‹ L'Instruction publique en Maurienne avant la râevolutionChapitre 12 sur 53 · LA CONFISCATION DES FONDATIONS SCOLAIRES · texte numérisé non relu

LA CONFISCATION DES FONDATIONS SCOLAIRES

Une autre cause ne contribua pas moins puissamment que la difficulté du recrutement des instituteurs à la ruine de l'instruction primaire : ce fut la confiscation de toutes les fondations scolaires.

Nous avons vu que toutes les écoles qui existaient en Maurienne étaient gratuites, grâce à de nombreuses dotations faites par la charité chrétienne, qui considérait l'instruction des enfants comme une des formes les plus méritoires de l'apostolat. La Révolution, après avoir mis la main sur les biens ecclésiastiques, insatiable dans ses besoins pécuniaires, s'empara également des fondations faites en faveur des écoles.

Le i3 du 2e mois de l'an II, les administrateurs du département écrivent à ceux du Directoire du district de Saint-Jean qu'ils s'occupent, à l'exemple de la Convention nationale, de réorganiser l'instruction publique dans le département du Mont-Blanc.

Pour aider à l'exécution du plan qn'ils méditent, « il importe de savoir si on ne pourrait point y appliquer le revenu de toutes les bourses de séminaires, pauvres clercs, pauvres écoliers, et autres qui ont servi plutôt à détruire la Révolution qu'à la créer ».

« Veuillez, citoyens, nous faire, dans la huitaine ou plutôt s'il est possible, un rapport exact sur les

différentes bourses qui existaient rière votre ressort, sur la nature, l'objet et les conditions des fondations qui en ont été l'origine, et principalement sur la qualité de leurs revenus ; l'on pourrait, ce semble, après avoir rempli les fondations, trouver un gros superflu qui pourrait servir à l'institution projetée, dont le prix ne peut être senti que par les hommes libres.

Salut, fraternité et union.

Ghamoux, président.

Mermoz, secrétaire.

La plupart des municipalités dissimulèrent soigneusement l'état des fondations scolaires et, grâce à cette tactique, conservèrent de précieuses ressources qu'elles purent utiliser en des temps meilleurs. Mais un grand nombre de ces fondations ne purent échapper aux investigations des commissaires révolutionnaires et tombèrent dans ce gouffre énorme du déficit que le Gouvernement jacobin creusait chaque jour (i).

Après avoir démoli, la Révolution fut impuissante

(1) Une délibération de l'administration municipale du canton de Saint-Michel, en l'an VII, nous révèle une autre cause de ruine pour les écoles :

«... Vu les réclamations généralement faites par les habitants du canton sur l'impossibilité de soutenir les écoles tant des communes que des hameaux eu égard à la modicité des fonds à ce destinés et au surhaussement des salaires des maîtres d'école;

Vu la représentation légitime desdits habitants portant que la modicité des fonds actuellement affectés au service des écoles provient de ce que la majeure partie desdits fonds se trouvant en capitaux à l'époque de la dépréciation du papier-monnaie ils ont presque tous été remboursés en papier-monnaie et ont été ainsi presque réduits à rien... »

à reconstruire. Nous reconnaissons que la Convention Nationale, au milieu des dangers qui l'entouraient et des occupations multiples qui sollicitaient son activité, ne perdit pas de vue la grande affaire de l'éducation nationale. On ferait un volume avec les lois et décrets qu'elle promulgua sur cette matière. Mais cette multiplicité de projets qui n'entrèrent jamais dans le domaine de l'application ou furent promptement remplacés l'un par l'autre, atteste l'inexpérience et l'insuccès des pédagogues révolutionnaires. Leurs réformes, comme nous le verrons, allant à l'encontre des traditions du passé, faisant fi des croyances de la majorité de la nation, devaient nécessairement échouer.

Parmi les divers projets élaborés par la Révolution, il en est un qui contient les principales dispositions des précédents et qui est l'expression du suprême effort des assemblées révolutionnaires en fait d'instruction : c'est la loi de brumaire an IV édictée sur le rapport de Daunou ; elle fut pendant près de sept ans la charte de l'enseignement en France.

Les deux principaux articles sont ceux qui concernent les arrondissements scolaires et les jurys d'instruction.

Le premier ordonnait l'établissement dans chaque canton d'une ou plusieurs écoles dont les circonscriptions seraient déterminées par les administrations départementales. En Maurienne où il y avait autrefois une école pour chaque commune, souvent pour chaque hameau, cette prescription souleva une vive émotion dont nous trouvons un écho dans une délibération de l'administration municipale du canton de Saint- Jean.

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