ARTICLE DEUXIÈME
Les enseignements de cette faculté qui ont un intérêt général historique, philologique et philosophique pourront être donnés dans les facultés de philosophie et belles-lettres, sur Tavis du conseil supérieur de Tlnstruction pubUque.
Au moment où cette loi fut soumise à la chambre, l'enseignement de la théologie avait lieu dans 9 universités : celles de Cagliari, Catane, Gènes, Palerme, Pise, Sassari, Sienne, Turin et Padoue. Elles ne réunissaient en tout que 24 élèves. Quelques-unes n'en avaient qu'un seul. Les professeurs, plus nombreux que les élèves, étaient au nombre de 27, et leurs traitements étaient inscrits au budget de l'État pour la somme de 80 887 livres. En \ 8H , il n'y avait pour toutes les facultés de théologie que 13 inscriptions, lesquelles en 1872 se réduisirent à 4. Chaque étudiant en théologie coûtait donc 20000 francs à l'État, ce qui était devenu parfaitement ridicule. Le ministre ne demandait à la chambre que de prononcer la suppression d'un enseignement qui était déjà tombé de lui-même.
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La commission à laquelle avait été envoyé l'examen du projet de loi, et qui avait pour rapporteur M. Broglio, ancien ministre de l'Instruction publique, avait proposé l'ajournement de la discussion. Ce n'est pas qu'elle crût possible la continuation d'un état de choses généralement reconnu comme déplorable : elle reconnaissait elle-même que le maintien des classes de théologie dans les universités était impossible. Mais elle cédait, en renvoyant à des sessions ultérieures l'examen de cette question, à des scrupules religieux exposés avec force par le rapporteur, auquel se joignirent MM. Buoncompagni, Berti, Massari, D'Ëizio, Bonghi et plusieurs autres députés de la droite ou du centre droit. Le projet du gouvernement a eu pour défenseurs d'abord le ministre Correnti, sur lequel a porté en grande partie le poids de la discussion, MM. Macchi, Massedaglia, Guerzoni, Sulis, Coppino, Michelini, etc.
On s'occupe si rarement ou si superficiellement en France de ce qui se passe dans les pays étrangers, que peu de personnes sans doute ont pu prendre connaissance des discours remarquables dont a retenti la tribune italienne dans les séances du mois d'avril 1872. Elles auraient été frappées comme je l'ai été moi-même de la hauteur à laquelle s'est élevée la discussion, de la science profonde et du grand sens politique dont les orateurs,
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développant en toute liberté leurs principes religieux et politiques, ont fait preuve ^
Les principales objections faites à la loi par le rapporteur de la commission étaient les suivantes : a Supprimer renseignement théologique dans les facultés de TÉtat, c'était soustraire d'un seul coup tout le monde religieux aux investigations de lu jeunesse italienne ; la suppression de cet enseignement, qu'il serait honteux d'abandonner à l'Église seule, aurait pour résultat de détruire la merveilleuse unité chrétienne qui embrasse à la fois le clergé et la société laïque, et fait de leur union l'Église tout entière; ce serait enfin porter atteinte au sentiment religieux, rendre la nation étrangère aux glorieuses traditions du christianisme, et laisser la jeunesse indifTérente aux problèmes les plus élevés elles plus graves de la vie spirituelle. »
« En somme, de quoi s'agit-il? disait M. Broglio. Il s'agit de décider si tout un monde (et quel monde!) de pensées, d'idées, de sentiments, si tout le monde religieux, surnaturel, théologique, doit être soustrait désormais à l'investigation de la jeunesse studieuse, doit être pour elle un ciel téné-
1. Toute cette discussion a été publiée par le Parlement ilalion et forme un Tolume in- 8 de 3G0 pages. Il a pour titre : Diacorsi prommciati alla caméra dei Deputati nella diicuêiione del progetio di Legge per taboUzione délie Faculfà teologiche nelle tomate del 25, 26, 27, 29 et 30 aprile 1872. Borna. Tlpograûa Ercdi Botta 1872.
breux, une lettre morte. Cela vous semble- t-il peu de chose, et considérerez-vous comme une preuve manifeste de pauvreté d'esprit les scrupules de ceux qui hésitent devant une pareille suppression, et comme un témoignage de supériorité l'imperturbable sécurité de ceux qui l'auront votée? Abandonnera l'Église tout l'enseignement théologique serait une honteuse abdication. Dans une religion qui a dixhuit siècles de durée, dans le sein de laquelle ont vécu et sont morts des milliards d'hommes; qui a nourri de son lait, c'est-à-dire de sa doctrine, la plus grande partie des génies dont l'humaiaité s'honore ; une telle religion, ses dogmes, sa morale, ses rites, son histoire, seront des champs fermés à l'enseignement universitaire? Et nous seuls en Europe verrons tomber cette admirable branche de l'arbre de la science, abandonnant uniquement à l'Église le soin de le transplanter, de le cultiver à son gré, de lui faire produire les fruits qui lui plaisent! »
c( Le clergé, a dit M. Buoncompagni, dont le nom se rattache aux nobles efforts du patriotisme libéral de l'Italie, est le principal éducateur d'une nation catholique : il importe donc à l'État, il importe à l'Italie qu'il reçoive une large instruction : c'est dans ce but que sont instituées les facultés de théologie. L'étude historique et philosophique des religions doit donc avoir sa place dans les universités
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gui, diaprés leur nom même, embrassent toutes les sciences, universiiets studiorum . On étudiera donc dans les unii^ersités italiennes la religion de Brahma et de Bouddha, et Ton négligera cette religion d'où est sortie la civilisation italienne, cette religion qui ne cessera, qu'on le veuille ou non, d'être la religion du peuple italien? » M. Buoncompagni ajoutait que les Italiens ne se sont montrés en aucun temps aussi profondément catholiques que dans celui où ils luttaient pour conquérir la liberté constitutionnelle. Cette génération libérale a été initiée à Tétude des lettres par les Manzoni et les Silvio Pellico, à celle de l'histoire par les Cesare Balbo et les Carlo Trojà, à celle des sciences philosophiques par les Rosmini et les Vincenzo Gioberti.
M. Marchi, répondante M. Buoncompagni, faisait observer, d'abord, qu'aucun des illustres Italiens dont il venait de rappeler les noms ne serait accepté par l'Église comme professeur de théologie; que leurs ouvrages ont été de tout temps vus d'assez mauvais œil par l'autorité ecclésiastique. «La suppression des facultés de théologie n'est nullement une lutte engagée contre l'Église, car elle-même l'a désirée. Ce n'est pas nous qui voulons supprimer l'enseignement de la théologie professionnelle, dans les universités; ce sont les évêques, ce sont les ordres religieux qui défendent d'une manière absolue aux jeunes ecclésiastiques de fré-
quenier les facultés de TÉtat. Nous sommes donc parfaitement d'accord ayec l'Église : c'est elle qui veut instruire et former ses prêtres, et nous ne devons pas leur imposer notre enseignement. »
Mais c'est principalepient sur la séparation de l'Église et de l'État qu'ont porté les arguments développés par les défenseurs de la loi.
Au mois d'avril 1870, le ministre de la justice annonçait au Sénat que le gouvernement était dans l'intention de proposer aux deux Chambres une loi en vertu de laquelle s'opérerait définitivement cette séparation. Le discours du Trône, à l'ouverture du Parlement au mois de novembre suivant, fit allusion à ce projet en annonçant qu'une nouvelle législation serait proposée pour régulariser les nouveaux rapports qui devaient exister désormais entre Tfitat et les corporations religieuses. Toutes les lois qui ont été votées depuis par le Parlement supposent cette séparation de l'Église et de l'État; elle est considérée aujourd'hui comme un fait accompli sur lequel il est impossible de revenir.
« Eh quoi ! a dit M. Correnti, en venant à Rome nous avons accompli la séparation entre l'État et l'Église, en déclarant que nous n'avions, que nous ne prétendions avoir aucune compétence dans les matières purement spirituelles et ecclésiastiques, et nous nous attribuerions la plus grande des autorités, le magistère de l'enseignement des matières
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de foi, des dogmes et des doctrines qui en résultent? Pour sortir d'une telle contradictioD, il n'y aurait qu'un parti à prendre, ce serait de nous assu* jétir, pour le choix des maîtres, pour les principes et les conclusions de l'enseignement, aux maiimes et aux prescriptions de l'autorité ecclésiastique. Mais, alors môme que nous nous serions ainsi renseignés, nous ne serions pas certains d'ayoir une servitude paisible. Combien de fois n'est^il pas arrivé que certaines définitions de l'autorité ecclésiastique se sont trouvées en contradiction avec quelque principe civil ou politique ! Essayerons-nous de nous substituer à l'Église et le Parlement se changera-t-il en un concile ou un anti- concile? Laisserons- nous la liberté aux professeurs , en changeant ainsi le caractère de la théologie positive en une théologie rationnelle et en philosophie? Laisserons-nous, au contraire, l'autorité ecclésiastique déterminer la direction de cet enseignement et créer un nouvel organe d'autorité cléricale, se mettant en lutte aussi bien avec l'État qu'avec l'Église? En vérité, je ne puis comprendre comment, après être parvenus à cette heureuse simplification, à cette bienfaisante distinction de deux pouvoirs ayant chacun un critérium propre et distinct dans l'histoire et dans l'Ame humaine, la raison et la foi, la conservation des traditions et l'infatigable esprit de recherches ; je ne comprends pas, dis-je, comment étant arrivés
à cette haute conciliation de deux choses si discordantes, concordia discors, nous voulions retomber dans le doute à propos d'une proposition si claire, si simple, avec un si grand accord de tous, préparés depuis tant d'années à une solution pratique et conciliatrice! »
Le député Sulis a répondu à ceux des orateurs qui, pour établir la nécessité de faire enseigner dans les universités la théologie catholique, s'étaient fondés sur l'article !•' du Statut, déclarant que la religion catholique est la religion de l'État. Cet article 1*% selon lui, ne subsiste plus par suite de la loi du mois de mars 1871 qui a prononcé la sépa* ration absolue de l'Église et de l'État. Il opposait les heureuses conséquences qu'avait eues pour l'Italie cette séparation, par suite de laquelle avaient été adoptés le mariage civil, par exemple, et l'abolition des tribunaux ecclésiastiques, aux désastreuses conséquences qu'avait entraînées, en 1814, l'article de la Charte française qui déclai*ait la religion catholique religion de l'État. Cet article avait eu pour conséquence la présentation de cette loi du sacrilège, défendue avec tant d'ardeur par M. de Donald, qui soutenait que l'État, reconnaissant la suprématie de la religion catholique, devait la mettre sous la protection de son code pénal. « Le code, disait-il (on ne l'a pas oublié), en punissant de mort le sacrilège, ne faisait que le renvoyer de-
vant son juge naturel! » La séparation de TÉglise et de TÉtat, cette grande conquête de Tesprit moderne, doit engager le Parlement à supprimer l'enseignement de la théologie dans les universités.
