LES ORIGINES
L'histoire de la Maurienne ne commence qu'au vi« siècle, avec la fondation de l'évêché par le roi Gontran. Nous n'avons que des données rares et incertaines sur les temps qui ont précédé la domination franque.
Les premiers habitants de la Maurienne que nous connaissons sont les Médules (i) venus, dit-on, de la basse Provence à une époque qu'il est impossible de préciser. Leur nom se trouve inscrit, avec celui des autres peuples alpins, sur Parc de triomphe que Marcus Julius Gottius éleva, à Suse, en l'honneur d'Auguste. Mais les nombreux monuments et objets préhistoriques découverts en Maurienne, pierres à cupules, cavernes ayant servi d'habitations, sépultures, haches en serpentine et en bronze, fibules, torsades, etc., appartiennent sans doute à une race plus ancienne.
Protégés par leurs hautes montagnes, les Médules ne furent définitivement soumis à la domination de Rome qu'après le reste de la Gaule, sous le principat d'Auguste. Traversée dans toute sa longueur par une voie qui, partant de Suse, rejoignait à Montmé-
(1) Ducis, Alpes Cottiennes ; Ghuit, Mémoire de V Académie de Savoie, 4e vol., p. 519.
lian celle qui passait par le Petit-Saint Bernard, la Maurienne ne put échapper complètement à l'influence romaine. Le latin constitue le fonds principal, presque unique, de nos patois. Mais en dehors de la langue, il ne subsiste chez nous que bien peu de vestiges de la domination romaine.
De nombreux témoignages d'auteurs latins attestent que la culture intellectuelle des Allobroges était peu commune ; mais il nous paraît difficile d'associer à cet éloge les Médules, isolés dans leur étroite vallée, à qui les conditions dune pénible existence interdisaient sans doute l'étude désintéressée des sciences et des lettres.
D'ailleurs, si quelques germes de civilisation galloromaine avaient pu prendre racine dans notre pays, ils ont péri sous le flot des invasions barbares qui, au ve siècle, ravagèrent la Maurienne.
Le christianisme dont l'établissement dans notre vallée est bien antérieur à la création d'un évêché à Saint-Jean-de-Maurienne, apporta enfin à nos ancêtres les bienfaits d'une véritable civilisation. Le christianisme n'est-il pas, en effet, comme dit Taine, « l'organe spirituel, la grande paire d'ailes indispensables pour soulever l'homme au-dessus de sa vie rampante et de ses horizons bornés » ? La doctrine qu'il enseigne constitue un cours de philosophie plus élevé et plus complet que les leçons des plus grands maîtres de l'antiquité ; elle donne une solution claire et précise à toutes les hautes questions qui intéressent l'humanité.
Fidèle à la mission qu'elle a reçue d'enseigner toutes les nations, l'Eglise a toujours déployé le zèle le plus actif pour instruire dans la science du salut
les savants et les ignorants, les riches et les pauvres ; mais c'est aux petits, aux déshérites de la fortune qu'elle a réservé le meilleur de sa maternelle sollicitude. D'un autre côté, l'instruction de l'enfance est l'éternel moyen employé par ses ministres pour faire pénétrer chez les peuples la belle lumière de la doctrine et de la morale chrétienne. C'est par l'école que le missionnaire moderne commence son apostolat auprès des peuplades sauvages de l'Afrique. Telle dut èlre aussi la marche suivie par les premiers apôlres des Gaules.
Le concile de Yaison, en 529, invite les curés de toutes les paroisses à recueillir des jeunes gens dans leurs maisons et à les instruire pour se préparer de dignes successeurs. Outre cette recommandation qui visait spécialement le recrutement du clergé, il existe un grand nombre de décrets conciliaires ayant une portée plus générale et témoignant de l'intérêt que prenait l'Eglise à l'instruction de la jeunesse.
Dans un concile tenu à Ghâlons-sur-Saône en 8i3, sur l'ordre de Gharlemagne, les évêques de la Gaule lyonnaise, dont faisait partie la Maurienne, décrètent d'établir des écoles dans leurs diocèses respectifs. Ils se conformaient ainsi aux vues du grand empereur qui, au témoignage d'Anségise, avait fondé, auprès de chaque monastère et de chaque église cathédrale, une école où les enfants des hommes libres et ceux des serfs devaient être instruits dans la grammaire, la musique et l'arithmétique.
