‹ L'Instruction publique en Maurienne avant la râevolutionChapitre 22 sur 53 · SAINT-PANCRACE · texte numérisé non relu

SAINT-PANCRACE

Jean Belluard, de la paroisse de Saint-Pancrace, a légué à la communauté, par son testament du 9 décembre 1704, la somme de deux mille florins pour l'instruction de la jeunesse.

L'école devait être tenue par le vicaire de la paroisse ou un autre prêtre. Dans le cas où les ecclésiastiques ne voudraient pas prendre cette peine, la communauté était libre de choisir le maître. Ce dernier recevait quatre-vingts florins par an, sans compter la rétribution scolaire des enfants. (1)

Celte fondation fut homologuée par ordonnance de

(1) Arch. dép. G. 667. — Ibidem, G. 795.

Mer Valpergue de Masin du n décembre 1706, laquelle fixait le droit de scolage à quatre sols par mois. « Quant à ceux qui sont véritablement pauvres, déclare le décret d'homologation, ils seront enseignés gratis. »

Me Jean Belluard était de son vivant secrétaire de la paroisse de Saint-Pancrace.

Par acte du 27 avril 1699, reçu par Me Pierre Berger, notaire de la cité, secrétaire du Chapitre, Jean Belluard avait affranchi la cure de Saint-Pancrace de la censé annuelle que le curé devait annuellement en qualité de vicaire du Chapitre. Ce dernier s'était cependant réservé une censé annuelle de trois florins « pour un droit de reconnaissance ». Cet affranchissement avait été consenti moyennant la somme capitale de mille florins.

En considération dudit affranchissement, les vicaires faisant l'office de curés dans la dile paroisse devaient célébrer annuellement et perpétuellement douze messes aux premiers lundis de chaque mois.

Me Belluard avait encore donné au Chapitre la somme de deux cents florins à la condition de faire célébrer à perpétuité une messe annuelle à l'autel de Saint-Jean-Baptiste, dans la cathédrale, le jour de la fête, et une autre messe au maître autel de l'église de Saint-Pancrace, le jour de la fête du patron, par un des chanoines député pour la dite fête suivant la coutume.

Il a encore légué divers biens-fonds à la communauté de Saint-Pancrace avec charge de faire une aumône générale annuellement et perpétuellement, au Plan-de-la-Charmettaz, devant la croix qu'il a ordonné y être érigée et maintenue par ladite com-

munauté. Cette aumône était de dix quartes de blé, moitié seigle, moitié orge, converti en pain, et de quarante-cinq pots de bon vin. Le pain et le vin étaient distribués à tons ceux qui assistaient à la procession qui se faisait autour de la paroisse. En outre, on donnait à dîner, au même endroit, au Rd curé, aux deux syndics et conseillers de la paroisse, aux chantres et aux procureurs dès œuvres pies, et l'on disait grâces après le dîner avec un De Profundis.

Il a ordonné de plus que la communauté délivrerait deux florins au curé pour une messe qu'il célébrerait dans la chapelle de St-Bernard, lorsque ladite procession y passerait (i).

Ce n'est là qu'une partie des legs pieux ou charitables faits par Me Jean Belluard. Il avait même fait une fondation scolaire pour le village de Cherloup, dans la commune voisine de Jarrier.

SAINT-SORLIN-D'ARVES

Claude Baudrey, par acte du 25 mai 1688, Didier notaire, fonda, au village de Malcros, une chapelle sous le vocable de sainte Anne et de saint Claude, en faveur de laquelle il donna le tiers d'une seytorée de terre audit village, plus un autre tiers de la même pièce provenant de son frère feu Rd Laurent Baudrey, en son vivant curé de Châteaudouble en Dauphiné, plus deux pièces de pré contenant environ deux sey-

(1) Extrait des visites past. de Mg"r Valpergue de Masin.

torées et demie situées à Ornon, terroir dudit Saint- Sorlin ; plus un capital de 200 florins dont la rente devait être employée à la célébration de dix messes annuelles par le recteur de ladite chapelle, lequel serait nommé par le fondateur et par ses héritiers mâles.

Micheletle Arnaud, femme de Claude Baudrey, a également donné trois cents florins à prendre sur ses droits dotaux.

Par contrat du 28 octobre 1701, Falcoz notaire, les conjoints Claude Baudrey se sont départis en faveur de la communauté de leur droit de patronage sur la chapelle qu'ils avaient fondée, afin qu'elle fût unie à perpétuité à celle de Saint-Antoine et de Saint- Vincent dans Téglise paroissiale pour un prêtre résident qui célébrerait la première messe.

