ET MUSIS SACR
Quelques années plus tard, Msr de Lambert acheta un emplacement vis-à-vis du collège afin d'y faire construire un couvent (2), pour les capucins, qu'il appela dans son diocèse.
Les bâtiments ne sont que la ruche qui doit abriter la population écolière ; ce qui fait l'âme d'un collège,
appelle ici « petit séminaire », c'est tout simplement l'école des six enfants de chœur qu'il nomme, dans la même lettre, « le petit séminaire sénaire », « le séminaire particulier des six enfants de notre église ». « Le grand séminaire » qu'il appelle encore « le séminaire général » ou « le séminaire » tout court, c'est le collège qu'il se propose d'établir ; le nombre des élèves n'y serait pas limité à six.
(1) D'argent au pal d'azur chargé d'une croix rayonnée d'or.
(2) Aujourd'hui Hôtel d'Europe.
c'est son règlement. Avant môme d'avoir commencé les travaux de construction de la maison du Mollard d'Arvan, M*1 de Lamherl avait élaboré la constitution du petit Etal qu'il se proposait de fonder.
Ce règlement, que nous trouvons enregistré à la date du i<) janvier io-f dans le Livre des Gestes de M. Jean Bertrand, secrétaire du Chapitre de la Cathédrale, déterminait les attributions du conseil d'administration et le mode de nomination des professeurs.
Le fondateur veut que les professeurs soient pris dans les rangs du clergé ; ce ne sera qu'à défaut d'ecclésiastiques suffisamment instruits qu'on pourra choisir des laïques.
Parmi les professeurs, il y aura toujours un ecclésiastique connaissant très bien la musique, qui sera chargé d'enseigner cet art aux élèves.
Dans son ordonnance relative à l'union du bénéfice de St-Elienne, Msr de Lambert avait déjà manifesté son intention d'adjoindre aux maîtres de littérature « un ecclésiastique chargé d'instruire et former ceux que Dieu appellera à se consacrer au ministère sacré, dans le plain-chant, la récitation de l'office divin, tel qu'il est réglé dans le bréviaire, L'exercice et les rites de l'administration des sacrements ».
Le choix des professeurs appartiendra à un conseil composé «lu vicaire général et des délégués du Chapitre ; en l'assistance des syndics, des conseillers cl des hommes les plus distingués de la cité : cette élection néanmoins, n'aura d'effel qu'autant qu'elle sera approuvée dr Vé\ êque.
Gomme la communauté, les syndics et le conseil,
s'appuyant sur certains privilèges ou une vieille coutume, prétendaient posséder seuls et exclusivement le droit de nommer le recteur et les maîtres des écoles, l'évêque déclare qu'à l'avenir ils ne pourront se prévaloirde semblables privilèges et qu'ils ne participeront à la nomination que dans la mesure indiquée plus haut. Les raisons de cette décision sont, en premier lieu, les dispositions du droit ancien et les décrets du concile de Trente qui déclarent nulles les nominations de ce genre faites sans l'agrément et l'approbation de Tévêque ou de ses vicaires généraux; en second lieu, l'intention qu'il a d'unir aux écoles transformées en séminaire les revenus de certains bénéfices ecclésiastiques, comme il l'a déjà fait pour la chapelle de Saint-Rocli ; lui-même, enfin, a décidé de consacrer une partie de sa fortune à la dotation de ces écoles et à leur installation dans un bâtiment approprié.
L'évêque souhaite que tout se traite à l'amiable, et qu'on évite des dissentiments fâcheux dont le résultat le plus évident serait de détourner les gens de bonne volonté qui auraient- l'intention de faire quelque libéralité en faveur du séminaire.