Florissantes sous Gharlemagne, les études déclinèrent sous son fils et successeur Louis le Débonnaire. Les évêques tentèrent les plus louables efforts pour les maintenir et leur rendre leur ancienne prospérité.
Parmi les actes d'un concile tenu à Valence en 855, auquel assistèrent les évêques des provinces de Lyon, de Vienne et d'Arles, au nombre de quatorze, nous lisons le canon suivant intitulé : De scholis instaurandis. De la restauration des écoles. « On nous demande que, selon V exemple de nos prédécesseurs, nous traitions des écoles où l'on enseigne les lettres sacrées et profanes, ainsi que le chant ecclésiastique, et que nous rendions à leur égard des statuts et des ordonnances ; car l'interruption des études a fait que l'ignorance de la foi et la pénurie de toute science ont envahi la plupart des églises. Le concile adopte cette proposition qu'il transforme en décret. » (Labbe, Sacrosanta Concilia, tom. VIII).
L'évêque de Maurienne, suffragant de celui de Vienne, devait être présent à ce concile, bien que son nom ne se trouve pas dans la liste des évêques signataires. Ceux-ci sont au nombre de neuf seulement, le reste du registre contenant les autres signatures ayant été déchiré.
Quoi qu'il en soit, Abbon, évêque de Maurienne, prit part au concile de Toul (860), où un décret semblable fut adopté. « Considérant, déclarent les évêques, que les écoles d'écriture sainte et de lettres profanes établies par la piété des empereurs précédents ont fait jaillir un grand éclat dans l'Eglise et ont grandement contribué à répandre l'instruction, le concile invite les princes et les évêques à établir, partout où l'on trouvera des maîtres capables, des écoles publiques, afin que l'instruction sacrée et profane produise des fruits plus abondants au sein de l'Eglise de Dieu (1).
(1) Labbe, Collection des Conciles.
L'exécution de ces décrets dut se heurter à bien des difficultés dans la période si troublée des ixeet xe siècles. Durant les invasions des Normands et des Sarrazins, un grand nombre d'écoles furent détruites en France, et l'art de l'écriture cessa presque d'être connu des laïques.
Mais l'Eglise ne s'endormait point et, lorsque des temps meilleurs eurent succédé à cette sombre nuit, elle s'appliqua avec un zèle infatigable à relever les ruines du passé.
Le troisième concile de Latran, tenu en 1179, sous le pape Alexandre III, rendit le décret suivant :
« L'Eglise de Dieu étant obligée, comme bonne et tendre mère, de pourvoir aux besoins corporels et spirituels des indigents, désireuse de procurer aux enfants pauvres la faculté d'apprendre à lire et de s'avancer dans l'étude, ordonne que chaque cathédrale ait un maître chargé d'instruire gratuitement les clercs de cette église et les écoliers pauvres, et qu'on lui assigne un bénéfice qui, suffisant à sa subsistance, ouvre ainsi la porte de l'école à la jeunesse studieuse. Un écolàtre sera rétabli dans les autres églises et dans les monastères où il y avait autrefois des fonds affectés à cette destination. »
En établissant un maître de grammaire dans chaque église cathédrale, en rétablissant Pécolàtre dans toutes les églises et monastères qui possédaient autrefois des fonds pour son entretien, le concile de Latran n'a pas seulement en vue l'éducation des clercs. Les préoccupations des Pères vont avant tout aux enfants pauvres, qui sont nettement distingués des candidats à la cléricature. Le programme de l'enseignement, c'est la lecture et l'étude des lettres profanes.
Lambert, évoque de Maurienne, est au nombre des évoques qui ont signé aux procès-verbaux (i). Nous devons croire que ce prélat, zélé comme il était pour le bien des âmes, s'est efforcé de réaliser dans son diocèse une prescription aussi formelle d'un concile œcuménique auquel il avait collaboré.
Nous avons sur ce point plus que de simples conjectures. Des lémoignages précis attestent l'existence d'écoles à Saint-Jean-de-Maurienne dès le xne siècle.