a Rappelez-vous, messieurs, ajoutait M. Sulis, le Syllabus pontiOcal du mois de décembre 1864, qui a confirmé, en les amplifiant singulièrement, les doctrines de Grégoire VU dans sa bulle Dictatm Papœ^ et celles de Boniface YIII dans la bulle Unam Sanctam. Si vous conservez les chaires do théologie, il est clair que les professeurs de théo* logie morale, de théologie dogmatique, d'Écriture sacrée, qui constituent l'enseignement ecclésiastique proprement dit, ne peuvent être que des prêtres. Alors, ou ces professeurs adopteront le Syllabfis^Qxx ils le rejetteront. S'ils le maintiennent, voyez-vous à quelle contradiction flagrante vous allez exposer votre enseignement universitaire? Vous serez obligés de reconnaître comme officiel un enseignement qui tend à la destruction de tout principe d'autorité civile, de tout droit intérieur et direct de l'État. Ces professeurs, qui, je le répète, seront nécessairement des prêtres, seront-ils contraires au Syllabus de 1864? dans ce cas, l'État devra soutenir ces représentants officiels des ennemis et des persécuteurs de l'Église : ne voyez-vous pa$ que vous violez ainsi la forme juridique et poli-
:m L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.
tique de cette séparation que vous avez proclamée? Et puisque tous avez reconnu en même temps la liberté de TÉglise, vous devez lui laisser le gouTer* Dément de ses ordres intérieurs, de sa discipliDe hiérarchique, de renseignement de sqs doctrines qui proviennent toutes, ou de Tautorité directe de la révélation, ou de Tautorité indirecte des réponses du chef et des docteurs de TËglise. r>
Plusieurs orateurs, qui considèrent les études théologîques comme une des plus nobles et des plus intéressantes branches du savoir humain, avaient soutenu que leur suppression dans les universités leur porterait un grand préjudice. On leur a répondu que les chaires de théologie de TUnitersité n'attiraient plus d'auditeurs et que par conséquent leur conservation ne profiterait que bien faiblement aux études sacrés ; mais que, d'ailleurs, on pouvait être sans inquiétude à cet égard. Si elles avaient perdu leur importance dans l'enseignement laïque, qui ne pouvait les traiter que d'une manière superflcielle, elles conservaient toute leur valeur dans les séminaires et les écoles épiscopales, où elles étaient plus véritablement à leur place. « Savez-vous, disait à la Chambre M. Correnti, combien il y a d'universités théologiques en Italie? Elles sont en aussi grand nombre que les grands séminaires : on en comptait 32 en 1866, et depuis l'annexion au royaume de la Vénétie et de Rome,
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il y en a plus de 70. Je ne pense pas, d'après ce fait, que l'on puisse dire que la profession cléricale soit dépourvue de maîtres ; on peut dire plutôt qu'aucune profession civile n'est aussi largement pourvue d'instituts préparatoires et d'écoles d'application. )»
Le discours prononcé par le même M. Correnti, dans la séance du 29 mai, a fait sur la Chambre la plus vive impression. Il répondait aux objections présentées contre sa loi par les précédents orateurs et principalement par MM. Buoncompagni et Berti. Le premier avait invoqué les traditions de l'Italie pendant le moyen Age et dans les temps modernes pour démontrer que l'esprit du catholicisme avait inspiré la plupart de ses grands hommes. « Mais cet esprit, lui a répondu M. Correnti, dont la plus haute expression se trouve dans l'auteur de la Divine Comédie^ tendait précisément à dégager des luttes confuses du sacerdoce et de Tempire la pensée d'un État autonome italien et laïque. Telle est la direction de la pensée civile en Italie, telle est la grande tradition nationale. Elle fit son explosion en 1848. Alors l'Église fut menacée par l'autorité, non comme institution religieuse, mais comme État italien. Alors Guelfes et Gibelins, noms ignorés aujourd'hui mais toujours vivants, se trouvèrent unis et fédérés pour la défense. Personne ne niera que les mots déraillement, acclamés par tous, n'aient
été ceux de Patrie et de Liberté ! Pour une natioD ensevelie depuis tant de siècles dans le sein catholique, enfouie dans le triple monde clérical, le premier besoin était de vivre et de constituer une société laïque, politique et militante. L'honorable Buoncompagni m'a profondément ému en évoquant ces souvenirs de 1848, souvenirs qui sont ce qu'il y a de plus noble et de plus consolant dans ma vie. Il a rappelé qu'avec les batailles de la guerre s*étaient engagées les batailles de la pensée, ayant pour but de défendre la liberté de TEglise et la gloire nationale du Pape. Je ne le nie pas, je puis ajouter que j'ai vu mes concitoyens courir aux armes, mourir avec le nom du Souverain Pontife sur les lèvres ; que j'ai vu auprès des bannières tricolores improvisées l'image du Pape rédempteur, plantée sur les barricades comme sur un autel. Ces images reviennent à mes pensées chères et douloureuses comme les souvenirs d'un amour trahi.
« Hélas ! que sont deveuuesces visionsangéliques, ces flatteuses espérances? Je ne puis à ce sujet que rappeler deux faits, l'un qui est particulier à M. Buoncompagni lui-même, l'autre qui me concerne particulièrement. M. Buoncompagni se rappelle-t-il que lorsqu'aux premiers temps du réveil national il gouverna le ministère de l'instruction publique, il voulut régulariser l'enseignement théo-
logique et Tingérence du clergé dans les écoles publiques? Il dut s'apercevoir alors que la croix de Savoie n'est pas la croix de TÉglise romaine, et combien de difficultés créait au gouvernement des écoles Tautonomie des évoques, qui ne s'incline que devant Rome. Et moi aussi, ayant eu en 1848 le périlleux honneur de faire partie du gouvernement provisoire de Lombardie, je me souviens d'avoir eu à recevoir une députation de vénérables évéques. Or, savez-vous ce qu'ils venaient demander? Que l'enseignement religieux, et notamment celui de la théologie, fût libre, que les séminaires et les autres écoles ecclésiastiques fussent soustraits à toute espèce de surveillance de la part de l'autorité laïque. C'était ce prix qu'ils demandaient pour l'empressement qu'ils avaient mis à s'associer au mouvement national. Venus au secom*s de la liberté commune, ils demandaient aussi pour eux la liberté. »
M. Correnti adopte donc la célèbre maxime formulée par le ministre Cavour ; ce L'Église libre dans l'État libre. »
fit Je ne m'effrayerais nullement, dit-il, de voir s'élever auprès de nos universités laïques d'autres universités inspirées d'im esprit tout différent, dont les professeurs emploieraient tous leurs raisonnements pour faire rentrer dans le cercle du dogme catholique les connaissances et les découvertes
JiO L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ITALIE.
^cienli(iques. Peut-être cet enseignement contra^ dictoire serait-il utile et servirait de contre-épreuîe à toutes les thèses scientifiques et à toutes les hypo* thèses nouvelles qui se produiraient dans les sphères rationnelles. Mais que TEtat lui-même s'efforce de créer des théologiens, des professeurs de théologie catholique et les fasse asseoir dans ses uniTe^ sites à côté des maîtres pour lesquels la liberté de la pensée et de renseignement est un dogme, je ne puis me le persuader! Quand un professeur a conquis son grade, il n'y a d'autre limite à sa liberté que celle de toutes les libertés civiles, le respect de lai liberté d'autrui, de l'ordre public et de la morale publique. Or cette liberté, la théologie orthodoxe ne la reconnaît pas. Je voyais l'autre jour dans une œuvre magistrale de théologie une démonstration très-serrée qui tendait à prouver que la tolérance religieuse est une chose impie et absurde.
c( Donc, comment pouvez-vous appeler un professeur ayant de pareils principes dans l'Université où non-seulement lu tolérance est une loi de la civilisation, mais encore où la libre recherche, le droit de douter, de conclure, sont le fondement de la méthode, rame môme des études scientifiques? »
Un député, dont l'autorité est très-grande dans la Chambre en raison de sa longue expérience et
de ses connaissances approfondies en tout ce qi»
ENSEIGNEMENT SUPt'RIEUR. 311
concerne Tinstruction publique, M. Boughi, s'est placé à un point de yue tout particulier, non pour combattre directement le projet, mais pour faire comprendre la nécessité d'en renvoyer Texamen à un temps plus opportun. Tl a considéré comme contraire à une sage politique l'abandon fait par TÉtat d'un enseignement si important, sur lequel le pays est intéressé à exercer une active surveillance.
