‹ L'Instruction publique en Maurienne avant la râevolution (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · L'ASSISTANCE AUX OFFICES RELIGIEUX LA MESSE DES CAPUCINS · texte numérisé non relu

L'ASSISTANCE AUX OFFICES RELIGIEUX LA MESSE DES CAPUCINS

Comme nous venons de le voir, la religion occupait une place d'honneur dans le collège Lambert. Tous les jours, au sortir de la classe, les élèves assistaient à une messe, sous la surveillance de leurs professeurs. Us se transportaient de l'autre côté de la rue, dans l'église des Capucins qui, en vertu d'une tradition dont nous ignorons l'origine, étaient tenus de donner une messe à cette heure tardive.

En 1729, le Magistrat de la Réforme imposa la construction d'une chapelle à l'intérieur du collège. En 1730, l'intendant de la province enjoignit aux administrateurs de mettre incessamment cette chapelle en état et de la pourvoir de vases sacrés et des ornements nécessaires pour la célébration de la messe (1).

Pour se conformer à cette ordonnance, les administrateurs prient les députés du Chapitre qui doivent se rendre à Turin pour prêter serment de fidélité à Charles-F]mmanuel III, d'acheter l'étofFe pour faire une chasuble, un voile de calice et un devant d'autel, ainsi qu'un tableau de l'Annonciation.

Pendant l'occupation espagnole (1742-1748), les

(1) Registre des délibérations municipales, 10 novembre 1730.

bâtiments du collège furent transformés en caserne et en entrepôt de munitions (i).

En 1^53, la chapelle manquait encore de tout ce qui est nécessaire pour la célébration du Saint Sacrifice : vêtements sacerdotaux, nappes, missel, pierre sacrée, devant d'autel.

Lorsqu'elle fut en état, cette chapelle servit, le dimanche, aux réunions de la Congrégation. Les élèves récitaient l'office de la Sainte-Vierge et le directeur spirituel leur expliquait le catéchisme ou leur adressait une allocution. Nous avons vu, dans une délibération du conseil de ville du 26 juin 1763, que le directeur spirituel et les régents se dispensaient trop facilement de ces excercices et qu'ils en abandonnaient la direction à un écolier, « ce qui tournait en dérision toutes les représentations chrétiennes qu'il pouvait faire aux autres ».

Pour l'assistance quotidienne à la messe, les élèves continuèrent à se rendre à l'église des Capucins, où il leur arriva plus d'une fois d'attendre en vain un célébrant (2).

Cete incurie des Pères Capucins donna lieu à un procès devant le Sénat, qui n'était pas encore terminé à l'époque de la Révolution.

Le 7 janvier 1782, les administrateurs se transportent au couvent afin de demander au P. Gardien le motif pour lequel « il avait manqué de faire donner

(1) Cependant le collège ne fut pas fermé. Les classes se faisaient dans une maison appartenant à Pierre-Jacques Clair, rue du Mollard d'Arvan (Rambaud, p. 143).

(2) Le 11 décembre 1763, qui était jour de dimanche, les élèves s'étant rendus, selon la coutume, à 10 heures, à la chapelle des Capucins, n'y trouvèrent aucun prêtre pour célébrer la messe. Ils furent obligés de se passer de messe.

la messe aux écoliers, à la sortie des classes, ainsi qu'il a été pratiqué dans le passé de temps immémorial ».

Le P. Gardien répond qu'il ne refusera pas à L'avenir de donner la dite messe ; mais, comme ses religieux sont obligés de vaquer à des missions dans les différentes paroisses où ils sont appelés, il ne reste au couvent que des vieux et des valétudinaires. En conséquence, il propose de donner la dite messe plus tôt. « immédiatement après la récitation des leçons des écoliers ». Les administrateurs, après en avoir référé à l'évoque, acceptent « provisoirement, sans préjudicier à la possession dudit collège et sans tirer à aucune conséquence ».

Le 22 décembre 1784, le chanoine Borrivent et le syndic Albrieux écrivent au P. Provincial des Capucins de Chambéry « aux Uns d'obliger les Pères du couvent de Saint-Jean de donner journellement la messe aux écoliers du collège » ; ce qu'ils ont refusé de faire depuis quelque temps, quoiqu'ils y soient obligés.

La réponse du P. Provincial n'ayant pas été favorable, les administrateurs prirent, le 26 janvier 1^85, la délibération suivante :

« Attendu le refus obstiné des Rds Capucins de celle ville de donner une messe comme à l'ordinaire aux écoliers du collège de Lambert, au sortir des classes, le matin, malgré les instances faites auprès d'eux pour les engager à donner la dite messe, sans former des difficultés. Eu égard à la possession immémoriale qu'a le collège d'avoir la dite messe, au sortir des classes et au sortir de la congrégation les jours de fêle ; il a été délibéré et

arrêté de se pourvoir au Sénat pour contraindre les Rds Capucins à donner la dite messe. M. le grand vicaire sera chargé d'écrire à M. Ract, procureur du collège, pour faire les poursuites nécessaires. »

Le recours au Sénat n'avait-il pas eu l'effet désiré ou bien le procès était-il encore pendant à cette date ? Toujours est-il que, le 29 août de la même année, on décide de « recourir à Sa Majesté le Roi pour obtenir des provisions convenables contre les Rd« Pères Capucins, afin que les écoliers ayent la messe.

Nous ne connaissons pas non plus le résultat de ces démarches.

En novembre 1788, il est décidé « que les écoliers entendront tous les jours la messe dans la chapelle du collège, moyennant payer, dans la huitaine après la rentrée, vingt sols chacun entre les mains du receveur du collège ; sans que cela puisse tirer à aucune conséquence ni préjudicier en aucune manière au droit que peut avoir le collège contre les Rds Pères Capucins de cette ville » (1).

(1) En 1789, le couvent des capucins de Saint-Jean se composait de 7 prêtres, 3 frères et \ valet. (Arch. dép. G. 806.)

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