Dans une donation faite par Pierre du Pont à l'église des Brévières, en 1207, figurent comme témoins « maître Annan et maître Anselme de Grésy. »
« Celle qualification de maître, dit le chanoine Truchet (2), nous révèle un fait important, c'est l'existence à Saint-Jean-de-Maurienne, à cetle époque, d'une école, très probablement une école de théologie, où Annan et Anselme enseignaient. Une charte du 20 octobre 1188 nomme deux de leurs prédécesseurs, maître Fulcon et maître Albert de Boges. Maître Bernard est mentionné à l'année n53. Une école de Ihéologie suppose nécessairement ce que nous appelons aujourd'hui une école primaire et une école secondaire. »
Le même auteur (3) cite encore maître Alexandre et maître Jean du Mollard de la Pierre qui fondèrent chacun une chapelle dans l'église cathédrale : le premier celle de saint Biaise en 1291 et le second celle de saint Laurent en 1293 ; maître Nicolas Motard, qui figure dans l'obituaire du Chapitre en i32^, et Pierre
(1) Labbe, Collection des Conciles.
(2) Trav. de la Soc. d'hist. de Maurienne, 2« série, t. IV, l<e partie.
(3) La Cathédrale de Saint-Jean-Baptiste,
Pistor, recteur des écoles de la ville en 1402, qui avait fait don de ses livres au Chapitre.
Cette qualification de « recteur des écoles » donnée à Pierre Pistor indique qu'il avait sous sa direction plusieurs écoles ou plusieurs classes dans la même école avec un instituteur pour chacune d'elles.
Dans son testament du 0 avril i/Jio, Pierre Melin, dit de Cluny, prend également la qualité de « recteur des écoles de grammaire de la cité de Maurienne. » Le testateur habitait dans la rue Mollard-d'Arvan, qui, au xvie siècle, portait aussi le nom de rue des Ecoles, sans doute parce que c'est là que Pierre Melin et ses successeurs donnaient leur enseignement.
En i486 et en i52i, le recteur des écoles de la ville se nommait maître Pierre Fusier. En i554, c'était messire Claude du Frêne, prêtre, natif de Ponlamafrey. Il eut pour successeur François Monier, qui, en i562, obtint du Sénat un arrêt l'autorisant à faire représenter publiquement par ses élèves un mystère intitulé : Le Sacrifice d'Abraham, en l'honneur de la naissance du duc Charles-Emmanuel Ier (1). Nous nous réservons de parler plus longuement de ces pièces dramatiques qui furent jouées non seulement à Saint-Jean et dans les bourgs de notre vallée, mais encore dans les simples communes rurales. Ces représentations, dont les acteurs — toujours très nombreux — étaient tous du pays, accusent chez nos ancêtres du xvie siècle une culture intellectuelle fort remarquable et, par conséquent, l'existence d'écoles publiques très fréquentées.
(1) Chanoine Truchet, Saint- Jean-de-Maurienne au XVIe siècle.
Ce n'est pas seulement la ville de Saint-Jean, mais toutes les communes de la Terre épiscopale qui sont pourvues d'écoles bien avant le xive siècle.
Le 28 janvier i325, l'évêque Aimon de Miolans, dans un accord fait avec ses sujets, entre autres franchises, leur reconnaît celle-ci : « Le dit seigneur évêque accorde et décide qu'il devra choisir lui-même des maîtres capables pour former les enfants aux bonnes mœurs et à la science » (1).
Remarquons qu'il ne s'agit pas, dans cette charte, de la ville de Saint-Jean seulement, mais de tout le peuple de la Terre de l'Evêché, c'est-à-dire des vingt communes dont l'évêque était souverain.
Il ne s'agit pas non plus de la création proprement dite d'écoles, mais seulement du choix des maîtres, qui est réservé à l'évêque. Le but de cette charte n'est pas d'établir des lois nouvelles ; c'est, comme il est dit dans le préambule, de prendre des mesures pour que « les droits des sujets soient conservés fermes et inviolables, et que l'imprévoyance des officiers épiscopaux ne détruise pas en une heure le fruit du travail des siècles. » On peut conclure de là que des écoles étaient depuis longtemps établies dans toutes les paroisses de la Terre épiscopale (2).
Il n'est pas difficile de deviner la raison pour laquelle les sujets de l'évêché demandent que le choix des maîtres soit réservé à l'évêque . Loin de bannir la religion de l'école, nos ancêtres acceptaient avec reconnaissance cette tutelle vigilante que l'Eglise,
(1) Concedit dictus dominus episcopus et ordinavit quod per ipsum eligatur et eligi debeat tnagister idoneus in artibus ad instruendum puer os in artibus et doctrina.
(2) Chanoine Trucheï, Saint- Jean-de-Maurienne au XVIe siècle.
gardienne de la vérité révélée, a toujours exercée sur tout ce qui touche à l'enseignement. De plus, la nomination des maîtres par l'autorité épiscopale garantissait la capacité et la moralité de ceux qui aspiraient à instruire la jeunesse. Désormais, il ne sera plus permis au premier venu de tenir une école : il faudra préalablement obtenir, sans doute après examen, l'autorisation épiscopale.