En déclarant que TKglise seule a le droit d'enseigner la théologie positive, on ne fait que céder aux préteutiôns et aut plus ardents désirs de l'KgUsc catholique et surtout des Jésuites, par qui l'Église est aujourd'hui dirigée. « Quand vous entrez dans cette voie, a-t-il dit, quand vous refusez à l'État le droit non pas d'enseigner la théologie (l'État n'enseigne rien lui-même), mais de maintenir une organisation dans laquelle les doctrines théologiques peuvent être enseignées, croyez-vous diminuer la puissance de l'Église et augmenter celle de l'État? Vous faites tout le contraire : vous êtes des cléricaux et des cléricaux au plus haut degré. »
« L'Église cathohque veut se concentrer en ellemême et se séparer de l'État. Je ne vous dis pas de l'en empêcher; je ne vous dis pas de la contraindre (comme vous pouvez le faire et comme on l'a fait en d'autres temps) à sortir des séminaires et à venir dans vos universités, je dis seulement : ne favorisez
3i-2 L'INSTRUCTIO.N PUBLIQUE EN ITALIE.
pas un penchant aussi fâcheux, ne le rendez pas vous-mêmes légitime et nécessaire; ne fermez pas \otre porte.
tt II pourra venir un temps, qui sait? où il s'opérera dans l'Église un mouvement qui la rapprochera de la société civile, où elle éprouvera le besoin d'entrer dans des relations plus étroites et plus intimes avec cette société, et alors vous aurez brisé la forme et l'organisation dans lesquelles ses euseignements religieux auraient pu être professés d'une manière plus conforme à votre intérêt et à vos désirs ; alors vous aurez . compromis de vos propres mains l'avenir du pays lui-même et rendu plus difficile un meilleur état de choses. »
Répondant enfin à ceux de ses collègues qui avaient parlé de la séparation de l'Égb'sc et de TÉtat, M. Boughi disait que cette séparation était loin d'être accomplie, et qu'il serait juste que l'on attendît pour prendre un parti au sujet des facultés de théologie qu'elle fut devenue complète et définitive.
(c Le salut de la civilisation, a répondu M. Michelini, dépend précisément de cette séparation. Dans le cours de ma longue carrière, je n'ai jamais eu d'autre objectif, comme on le dit aujourd'hui. Pendant trop de siècles, dans les temps de superstition et d'ignorance, les affaires de l'Église et de l'État se sont confondues d'une manière déplo-
rable. La première invoquait le bras du second, qui le lui prétait volontiers, à condition qu'elle façonnerait de son côté les peuples à Tobéissance. Ce mariage ou plutôt cette alliance adultère (Dante se sert d'un mot plus énergique ; je ne le répéterai pas) a toujours été fatale aux peuples. Selon moi, sans cette séparation il n'y a de salut ni pour l'Église ni pour TÉtat. Ce principe devrait prééider à nos délibérations. Que l'Ilalie, en l'établissant dans toute sa portée, donne un exemple solennel aux autres nations, et elle aura bien mérité du genre humain. Déjà cette séparation a fait un pas immense. La souveraineté temporelle du pape a été abolie. La politique étant ainsi séparée de la religion, et l'action de TÉtat circonscrite dans la défense de Tordre et de la vie des citoyens, la conduite que devra tenir le gouvernement sera toute tracée d'une manière simple et irrévocable. Elle est comprise dans ce seul mot : abstention. »
■ M. Michelini ajoutait que, dans le cas où le pape actuel cesserait de vivre, le gouvernement italien ne devrait pas tenir une conduite différente lorsqu'il s'agirait de lui donner un successeur. Prévoyant le cas où le choix des cardinaux tomberait sur un pape libéral, sur un nouveau Ganganelli, un Lambertini, un pape enfin qui, unissant la bonté du cœur à la fermeté du caractère, tiendrait en bride
314 L'INSTRUCTIOH PDBLIOUt ttl ITALIE.
les jésuites et le jésuitisme et se conformerait uniquement aux doctrines de l'Évangile, il soutenait qu'alors la conciliation entre TÉglise et TÉtat serait facile. Mais dans l'état actuel du catholicisme, il n'y faut pas penser. L'instruction que donnent les séminaires est plus que médiocre ; l'éducation est bien pire encore ; on y cherche à rendre les enfants étrangers à leurs familles, à éteindre chez eux les sentiments les plus doux, à faire des égoïstes, afin de pouvoir plus facilement donner à l'Église des soldats obéissant aveuglément à leurs évéques. On y réprime tout acte d'indépendance. La patrie! on n'en parle que pour en inspirer la désaffection et la haine. En vérité, entre les prêtres sortis du séminaire et les laïques sortant des universités dans lesquelles on respire un air plus sain, où se donnent des enseignements bien différents, la concorde et la paix sont impossibles. Il arrive en ce cas ce qui n'existe que trop souvent entre le mari et la femme, quand celle-ci, ou pour être élevée au Sacré-Cœur, ou par la faute de parents imprévoyants, fait consister la religion à penser comme les partisans du pape, à payer le denier de Saint-Pierre, à se contenter du culte extérieur, à tourmenter les membres de sa famille qui ne parlent ni ne pensent exactement comme elle. Le mari qui a reçu dans les universités une éducation laïque, religieuse, mais non superstitieuse, qui s'est trouvé en contact avec
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le monde libéral, ne peut s'entendre a^ec une telle femme. Ils parlent un langage non-seulement différent, mais opposé. Aussi la famille, qui devrait être la source des joies les plus ineffables et les plus pures, où se devraient trouver des consolations pour les peines delà vie, devient un véritable enfer. Tout ce}a n'arrive pas dans les pays protestants, tout cela n'arrivera plus dans les pays où le catholicisme se sera profondément réformé. La conservation de renseignement théologique ne pourra modifier cet état de choses. C'est au temps seul que Ton pourra demander des changements que nous n'osons espérer. »
En rapportant avec quelqu'étendue les principaux points traités dans cette longue et solennelle discussion, j'ai voulu faire connaître avec quelle liberté toutes les questions politiques et religieuses qui se rattachent à l'instruction publique sont traitées dans le Parlement italien. 11 n'en est pas de plus intéressante, non pas seulement pour Tltalie, mais pour la plupart des nations de l'Europe.
La liberté de l'enseignement est légalement établie en France pour l'instruction primaire et l'instruction secondaire. Les dispositions législatives sur lesquelles l'Assemblée nationale sera bientôt sans doute appelée à délibérer et qui ont été déjà l'objet de vives controverses, ont pour but de rétendre à l'enseignement supérieur. Il est fort
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douteux que, dans l'état actuel des esprits, on parvienne à s'entendre sur les moyens d'assurer cette liberté, et sur les limites dans lesquelles elle devra être circonscrite. Le principe sur lequel s'est fondé le Parlement italien pour organiser l'instruction publique : « l'Église libre dans l'État libre, » c'est-àdire la* séparation absolue de l'Église et de l'État, rencontrerait dans son application plus de difficultés chez nous qu'en Italie ; et Ton peut assurer que les débats que suscitera le projet de loi sur la liberté de l'enseignement supérieur ne ressembleront nullement à ceux qui ont eu lieu dans le Parlement italien à propos de la suppression des facultés de théologie.
La brillante réputation dont ont joui à toutes les époques les universités de Pise, de Sienne, de Bologne, de Turin, de Milan, devait tout naturellement inspirer aux nouveaux législateurs le désir de leur rendre leur ancien lustre. Le décret du 30 juillet 1859 rétablissait la plupart des chaires que les anciens gouvernements avaient supprimées. D'imposantes cérémonies avaient eu lieu à Sienne et à Pise pour l'inauguration solennelle des nouveaux cours. Le décret du 3 juillet avait créé aussi à Florence un grand établissement pour le perfection-
nement des hautes études littéraires et scientifiques. Il se composait de quatre sections : 1^ de philosophie et de philologie, 2^ de jurisprudence, 3* de médecine et de chirurgie, 4** de sciences naturelles. Le gouvernement de Toscane, dans son désir d'élever du premier coup sa capitale au niveau des anciennes universités les plus florissantes, avait donné à la nouvelle création des proportions grandioses. Le marquis Gino Capponi en avait été nommé directeur honoraire. Le titre de professeur honoraire fut donné à Tillustre astronome Amici . Un traitement de 5 800 livres fut attribué à Maurizio Bufalini en récompense de ses grands travaux, avec l'autorisation de ne donner de leçons que lorsque sa santé le lui permettrait. Centofanti reçut le titre de président de la section de philosophie et de philologie, et les mêmes fonctions pour la section de jurisprudence furent attribuées à Giuseppe Puccioni. Atto Vanucci occupa la chaire de littérature latine, et Michel Amari celle de littérature arabe. Onze chaires furent établies pour la section de philosophie et philologie, 5 pour celle de jurisprudence, 12 pour celle de médecine et de chirurgie, 6 pour celle des sciences naturelles. Les titulaires de ces 33 nouvelles chaires recevaient des traitements de 4000, 5 000 et SSOO livres. Je reviendrai plus loin sur l'Institut florentin. Le Conseil supérieur de Turin, formé en vertu
Salerne possédait une sorte d'école médicale, dont rorigine semble remonter à une plus haute antiquité. Elle était alors soumise à la domination des conquérants normands. Un décret de Frédéric H, empereur d'Allemagne et roi de Sicile, porte que nul ne pourra exercer dans le pays la profession de médecin qu'après y avoir été autorisé par le collège médical de Salerne.
Mais, c'est seulement à la suite du grand mouvement religieux, politique et intellectuel qui, aux onzième et douzième siècles, ébranla si profondément la société et la constitution intérieure des États, que l'on vit éclore les premiers germes des universités italiennes proprement dites, dans les républiques de l'Italie centrale, si agitées mais si pleines de vie. C'est à Bologne la savante que fleurit d'abord l'enseignement du droit romain. Cette ville comptait, d'après les historiens, plus de 12 000 étudiants accourus de toutes les parues de l'Europe. Les fils des plus grandes familles d'Allemagne, d'Angleterre et de France s'y rendaient pour entendre les leçons des jurisconsultes éminents que Bologne allait chercher dans toutes les parties de la Péninsule. Quatorze collèges, fondés et enrichis par des dotations privées, réunissaient des élèves de toutes les nations, dont ils prenaient les noms. Ils avaient, en 1579, quatre-vingt-deux chaires; Je nombre en est porté à 104 en 1600, puis à 166.