Avec l'autorisation de l'évêque, la chapelle de Sainte-Anne et de Saint-Claude fut transférée à l'église paroissiale avec ses ornements, biens, rentes et charges. Quant au bâtiment de la chapelle du village de Malcros, il fut aliéné avec le fonds, et le prix de vente affecté aux réparations faites à l'église.

A cette première union s'ajouta, quelques années plus tard, la chapelle érigée au village de la Ville en l'honneur de la Sainte Vierge et de Saint Joseph, par Gilbert Didier, en 1672 (1).

Par son testament du 11 février 1720, Fayge notaire, Claude Baudrey nomme, pour ses héritiers universels et par égale part, Marie Balmain sa femme et la communauté de Saint-Sorlin, chargeant celle-ci de

(1) La chapelle de Saint- Joseph possède deux chambres où l'on faisait autrefois la classe. Elles ont été léguées par le même Gilbert Didier, par son testament du 30 juin 1687.

fonder, une année après son décès, une école qui sera régie et gouvernée par un prêtre séculier approuvé par l'évêque.

Il veut que le recteur de ladite école, à la diligence des syndics de la communauté, soit tenu et obligé, tous les premiers vendredis de l'Avent et du Carême de chaque année, de célébrer une messe pour le repos de l'âme du testateur, « en chargeant son honneur et conscience de faire assister aux dites deux messes tous les écoliers qu'il charge de réciter et dire chacun un Pater et un Ave dans l'intention ci-dessus ».

Il veut et ordonne que douze pauvres soit habillés à l'occasion de ses funérailles et qu'on fasse deux aumônes générales aux pauvres de Dieu mendiants. On convertira en pain 3s quartes de grain, le tiers seigle et les deux tiers orge ; on y ajoutera le potage suivant la coutume dudit lieu (i).

D'après l'enquête de 1771, l'école de Saint-Sorlin possédait six quartelées de terre, cinq journaux de pré et un capital de cent trente-six livres sous la censé de six livres quinze sols.

Les terres étaient accensées par la communauté, qui en avait l'administration, pour quarante-deux quartes de blé tiers seigle et deux tiers orge, et les prés pour dix-sept livres dix sols.

On donnait annuellement trente quartes de blé à un maître d'école qui était nommé par la communauté et le surplus était payé au recteur qui avait la direction de l'école, lequel devait être prêtre.

(lj Dans une des chapelles de l'église de Saint-Sorlin, on voit un tableau peint par Laurent Dufour et représentant la Sainte Vierge et Saint Claude, avec l'inscription : « Claude Baudrey, fondateur des écoles. »

En 1^83, la communauté de Saint-Sorlin demande un vicaire pour les motifs suivants :

« Il y a dans la paroisse plus de huit cents âmes et

six cents communiants Le curé de Saint-Sorlin

paye plus de cent livres au vénérable Chapitre. Le Chapitre perçoit en outre 272 quartes d'orge, que la communauté fait porter à Saint-Jean. En voilà assez pour prouver la nécessité et la possibilité de l'établissement d'un vicaire.

« Autre demande plus récente, sans date.

« Supplie humblement M?1 Rd J.-P. Dupré et

« le conseil de fabrique, disant que la paroisse aurait « besoin d'un second prêtre en qualité de vicaire- « régent, lequel serait chargé d'aider le curé. . . d'en- « seigner les enfants de la paroisse qui désireraient « étudier la langue latine.

« Il y avait autrefois dans ladite paroisse un bénéfice cier de la ire messe, dont les revenus existent encore « en grande partie ; en les employant à former le traite tement d'un vicaire régent ou d'un prêtre résidant « en qualité de bénéficier, on ne ferait que les rendre « à leur destination primitive. »

Ie1 juillet 1823 (Savoye, notaire), la fabrique a payé à la commune la somme de 3. 000 fr. pour l'établissement d'une école élémentaire de latinité.

Pour terminer, citons cet extrait du testament de Jean-Michel Coche, en date du 18 janvier 1848, Catherin Bailleux notaire :

« Je donne et lègue pour une école dont le siège aura lieu chaque année pendant l'hiver, dans le village de Belluard, mon champ de deux quartellées environ situé lieu dit sus le Pré ; le revenu de ce champ à louer en numéraire à la diligence des admi-

nistrateurs civils de la commune sera verse dans la caisse du percepteur d'icelle et employé au traitement de l'instituteur de ladite école que je fonde par le présent, avec obligation par lesdits administrateurs de faire célébrer annuellement et à perpétuité, le jour de l'ouverture de l'école, après avoir été annoncée au prône le jour de dimanche ou de fête précédent, une messe basse et une autre le jour de la

sortie, pour le repos de mon âme Je prie les

mêmes administrateurs de faire tenir exposé, pendant la dernière école, le tableau de saint Michel, pour me représenter fondateur d'icelle. »

