissements ecclésiastiques, la conduite qu'il aurait à tenir. Elle lui a paru fort simple : tous les établissements, quels qu'ils soient, ne peuvent être considérés par rapport à l'État que comme des établissements privés, ce qui ne permet pas au clergé séculier ou régulier de s'attribuer des droits diffr»rents de ceux qui sont accordés aux particuliers. Par conséquent, tombent d'un seul coup tous les privilèges qu'il serait disposé à réclamer ou à s'attribuer. Mais en même temps on ne peut lui refuser les droits accordés à tous les citoyens. Aussi ne commettra-t-on pas à son égard la faute qu'il a luimême commise, dans d'autres temps, à l'égard des

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