MODANE
Le premier fondateur de l'école publique de Modane est Jean-Baptiste Bernard qui, par son testament du 23 juin 1670, a légué pour cet objet la somme capitale de sept cents florins.
« Aucun don ni legs n'a jamais été fait à l'école de Fourneaux ». Ajoutons que sous l'ancien régime les Fourneaux n'étaient qu'un modeste village et que cette localité ne commença à se développer qu'à partir du percement du Fréjus.
Dominique Martin, châtelain de Modane, a augmenté ce premier capital par un legs de deux mille deux cents florins, par son codicille du 9 juin 1697.
Par suite de l'insolvabilité de certains débiteurs, les revenus de l'école, en 17*29, n'étaient que de soixante-six livres.
Le maître d'école était établi annuellement par le curé, le conseil de la communauté et l'un des héritiers de Dominique Martin, « qui a une voix dans ladite assemblée pour faire tel choix ».
Le maître d'école avait l'obligation d'enseigner pendant les six mois d'hiver, du commencement de novembre à la tin du mois d'avril. La lecture, l'écriture et le calcul constituaient la partie fondamentale de son enseignement (1).
D'après l'enquête de 1771, il y avait à Modane une école pour les garçons et une autre pour les filles. La première avait un capital de 1.334 livres 16 sols 10 deniers en différentes créances, qui produisaient un revenu de 66 livres 14 sols 11 deniers, outre un capital en fonds de 90 livres qui n'était pas placé.
Le conseil, qui était administrateur de la fondation, nommait chaque année le maître d'école qui enseignait les garçons depuis la Toussaint jusqu'à la veille des Rameaux. Lorsque les revenus de l'école ne suffisaient pas à son entretien, on se servait de ceux de la confrérie de l'Ascension et de la Pentecôte.
Quant à l'école des filles, elle n'avait que 12 livres de revenu. Le salaire de la maîtresse était parfait par les cotisations des filles qui fréquentaient son école.
Les revenus des écoles de Modane continuèrent à
(1) Archives départementales. C. 667.
s'accroître jusqu'à la Révolution, d'abord par la fondation de Tournaz Etienne, prêtre, du 3o décembre 1770, dont je ne connais pas le montant ; ensuite par celles de Bernard Claude et de la veuve Dolin.
Bernard Claude, par acte du 26 mars 1776, Alexis Grange notaire, lègue à la communauté de Modane la somme de i.3oo livres, dont 800 pour l'école des tilles et 5oo à l'hôpital. Cette somme avait été confiée du vivant de Bernard Claude, dans ce noble but, à Jean-Pierre Ratel, notaire à Modane, qui l'avait ensuite divertie pour ses besoins personnels. A la demande des hoirs Lanfrey, héritiers universels de leur oncle Bernard, le juge-mage du tribunal de Saint Jean-de-Maurienne, Dufour, rendit une ordonnance pour obtenir un titre à l'encontre du notaire Ratel, qui fut contraint de relâcher le montant. Les hoirs Lanfrey tirent don de cette somme à la commune de Modane en la personne des syndic et conseillers (1).
Par acte du 14 novembre 1783, Mme veuve Dolin a chargé les administrateurs de l'hôpital d'employer le surplus des revenus de sa succession pour concourir à la dépense nécessaire pour faire apprendre le latin ou des métiers.
L'école de Modane ne fut point fermée pendant la Révolution. En effet, à la date du 18 ventôse an III (8 mars 1795), la municipalité de Modane fait un mandat de 43o livres aux citoyens Michel Montoux et Benoit Tournoux, instituteurs des garçons, qui enseignaient la lecture, l'écriture et les premières règles de l'arithmétique, pour leur salaire du trimestre de pluviôse dernier. Le nombre des enfants
(1) Archives du greffe du tribunal de Saint-Jean-de-Maurienne.
fréquentant l'école a varié de 82 à 89, et les instituteurs sont payés à raison de 22 livres par an pour chaque élève, conformément à la loi du 29 frimaire an II (1).
La municipalité délivrait aussi un mandat de 345 livres au citoyen Antoine Ambrois, instituteur des filles, pour son trimestre de pluviôse. Le nombre des filles était de 69.
SATNT-ANDRE
L'école de Saint-André a été fondée par Rd Charles Couvert, curé de cette paroisse, qui, par son testament du 3o janvier 1697, et par un codicille du 4 janvier 1702, Borelli notaire, a légué à cet effet la somme de 1.000 florins.
D'après l'enquête de 1729, c'est la communauté, dans une assemblée tenue annuellement, qui nomme le maître d'école qu'elle juge le plus capable pour enseigner la jeunesse depuis la Toussaint jusqu'à Pâques. L'enseignement est limité à la lecture, à l'écriture et quelquefois aux premiers principes de la grammaire.