Ce ne fut qu'eu 1737 que ce nombre fut réduit à 72. Ces chaires étaient de plusieurs degrés, et les traitements des professeurs par conséquent assez inégaux. On n'y voyait qu'un très-petit nombre de professeurs ordinaires, c'est-à-dire jouissant d'un traitement fixe. Dès cette époque, le corps enseignant de Bologne était organisé comme l'est aujourd'hui celui des grandes universités d'Allemagne. L'éclat de cette université, les avantages que procurait à la ville le grand nombre des maîtres et des étudiants, le mouvement intellectuel que les leçons et les discussions publiques sur la théologie, la philosophie et le droit avaient suscité dans l'ItaUe, ne tarda pas à se propager dans les cités voisines. L'on vit surgir successivement les universités de Padoue, de Modène, de Plaisance, de Parme, de Ferrare, et plus tard, c'est-à-dire vers le quatorzième siècle, celles de Pavie, de Pérouse, de Pisc et de Turin.
Une vive émulation s'établit entre les nouvelles universités et celles de Bologne, toujours rivales et souvent en lutte. Par suite de cette concurrence, chacune d'elles chercha à s'attacher les professeurs les plus célèbres, et il arriva, comme cela se produit aujourd'hui en Allemagne, que les professeurs passèrent souvent d'une université dans une autre, attirés par des émoluments et des avantages supérieurs. Un autre point de ressemblance existait
entre les anciennes universités d'Italie et celles d'aujourd'hui en Allemagne : elles comptaient peu de chaires rétribuées par les communes; mais^ par contre, elles avaient un grand nombre de professeurs libres, les privai docenten de nos jours. Ces cours étaient pour la plupart gratuits : ils avaient pour résultat de fah*e connaître et apprécier le talent des maîtres et de leur faire obtenir use position fixe dans d'autres universités. Quelques-uns étaient soutenus par les rétributions que payaientles étudiants, et les communes pouvaient, sans s'imposer de lourds sacrifices, jouir des avantages et de l'éclat que leur procurait l'état florissant de leurs écoles. Par les relations entre les maîtres et les élèves, la vie générale des étudiants, les droits et les privilèges qui leur étaient accordés, l'uûiYersité de Bologne présentait de nombreuses analogies avec les universités des différents pays de l'Europe.
L'Université de Naples, fondée ou plutôt reformée en 1224 par Frédéric II, ne jouissait pas des libertés accordées aux universités des républiques italiennes. Dès l'origine, les différentes branches de l'enseignement étaient réparties entre plusieurs facultés soumises à des règlements sévères. Toute concurrence à l'Université était rigoureusement interdite, et, chose digne de remarque, si l'on songe à ce qui se pratiquait naguère dans la même ville, un exil
ENSfilONEMElIT SUPÉRIEUR. 3f3
le trois ans punissait tout élè?e convaincu d'avoir réquenté une éi^le privée !
Les successeurs de Frédéric II, jusqu'à la reine feanne, ne cessèrent de s'intéresser aux progrès de Université : des privilèges lui furent accordés pour a collation des grades; on augmenta les traitenenta de ses professeurs, au nombre desquels figura «int Thomas d'Aquin , et le grand chancelier du *oyaume fut placé à sa tête.
Sous les vice-rois espagnols, FUniversité dcNaples mbit le sort de toutes les institutions du pays. Les lues d'Albe et de Médina ({622-1646) furent forcés [K)ur la soutenir de faire fermer un grand nombre l*établissement8 privés. A cette époque néanmoins le cours d'anatomie et de physiologie, fait à l'hôpital de l'Annunriata par Marco-Aurelio Severino, fut considéré comme un enseignement privé. En 1744, les nobles et le peuple demandèrent avec instance la création de nouvelles chaires et l'abolition de certains privilèges qui discréditaient l'Université , et notamment celui que possédait la famille d'Avellino Caracciolo, de donner, après un semblant d'examen, le diplôme de docteur en droit et en médecine, et d'en recevoir le prix. C'est ce qui donna naissance à tant de procès entre l'École de Saleme et les princes d'Avellino, qui cherchaient à enlever à cette École son droit antique de conférer seule le titre de docteur en médecine. Il paraît donc
324 L'iNSTRUCTlOR'fOBLlQUB EN ITALIE.
qu'il était à cette époque généralement entendu que rUniversité existait de nom M qmsi. renseignement était confié à des maîtres privés^ Celui de la médecine, de la chirurgie, de Tanatomie et de la botanique était donné dans les hôpitaux : ce fut là l'origine première du Cèltege des jeunes gens, deirenu plus tard, sous le goofernement français, le Collège médico-chirurgical napolitain. C'était uoe réunion d'étudiants en médecine ayant des professeurs distincts et ne faisant aucune de leurs éludes dans l'Université.
En 1807, le gouvernement français entreprit la réforme de l'Université, fonda de nouvelles chaires, des musées, une clinique et un jardin botanique. Mais la restauration bourbonnienne, survenue avant que ces réformes eussent pu prendre racine, réduisit à néant l'Université, en créant dans les pro- • vinces des facultés universitaires qui n'eurent qu'une existence nominale, et en remettant tout l'enseignement entre les mains des jésuites et du clergé.
C'est sous le gouvernement de Laurent de Médicis que fut construit, à Pise, le palais de la Sapienza pour l'Université, à laquelle furent assignés 6 000 florins (envhron 72 000 francs), pour le traitement du recteur et des professeurs. La cherté des vivres, l'insalubrité de l'air et le manque d'urbanité des habitants de la ville, à ce que prétendent les historiens, ainsi que les épidémies qui la désolèrent, di-
BNRlONÉliKKT SUPERIEUR. 325
rainuèrent assez vite le nombre des étudiauts qui étaient, en 1786, réduits à 460. Dans YAuUi Magna où, en 1838, àroceasion du premier congrès scientifique, fut inaugurée une statue de Galflée, on voit encore les portraits de Faliope, de Cesalpino, de Mercuriale, de Castelli, de Borelli, les hommes les plus célèbres de ce temps, tous professeurs de TUniver site de Pise.
Les universités italiennes du moyen âge, et en particulier celles qui eurent leur origine dans les républiques de l'Italie centrale, se distinguent donc par une graode liberté dans leur enseignement, par la concurrence qu'elles se firent en s'efForçant d'attirer dans leur sein les professeurs les plus célèbres, par les chaires libres établies auprès de ce que l'on nommerait aujourd'hui l'enseignement officiel, par les traitements attribués en proportion de leur mérite ou de leur célébrité aux divers professeurs, par l'existence de collèges ^iniquement institués pour procéder aux examens et dont les professeurs enseignants ne faisaient point partie, par l'établissement d'autres collèges dans lesquels vivaient les étudiants des diverses nations , formant une sorte de corporation autonome jouissant de certains privilèges et soumise à une juridiction exceptionnelléé
Quant aux études , tandis que, dans l'Université de Paris, la théologie et la philosophie occupaient la première place, et que dans celles d'Oxford et de
396 L'UCSTRUCmM FUBUQIIS » tTÂLIE.
Cambridge florissaieot, comme encore aujourd'hui, le trwium et le fmadritnum, c'est-à-dire les lettres grecques fA ktioes, et les mathémati^es, les études des unmmtés italiennes se composaient presque exclusivement de renseignement de la jurisprudence, puis de la médecine et des sciences tiàturelles^ avec les Tariétés qui résultaient de la nature des gouYcmements, du caractère et des traditions des différentes proTinces de la Péninsule.
On ne peut nier que les uniyersités italiennes ne se soient établies et développées dans les conditions et d'après les principes aujourd'hui en vigueur dans les universités d'Allemagne, de France et d'Angleterre. Sur ce point, les divisions politiques qui ont toujours afiaibli la puissance de l'Italie ont peut-être contribué à faire naître une rivalité utile aux professeurs et aux élèves, en entretenant parmi eux la vie intellectueUe dont les nations modernes nous offrent l'exemple.
Je n'ai pas à rechercher ici à quelles causes peut être attribuée la décadence de ces anciennes universités. Elle est due, sans contredit, en grande partie, à l'établissement des gouvernements absolus, bien que l'on puisse noter, sous l'empire même de ce régime politique, certaines époques où les lettres
ÈNSEIONEMENT SUPÉRIEUR. 327
et les arts ont brillé d'un assez vif éclat. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une grande liberté dans l'ordre des idées ^ et une certaine ténacité de caractère propre à conserver et à développer d'une naanière continue et suivie les institutions publiques, sont les conditions essentielles de la prospérité des établissements d'instruction publique. L'oppression de rintèlligeûce , la superstition et l'ignorance, qui n*ont été que trop souvent des moyens de gouvernemient dans la Péninsule, ont été bien peu propres à entretenir cette haute culture, cette bonne et salutaire atmosphère que forment autour des écoles des études généralement aimées et honorées. Quant aux États inférieurs, plus étroitement soumis à l'influence étrangère, et privés de l'exercice de la vie publique, il fut aisé d'y étouffer tout ce qui aurait pu contribuer à former une jeunesse instruite, à faire Aaltre le goût des recherches scientifiques et des études sévères ; les génies les plus puissants s'y consumèrent sans fruit dans des luttes stériles et étrangères à la véritable science.
Après cette revue rétrospective, il convient de constater l'état de l'instruction supérieure en Italie dans les temps modernes. En étudiant les réfohnes déjà opérées dans l'organisation des universités par les derniers gouvernements, on apercevra mieux les améliorations qu'ils se sont efforcés d'y intro-
Oq trouYe, dans la réorganisatioD de l'Université de PaTie par le premier royaume dltalie, la preuve éclatante d uoe Térité soiiyent méconnue par la plupart des personnes qui, s'intéressant aux réformes scolaires, cèdent à Tinfluence des préjugés provinciaux et voudraient que les établissements d'enseignement supérieur fussent aussi nombreux et aussi répandus que les écoles primaires. Elles oublient que toute lefScacité de renseignement supérieur résulte principalement du savoir et de la célébrité des professeurs, avantages qui, en tout pays, ne se rencontrent que dans un nombre trèsrestreint d'individus. Le mouvement intellectuel qui entraîne les universités riches en professeurs illustres et qui se propage nécessairement au dehors, le culte universel de la science, la hauteur et la sévérité des examens, l'ardeur des élèves pour l'étude, les rapports que le respect et l'affection enti^etiennent entre les étudiants et les maîtres, constituent en quelque sorte le patrimoine des universités qui les possèdent; et il n'est point de règlements ou de discipline universitaire qui puissent les procurer à celles qui ne les possèdent pas.