Le candidat aux fonctions de professeur devra subir un examen devant un jury composé du vicaire général, des délégués du chapitre, des syndics, des conseillers, des notables les plus versés dans les belles-lettres, qui, après s'être assurés, de sa moralité et de son orthodoxie catholique, l'interrogeront sérieusement sur les diverses branches de la science. Il ne sera admis à enseigner qu'après avoir été reconnu capable par les suffrages des examinateurs. Le recteur, en prenant possesion de sa charge, devra prononcer un discours et faire une profession de foi catholique.
Dans son testament, Mer de Lambert n'oublia point son cher collège.
Parmi les nombreux dons qu'il fail aux pauvres, aux couvents el aux hôpitaux, « il Lègue la somme de mille écus de cinq florins pièce, pour les mettre à vallue lionneste ou les employer à la fabrique du dicl collège, ainsi que sera advisé par le llmc évesque son successeur et aultres à venir et son vicaire général el deux des plus anciens chanoynes et aux syndics de la noblesse et bourgeoisie, lesquels tous il nomme pour protecteurs du dict collège. . . »
Gomme cet établissement ne possède aucune fondation, hormis l'union tle la chapelle de Saint-Etienne à Saint-André, il prie son successeur de réserver à celte tin et d'assigner in perpétuant une pension de cent écus d'or sur le prieuré d'Aiton.
Enfin, il donne cinquante « petits escus » à Mc Jacques Bertrand (i), recteur du collège, et vingt-cinq cens à chacun des deux professeurs.
Ce testament est daté du 17 avril i5()i. Me* de Lambert mourut dix neuf jours après. Sa mort fut un deuil public.
Il avait bien mérité de l'Eglise et de la Maurienne.
1 Le médecin Jacques Bertrand, latiniste élégant, publia, en 1623, la Diva Virgo Charmemis, récit des miracles opérés à l'intercession de Notre-Dame du Charmais.
MiiMiiÈiMÉÈÈÈiiiiÉiiÈ^
DEVELOPPEMENT DE L'ŒUVRE DE Me-* DE LAMBERT
Le collège Lambertin eut de très modestes débuts. Il n'eut d'abord, comme nous l'avons dit, que deux professeurs sous la direction d'un recteur ou premier régent. A peine ouvert, il dut rester fermé pendant les quatre années de l'occupation de la Maurienne par les troupes de Lesdiguières (1597-1601). Diverses raisons en retardèrent la réouverture jusqu'en 1609 (1). Les bâtiments du collège, qui avaient servi de logement aux soldats, avaient besoin de grandes réparations qui demandaient du temps et de l'argent. Or, les habitants de la Maurienne avaient été ruinés par les pillages et les fournitures militaires.
Lorsque la* maison eut été remise sur un pied
(1) C'est du moins ce qu'affirme le chanoine Rambaud. Mais le chanoine Truchet / Saint- Jean- de- Maurienne au XVIe siècle) nous apprend qu'en 1605 le jeune Pierre Sauvage suivait les cours du collège Lambert. D'un autre côté, au mois d'octobre 1607, les syndics de Saint-Jean exhortent les habitants des étapes de Lanslebourg, Modane et Pontamafrey, à faire la levée d'un tiers de quartier de taille « pour le support des maîtres nouvellement établis ». (Archives municipales de Saint-Jean, série BB, sect. 2.) L'Anglais Coryate, de passage à Saint-Jean le 10 juin 1008, signale « une bonne école a\ec une grande quantité d'écoliers ». (Max Bruchet, La Savoie d'après les anciens voyageurs.)
convenable, M** Philibert Millet en confia de nouveau la direction à spectable Jacques Bertrand, qui avait repris, depuis l'invasion étrangère, l'exercice de la médecine et s'était établi à Moùtiers.
Par une délibération prise en août 1609, les administrateurs du collège lui allouaient une somme de trois cents florins pour l'indemniser de ses frais de déménagement et lui constituaient cinq cents florins annuels pour ses gages de régent et principal, « pendant sa vie, et que fidèlement il exercera la dite charge ».