Cette première ébauche d'organisation publique de l'enseignement, dans un temps où ce service important était partout abandonné à l'initiative privée, fait honneur à l'esprit pratique des Mauriennais du xive siècle.
En i565, nous ne savons pour quel motif ou à la suite de quel différend, messire Charles Rapin, vicaire général, déclara, au nom du cardinal d'Est, évêque commandataire de Maurienne et au nom du Chapitre, qu'il cédait à la ville de Saint-Jean le droit de nomination du recteur qui, de tout temps, avait appartenu à l'évêque (i).
Cette renonciation au privilège de nommer les recteurs n'implique, en aucune façon, l'abandon du droit de contrôle sur l'enseignement ; ce qui eut été contraire à la législation générale de l'Eglise et à la pratique universelle. D'ailleurs, les édits d'Emmanuel- Philibert plaçaient les écoles sous la surveillance de l'autorité ecclésiastique.
Il parait que la ville, qui avait probablement sollicité ce droit, ne se pressa pas d'en user. Voici, en effet, ce que nous lisons dans le procès-verbal d'une séance du Conseil général, en date du 20 juillet 1567 :
« Pour ce que par cy devant, en vertu des lettres
(1) Truchet, Saint- Jean-de-Mauricnne au XVIe siècle.
du souverain Sénat de Savoye, obtenues à la requeste du procureur fiscal de Son Altesse, commandement aurait esté faict aux précédents syndics de pourvoyr d'ung pédagogue et maistre d'escolle pour enseigner et instruyre la jeunesse à bonnes mœurs et vertu, à quoy encore n'aurait esté aucunement satisfaict, iceliuy commandement et injonction aurait esté
réitéré aux syndics modernes à bonne peynne
Résolu que les syndics tant de la noblesse que du tiers estât feront perquisition d'homme ydoine et de bonne et seure doctrine auquel seront payés ses gaiges par les dicts deux estais, ensemble le louage de maison où Ton tiendra l'escolle. »
Nous avons tenu à reproduire textuellement cette délibération, parce que ce document, contrairement à l'opinion généralement admise, prouve d'une manière péremptoire que l'Etat ne se désinléressait pas complètement de l'enseignement primaire. Il intervenait pour obliger les communes à posséder une école, en leur laissant le choix et l'entretien des maîtres.
Des lettres patentes d'Emmanuel Philibert, en date du 12 février i566, nous apprennent que « les communautés de toutes les parties de ses Etats ont coutume de passer des arrangements temporaires avec des maîtres d'école ».
Voici l'arrangement que les syndics de Saint-Jean passèrent en 1567 :
Pour obéir à l'ordre du Sénat qui leur enjoignait « de pourvoir la ville d'un pédagogue, » ils firent choix de Claude Glappier, qui fut agréé par le Conseil général le ij août, à la condition qu'il subirait un examen pour constater son aptitude et qu'il prendrait
un adjoint à ses frais. On convint que pour la première année il recevrait de la ville trente écus de cinq florins, plus vingt-quatre deniers gros de chaque écolier de Saint-Jean et trente-deux deniers gros de chaque écolier étranger, et qu'il jouirait des autres profits et privilèges attachés à sa charge, selon la coutume ancienne (i).
La ville ne possédait pas de maison d'école (2). Le 17 janvier 1671, Antoine et Jacques Rollet, habitant la commune de Villargondran, accensent, jusqu'au Ier janvier suivant, au syndic de la noblesse et à ceux du tiers-état, leur maison paternelle avec le jardin contigu. Le prix du bail est de cinquante florins de Savoie, garanti sur la ferme des boucheries, et le bail sera censé continuer tant que les clés de la maison n'auront pas été rendues.
Cette maison « où l'école se lient déjà » (3) est située rue Bonrieux, en face de l'ancien Hôpital de la Miséricorde (aujourd'hui école des tilles). Il parait qu'elle resta définitivement affectée à cet usage, car on pouvait encore lire naguère, sur les murs d'une des pièces, cette inscription : « Salle de Saint-Louis à l'usage des enfants de Saint-Jean-de-Maurienne ».
Dans ce même local fut installée, on ne sait à quelle époque, une école secondaire. C'est là que le bienheureux Jean de Maurienne a fait ses huma-
(1) Truchet : Saint-Jean-de-Maurienne au XVI0 siècle.
