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LES ECOLES

Dans la séance du 22 messidor an IV, le secrétaire de cette administration donne lecture d'un arrêté de l'administration du département, du 2 courant, fixant au chiffre de sept le nombre des presbytères à conserver dans chaque canton pour l'établissement des écoles primaires, « chaque administration municipale devant, y est-il dit, s'occuper sans délai de déterminer l'emplacement des susdites sept écoles, en ayant égard à la convenance de chaque commune ».

La discussion étant ouverte, un membre observe que la commune de Saint-Jean, ayant une population excédant 2.000 âmes et étant chef-lieu, devrait avoir deux écoles primaires.

Plusieurs membres observent que, à ce compte, les communes n'ont pas toutes une école ; qu'il est impossible de joindre plusieurs communes pour la même école, parce que elles sont toutes, sauf celles du Pont, composées de hameaux épars et éloignées les unes des autres, et qu'en hiver les chemins sont impraticables d'une commune à l'autre, surtout pour les enfants ; qu'il est à propos de mettre ces inconvénients sous les yeux de l'administration du département et de lui faire voir la nécessité d'augmenter le nombre d'école de cinq, de manière qu'il y en ait une par commune, « sauf au Pont, dont la population est trop modique pour avoir un instituteur. » Cette motion est adoptée et transmise au département.

Il ne paraît pas que l'administration départementale ait consenti à cette demande. En tout cas, l'établissement d'une école dans chaque commune du canton n'eut pas lieu. Cela résulte d'une délibération de l'administration municipale en date du 6 messidor an VI. Les agents municipaux déclarent tous, sauf celui de Saint-Jean, qu'il n'existe dans leurs communes respectives aucune école primaire, excepté que pendant l'hiver quelques personnes enseignent sans avoir rempli aucune formalité ; celui de Saint- Jean dit qu'il y a dans cette ville un seul instituteur approuvé et que beaucoup d'autres individus enseignent sans approbation.

A défaut de maîtres d'école nommés par l'administration, il y avait donc des instituteurs libres, entretenus sans doute par les revenus des anciennes fondations et enseignant dans les petites localités. Ils n'avaient pas rempli les conditions imposées par la loi, dont la première était un examen passé devant le jury d'instruction (r).

Le jury d'instruction serait une des plus utiles créations scolaires de la Révolution, si l'institution n'avait pas été viciée par l'esprit de parti. C'était une commission de trois membres chargés d'examiner les citoyens et citoyennes qui voulaient exercer les fonctions d'instituteurs ou d'institutrices dans les écoles primaires. Il est regrettable que la première qualité requise chez le candidat fût le civisme entendu à la façon des Jacobins et que le diplôme ne fut guère qu'un brevet de jacobinisme.

Après avoir subi l'examen, les candidats devaient

(1) Voir Molin : Souvenirs de la persécution .

se pourvoir d'un certificat de civisme délivré par les municipalités ; c'est seulement alors qu'ils étaient nommés par les administrations départementales, sur la présentation des municipalités.

Voici un exemple de nomination tiré des Archives municipales de la ville de Saint-Jean :

Le citoyen Jean-Michel Gaden, domicilié à Saint- Jean, en l'an VI, demande à exercer les fonctions d'instituteur.

Le jury d'instruction publique, composé des citoyens Favre, Filliol et André Forment, après examen subi par le pétitionnaire, le déclare apte à remplir les fonctions d'instituteur primaire pour la lecture, l'écriture, le calcul et les éléments de morale républicaine.

Vu le certificat délivré par la municipalité portant que ledit Gaden a paru manifester un vrai patriotisme et qu'on n'a jamais rien reconnu en lui de contraire à la probité pendant le temps qu'il a été huissier de la dite municipalité, ledit certificat donné sur invitation du Comité révolutionnaire de Saint-Jean du 3 thermidor an II.

Ouï l'agent municipal de cette commune qui déclare ne connaître aucun fait à la charge du pétitionnaire qui soit contraire à la probité et aux mœurs républicaines, l'administration municipale du canton, dans sa séance du 29 messidor an VI, arrête de présenter le citoyen Gaden à l'administration centrale du département comme candidat instituteur primaire en cette commune de Saint-Jean.

Ce que valait le personnel recruté par ces moyens, nous pouvons le juger par le cas suivant :

Un citoyen nommé lludel Jean-Baptiste, après avoir

été examiné par le jury d'instruction en l'an V, avait enseigné successivement à La Chambre et à Saint- Jean. Révoqué de sa place d'instituteur de cette dernière localité par un arrêté du département en date du 17 fructidor an VI, il offrit ses services aux habitants des Marches ou d'une commune voisine.

Par une lettre du a5 brumaire an VII, l'administration municipale du canton des Marches demanda des renseignements à celle de Saint-Jean sur la conduite de Rudel. Voici quelle fut la réponse :

« Sans vous citer les faits, nous pouvons vous certifier et nous vous assurons avec justice que cet individu a manifesté ici une immoralité digne du mépris de tous les citoyens et y a tenu une conduite qui répugne à tout honnête républicain. Conséquemment nous le croyons indigne d'aucune confiance pour une place d'instituteur primaire ».

Sans doute, les Rudel étaient une exception. Néanmoins le consciencieux auteur des Origines de La France contemporaine a cru pouvoir porter ce jugement sévère sur le personnel enseignant du Directoire : « Gomme l'instruction doit être laïque et jacobine, presque partout l'instituteur est un laïque de rebut, un jacobin déchu, un ancien clubiste famélique et sans place, mal embouché et mal famé. Naturellement les familles refusent de lui confier leurs enfants. Même honorable, elles se détournent de lui. C'est qu'en 1800, jacobin et vaurien sont devenus deux mots synonymes. Désormais, les parents veulent que leurs enfants apprennent à lire dans le Catéchisme et non dans la Déclaration des Droits. Selon eux, le vieux manuel formait des adolescents policés, des fils respectueux ; le nouveau ne fait que des

polissons insolents, des chenapans précoces et débraillés ».

Le mauvais recrutement des instituteurs et l'absence de tout principe religieux, voilà bien les deux causes principales de l'échec de renseignement révolutionnaire. Dans sa Statistique du Montblanc, le premier préfet de ce département, Sauzay, attribuait surtout à la dernière de ces causes la décadence des écoles dans le pays qu'il avait à administrer. « Un invincible sentiment, disait-il, fait et fera toujours croire à l'immense majorité que l'instruction ne saurait être totalement dégagée d'une doctrine, d'une morale religieuse, sans des inconvénients plus préjudiciables à l'intérêt de la société que ceux résultant de l'ignorance ».

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