Outre les cinq cents florins, il jouira de tous les appartements du collège pour lui, ses commensaux cl chambriers, sauf une chambre ou deux qu'il doit réserver pour le logement d'un second maître, qui sera nommé aussitôt que les finances de rétablissement le permettront.
Il jouira aussi du verger, jardinet et places dudit collège et autres commodités en dépendantes.
On permet à Jacques Bertrand de continuer à exercer sa profession de médecin, « sans néanmoins manquer à ce qu'est de sa charge principale qu'est d'estre recteur au susdit collège et en sorte que la jeunesse à lui commise n'en souffre détriment et perle de temps, ce qu'est remis à sa conscience et preudhomie ».
Pour le moment, Jacques Bertrand était régent principal et unique. Mais L'évêque avait pris des mesures pour Lui adjoindre au plus tôt deux autres maîtres.
Il avait imposé la levée d'un demi-quartier de taille sur toutes les communautés des trois étapes de la Maurienne. Il avait attribué au collège « les droits
d'institution bénéficiale », qui étaient de cinq florins pour chaque cure et de deux florins pour chaque chapelle.
Il était loisible, en outre, au recteur d'exiger de chaque écolier, pour son inscription, un florin, « une fois tant seulement », pour toute la période de ses études.
Enfin, il pouvait exiger six florins annuels par écolier de tous ceux qui, « soit en leur particulier, soit par le moyen du général de leur communauté, n'auraient pas contribué à la levée du demi-quartier » dont nous avons parlé ci-dessus.
Les administrateurs recommandent au recteur « de soulager quant à l'exaction dudit scolage les notoirement pauvres et ceux qui seront chargés de nombre d'enfants résidents au collège. »
Aussitôt que les revenus du collège arriveront à huit cents florins, Jacques Bertrand en emploiera trois cents pour le traitement d'un second maître, « pour le seconder en toutes occurences ». Dès qu'ils atteindront mille florins, il en distraira deux cents pour le traitement d'un troisième régent.
Jacques Bertrand mourut à Saint-Jean le 9 juillet 1629 (1). Son fils, qui portait le même prénom, lui succéda dans ses fonctions de recteur ; mais il ne lui survécut que de sept années.
Faute de ressources, le collège Lambert végéta près
(1) Dans la séance du 27 février 1628, les syndics signalent au conseil de ville « quelques défauts et manquements que l'on a reconnus arrivés au collège et les nouveautés qu'on y veut introduire au préjudice de la jeunesse ». — Le conseil nomme une délégation pour en conférer avec le sieur Bertrand régent principal. (Archives municipales, série BB, section 2.)
d'un siècle, avec ses trois régents, y compris le recteur. Le 10 novembre [648, les syndics représentent au conseil que la toiture du collège esl 1res mauvaise, < qu'il pleul dans les chambres, ce qui incommode grandement tant les maîtres que les escoliers qui dorment dans icelles » (1). En ib'78, les bâtiments du collège sont « menaces d'une totale ruine ».
D'un autre côté, L'instruction et la discipline laissaient beaucoup à désirer. En i65a, les administrateurs du collège exposenl à l'évoque (pie cet établissement tombe en décadence par la faute des régents qui ne s'occupent pas suffisamment des écoliers. L'évèque ordonne que les professeurs feront chaque mois la proclamation des places, en présence de deux chanoines, afin que l'on connaisse les progrès réalisés par chaque élève d'un mois à l'autre, et cela sous peine d'un ducaton à retenir sur leurs gages. Déplus, le procureur tiseal delévèchéet les syndics visiteront le collège tous les mois tant pour voir les mesures à prendre pour la maintenance des bâtiments que pour constater les progrès des élèves (12). La situation ne se trouve pas améliorée en ib'5y, car les syndics déplorent que « la jeunesse étudiant dans le collège Lambert, au lieu d'augmenter en science et en vertu, va déclinant par le manquement de la vigilance des régents ».