L'Université de Pavie, au moment où la domination française érigeait l'Italie en royaume, avait la singulière fortune de voir réunis dans son sein quelques-unes des plus grandes illustrations de cette époque. Ainsi, pendant la durée de ce premier
royaume italien, sous l'empire du mouvement d'organisation civile imprimé par Napoléon à tous les États conquis par ses armes et occupés par nos soldats, il n'y eut aucun homme de valeur, versé dans une des branches du savoir, qui ne fût recherché, récompensé et attaché enfin par un poste éminent à l'Université de Pavie ; il n'y eut aucun étudiant studieux et de belle espérance qui ne reçût des secours et des encouragements pour se perfectionner dans ses études de prédilection.
L'Université de Pavie devint le centre vers lequel se portèrent toutes les forces du nouveau gouvernement; et quand on pense que les professeurs de cette Université furent alors : Volta, Spallanzani, Brugnatelli, Oriani, Frank, Scarpa, Foscoli, Monti, Brunacci, Tamburini, Configliacchi, Venturi, Romagnosi, Mascheroni, Lotteri, Borda, Jacopi, Carminati, Anderlani, Cesari, il est impossible de ne pas reconnaître combien est puissante et profitable aux études l'action d'un gouvernement passionné pour la gloire scientifique d'un pays, et convaincu que l'efficacité et la force des études supérieures tiennent principalement au savoir et à la célébrité des maîtres choisis pour les diriger.
L'Université de Pavie avait acquis dans ce temps la plus haute renommée, non-seulement en Italie, mais dans toute l'Europe, et elle seule comptait parmi ses professeurs deux des huit associés étran*
pors de r Institut de France (Académie des sciences). Elle fut fréquentée par un nombre d'étudiants auquel aucune des années précédentes n'avait pu atteindre. Le nombre des diplômes délivrés en 180S fut le double de ceux qu'elle décerna en 1812 et dans les années suivantes. Elle déclina rapidement jusqu'en 1816 et en 1817.
C'est aussi en 1838, dans Tannée où setintle premier congrès scientifique d'Italie , que furent introduites dans l'Université de Pise des réformes consacrées bientôt après par une loi, qui détermina le nombre et l'ordre des matières de l'enseignement et des examens pour chacune des facultés. Le gouvernement institua des conseils académiques, composés de membres élus par les facultés ellesmêmes, augmenta les traitements des professeurs, qui cessèrent de percevoir directement les droits d'examens , versés dans le Trésor public. On créa de nouvelles chaires. L'on attacha au musée de Florence, aux cliniques de Sainte-Marie-Nouvelle et à l'Université de Pise, quelques-uns des illustres italiens qui, pour des motifs politiques, avaient longtemps vécu en exil et n'avaient trouvé aucune position convenable dans leurs villes natales. Ici encore, comme à Pavie sous le premier royaume d'Italie, le résultat de ces importantes réformes fut de donner à l'Université de Pise une célébrité qui s'étendit dans toutes les provinces, de sorte que le
nombre des étudiants s^accrut d*année en année et atteignit le chiffre de 8 à 900.
Une des mesures les plus importantes fut la création à Pise d'une École normale supérieure^ où furent reçus et entretenus, aux frais de l'État, 1 ou 12 jeunes gens appartenant à la Toscane. Après avoir subi un examen spécial, ils devaient suivre, comme les étudiants, les cours de la Faculté, et se préparer, au moyen d^un enseignement théorique et pratique,* aux fonctions de professeurs dans les établissements d'instruction secondaire. D'importantes améliorations ont été apportées depuis, comme on le verra plus loin, à cette école normale. Après 1848, l'enseignement supérieur de Pise et de Florence, devenu suspect au gouvernement, subit le contre-coup des événements politiques. Les études universitaires furent partagées entre les écoles de Pise et de Sienne, et le nombre des étudiants diminua de jour en jour.
Pendant que l'instruction publique perdait, dans l'Italie centrale, la faveur des princes et l'appui des gouvernements , les établissements universitaires attiraient de plus en plus l'attention publique dans le royaume subalpin, où déjà les réformes civiles et le progrès des institutions libérales réveillaient plus fortement que jamais le sentiment de la grandeur intellectuelle de la nation.
Les princes de la maison de Savoie n'avaient
cessé de porter le plus vif intérêt aux études scientifiques depuis longtemps florissantes dansTUniversité de Turin, dont la fondation remonte à Fan 1400. Elle fut dès l'origine établie dans les conditions qui avaient présidé à l'organisation des universités du moyen âge : autonomie, privilèges scolaires, juridiction spéciale, dotation considérable résultant d'une subvention de la commune, du produit des examens et des legs particuliers. Cette situation se modifia promptement : une série d'actes législatifs dépouilla l'université de son autonomie, et en vertu des décrets royaux de 1720 et de 1729 elle fut transformée en une institution publique fortement organisée et soumise à l'autorité absolue de l'État. Les lois et les constitutions de Charles-Emmanuel III rendirent encore plus forte la toute-puissance du gouvernement sur le corps enseignant. Les célèbres constitutions de 1772 peuvent être considérées comme un véritable monument de l'autorité administrative, civile et religieuse, ayant pour but unique, selon l'esprit du temps, de diriger l'éducation de la jeunesse de manière à lui inspirer une soumission absolue aux préceptes de la religion et aux lois de TÉtat. L'institution du Magistrat de la réforme fut cependant le germe de ces conseils spéciaux organisés plus tard auprès des établissements d'instruction publique, qui, chargés de conserver et de
ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUK. 333
tnaintenir les bonnes traditions, constituent aujourd'hui une garantie et une défense contre les abus du pouvoir. Au nombre des améliorations dues au Magistrat^ il ne faut pas oublier la publicité des examens et l'organisation du Collège des pro-vincesj devenu plus tard le Collège de Charles- Albert.
J'arrive à l'année 1859 où, pendant que le gouvernement du Piémont, agrandi de la Lombardie, jetait les fondements de l'organisation du futur royaume d'Italie, le ministre de Tinstruction publique put enfin travailler à la rédaction d'une loi organique générale, par une bonne fortune qui avait manqué à ses prédécesseurs. Cette loi est celle du 13 novembre 1859 qui, comme on l'a déjà vu plus haut, a servi de modèle et de point de départ à toutes celles qui ont été promulguées depuis cette époque.
Le principe de la liberté de l'enseignement avait été, après de longs débats, adopté en 1857 par le Parlement de Turin.
Le législateur de 1859, pour l'introduire dans les différentes branches de l'instruction publique, avait eu à se prononcer entre trois systèmes : celui de la liberté absolue, comme en Angleterre, excluant
toute ingérence du gouvernement dans les écoles; celui qui accorde, comme en Belgique, aux établissements privés le droit de faire concurrence à ceux de l'État; le troisième enfin qui existe daas plusieurs États de l'Allemagne et dans lequel l'État non-seulement pourvoit aux besoins de l'enseignement dans les établissements qui lui appartipnaent, mais s'en réserve la direction suprême, en admettant aussi la concurrence de l'enseignement privé avec l'enseignement officiel.
C'est à ce dernier système que s'était arrêté M. Casati. Une liberté illimitée pouvait, disait-il, convenir à l'Angleterre,, où de temps imméqaorial les particuliers sont accoutumés à faire par euxmêmes tout ce qui est dans les autres pays abandonné aux gouvernements : elle ne pourrait, sans les plus graves inconvénients, être introduite dans une nation qui, comme Tltalie, a été si peu habituée, depuis plusieurs siècles, à prendre en quoi que ce soit l'initiative, et ne pourrait accomplir par ellemême et sans Tappui du gouvernement une œuvre telle que celle de l'organisation d'un système général d'éducation publique. Le système qui se pratique en Belgique trouverait des difficultés bien plus grandes dans son application à l'Italie pour des raisons faciles à comprendre. Restait donc le parti le plus sage et le plus sûr : celui d'une liberté réglée, largement donnée sans doute, mais entourée des
garanties qui pussent la protéger contre les ennemis déclarés ou secrets qui la feraient dévier et en gâteraient tous les fruits. Il fallait surtout laisser à l'autorité paternelle la libertéla plus complète, mais exiger des professeurs des établissements privés des preuves de capacité et de moralité qui pussent^onner à la société et aux familles de suffisantes garanties. Quant aux corporations enseignantes, toute facilité leur était accordée pour mettre en usage les moyens de mettre en valeur les établissements fondés par leur initiative, mais avec la condition expresse d'être soumis à la tutelle de l'autorité qui assure et maintient leur existence civile.
Cette question de la liberté concernait surtout, d'après les considérants de la loi du 15 novembre 1839, l'enseignement supérieur. Dans les universités, tout docteur, tout savant doué d'une aptitude spéciale reconnue devait avoir le droit d'établir des cours libres à côté des cours officiels, de sorte que les étudiants pourraient choisir ceux auxquels ils devraient assister, d'après le mérite des professeurs et non d'après les prescriptions des règlements. La liberté de l'enseignement a pour conséquence la rétribution des cours payés par les étudiants qui les suivent : car l'application du système de la liberté serait illusoire si les cours de l'enseignement officiel étaient gratuits et ceux de l'epseignement
libre payants , les étudiants ne pouvant pas en ce cas suivre dans les mêmes conditions ou les uns ou les autres.
L^Italie a résolu, comme on le voit, dans le sens le plus rationnel et le plus pratique, cette question de la liberté de l'enseignement supérieur qui présente en France des difficultés dont peu de personnes se rendent suffisamment compte. Les législateurs italiens n'ont pas admis que l'on pût créer auprès des universités légalement instituées des universités rivales, donnant, d'après des examens organisés par elles, des titres et des diplômes, telles que celles, par exemple, que le clergé n'eût pas manqué d'établir s'il en avait eu le pouvoir. Ils savent qu'en demandant pour lui-même une liberté qu'il a toujours, au temps de sa puissance, obstinément refusée à la société laïque, le clergé ne peut vouloir autre chose que se substituer encore à elle, afin de s'emparer de l'esprit de la jeunesse et de la diriger d'après l'esprit du Syllabus^ devenu, par suite de la proclamation du dogme de l'infaillibilité papale, une règle absolue à laquelle tout catholique est obligé de se soumettre. Or, le Syllabus est la condamnation de tous les principes sur lesquels se fonde la société italienne, telle que l'ont faite les révolutions des temps modernes. Elle ne sera pas assez imprudente pour se livrer à des ennemis déclarés, qui ont proclamé avec tant d'éclat les dogmes
qu'ils doivent défendre au nom d'une Église infaillible.
