LA REFORME DES ETUDES
Dans sa Notice du diocèse de Maurlenne, Rd Savey, vicaire général de Msr de Rosignan, parle ainsi du collège Lambert :
« La ville de S* Jean est ornée d'un collège où l'on enseigne les belles-lettres et la philosophie...
« Depuis le nouveau système des études, le Roi l'a mis, comme les autres collèges, sous la juridiction des réformateurs de l'Université de Turin, et il a établi un réformateur dans la province, qui a inspection sur tout ce qui est du bon ordre des études, ce qui n'empêche pas que les seigneurs administrateurs ne se donnent les mêmes soins qu'auparavant et ne nomment les régents qui sont obligés d'obtenir des patentes d'établissement des magistrats de la Réforme. »
Ce nouveau syslème d'études avait été établi en 1729, par la création du Magistrat de la Réforme des Etudes, sorte de commission supérieure de l'instruction publique qui nommait les professeurs, élaborait les programmes d'étude, réglait toutes les questions de méthode et de discipline. Les Constitutions de Victor-Amédée II donnaient une organisation universitaire unique et commune à toutes les provinces des Etats sardes. Pour veiller à l'exécution des mesures
édictées par le Magistral de la Réforme, un réformateur avait été établi dans chaque province.
L'application de cette réforme aux collèges libres, particulièrement en Savoie, rencontra, naturellement, une assez vive opposition. (Vêtait une atteinte du pouvoir central aux libertés locales.
Victor-Amédée écrivit aux archevêques et évèques de ses Etals, qui avaient jusqu'alors la haute direction de renseignement, pour les rassurer sur les conséquences de la nouvelle organisation. Le roi les informait que, dans la Réforme des Etudes, il avait eu en vue la piété non moins que la science, « n'étant pas assez que les esprits soient éclairés, si en même temps les cœurs ne sont pas enflammés de l'amour dune vraie et sainte sagesse ».
Il priait les prélats de choisir et de désigner les ecclésiastiques les plus capables pour remplir les fonctions de directeur spirituel, qu'il avait établies afin d'insinuer la piété chrétienne dans l'esprit et le cœur des étudiants. Il leur recommandait de veiller sur la religion et la moralité des écoles et de lui signaler tous les désordres dont la répression réclamerait l'intervention de l'autorité royale.
Une autre lettre de S. M. aux syndics des villes les invitait à veiller attentivement à maintenir le bon ordre dans les écoles et leur confiait un certain droit d'inspection.
Cette centralisation de l'enseignement, qui présentait des avantages considérables, avait aussi l'inconvénient de ne pas tenir compte des nécessités locales. Ainsi, le calendrier scolaire envoyé par le Magistrat de l'Université de Turin fixait le commencement de la classe à 9 heures du matin pour les mois de
novembre, décembre et janvier, et à 8 heures depuis le mois de février jusqu'au 21 août. Le soir, pendant l'été, la classe ne devait commencer qu'à 4 heures.
Celte disposilion, dit une délibération des administrateurs du collège Lambert du 18 novembre 1729, cause beaucoup de dérangements. En effet, les élèves ne devant sortir qu'à 11 heures, le malin, « pour aller à la messe aux Capucins dont l'église est attenante audit Collège, on ne dit plus de messe à ladite heure, aux Capucins ni ailleurs. En outre, la plupart des écoliers de cette ville étant des enfants des artisans, et les étrangers demeurant aussi chez lesdits artisans, dont l'heure du dîner est à dix heures, cette mesure les dérange extrêmement ».
Le conseil d'administration prie donc l'intendant de la province d'intervenir pour que le soin de fixer les heures des classes soit laissé à l'administration du collège, « pour la plus grande commodité des écoliers et du peuple ».