En 1689, le collège dut même fermer. Les bâtiments tombaient en ruines ; les revenus avaient notablement diminué par suite des guerres et de l'insolvabilité d'un grand nombre; de débiteurs. Le 21 décembre, le
(l)Arch. municip., Bérie BB., Bection "2.
(2) Délibération du conseil de ville, 11'- octobre 1652.
conseil de ville, considérant la perte qui résulte, pour Saint-Jean et loute la province, de la cessation des classes au collège Lambert, décide d'attribuer à cet établissement les revenus de l'aumône de la Pentecôte, afin de rétablir les trois régents qui enseignaient autrefois et relever la maison de ses ruines.
La plupart des communes, sur l'invitation de Mer Valperga de Masin, contribuèrent aux réparations, dont les plus urgentes étaient achevées en 1700.
Pour accroître le patrimoine du collège et le doter d'un cycle complet d'enseignement, Mgr de Lambert avait compté sur le temps, sur les libéralités des prêtres et des laïques.
L'un des premiers bienfaiteurs du collège fut le sieur Claude des Flammes, qui légua à cet établissement une maison voisine avec les prés adjacents (1).
Dans son testament du 14 octobre 1647, Rd Pierre Duverney, docteur en théologie et en droit canon, protonotaire apostolique, chanoine et chantre de l'église cathédrale de Maurienne, vicaire général et officiai de l'évêché, confirma la donation antérieurement faite de mille ducatons en faveur du collège Lambert. De plus, il stipula que du revenu de sa propriété de Lancessey qu'il donnait à la ville en faveur des pauvres et qui a gardé depuis le nom
(1) Dans la séance du 13 avril 1646, le conseil de ville décide de faire un chanté général solennel pour le remède de l'âme du sieur Des Flammes. En 1651, l'administration du collège avait loué cette maison à une femme de mauvaise vie. C'était un danger pour les élèves. Le conseil de ville enjoignit à cette femme de se retirer dans les trois jours avec sa famille sous peine d'être chassée hors du territoire de la commune.
de « Maison de Charité ». on prît annuellement dix-huit quartes de seigle et douze d'orge pour entretenir au collège trois enfants pauvres de la ville, et cent florins pour faire apprendre des méliers à des jeunes gens pauvres, donl l'un sera toujours de Villareinbert, à la nomination du syndic de cette commune (i).
Rappelons également les legs faits par Antoine Cullierat, notaire ducal et bourgeois de la cité de Maurienne (ap août 1686) ; par demoiselle Isabeau Albrieu (19 juin 1690) ; par IV1 Joseph Jouvencel, cure de Pontamafrey, qui, par son testament du 3o janvier 1697, constitua pour son héritier universel le collège Lambert. Cette dernière hoirie s'élevait à la somme de 5.4o3 florins.
Après L'évêque de Lambert, les deux bienfaiteurs auxquels le collège est le plus redevable, sont Révérends Antoine Bonjean et Joseph Collomb.
Considérant « la perte que font les enfants de cette province faute d'avoir une rhétorique établie dans le collège de la présente cité estant quelquefois obliges d'interrompre leurs études et d'y renoncer pour n'avoir les moyens d'aller les faire hors de ladite province ; considérant aussi que ceux-mêmes qui sont en état d'aller parachever leurs études dans un âge si jeune et si tendre sont exposés à se débaucher et à perdre le fruit des soins que leurs parents ont pris pour leur éducation », Rd Antoine Bonjean, docteur en théologie, en droit, chanoine et chantre de l'église de Maurienne, par donation entre vifs du
(1) Dans sa séance du 3 décembre 1647, le conseil de ville décide d'élever une pierre de marbre en mémoire de Révérend Dnverney.
i3 janvier 1707, donne la somme de six mille florins pour aider le collège à payer un régent qui enseignera la rhétorique (1).
