LES ECOLES D AIGUEBELLE APRES LA REVOLUTION
En l'an IV, l'administration centrale du Montblanc réduisait à quatre le nombre d'écoles à établir dans le canton d'Aiguebelle, qui comptait alors 4-4^7 na" bitants.
Ces quatre écoles, notoirement insuffisantes, n'existèrent même que sur le papier de l'administration, comme le prouve la délibération municipale suivante du canton d'Aiguebelle, en date du i3 messidor an VI : "
« Répondant à une enquête prescrite par le ministère de l'intérieur, les municipaux déclarent « qu'il n'existe dans l'arrondissement aucune école primaire ni autre, ni aucun établissement, sauf à Aiguebelle, qu'il y a institution pour la jeunesse, fondée par Gille Lectual, dépendante et payée sur les revenus de l'hospice civil, soit 36o francs et le logement dans l'hospice, et 240 francs à prendre sur les revenus communaux de ce lieu, attendu que le nombre des élèves s'est accru de beaucoup dès quelques années et que la régence ne peut plus être confiée au curé du lieu qui y était tenu sous ledit traitement de 36o francs. »
On voit qu'alors comme aujourd'hui, la laïcisation
pour sa rétribution depuis le premier décembre dernier jusqu'au mois de juillet, soit sept mois.
Il y avait donc, à côté du collège Lectual, dont le régent était un prêtre à la nomination de l'évèque (en 1763, c'était un nommé Pallice), une école tenue par un laïque et simplement primaire.
se traduisait par une augmentation de dépenses. Quant à l'accroissement du nombre des élèves, il s'explique facilement par ce fait qu'il n'y avait plus d'autres écoles dans le canton.
En 1808, en réponse à un questionnaire posé par le sous-préfet de l'arrondissement, le secrétaire de la mairie d'Aiguebelle donnait les renseignements suivants :
Il n'y a qu'un instituteur, Claude-Antoine François, âgé de 65 ans, «mais il y a plusieurs particuliers qui se mêlent d'enseigner ».
Il y a deux institutrices, Marie-Lucrèce Bérard, femme de l'instituteur, âgée de /J5 ans, et Marie Mignot, femme de Louise Mignot, commis à cheval des droits réunis, âgée de 44 ans> (< <Iui s'est aussi mise à enseigner ».
Le nombre des élèves garçons varie : pendant l'été il est de 25 à 35, et en hiver il s'élève jusqu'à 60.
Pour les filles, la femme de l'instituteur a 6 élèves, et Mme Mignot « jusqu'à i5 ».
On enseigne la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la grammaire française et latine et le catéchisme pour les garçons.
Quant aux filles, l'épouse de l'instituteur leur apprend à lire et le catéchisme ; Mme Mignot commence à faire épeler les enfants et à les faire lire, leur apprend aussi le catéchisme, pour un franc cinquante centimes par mois ».
L'école a un revenu annuel de 3oo francs provenant de la fondation Leclual ; 3oo francs sont payés par les revenus communaux, et l'administration municipale a été autorisée à ajouter 100 francs à titre de gratification.
L'instituteur touche un traitement de 700 francs, et L'institutrice n'a pas autre chose que la rétribution de 3o sols par mois.
L'hospice a assigné aux instituteurs trois chambres, non compris l'appartement destiné à l'enseignement, et un jardin.
L'instituteur a été régent dans différents collèges royaux en France et en Savoie ; mais, conformément à la loi, il a subi son examen devant le jury d'instruction à Chambéry, il y a huit ans, lorsqu'il fut nommé par l'administration départementale à Aiguebelle.
Les institutrices n'ont aucune patente ; mais, comme l'instituteur, elles jouissent d'une bonne réputation, ayant soin de la jeunesse.
Pour les châtiments, jamais le fouet. L'instituteur met plus ou moins longtemps les élèves aux arrêts, les réduit au pain et à l'eau, les retient les jours de congé ou de dimanche, et autres punitions de ce genre.
L'instituteur François, qui dirigeait alors l'école d'Aiguebelle avec beaucoup de succès, était né à Soulanges-sur-Marne, département de la Marne en
Il avait obtenu, en 1762, un diplôme de l'Université de Paris, qui lui donnait la faculté d'enseigner partout le royaume ; un second diplôme de la Royale Université de Turin, en 1786, lorsqu'il avait été nommé professeur au collège de Garouge, où il a exercé depuis la fondation du collège jusqu'à sa suppression en 1793. Enfin, un troisième diplôme lui avait été délivré par l'administration centrale du Mont-Blanc, lorsqu'elle le nomma à la place d'instituteur primaire à Aiguebelle, à la date du 9 Germinal an VIII (3o mars 1800).
Avant de venir à Aiguebelle, il avait enseigné un an et demi à Ghapareillan et deux ans au collège de Grenoble.
Il n'était pas seulement couvert de diplômes ; il était, de plus, très dévoué. Dans un rapport, il s'exprimait ainsi, sans fausse modestie : « N'étant tenu par ma nomination qu'à l'enseignement primaire selon les termes précis et formels de l'acte, j'ai fait cependant de ma propre volonté sans aucune récompense que celle que j'ai intérieurement goûtée à faire le bien à une jeunesse intéressante que j'ai toujours aimée, j'ai fait, dis-je, l'enseignement des langues anciennes jusqu'à l'époque de l'organisation de l'Université impériale».
Pour exciter l'émulation dans son école, il avait institué des Croix de Mérite, au nombre de six. Celle qui était destinée à ceux qui lisaient le mieux avait pour devise Premium diligenliœ , celle de l'écriture et arithmé tique Premium scriptionis et arithmeticœ, celle de la classe de sixième Primas inter sextanos, celle de cinquième Sodales in qainta saperavit, celle de quatrième Gondiscipulos in quarta vicit, et enfin la sixième croix Premium pietatis.
Cette dernière se donnait au plus sage de la classe et à celui qui avait été le plus assidu au catéchisme. L'instituteur priait ordinairement le curé de la distribuer.
Au revers, ces croix en argent portaient gravée cette inscription : a G. A. Francisons rector institua ».
Informé de ce genre de récompenses, le sous-préfet écrit au maire pour lui demander s'il a autorisé l'inscription : « G. A. Francisons rector instituit ». C'est l'autorité chargée de fournir et de remettre les
récompenses qui doit consacrer cet usage. Les professeurs ne peuvent le faire que s'ils payent les prix de leurs propres deniers et avec l'autorisation de l'autorité supérieure (i).
AITON
Nous n'avons découvert aucun document concernant les écoles primaires de cette commune avant la Révolution.