Des professeurs libres, ecclésiastiques et laïques, soumis au droit commun et pourvus des titres officiels^ constatant aux yeux du public leur aptitude et leur capacité, voilà ce que la loi a consacré, tout en maintenant à la société civile seule, représentée par l'État, le droit de créer des universités et d'en diriger les études. Les droits des pères de famille qui ne veulent pas pour leurs fils l'enseignement des écoles publiques sont suffisamment sauvegardés , puisqu'ils peuvent les faire instruire par les hommes dont ils approuvent les doctrines et les principes. Le gouvernement italien a cru ne devoir faire rien déplus.
Il n'a pas abandonné l'enseignement supérieur aux communes et aux provinces, laissées tout à fait maîtresses en ce qui concerne la fondation et la direction des écoles primaires, et pouvant organiser à leurs frais des collèges et des lycées. On en a vu un exemple remarquable dans les discussions auxquelles a donné lieu, en 1872, le célèbre institut d'études scientifiques supérieures et de perfectionnement de Florence. Il s'agissait d'obtenir de l'État une subvention pour cet établissement municipal. Parmi les motifs mis en avant par les députés qui votèrent contre le crédit et soutinrent que l'enseignement supérieur devait rester tout entier entre les
mains de l'État, l'opposition fit yaloir la crainte de le voir retomber entre celles de l'Église. Le discours du député Bonghi est à cet égard des plus remarquables : « Je crois, dit-il, que tous avez en Italie une organisation puissante, très-puissante, armée de toutes pièces contre l'Etat : c'est l'Eglise. Cette organisation puissante , toute-puissante contre l'État, peut exercer surtout son action sur rinstruction pu* blique. Contre cette organisation puissante, l'Etat seul est capable de soutenir la lutte. Je crois que c'est une pensée funeste que celle que j'entends quelquefois exprimer^ à savoir, que l'État ne devrait avoir qu'une seule université et qu'il devrait laisser libres toutes les autres. L'État doit entretenir autant d'universités qu'il en faut pour les dix mille étudiants de ritalie. Je crois que c'est une pensée fausse et funeste que de soutenir que les communes et les provinces puissent être substituées à l'État dans la direction de l'instruction publique. La commune et la province ont leurs compétences naturelles, et dans la sphère de leurs compétences naturelles, plus leur autonomie est grande, plus elle est utile. Mais pour que l'autonomie de la commune et de la province se conserve, il est nécessaire de ne pas exagérer ces compétences naturelles. Si vous les exagérez, vous confondrez toutes choses et vous finirez même par contraindre l'État à refuser à la province et à la commune leurs libertés néces-
saires. La commune est une administration faite pour une fin particulière, elle est faite pour s'occuper des intérêts purement locaux, et Tinstruction publique dépasse le cercle de ces intérêts locaux. » M. Bonghi faisait voir que le clergé avait auprès des communes et des provinces des moyens d'influence dont il usait à l'égard des établissements d'instruction primaire et d'instruction secondaire. Si l'organisation de l'enseignement supérieur était encore abandonnée par l'État aux communes et aux provinces, n'aurait-on pas à craindre les mêmes résultats?
On ne peut contester que la loi Casati n'ait réalisé un grand progrès dans la législation des études supérieures en Italie.
Après avoir déterminé les matières qui composent l'enseignement des facultés, et fixé le temps qui doit y être consacré, ce qu'elle fait avec cet esprit de sagesse qui se concilie avec les grands progrès de la science et principalement dans la médecine, les sciences physiques, mathématiques et naturelles, la loi a institué des écoles pratiques spéciales et des écoles supérieures ou de perfectionnement, telles que l'école des ingénieurs de Turin, l'institut technique et l'académie scientifique et littéraire de Milan, etc.
Dans la question difficile du choix des professeurs, la loi a introduit, relativement aux systèmes
suivis jusqu'alors en Italie, d'utiles et importantes modifications. Elle reconnaît, outre les professeurs titulaires, des professeurs extraordinaires pris parmi les docteurs agrégés ou parmi les professeurs libres. Si le législateur avait complété son œuvre en adoptant le système universellement suivi dans les universités allemandes, c'est-à-dire en assignant, moyennant certaines conditions, à ces professeurs un caractère déterminé , et une position stable et convenable, les universités dltalie auraient eu de bonne heure de puissants moyens d'encouragement, et possédé le meilleur système de garantie que l'on connaisse pour le choix des professeurs titulaires. De cette manière aussi, les professeurs ordinaires dans les différentes facultés auraient pu être choisis en moins grand nombre qu'ils le sont d'après la nouvelle loi, et il en serait résulté nonseulement une économie dans les dépenses, mais, ce qui vaut mieux encore, un grand avantage pour les études.
L'article 69 de la loi du 13 novembre atteste dans le législateur un sentiment élevé et juste de la mission qu'ont à remplir les dispensateurs de la science, et des égards qui leur sont dus. Il crée un moyen puissant d'encouragement pour celui qui se destine au professorat avec une volonté bien arrêtée, non-seulement d'enseigner la science, mais encore de la faire progresser.
Cet article établit pour l'élection des professeurs deux espèces de concours : l'un pour Texamen, et l'autre pour l'obtention du titre. Dans l'un et l'autre cas, la déclaration d'éligibilité et le mérite des candidats sont établis par des commissions spéciales nommées par le ministre, dont la décision est soumise au Conseil supérieur. Le chapitre V établit des professeurs privés, et détermine les conditions auxquelles leur position est régularisée. L'enseignement privé devrait avoir de plus profondes racines que ne peut lui donner un article de loi. L'on ne peut espérer, qu'en présence d'un si grand nombre de carrières industrielles et commerciales qui sont aujourd'hui plus lucratives que celle des professeurs, on puisse réussir à attirer, même en augmentant les droits payés par les étudiants d'aujourd'hui, un nombre suffisant d'hommes distingués pour l'exercice de l'enseignement privé. S11 y a un moyen de le faire, ce ne peut être qu'une bonne organisation des docteurs agrégés et des professeurs extraordinaires.
Le chapitre VI mentionne dans tous les détails les garanties accordées aux professeurs de l'université. La plus solide est l'existence, auprès du ministre, d'un corps indépendant, le Conseil supérieur, respectable par la science et les services rendus à l'enseignement, conservateur des bonnes traditions de l'administration scolaire et composé
d'hommes ayant acquis de la réputation et l'expérience des choses* scolastiques, en passant leur vie dans les universités.
Ces garanties pourraient se concilier avec la faculté qui devrait être accordée au ministre de transporter les professeurs d'une université dans une autre, d'un genre d'enseignement dans un autre, moyennant certaines formalités et avec l'obligation de prendre l'avis du Conseil supérieur.
Quant aux examens, ils devraient être l'expression la plus vraie du niveau qu'atteignent les études supérieures et secondaires, et l'un des moyens les plus puissants de les améliorer. 11 est clair, d'après cette définition, que la valeur de ces examens dépend moins du système et de la méthode qui les règlent, que de la conscience avec laquelle les examinateurs l'appliquent.
Pendant longtemps, à Naples, à Pise, à Bologne, tous les examens consistaient seulement en une interrogation de dix minutes pour chaque matière, sur un sujet extrait ou tiré par le sort, parmi trente thèmes connus des étudiants, et qui devaient être toujours les mêmes pendant deux ou trois ans au moins. Tout examen comprenait trois ou quatre matières sur lesquelles le candidat était successivement interrogé , et l'admission ou l'ajournement dépendait du nombre relatif des votes favorables ou défavorables recueillis, en mettant ensemble,
dans la même boite, les votes exprimés par trois ou quatre examinateurs désignés par la loi comme enseignant la matière sur laquelle portaient les interrogations. Chacun d'eux avait dans la main une boule blanche et une boule noire. Il pouvait évidemment arriver et il arrivait dans ce système qu'un examen fût heureux, lors même que le can*^ didat n'avait rien fourni dans Tune des matières, puisque chaque examinateur n'avait pour exprimer son opinion qu'une seule boule, il était difficile ou plutôt impossible d'indiquer le degré de savoir possédé dans chacune des parties par le candidat.
M. Matteucci faisait remarquer que, dans l'année 1862-1863, il n'y avait, dans la plupart des universités, que 6 ajournements prononcés sur 100 examens; dans d'autres, on n'en comptait que 3 sur 100. Il rappelait à ce sujet qu'à l'École de médecine de Paris le nombre des ajournements est de 18 à 20 pour 100 ; qu'à Oxford et en Allemagne, ce nombre est de 25 à 30, et -qu'enfin- en Belgique il va jusqu'à 50 pour iOO.
n y avait donc sur ce point de salutaires réformes à opérer.
Pour assurer l'efficacité des examens, il n'est pas moins important de déterminer la composition des commissions formées par les universités ou par le ministre, car le programme des études supérieures est peu^ élevé et l'on a affaire à un grand nombre
3U L'I5STBCCnO!l FUBLIQUB E!l ITÂLIB.
d^unirersîtés, très-diffërentes entre elles en ce qui coDcerae la force des études. Partout il est admis que le professeur qui examine sur les matières qui sont Tobjet de son enseignement n^est pas celui qui présente le plus de garanties ; on peut croire, en effet, que celui qui préside à l'éducation et à rinstniction d'un jeune homme ne peut être un juge bien rigoureux du sujet qu'il a formé lui-même, et un appréciateur impartial d'une œuvre qui lui appartient en propre.