Dans sa séance du 18 janvier 1707, le conseil municipal de Saint-Jean décide que, pour marquer sa reconnaissance, il fera faire le portrait de ce bienfaiteur de la ville et de la province (2).
En 1709, Rd Joseph Gollomb, chanoine de la Cathédrale, fait don au collège de la somme capitale de 18.000 florins pour fonder la chaire de philosophie. D'après les intentions du fondateur, cette science devra être enseignée annuellement par deux régents : l'un chargé de la logique et de la physique, et l'autre du cours de philosophie proprement dit.
Six ans plus tard, Collomb institue le collège pour son héritier universel, à la condition qu'une partie de ses revenus sera consacrée à l'établissement d'une classe de cinquième.
Dans une délibération du conseil d'administration du collège, en date du 2 novembre 1724, il est fait mention de la nomination de Rd François Croset « pour enseigner la classe de sixième et septième, à la place de Rd Louis Mollaret qui a quitté le collège ».
Cette dernière classe existait donc depuis quelque temps, mais nous ne connaissons pas le nom du fondateur ni la date précise de cette fondation.
(1) Par son testament en date du 27 janvier 1712, le même Antoine Bonjean lègue la somme de mille florins pour l'établissement du grand séminaire.
(2) Il avait rendu le même hommage à Rd Joseph Jouvencel, dont il avait commandé le portrait aux Dufour de Saint-Michel. (Délibération du 23 mars 1699.)
Un rapport envoyé, le 29 mars 17:29, par Les syndics de Saint-Jean à l'intendant de la province, nous fait connaître la situai ion du personnel enseignant telle qu'elle est à cette époque el telle qu'elle restera jusqu'à la fermeture du collège en 1793.
u Pour donner une idée de ce qui est à présent du collège de Lambert, nous disons qu'on y enseigne à présent la philosophie, rhétorique, humanité, troisième, quatrième, cinquième et sixième.
« Les régents et professeurs sont amovibles et nommés parles seigneurs administrateurs. Le collège est à présent comme il a été de tout temps, sous la direction de M& l'évoque, des deux plus anciens chanoines de la cathédrale el des nobles syndics de la ville de Saint- Jean. »
« On paye aux deux professeurs de philosophie trois cent trente-trois livres six sols huit deniers chacun, autant à celui de rhétorique; et aux régents d'humanité, troisième et quatrième, trois cents livres chacun ; et à celui des basses classes deux cents et quelques livres.
« Les gages desdils professeurs et régents sont payés des rentes dudil collège ».
« Les professeurs et régents (1) sont tantôt ecclé-
1I1 Parmi les professeurs laïques, citons, outre Jacques Bertrand el tils déjà nommés, le sieur Du faux, qui l'ut recteur de 1649 â 1654, Antoine Paraz, praticien bourgeois de la cité, régent de quatrième | 1654) : M1' Kostaing, recteur (1660), le médecin Tempia ou Templaz, professeur de philosophie (1764), etc. — Le docteur Tempia, de la ville de Turin, vint à Saint-Jean au mois d'avril 17»'»'t. Le conseil lui vota un subside de 100 livres, à la condition qu'il résiderait â Saint-Jean et soignerait les pauvres gratuitement.
siastiques, tantôt séculiers Mais ce collège n'est
point de communauté (i) ».
Le directeur spirituel, établi en conformité de la lettre royale du i octobre 1729 sur la Réforme des Etudes, faisait, tous les dimanches, dans la chapelle de la Congrégation, une exhortation aux élèves, après qu'ils avaient psalmodié l'office de la Sainte-Vierge. Il recevait un traitement annuel de quarante livres.