VILLAREMBERT

A l'enquête de 1729, le secrétaire de la paroisse certifie qu'il n'y a point d'école publique ni de fondation, mais que le curé de la paroisse et le recteur des chapelles (1), pendant l'hiver, apprennent chari-

(1) Par actes du 4 avril 1627 et du 8 mars 1651, les chapelles du Rosaire, de Saint-Jean-Baptiste et du Saint-Sacrement dans l'église paroissiale, ainsi que celle de Notre-Dame de Compassion au village du Gruet, ont été unies dans le but de former un bénéfice suffisant pour l'entretien d'un « chapelain résidenciel » obligé d'assister le curé pour les offices divins tous les dimanches et fêtes, comme aussi d'acquitter les messes aux intentions des fondateurs.

La communauté avait donné pour l'habitation du recteur ou chapelain une maison sise au village de l'Eglise, se composant d'une cuisine, d'un poêle et d'un cellier avec grange dessus. Au-

tablemenl à lire aux enfants « quant ils les vont trouver et c'est toutefois quand il leur convient, d'autant qu'ils n'y sont pas obligés, pour n'y avoir aucuns fonds ni revenus ».

Le ii janvier i^63, les syndics et conseillers de Villarembert adressent à l'évêque une requête pour le prier d'appliquer à l'établissement d'une école les revenus de la confrérie du Saint-Esprit et de quelques autres œuvres pies, dont le montant pouvait être évalué à la somme de cinquante livres.

Le préambule de cette requête accuse une instruction très arriérée dans la paroisse de Villarembert. « La plus grande partie des habitants, y est-il dit, étant illitérée faute qu'il y aye dans icelle aucune école, la communauté se trouve toujours embarrassée lorsqu'il s'agit d'élire des sindics et des conseillers et même des exacteurs pour l'administration et gouvernement de ladite paroisse, ce qui lui est très préjudiciable étant obligé de confier ladite administration à des personnes illitérées qui, par conséquent sont la plupart sans expérience comme les suppliants en ont été à la preuve jusqu'ici. A ces fins lesdits suppliants ont réfléchi que les habitants n'étant pas en état de tenir en ville ni ailleurs leurs enfants pour y apprendre à lire et écrire, il était du bien de ladite paroisse de trouver des moyens pour avoir un maître d'école ».

« Considérant que les sindics et conseillers de Villarembert n'agissent que pour le bien de leur cour munauté, que ce bien public tend en quelque sorte au bien spirituel des fidèles de la paroisse, puisque

devant de la maison il y avait un chenavier et un jardin de la contenance d'environ trois quarts de quartellée (Procès-vcrb. des visites pas t.).

après rétablissement de l'école, les enfants qui auront appris à lire et écrire, seront plus à même d'apprendre les rudiments de notre foi, l'autorité diocésaine juge que les suppliants sont fondés dans leur demande et que c'est un des cas où « l'équité exige qu'on interprète pieusement l'intention des fondateurs. »

Toutefois, comme parmi les biens dont on demandait l'attribution à l'école il y avait ceux du rectorat de la paroisse, l'évêque, au lieu d'unir le rectorat à l'école, incorpora à celui-ci les biens-fonds et rentes (jue l'on proposait pour l'établissement d'une école à la charge pour les recteurs d'apprendre à lire et écrire à la jeunesse de ladite paroisse et d'y tenir à cet effet l'école depuis la fête de la Toussaint jusqu'au commencement du mois de mai de chaque année. En outre, l'évêque se réservait la direction et la surveillance de l'école. Cette réserve donna lieu plus tard aune contestation avec le Magistrat de la Réforme, auquel le roi de Sardaigne avait attribué l'inspection générale de toutes les écoles. L'évêque reconnut ce droit de contrôle.

Prise d'une noble émulation, la confrérie du Saint- Sacrement voulut imiter celle du Saint-Esprit et faire cession d'une partie de ses biens en faveur de l'école, de sorte que désormais les revenus de celle-ci s'élevaient à la somme de cent livres. Fixant à cinquante livres les gages du maître, les syndics et conseillers délibérèrent de placer annuellement le surplus en rentes constituées pour se procurer au bout de quelques années un nouveau capital qui servirait soit pour en augmenter les appointements du recteur qui, alors, devra enseigner les principes de la langue la-

tine à ceux qui en auront le pouvoir et la volonté, soit pour établir une autre école au village du Gruet, durant le temps où les enfants sont empêchés par la neige de se rendre au village de l'Eglise, soit enfin pour préparer dans ce dernier village une maison propre à tenir l'école. Ces nouvelles dispositions furent homologuées par Msr de Martiniana le 29 mars

On voit que, si Villarembert en 1768 se trouvait fort arriérée en fait d'instruction, elle s'efforçait de rattraper le temps perdu.