Pour compléter les renseignements recueillis sur la législation universitaire avant la proclamation du royaume d'Italie, je rappellerai que la loi du 13 novembre 1859 fut, au mois d'octobre 1860, en vertu d un décret du prodictateur, étendue à la Sicile et, au mois de février 1861, aux provinces napolitaines par un décret du lieutenant royal. L'application de la loi Casati fit revivre sous d'heureux auspices l'université de Naples qui pendant tant d'années avait langui dans un profond silence. Elle réveilla immédiatement dans le cœur de la jeunesse l'ardeur pour l'étude et le feu sacré dont elle est animée à un si haut degré. Les hommes illustres qui s'étaient distingués dans l'enseignement privé prirent leur place parmi les professeurs des universités.
KNSBIOMEMENT SUPÉRIEUR. 345
Dans la Toscane, le baron Ricasoli et son ministre de rinstruction publique, Cosimo Ridolfi, ne tardèrent pas à s'occuper de réorganiser les uniyersités et les instituts d'études supérieures.
n ne suffisait pas de créer ou de réorganiser ces établissements pour obtenir immédiatement d'importants résultats. Toutes les conditions d'où dépend leur succès ne pouvaient s'improviser. Nonseulement il était nécessaire d'y appeler des maîtres dont la capacité devait donner une vive impulsion aux études et former déjeunes professeurs; mais il aurait fallu qu*im plan général fût appliqué à leur distribution dans les différentes provinces. Les institutions de rÉtat doivent être pourvues de cabinets, d'observatoires, de collections d'histoire naturelle, en un mot de tous les moyens d'observations et d'eipériences. Pour ce motif, ceux qui combattent en général l'ingérence du gouvernement l'acceptent volontiers quand il s'agit d'écoles supérieures pour la médecine, les sciences physiques et naturelles, les mathématiques pures et appliquées. Ces sortes d'établissements ne peuvent, en effet, être dans tous les Étals qu'en petit nombre, convenablement distribués dans le pays et surtout richement dotés.
A la même époque, un décret du dictateur de 1 Émilie augmenta le nombre des chaires des universités de Bologne, deModène et de Parme, et les trai-
346 L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN itALlE.
tements des professeurs. Quatre autres universités furent aussi instituées par les gouvernements d'alors à Ferrare, à Camerino, à Pérouse et à Urbino. Les conseils municipaux et les provinces, dans leur désir de les conserver, ont continué depuis à en faire les frais, quoique le nombre des étudiants fût fort restreint, et que par conséquent il fût difficile à ces universités d'un ordre inférieur de soutenir la concurrence avec les grandes universités , plus abondamment pourvues de tout ce qui est nécessaire. Si les décrets suffisaient pour élever le niveau des études, pour faire surgir les hommes dignes d'arriver aux chaires universitaires par leur aptitude pour l'enseignement, leurs œuvres ou leurs découvertes; si l'on pouvait aussi par des décrets procurer aux jeunes gens, dans les écoles secondaires, une préparation suffisante pour qu'ils pussent suivre avec succès les cours des universités, les écoles supérieures de perfectionnement, les quatre universités libres et les dix-sept universités de l'État auraient pu rivaliser avec celles de la France ou de l'Allemagne. Mais une transformation de ce genre, comme le disait M. Matteucci, aurait été un miracle, et il ne faut point compter sur des miracles, surtout en ce qui concerne Tinstruction publique, où les réformes ne peuvent s'accomplir que graduellement, et par suite des progrès accomplis dans la culture générale de la société.
ENSBIQNEMENT SUPÉRIEUR. 347
La différence dans les modes d'examens et le prix des inscriptions payées par les étudiants, selon les universités dont ils suivaient les cours, causèrent à plusieurs reprises des troubles assez sérieux; ce qui engagea le ministre de Tinstruction publique à proposer, en juillet 1862, une loi votée par le Parlement, en vertu de laquelle les frais d'admission et d'inscription furent les mêmes dans toutes les universités. Les droits payés par les étudiants furent versés dans les caisses dç l'État, au lieu d'être partagés entre les professeurs. Ce partage^ d'ailleurs, n'était en usage que dans les anciennes provinces, aux termes de la loi de 18S9. La loi de 4 862 fixa les traitements des professeurs des universités de Bologne, de Naples, de Palerme, de Pavie et de Turin, ayant dix années d'exercice, à 6000 francs; à 5 000 francs pour ceux qui n'avaient pas atteint ce nombre d'années de services, à 3600 et à 3000 ceux des professeurs des universités de Gênes, de Catane, de Messine, de Cagliari, de Modène^ de Parme et de Sienne.
D'importantes améliorations furent introduites par un décret royal du 14 septembre 1862.
Il détermina pour toutes les facultés le nottibrd^ des années d'études et les connaissances exigées pour l'admission à l'examen de licence.
Le temps des vacances fut diminué et dut être le même pour toutes les universités ; les attribu-
tioDS des recteurs et des conseils académiques, en ce qui touche l'administration et la discipline intérieure des écoles, furent accrues ; on régla les conditions que devaient remplir les professeurs libres pour jouir des mêmes droits que les professeurs officiels; on étendit et, en certains cas, on ajouta dans les cliniques et les écoles de sciences physiques et naturelles, des études pratiques et des expériences. Le même décret déterminales subsides que les universités pourraient accorder chaque année aux jeunes gens qui, après avoir subi leurs examens avec succès, désireraient aller perfectionner leurs études dans des universités étrangères et sous de nouveaux maîtres. Ces subsides ne pouvaient être donnés qu'à ceux qui seraient sortis avec honneur d'épreuves rigoureuses, ou qui auraient fait preuve d'un talent hors ligne, soit par la composition d'un bon mémoire original, soit en faisant, avec l'approbation du public, un cours libre sur un sujet déterminé.
Les mesures prises pour donner aux examens toute leur valeur ont eu surtout d'heureuses conséquences. L'examen de licence fut conservé comme examen général et confié à sept commissions examinatrices, distribuées dans les différentes parties du royaume en sept circonscriptions universitaires, comprenant chacune un certain nombre d'universités. Les présidents de ces commissions devaient
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recevoir du ministre les sujets de dissertations ou de thèses, tenus secrets jusqu'au moment de Texamen. D'après l'article 74, les programmes devaient être rédigés par des commissions composées de 40 membres, choisis chaque année dans les académies des sciences de Naples et de Turin, les instituts de Milan et de Bologne, et parmi les professeurs ordinaires pris dans les universités publiques et libres, ou dans l'enseignement privé.
d Espérons, disait M. le ministre, dans le préambule du décret royal approuvant le règlement en question, que les universités dans les différentes parties de la péninsule, si diverses entre elles par la valeur des maîtres, l'importance des moyens et le nombre des étudiants, pourront toutes préparer également les magistrats, les ingénieurs, les administrateurs, les professeurs, les médecins, que réclament les nouveaux besoins du royaume ! »
Dans la session du mois de mai 1870, le Parlement italien eut à examiner un projet de réorganisation de l'enseignement supérieur et de l'enseignement secondaire, présenté par M. Correnti. Ce projet donna lieu à un rapport fort étendu, rédigé par M. Bonghi, au nom d'une commission composée
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de MM. TeDca, Mariotti, Berd, Massedaglia, Broglio et Guerzoni. Le mioistre proposait la suppression des facultés de théologie dans les uolyersilés, et plusieurs mesures à prendre au sujet de rensei* gnemeut littéraire et philosophique, des écoles de médecine et de droit, des Ueux où devaient se faire les examens, etc. Il s*occupait aussi des écoles secondaires : il demandait que Ton augmentât les traitements des professeurs, dont la situation n'était nullement en rapport avec Timportance des services qu'ils rendaient à la société. U leur appliquait ce qu'un ministre français avait dit en parlant de l'état précaire de nos régents de collège: « C'était la misère en habit noir » . Il voulait diminuer le nombre des lycées et des gymnases entretenus par l'État; il proposait de ne conserver qu'un lycée ou un gymnase national dans chacune des provinces, et de décider que les provinces et l'État contribueraient chacun pour une moitié aux frais de ces établissements ; il déterminait enfin les conditions de l'enseignement privé.
La commission, trouvant les dispositions de cette loi trop générales et trop vagues, s'attacha à leur donner plus de précision. Elle remplaça, par des articles séparés, applicables à chacun des établissements d'enseignement supérieur existant en Italie, les mesures que le ministre avait étendues à tous indistinctement. Elle donna enfin un tel développe-
ment à son contre-projet, que la Chambre ne put se résoudre à entamer une discussion à laquelle elle ne se sentait pas, sans doute, suffisamment préparée. Elle rencontrait, entre autres difficultés, celle de désigner les localités dans lesquelles il s'agissait ou de maintenir ou de supprimer les écoles d'easeignement secondaire : ce qui est toujours embarras* sant pour des députés ayant à représenter les intérêts des provinces qui les ont élus.
Le rapport de M. Bonghi n'en est pas moins fort intéressant, à cause des renseignements nombreux que Ton y trouve. La commission écartait d'abord deux questions sur lesquelles il lui était difficile de prendre un parti, bien qu'elle les eût résolues dans un sens favorable.
Il s'agissait, dans la première, de décider si les universités devaient être considérées, dans l'état actuel de la législation, comme personnes civiles, pouvant, à ce titre, recevoir, posséder et administrer; ou simplement comme de simples rouages de l'administration publique. Les lois semblaient ne leur reconnaître que ce dernier caractère, et cependant il est certain qu'elles possèdent, qu'elles ont des revenus, dont les uns sont perçus et employés par elles-mêmes, et les autres versés dans les caisses de l'État. La loi du 2 février 1852, en vertu de laquelle le Domaine a pris la direction et le gouvernement de tous les biens immeubles et de leurs
revenus, avait réservé les droits de propriété appartenant à chacune des universités de l'État. Il paraissait donc utile et raisonnable de remettre l'exercice de ces droits aui corporations mêmes auxquelles les propriétés appartiennent.
De grands avantages en résulteraient, disait-OD, pour chacune des universités : elles acquerraient ainsi le sentiment d'une existence individuelle et distincte. De nouveaux legs, augmentant les ressources dont elles disposent, leur permettraient de donner plus d'éclat et d'étendue à leur enseignement. Les habitants des provinces s'attacheraient d'autant plus à ces institutions qu'ils auraient contribué , par leurs dons , à en accroître la prospérité.