Les revenus du collège élaient administrés par un économe, qui avait pour attributions d'exiger les censés et les capitaux que l'établissement possédait ; de percevoir « les escollages » dus annuellement par les écoliers, à raison de 20 sols de Savoie pour chaque terme, soit 4 livres par année ; de payer les traitements des régenls, suivant qu'ils ont été fixés par le conseil d'administration ; de payer également les gages du portier, qui étaient de six livres, treize sols, quatre deniers par année ; de faire acquitter toutes les fondations à la charge du collège ; de poursuivre tous les procès engagés pour la défense de ses intérêts. Enfin, il devait visiter tous les mois les classes, chambres et bâtiments du collège et donner avis au conseil d'administration des réparations qu'il y avait à faire.
(1) D'après Rambaud [Histoire du Collège, p. 120), cette expression signifierait que cet établissement n'est pas la propriété de la commune. C'est une fausse interprétation. Les auteurs du rapport veulent dire que le collège n'est pas dirigé par une communauté religieuse. Nous avons cité la délibération du 21 décembre 1689, par laquelle la ville abandonne au collège, pour parfaire le traitement des professeurs, les revenus de l'aumône de la Pentecôte. Or, dans cette délibération, il est stipulé que, « quand il s'établirait une communauté audit collège, les mesmes effects seront retirés, et ladite aumône sera rétablie dans son premier état ».
Pour sa gestion, L'économe recevait un salaire annuel de cenl el six livres monnaie de Savoie.
Un certain nombre d'élèves négligeaient de payer les droits de « Bcolage ». Afin de les y contraindre, le conseil d'administration prit, le 19 avril 1734, une mesure d'une sévérité draconienne.
« Quant à la coutume où l'on est depuis l'époque de la fondation du collège d'exiger de chaque écolier qui n'est ni de la ville, ni de Villarembert, ni de Saint-Sorlin (1). quatre livres par an, en quatre termes, pendant tout le cours de ses études au
collège, pour suppléer aux rentes dudit collège
Or, sur le refus que font quelques écoliers de payer lesdites quatre livres, il sera permis à chaque régent, dans sa classe, après trois avertissements publics qu'il fera à ses écoliers de payer lesdits droits, de faire sortir de la classe ceux qui seront rénitents.
« Et pour que lesdits régents tiennent main à faire observer la présente délibération, il a été décidé que chacun d'eux devra donner aux administrateurs une liste exacte de tous les écoliers de sa classe et qu'on lui imputera à compte de ses gages annuels la somme due par ses écoliers. »
Une copie de cette délibération est envoyée à chaque régent qui doit la signer, en accuser réception et la publier dans sa classe respective.
(1) Les élèves de ces paroisses en étaient exempts par suite de fondations particulières : celle de Rd Pierre J)uverney pour Villarembert (7 janvier 1648; ; celle de Vincent Gharpin pour Saint- Sorlin (1710).
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Antoine Reymond, recteur.
On fait appel a une Congrégation religieuse.
Projet d'internat. — Règlement.
Après la mort de Jacques Bertrand, en i636, la charge de principal fut exercée par Rd Antoine Reymond, chanoine de la cathédrale. Le nouveau recteur, dont son contemporain le chanoine Damé fait le plus grand éloge, ne réussit pas à vivre en bonne intelligence avec les deux autres régents. En 1640, il informe les syndics qu'il a congédié messire Constantin, l'un des régents, qui ne veut recevoir aucun commandement et dont les mœurs, d'ailleurs, ne sont point exemplaires (1). Messire Constantin n'avait probablement pas tous les torts, puisque, en 1643, un autre régent, le sieur Bertrand, déclare qu'il quitte le collège « pour ne pouvoir s'accorder avec le régent principal ». Le 3o octobre 1644» les syndics congédient à son tour le chanoine Reymond et proposent, pour le remplacer, au moins provisoirement, le chanoine Machet (2). Celui-ci démissionne au mois d'octobre 1647 pour raison de santé. Il est remplacé par Claude Monod.
C'est sans doute pour remédier à l'indiscipline et
(1) Délibér. du conseil des 13 avril et 15 octobre 1640.
(2) Arch. municip., série BB.