(2) En 1573, la commission chargée de choisir l'emplacement pour la représentation du Mystère de la Passion, visita * le pré d'Amed Valet, où Von salait tenir l'escolle ».
S. Truchet, ibidem.
(3) Cette observation montre que les écoles de la ville avaient été transférées de la rue du Mollard d'Arvan dans celle de Bonrieux.
nités et sa philosophie, antérieurement à la création du collège Lambert. D'après les documents que citent ses biographes (i), cette école possédait un internat et une chapelle dans l'intérieur.
Lorsque Msr de Lambert eut doté la ville de Saint- Jean d'un établissement secondaire bien organisé, l'école de la rue Bonrieux se borna à un enseignement purement élémentaire.
(1) Truchet, Vie du Bienheureux Jean de Maurienne.
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LES ECOLES AU XYIIe SIECLE
Nous avons vu que, dès avant le xive siècle, toutes les paroisses de la Terre épiscopale étaient pourvues d'écoles et que le droit de nomination appartenait à Tévêque.
La partie de la Maurienne qui était sous la souveraineté immédiate des princes de Savoie ne devait pas être moins dotée de moyens d'instruction. Nous lisons, en effet, dans les lettres patentes d'Emmanuel-Philibert, datées du 12 février i566 : « Comme les communautés de toutes les parties.de nos Etats ont coutume de passer des arrangements temporaires avec des maîtres d'école. ...»
Ces textes nous autorisent à croire qu'au xvie siècle et probablement longtemps auparavant, il y avait au moins une école dans chaque commune. Sans doute, il est presque impossible d'en apporter la preuve directe' et péremptoire pour chaque communauté. Mais il ne faut pas oublier qu'un grand nombre des documents qui auraient permis de dresser une statistique complète ont été détruits et que d'autres gisent enfouis dans la poussière d'obscurs réduits.
Nos recherches personnelles nous ont amené à constater l'existence des écoles suivantes au xvip siècle.
A Bessans, dans l'acte de fondation d'une chapellenie, le 3 avril 1670, Clerc, notaire, il est dit : « Messire Gallice, d'Albiez-le-Vieux (premier chapelain) et ses successeurs seront obligés de tenir l'écolle et enseigner la crainte de Dieu à la jeunesse et d'y rapporter les soingts à eux possibles, en payant par les pères de famille, tuteurs ou curateurs des enfants, ce qui sera raisonnable pour leurs peines ».
Il est encore question de cette obligation du chapelain dans un procès-verbal de confirmation du 14 juillet 1^00.
En 1642, Lanslevillard possédait une école pour l'entretien de laquelle feu Révérend Jean Aigle, ancien curé de la paroisse, avait légué le capital de i5o florins. L'école se tenait dans une maison affectée à cette destination (1).
A Lanslebourg, l'école des garçons fut fondée en 1677 par Dominique Baroz dudit lieu (2). Celle des filles n'a été fondée qu'en 1727.
A Sardières, le recteur de la chapelle de Saint- Laurent, fondée en 1626, devait enseigner aux enfants de la doctrine chrétienne la lecture et les principes de la grammaire.
A Villarodin, messire Barthélémy Corrand, curé de celte paroisse, par son testament en date du 27 septembre 1681, avait légué quelques parcelles de prés et de champs « pour la maîtresse d'école des pauvres filles dudit lieu. »
(1) Archives départementales, fonds de Lanslevillard.
(2) Lanslebourg n'avait pas attendu cette fondation pour avoir une école.
Dans un récit de voyage, en 4C64, par le prêtre bolonais Sébastien Locatelli, nous cueillions cette mention : « Le premier village que nous aperçûmes fut Lanslebourg, où il y a une école... » Revue Savoi sienne, 1905, p. 237.
Modane avait une école fondée par Jean-Baptiste Bernard qui, par son testament du 23 juin 1676, avait légué à cet effet la somme capitale de sept cents florins.
A Saint-Michel, Dominique Favre de Marnix, conseiller de Son Altesse Royale, par acte du 22 août i643, avait chargé le recteur de la chapelle qu'il fondait d'enseigner la lecture, l'écriture, les principes de la grammaire ainsi que le plain-chant. Gomme les fonds étaient insuffisants, les écoliers payaient une rétribution scolaire qui était de six sols par mois pour ceux qui apprenaient à lire et écrire et de douze sols pour ceux qui apprenaient la grammaire. Une exception était faite en faveur des pauvres. Le plain-chant était gratuit pour tous.