L'État aurait sans doute le droit de nommer les professeurs, de rédiger les règlements, d'exercer sur les cours une surveillance sérieuse, de déterminer la valeur et l'importance des grades universitaires; mais les universités, maîtresses en tout le reste, auraient reçu en quelque sorte une nouvelle vie et seraient devenues autant de foyers scientifiques, dont les rayons bienfaisants se seraient répandus sur le pays tout entier. Le gouvernement lui-même se serait trouvé délivré des embarras que lui donne l'administration des propriétés que les universités doivent à la libéralité de leurs fondateurs ou de leurs donateurs, et dont l'Etat ne peut s'occuper
sans risquer de blesser des intérêts ou des susceptibilités respectables.
La commission a cru nécessaire de constater les conditions où se trouvent les diverses universités, avant de décider s'il serait utile de leur restituer leurs anciennes propriétés et de les reconnaître comme des êtres moraux, soumis sans doute à la souveraineté de rÉtat et associés à tous les intérêts qu'il doit protéger et défendre, mais libres, dans ces limites, de régler eux-mêmes leur budget et d'administrer leurs revenus de toute provenance et de toute nature.
La commission ne s'est pas prononcée sur une autre question qui se lie à la précédente, et qui aurait, avec le temps, introduit de graves modifications dans la répartition des établissements d'instruction supérieure. Il s'agissait de savoir si la loi reconnaîtrait aux particuliers, aux associations privées, aux provinces et aux communes le droit de créer à leurs frais des universités nouvelles, ou des institutions universitaires. La législation de l'instruction publique est fondée sur ce principe que l'enseignement supérieur ne peut être établi que dans les localités où l'État pense que l'on pourra trouver, soit des maîtres pourvus des titres officiels, soit des moyens d'instruction suffisants. Si les provinces ou les communes avaient la faculté de créer de nouveaux centres pour les hautes études, il arriverait tout naturellement qu'ils seraient établis au
sein des yflles riches et populeuses, vers lesquelles la foule des étudiants ne manquerait pas de se porter. Ils déserteraient volontiers les cités moins importantes, qui ne leur procurent ni les mêmes distractions, ni les mêmes avantages. Or, peut-on affirmer, en se fondant sur Texpérience, que renseignement universitaire est d'autant plus profitable qu'il est donné au sein des villes oii règne un mouvement d'affaires plus étendu ou une grande activité intellectuelle? Est-ce rendre service à l'éducation publique que d'allumer un vaste foyer d'instruction dans deux ou trois centres et d'éteindre tous les autres? Est-il avantageux de multiplier les stimulants de la vie là où ils sont déjà trop nombreux, et où, par la force des choses, ils ne peuvent que se développer avec une nouvelle puissance, et les amoindrir ou les supprimer dans les lieux où, soit par la volonté des fondateurs ou par la puissance des traditions, ils subsistent encore aujourd'hui? La majorité de la commission a pensé qu'elle ne pouvait improviser les réponses qu'elle pourrait faire à ces diverses questions * .
1. Lea mêmes questions s'agitent aussi en ce moment en France. Les demandes adressées récemment au gouvernement français, à l'effet d'obtenir pour les villes de Bordeaux, de Lyon, de Marseille, de Toulouse et de Nantes la création de nouvelles facultés, ont donné lieu à des études intéressantes, consignées dans le remarquable rapport de M. Paul Berl. {Journal officiel des 18, 19 et 21 mai 187i.)
Le gouveraemenl aurait désiré pourvoir, par un règlement général, à la réorganisation des facultés universitaires et à des réductions qu'il considérait comme nécessaires au point de vue de l'enseignement et de la situation jQnancière. L'article premier du projet de loi présenté par M. Correnti portait ce qui suit :
a Le gouvernement, avec l'assentiment du Conseil supérieur de l'instruction publique, pourra supprimer celles des facultés universitaires où, pendant les neuf années précédentes, le nombre des étudiants, régulièrement inscrits, n'aura pas atteint en moyenne huit fois le nombre total des professeurs. »
M. Bonghi a fait remarquer que l'application de cet article aurait supprimé d'un seul coup 39 facultés universitaires : toutes les facultés de théologie et de lettres; 4 de jurisprudence (Catane, Sienne, Messine, Sassari) ; 9 de médecine (Modène, Palerme, Gênes, Parme, Catane, Cagliari, Sienne, Messine, Sassari); 7 de sciences mathématiques (Pise, Païenne, Gênes, Parme, Catane, CagUari, Messine), ce qui aurait laissé, en même temps, sans emploi 338 professeurs.
La commission, après avoir signalé les inconvénients et même l'inconstitutionnalité de ces mesures générales, avait procédé d'une manière toute {différente : elle avait étudié une à une toutes les
universités existantes et formulé pour chacune des propositions spéciales.
Elle acceptait la suppression des facultés de théologie qui, comme on Ta vu plus haut, a été prononcée en 1872, sur la proposition du même ministre.
Les conditions déplorables dans lesquelles se trouvaient les facultés des lettres l'avaient vivement frappée. Cette Faculté des arts^ qui était dans les anciennes universités d'Italie, comme elle est encore aujourd'hui en Angleterre, en Allemagne, et en France, placée au premier rang de renseignement supérieur, est maintenant bien déchue. Et c'est cependant sur la force des études philosophiques et littéraires que se mesure la puissance intellectuelle d'une nation. On ne peut donc les voir désertées, comme elles le sont dans un grand nombre d'universités, sans plaindre le présent et craindre pour l'avenir.
Modène, Parme, Cagliari, Sassari n'ont point de facultés des Lettres; elles sont incomplètes et peu florissantes à Gênes, à Messine et à Pavie. Celles de Bologne, de Naples, de Palerme, de Pise, de Turin, de Padoue possèdent ou sont censées posséder toutes les chaires appartenant à cet ordre d'enseignement; mais il existe sur ce point entre elles de grandes différences. Dans la pensée fort juste que des leçons de littérature, d'histoire, de haute philosophie ne peuvent qu'être profitables aux étudiants
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en droit et en médecine, le législateur leur avait imposé, comme en France et en Allemagne, l'obligation de s'inscrire à deux des cours de la faculté des lettres. C'était à elle que devait appartenir na*turellement le droit d'accorder la licence et la laurea (doctorat). Enfin la commission avait proposé d'y ajouter une attribution extrêmement importante, celle d'instruire et de former des professeurs pour l'enseignement secondaire classique. C'était faire des plus célèbres d'entre elles de véritables écoles normales supérieures.
Un règlement du 14 septembre 1862 avait étendu à toutes les facultés des lettres ce privilège déjà accordé à celle de Pise. C'est en 1810 que Napoléon P' y avait établi une école normale, dont il voulait faire la succursale de l'école normale supérieure de Paris. Les facultés devaient avoir deux espèces de cours, l'un ayant pour but de répandre la culture des lettres et de la philosophie; le second, déclaré obUgatoire et devant durer quatre années, préparait des professeurs pour l'enseignement secondaire. Les facultés décernaient trois sortes de grades : le baccalauréat, la licence et la laurea; le premier après la seconde année, le second après la troisième, et le dernier après les quatre années de cours. Des cours normaux furent établis dans l'Académie des sciences et lettres de Milan, les universités de Naples et de Padoue.
Tout en proposant cette excellente mesure, la commission n'était entrée en aucun détail au sujet de sa mise à exécution : on ne pouvait y pourvoir qu'au moyen d'une loi. Elle désignait seulement les cinq universités de Naples, Pise, Padoue, Milan et Turin pour l'enseignement destiné aux professeurs des écoles secondaires classiques, et celles de Bologne et de Palerme pour les professeurs des trois premières années des gymnases.
Le désir de relever les facultés des lettres en leur assurant un auditoire est d'autant plus légitime, qu'elles courraient risque de tomber dans le discrédit, si elles continuaient à être aussi peu fréquentées. Il n'en existe que cinq : ce sont celles de l'université de Bologne, réunissant 43 étudiants et 2 auditeurs; de Padoue, 55 étudiants; de Pise, 29 étudiants et 4 auditeurs ; de Rome, 1 5 étudiants, 1 auditeur; de Palerme, 1 étudiant seul; de Turin, 43 étudiants et 19 auditeurs; en tout 182 étudiants ou auditeurs. Il n'est ici question, bien entendu, que des étudiants ou des auditeurs inscrits. La commission ne regarde pas comme suffisante pour justifier l'existence des cours supérieurs, la présence d'un public qui vient y chercher une récréation et un délassement, et non un enseignement scientifique régulier.
La commission regrette que les facultés des lettres de rilalie ne réunissent pas, comme celles de
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l'Allemagne, de vrais étudiants. Elle voudrait que leurs professeurs (toujours comme ceux de T Allemagne) fussent des érudits, des philologues, s'adressant à des élèves, dirigeant leurs travaux, plus préoccupés de la substance même de leurs savantes leçons que de la forme plus ou moins élégante sous laquelle ils les présentent. M. Bonghi adresse aux professeurs italiens les reproches que nous avons entendu faire plus d'une fois aux professeurs français.
J'ai rappelé ailleurs * l'opinion soutenue à ce sujet par M. Renan, qui, dans un accès de mauvaise humeur, sans doute, avait représenté le professeur de faculté comme un amuseur public^ constitué pour cela seul Tinférieur de son auditoire, et assimilé à l'acteur antique, dont le but était atteint quand on avait dit de lui : « Saltavit et placuit. » M. Bonghi ne se montre pas moins sévère à l'égard de l'enseignement des facultés d'Italie.
« Nous désirons, dit-il, peupler de véritables étudiants les salles de ces facultés, qui sont aujourd'hui désertes ou remplies de cette sorte d'auditeurs qui, en Allemagne, sont exclus des cours universitaires, parce que l'on sait dans ce pays que leur présence a pour efiet de faire de l'école un théâtre, du professeur un comédien et de l'étudiant un spectateur*. »