— ai —
au manque d'unité de vue, suite nécessaire de ces changements trop fréquents de régents, que K'1 Duverney, vicaire général, conçut Le projet de confier la direction du collège Lambert à une congrégation religieuse (i). Pour aider à cet établissement, il s'engageait à fonder une renie annuelle de trois cents ducatons.
La congrégation à laquelle s'adressa 111 Duverney est celle des Pères de l'Oratoire, qui avaient une maison à Lyon.
Les Pères vinrent à S^Jean, mais ne purent s'entendre avec la municipalité (2).
Ce projet ayant échoué, le eonseil délibéra d'établir un laïque pour premier régent, « altendu le défaut arrivé par l'alternative régence de prêtres ». Le sieur Monod, qui avait exercé jusqu'en 1648 les fonctions de principal, venait d'être pourvu de la cure de Yillard-d'Héry. En dépit de l'engagement qu'il avait pris d'exercer la première régence pendant six ans, il avait fait des démarches d'abord pour obtenir la cure de Sollières, ensuite le canonicat vacant par le décès de Rd Duverney, vicaire général.
Les syndics, dans les séances du conseil de ville des 18 et 23 octobre 1648, proposèrent de remplacer R1 Monod par un laïque, et fort à propos il s'en présentait un « très capable », le sieur Dufaux. La raison de ce choix, c'était « afin (pie tel régent puisse entretenir pensionnaires, par le moyen de quoi le collège peut être rétabli et relevé ainsi qu'il était pendant que le sieur Bertrand, docteur en médecine,
(1) Arch. municip., série BB. Délib. fin conseil do ville, 4 janvier 1644.
Ibid,
a tenu la place de premier régent : ce qui ne peut être fait par un prêtre ne tenant ménage pour entretenir pensionnaires ».
Le sieur Bertrand, procureur fiscal de l'évêché, reproche à Monod d'avoir relâché les liens de la discipline. « Les écoliers, dit-il, sont pour le présent mal morigénés, ils vont vagabonder deçà delà, dissipant les fruits ». Pour corriger cet abus, il faudrait garder les élèves dans l'intérieur du collège et placer ceux de la ville sous la surveillance d'un pédagogue chargé de les accompagner à l'aller et au sortir du collège.
Claude Varcin désirerait qu'un premier régent laïque tint des pensionnaires et les dressât à représenter des histoires (drames historiques), ce qui aurait le double avantage de contenir les élèves et de les « habiliter » aux études.
Le vicaire général est d'avis qu'il ne faut rien décider avant le retour de l'évêque. Ce sentiment est appuyé par le sieur Bertrand, qui observe qu'il ne convient pas d'établir un nouveau recteur sans l'assentiment de l'évêque, que d'ailleurs ce dernier est plein de bonne volonté pour le collège.
D'autres estiment qu'on pourrait, en attendant l'arrivée de l'évêque, faire passer un examen au sieur Dufaux pour s'assurer de sa capacité (i).
Il paraît que l'évêque ratifia le choix du conseil municipal, puisque le sieur Dufaux fut installé comme premier régent (6 janvier 1649).
Il fut chargé de faire observer le règlement suivant, dont nous transcrivons le texte intégralement,
(1) Arch. municip., série BB,
afin de montrer l'esprit qui présidai! à l'éducation du collège Lambert.
Article Premier. — Que, suivant l'établissement ja cidevant l'ail à tOU9 les principaux et premiers régents du collège, lui sera estably La somme de cinq cents florins annaels pendant sa vie et que fidèlement il exercera ladite charge.
Art. -2. — Outre quoi il jouira aussi et percevra pour l'inscription de chaque escolier pour une fois tant seulement, sans le réitérer, pendant que ledit escolier sera résident et assidu, un ilorin.
Art. 3. — Item de chaque provision de cure cinq florins pour le Séminaire et deux florins de chaque chapelle suivant l'ordre et establissement fait par M?r Philibert Milliet.