Par son testament du 8 novembre 1782, Claude Duvernay-Prêt lègue à la commune tous ses avoirs consistant notamment en terres, prés et chalet à Comborcières, pour l'instruction de la jeunesse de Villarembert (1).

VILLARGONDR&N

En 1766, la confrérie du Saint-Esprit de Villargondran avait un revenu annuel de plus de 124 livres en argent, sans compter 22 quartes de blé.

A cette dale, les syndics et conseillers de la communauté en leur qualité d'administrateurs de la confrérie, délibérèrent d'employer ces revenus jusqu'à la concurrence de 80 livres pour la fondation d'une

(1) La Maurienne, par les instituteurs de l'arrondissement, p. 462.

école qui sera tenue pendant cinq mois de l'année, de novembre à mars. Cette fondation, dit la délibération, sera très avantageuse à la commune, qui pourra avoir dans la suite des administrateurs capables ; de plus, dans le nombre des garçons, il pourra s'y trouver des sujets qui, profitant de cet enseignement local, pourront continuer leurs études et se rendre en état de servir l'Eglise ou le peuple.

Le jour de l'ouverture de l'école, il sera célébré une messe, suivie du Veni Creator pour demander les lumières au Saint-Esprit, et de la bénédiction du Saint-Sacrement. De même, le dernier jour de l'école il y aura une messe avec chant du Te Deumen action de grâces. M&r de Martiniana accorda l'autorisation demandée par décret du 3 février 1766, laissant la nomination du maître aux révérends curés, syndics et conseillers de la paroisse (1).

Dans le livre de raison de Claude-François Rapin (2), nous lisons à la date du 17 novembre 1766 : « On a ouvert la nouvelle école de la jeunesse à Villargondran, par une grand'messe et la bénédiction du Saint-Sacrement. Elle est installée dans la maison que l'hôpital général de Chambéry a héritée de M. le chevalier Didier. On y enseignera depuis l'alphabet jusqu'au latin ».

(1) Archives de l'évêché.

(2) Truchet : Réc. maur., 2e série, p. 117. — Un livre des comptes des administrateurs de la confrérie, rédigé en 1754, se termine par cette note : «Tous les administrateurs sont très humblement priés de faire autant qu'il sera possible de ne point mettre en place un sujet dont les noms commencent par la lettre R, attendu les inconvénients que l'on a vu arriver cy-devant dans Yillargondran ».

« Caveant successorcs nostri à familia R. »

(Arch. communales.)

Le 25 juillet 1779, les administrateurs de la confrérie du Saint-Esprit donnent le prix fait pour réparer les bâtiments de la confrérie et y construire une cuisine avec poêle pour y tenir l'école.

La confrérie possédait une batterie de cuisine, dont nous trouvons les divers articles mentionnés dans un inventaire du xvme siècle :

i° La chaudière et le grand pair (1).

20 Une niait à pétrir le pain de l'aumône avec eqnelard pour pétrir le pain blanc, le poids, la quarte, demi-quarte, le fer de la marque de la communauté.

3° Plait (2) de bois : 38.

4° Assiettes : 4 douzaines.

5° Ecuelles : 6 douzaines et 8.

6° Coupes : 14.

70 Sallières : 14.

8° Un copeau (3) de trois, tenant 3 pots, deux crochets de fer.

Pour ne pas laisser s'égarer des notes recueillies sur ce sujet, signalons encore les deux fondations suivantes:

« Rd Exartier Martin a donné à la commune de Villargondran la somme de r.000 fr. pour l'école des tilles. Testament du 24 décembre 1847. » — Rd Exartier Martin est décédé curé de Monthion en 1848.

Jusqu'en 1848 et de temps immémorial, les instituteurs recevaient comme traitement les revenus de

(1) Chaudron.

(2) Probablement plat de bois.

(3) Probablement pour eoppet. Ces meubles servaient sans doute pour les repas des confrères. Il se faisait deux aumônes par an : celle de la première fête de la Pentecôte aux pauvres étrangers, la seconde à tous les habitants de la paroisse.

deux prés situés l'un aux Côtes et l'autre à Champeilleux. Qui a donné ces prés pour les écoles ? Certains documents disent que c'est un nommé Désoules Jean-Baptiste (testament du 19 octobre 1761). Dans le testament il est dit : « Plus donne et lègue à la communauté du présent bien la somme de 4°° livres pour commencement de la fondation d'une école. — Mais dans le codicille ce legs est révoqué.

Canton d'Aiguebelle.

Page 1