L'EDUCATION DES FILLES
Pensionnat des Bernardines.
En 1776, dans un rapport au roi sur une requête présentée par les religieuses Bernardines de Chambéry, l'intendant général de la Savoie dit que ces religieuses « avaient des pensionnaires très bien éduquées, soit dans les principes de la religion, soit dans les travaux manuels qui sont les plus propres à leur sexe, soit aussi dans la lecture et l'écriture » (1).
Telle était aussi, sans doute, l'éducation que donnaient leurs sœurs de Saint-Jean-de Maurienne qui étaient venues s'établir dans notre ville en 1626, sous la conduite de la mère Thérèse de Ballon, réformatrice de l'ordre.
Nous lisons dans le livre de raison de Claude- François de Rapin, à la date du 17 avril 1763 : « J'ai donné onze livres à ma fdle Suson pour payer un mois de pension au couvent des Bernardines » (2).
Quelques demoiselles des familles les plus huppées de la noblesse ou de la bourgeoisie allaient faire leur éducation à Turin ou à Chanibéry.
Le 12 vendémiaire an VI (3 octobre 1797), Françoise du Col, née Pacoret, épouse de Vincent Sibué du
(1) Arch. dép. C. 74.
(2) Suzanne de Rapin fit plus tard profession dans le même couvent. (Récits mauriennais, 2e série, p. 251.)
Col de Saint-Jean, présente à l'administration municipale du canton une pétition tendant à obtenir un certificat constatant que leurs filles Françoise et Marguerite n'ont été envoyées en pays étrangers dans le courant d'août 1792 que pour leur éducation.
Cette démarche avait pour but d'empêcher l'application à ces demoiselles en pension de la loi du 19 fructidor concernant les émigrés.
En 1793, le couvent, ainsi que le pensionnat des Bernardines, furent fermés. Ce fut une grande perte pour l'éducation des filles. Il est plus facile de détruire que de remplacer.
Lorsque le collège Lambert eût été rétabli par les soins du sous-préfet Bellemin, une pétition au nom de plus d'un millier de personnes de Saint-Jean, en le remerciant de ce service rendu à l'instruction des jeunes gens, le priait de « s'intéresser au sort des demoiselles en prenant les mesures que sa sagesse lui dicterait pour l'érection d'un pensionnat destiné pour elles ».
Il va sans dire que, en dehors du pensionnat des Bernardines fréquenté par les demoiselles de la bourgeoisie, il y avait d'autres écoles pour les enfants des familles moins aisées.
Mais il nous est difficile d'apprécier le degré d'instruction des femmes sous l'ancien régime. La constatation suivante permettra d'en avoir une idée.
En pluviôse an II, deux membres de la municipalité de Saint- Jean se transportent au domicile des émigrés pour faire l'inventaire du mobilier. Sur 14 femmes invitées à signer l'inventaire, y ont apposé leurs signatures, les autres ont fait leur marque (1).
(1) Arch. de la Soc. d'hist. de Maurienne.
Ces femmes n'appartiennent pas toutes à la classe bourgeoise : il y a des gouvernantes, des femmes de perruquier, de menuisier, etc.
Dans son Etat succinct du diocèse de Maurienne, Rd Esprit Combet constatait que dans les paroisses depuis Lanslebourg jusqu'à Saint- Jean, « la plupart des femmes savaient lire et écrire » .
Il est probable que l'instruction féminine était moins avancée dans les autres paroisses du diocèse.
En général, les femmes étaient peu instruites, du moins dans ces connaissances qui n'ont pas d'autre but que la culture de l'esprit. Molière a fait œuvre d'historien autant que de moraliste, en traçant ce portrait des femmes d'autrefois :
« Elles ne lisaient point, mais elles vivaient bien ; « Leurs ménages étaient tout leur docte entretien ; « Et leurs livres, un dé, du fil et des aiguilles, « Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles. »
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