Art. 4. — Il jouira aussi du logis et bâtiment dudit collège pour lui, ses commensaux et chambriers, sauf des chambres qui sont assignées par les sieurs administrateurs aux autres deux régents du collège.
Art. 5. — Jouira encore du jardin, verger et enclos, place et commodités dudit collège, le tout à la forme des conditions et capitulations suivantes.
Xrt. 6. — Savoir qu'il sera tenu registre de tous escoliers qui se présenteront et seront inscrits audit collège et qu'à toutes les premières rentrées après fériés de vendanges, de Noël Pasques et la Saint-Jean, il sera tenu et obligé d'en tenir semblable rôle, et icelui consigner dans huit jours après à l'économe qui sera député par les administrateurs pour exaction du scolage...
\RT. 7. — Sera tenu de résider ordinairement dans ledit collège sans pouvoir icelui absenter plus d'un jour ou deui - ins le consentement des administrateurs et de subroger à sa place un homme capable comme aussi d'enseigner les cas de conscience.
Art. 8. — Fera observer tant que faire se pourra les règles et statuts ci-devant establis et observés dès la fondation du collège tant pour la résidence des escoliers demeurant en ville qui en tout temps hors de férié sont tenus de résider dans le collège, scavoir c'est dès deux heures jusqu'à six et l'hiver depuis midi jusqu'à quatre heures auxquels seront constitués nottes aux incongrus... . et pétulants, et sera constitué un portier pour tenir les clés de la grande porte et ne permettre qu'aucun escolier ne sorte dudit collège sans la permission du principal ou du régent de sa classe
Art. 9. — Que seront aussi establis des observateurs clandestins pour rapporter au principal du collège tous actes insolites qui seront commis par les écoliers tant dans l'église que dans le collège et hors d'icelui pour être les coupables châtiés et corrigés soit particulièrement ou publiquement les écoliers assemblés ainsi que le cas le réquéra.
Art. 10. — Seront continuées les prières ordinaires qui se font à l'entrée et sortie des classes, et le soir de ceux qui résident au collège avec les prières establies en particulier le matin et le soir conformément au saint concile de Trente...
Art. 11. — Toutes les dimanches et festes sera baillée leçon aux écoliers de catéchisme du père Ganisius ou doctrine chrétienne, selon la capacité de chaque écolier
de chaque classe pendant une heure pour chaque
classe, et d'enseigner aux jours de fêtes et le jour qui se trouvera commode et deux fois la semaine les cas de conscience le dimanche et jeudi à heure commode.
Art. 12. — Et le même jour l'on convoquera tous les escoliers de la grande classe pour y réciter les litanies de Notre-Dame avec les oraisons des fondateurs, bienfaiteurs et autres accoutumées, et ce à l'issue des vêpres des Rds Pères Capucins ou de l'église cathédrale, et
autres règles qui seront baillées par écrit et ce à la forme des fondations par eux faites.
A ht. i3. — Le sieur principal du collège aura toute autorité pour l'observation des règles du collège tant sur les seconds maîtres que sur tous les écoliers. Les seconds maîtres seront tenus lui obéir pour ce qui concerne leur charge et règles du collège sans qu'ils puissent établir nouvelles règles sans le consentement du principal... » (i)
Dufaux exerça les fonctions de premier régent jusqu'en 1609 («2).
(1) Délib. du cons. de ville, 6 janvier 1649. (Arch. municip., série BB.)
(2) Dans les délibérations municipales, à la date du 27 juillet 1650, nous lisons ce trait de mœurs : « Le sieur Dufaux, principal in collège, s'est plaint que quelques particuliers sont entrés dans le collège où ils ont saisi un écolier et l'ont conduit dans un pré 1 liamassot au-dessous des Capucins. Us l'ont attaché à un arbre, l'ont battu et maltraité, et l'ont laissé attaché audit arbre ».
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