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LES ÉCOLES MONACALES

Parmi les réformes introduites dans la discipline ecclésiastique par le Concile de Trente, il n'en est pas de plus sage ni de plus féconde que l'institution des séminaires diocésains. Mais il s'en faut de beaucoup (pie celle œuvre importante ait été immédiatement réalisée dans tous les pays catholiques. En France, la plupart des séminaires ne datent que du wip siècle. Le diocèse de Maurienne n'eut le sien qu'en ijT>.

Avant la création de ces pépinières sacerdotales, comment les jeunes gens qui se destinaient aux fonctions ecclésiastiques recevaient ils la formation nécessaire ? Car s'il est une carrière qui demande

une vocation spéciale et une longue préparation, c'est bien la plus sublime de toutes, celle qui a pour but la sanctification des âmes et qui confère à celui qui en est revêtu un caractère sacré.

Dans la Vie de Saint Martin, Sulpice Sévère rapporte que les cités se disputaient l'honneur de posséder, pour la desserte de leurs églises, 'des prêtres tirés des monastères fondés par l'évèque de Tours. La même constatation peut être faite pour toutes les régions de la Gaule. Partout, les monastères étaient les ruches d'où essaimaient les vocations sacerdotales.

« Il y eut un grand nombre de prieurés le long de la vallée de Maurienne. Nos archives, tant de fois dévastées, gardent des souvenirs de ceux de Saint- Etienne d'Aiguebelle, de Saint-Jacques-de-la-Corbière, de Saint- Marcel-de-la-Chambre, de Notre- Dame-du-Châtel, de Saint-Antoine à Saint Jean, de Saint-Julien dans l'ancien Nanosces, de Saint-Pierred'Extravache, etc. Ils contribuèrent merveilleusement au relèvement de notre pays ; car on sait que chaque prieuré comportait une ferme-modèle, un hospice et une école gratuite (i) ».

Ces prieurés, qui appartenaient aux monastères bénédictins de la Novalaise ou de Saint-Michel-dela-Gluse, avaient sous leur dépendance plusieurs paroisses, naturellement desservies par des religieux. Du prieuré de la Corbière dépendaient les paroisses de Saint-Léger, de Saint-Pierre-de-Belleville, de Saint- Alban-d'Hurtières ; du prieuré de Saint-Marcel, les églises de Montgellafrey, de Montai m ont, de

(1) Trav. de la Soc. d'Hist. de Maurienne, 2e série, t. I, 2e partie, p. 181.

Notre-Dame-du-Cruet, de Saint-Avre et de Saint- Mari in-sur-la -Chambre.

Il est hors de doute que ce sont des prêtres issus des monastères, formés dans ces asiles de travail, d'étude et de piété, qui évangélisèrent la plupart de nos paroisses. Les habitants de la Haute-Maurienne conservent pieusement la mémoire de saint Landry, moine bénédictin de la Novalaise, dont le zèle infatigable répara les ruines morales accumulées par l'invasion dos Sarrazins. D'un autre côté, les noms de Saint-Colomban, deSaint-Alban, de Saint-Georges, donnés à certaines de nos églises n'indiqueraient-ils pas qu'elles furent fondées par des disciples du grand moine irlandais? Ce qu'il y a de certain, c'est que saint Colomban établit lui-même plusieurs monastères, entre autres celui de Luxeuil, dans les Etals du roi Gontran, fondateur de l'évèché de Maurienne.

Pendant de longues années, les monastères pourvurent à peu près seuls au recrutement du clergé. En Si 'j, le Concile de Chàlons-sur-Saône imposa aux évoques l'obligation d'établir auprès de leur résidence des écoles où l'on enseignerait les lettres et la Sainte Ecriture, afin d'y former des hommes savants, capables de défendre l'Eglise contre les hérésies. Cette prescription fut renouvelée plusieurs fois, notamment par le décret célèbre du troisième Concile de Latran.

C'est l'origine des écoles épiscopales, qui avaient été sans doute précédées par les écoles presbytérales.

En effet, dès 529, les évéques de la Provence, réunis à Yaison, sous la présidence de saint Césaire, évêque d'Arles, avaient formulé le décret suivant :

« Il a paru bon que, suivant une excellente coutume observée par toute l'Italie, les prêtres qui sont préposés aux paroisses reçussent chez eux les jeunes clercs ; ils les élèveront comme de bons pères, leur donnant la nourriture spirituelle, leur faisant apprendre les psaumes, les formant à la connaissance des Saintes Lettres, les instruisant solidement en la loi divine, afin qu'ils se préparent, en leurs personnes, de dignes successeurs. »

Les procès-verbaux des visites pastorales de M&r de Lambert nous apprennent que telle était encore, en Maurienne, la coutume suivie au xvie siècle. Après avoir administré le sacrement de confirmation, l'évêque donnait la tonsure cléricale ou les saints ordres aux jeunes gens qui lui étaient présentés par le curé (i).

(1) Trav. de la Soc. d'hist. de Maurienne, vol. VI

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