En 1676, les communiersde Vaimeinier se cotisent pour doter une chapelle « dont le revenu suffise à l'entretien d'un prêtre capable de donner à la jeunesse les principes des lettres et grammaire » (1).
A Yalloires, il y avait une école fondée par Révérend François Gornuli qui, par son codicille du 8 août 1679, avait légué le capital de trois mille florins.
A Saint-Jean-d'Arves, les revenus de la confrérie du Saint-Esprit avaient été, en 1673, affectés à l'établissement de deux écoles tenues par des recteurs ou vicaires régents.
En 1693, les communiers de Montgellafrey délibèrent de vendre une partie de leurs bois pour pourvoir à d'urgentes nécessités, parmi lesquelles figure une allocation annuelle de trente-sept florins pour Técole (2).
(1) Victor de Saint-Genix, Histoire de Savoie, t. II, p. 500.
(2) Victor de Saint-Genix, Histoire de Savoie, t. IL
Aiguebelle, au commencement du xvme siècle, sera doté d'un petit collège. Mais son école primaire est bien antérieure. En 1688, Eustache Crusilliat, « bourgeois d' Aiguebelle », lègue à la chapelle de la Vraie Croix la somme de cent cinquante florins monnaie de Savoie, mais il veut et entend que le revenu ne soit perçu que par un maître d'école ecclésiastique « deument examiné par Monseigneur ». Gomme premier recteur, il désigne Révérend Ginet de Montailleur « maistre d'escolle à Aiguebelle ».
Par contrat du 4 jum 1676, la communauté de Montsapey accense à divers particuliers des pièces de terre dont le revenu doit être employé aux gages du maître d'école.
Il ne faudrait pas conclure de cette énumération fort incomplète que les autres communes de la Maurienne étaient privées d'écoles au xvne siècle. Le manque de documents écrits sur une chose n'est point, par lui-même, une preuve que cette chose n'a pas existé. Combien de personnes se trouvent dans l'impossibilité de produire l'état-civil de leur bisaïeul ou les titres de propriété de leurs biens-fonds ?
D'ailleurs, on a pu le remarquer, les documents que nous avons consultés ont surtout pour objet les écoles fondées et gratuites (1). Ils mentionnent rarement celles qui étaient entretenues par le budget municipal ou les cotisations des particuliers.
Une légitime induction nous permet d'affirmer que les communes dont nous n'avons pu jusqu'ici trouver les titres scolaires n'étaient pas pour cela sans
(1) La plupart de ces notes sont extraites des enquêtes officielles dont nous parlerons ci-après, relatives aux fondations scolaires ou aux œuvres pies.
moyen d'instruction. Est-il admissible que Termignon, chef-lieu d'une mestrallie ; que Bramans, riche d'institutions charitables de toutes sortes ; que Saint- André qui portait alors la qualification de bourg1 ; que Saint-Julien, La Chambre, Argentine, Aiton ; que toutes ces paroisses situées sur la route très fréquentée de Ghambéry à Turin et qui occupent une place prépondérante dans notre histoire, aient été dépourvues d'écoles au xvne siècle, alors que nous en constatons l'existence à Sardières qui devait compter alors comme aujourd'hui une centaine d'habitants ; à Villarodin, qui n'a jamais été qu'un petit village ; à Valmeinier, situé à plus de i.5oo mètres d'altitude ; à Montgellafrey et à Montsapey, également assis sur la montagne ? (i)
(1) Un historien scrupuleux et généralement bien informé, M. l'abbé Gonthier (Histoire de l'Instruction publique avant 1789 dans le département de la Haute-Savoie, p. 61), dit que les Frères des Ecoles chrétiennes étaient établis en Maurienne dès 1683. Nous n'avons rien découvert dans nos archives locales qui confirme cette assertion. M. Gonthier, que nous avons consulté n'a pu retrouver la source où il a puisé ce renseignement. Il reconnaît même que la date de 1683 est assez peu probable, puisque l'Institut venait à peine d'être fondé.
Il y a là sans doute, avec une erreur de date, une confusion résultant de la similitude de noms, avec les « Ecoles de la Doctrine chrétienne pour le diocèse de Maurienne », autorisées par lettres-patentes du 25 avril 1783. Ces écoles n'étaient que des associations ou confréries de catéchistes volontaires, pour favoriser l'étude de la doctrine chrétienne.