Les gages du maître d'école sont de 100 florins, valeur de 60 livres, que lui-même exige d'après un « cottet », dans lequel sont inscrits les particuliers débiteurs de ladite somme.
Le rapport des syndics ajoute qu'on ne trouve
(1) Archives départementales.
presque personne qui consente à enseigner pour le revenu de la somme de 1.000 florins et qu'il n'y a pas d'autre école publique dans la paroisse.
A défaut d'écoles publiques, seul objet de l'enquête de 1729, il pouvait y avoir des écoles privées. D'ailleurs, de nouvelles fondations vont bientôt procurer à tous les villages de Saint-André le bienfait d'une instruction gratuite. Les actes de fondation que nous avons pu trouver méritent d'être analysés, parce qu'ils nous montrent quel prix nos ancêtres attachaient à l'éducation.
L'an 1770, le 29 juillet, à Modane, par-devant Glappier Sébastien notaire, honorable Barbe Villard, veuve Antoine Serain, native du Col, « par une inspiration divine », cède irrévocablement, pour Y augmentation des revenus destinés au gage du maître d'école (1), au hameau du Col représenté et acceptant par la personne de Jean Gombet, « procureur spécial dudit hameau», et Antoine Borrel, conseiller, une pièce de terre de la contenance d'une quartelée et demie.
« Cette cession et donation est faite tant pour mériter envers Dieu de coopérer à l'éducation de la jeunesse que pour participer aux prières qui en seront faites à la manière accoutumée. »
Quelques années après, les habitants du Villard, de la Paraz et autres particuliers du Tiers-du- Villard se concertaient pour avoir une école commune. Le 11 février 1784, ils achetaient un bâtiment « pour l'école des garçons et des tilles dudit Tiers, qui, par leur tendre âge ou autre raison et empêchement
(1) Ces expressions indiquent clairement qu'il y avait déjà au Col une école en partie gratuite.
quelconque, ne peuvent pas jouir et profiter de celle qui est fondée au bourg de Saint-André pour toute la jeunesse de la paroisse. »
Le prix de la maison, qui est de 140 livres, « provient d'une cueillette faite dans ledit Tiers et dans laquelle chaque particulier y habitant, à l'exception des nommés Jean Serain de Montruard et François
Giraud (1), quoique particuliers aisés, a
bien voulu contribuer à l'achat de cette maison qui servira aussi de logement à l'instituteur. »
La venderesse, Marie-Marthe Bois, femme de Sébastien Gharvoz, « voulant aussi contribuer de son côté à la fondation de ladite école..., demeurera chargée de la taille dudit bâtiment s'il y en a. »
On ne peut s'empêcher d'admirer le sens pratique de ces villageois qui, sans aucune intervention de l'Etat, gèrent leurs intérêts en toute liberté, se concertent et se cotisent pour avoir une maison d'école. Que dites-vous de ce blâme infligé dans un acte public aux deux particuliers égoïstes qui n'ont pas voulu s'associer à ce mouvement de solidarité ?
Par son testament du 12 février 1828, Richard notaire, Rd Manuel, curé de Saint-André, a légué toutes les vignes qu'il possédait à Saint-Julien avec la maison et le mobilier, pour augmenter les revenus du bénéfice de saint Roch érigé dans la paroisse de Saint-André et le traitement du prêtre qui le desservira, à la condition qu'il enseigne la langue latine, jusqu'à la troisième inclusivement, à des jeunes gens de Saint-André et de Notre-Damedu-Villard, au choix des deux recteurs.
(4) Un mot illisible.
VILLARODIN-BOURGET
Par son testament en date du 27 décembre 1681, Rd Barthélémy Gorrand, curé de Yillarodin, « a institué son héritier universel N.-S. J.-G. et en sa personne les pauvres tilles de cette paroisse pour une partie, pour l'instruction desquelles il a ordonné qu'il y aurait une maîtresse d'école establye par les Rds curés, du consentement dès scindicqs de la paroisse, qui serait obligée de raccomoder les ornements de la sacristie et d'enseigner les dites tilles à lire et à coudre, depuis la fêle de Toussaints jusques à la fin du mois de may ».
Pour l'entretien de la maîtresse, il a laissé, outre une rente de cinq florins, diverses pièces de terre et de pré. Il avait fait bâtir, entre la cure et le cimetière, deux chambres superposées : celle d'en bas pour Técole des filles et celle d'en haut pour l'école des garçons (1).
Dans l'enquête de 1729, il est déclaré que la communauté du Bourget possède une fondation pour l'instruction de la jeunesse faite par Rd Jouvencel, curé de la paroisse encore vivant.
Dans celle de 1771, le rapport nous apprend que l'école a un revenu annuel de 40 livres 14 sols 1 denier, provenant d'un capital de 814 livres 1 sol, placé chez différents particuliers.
(1) Procès-verbal de la visite pastorale de M*r de Masin, 1700.
Ce sont les syndics et conseillers qui en sont les administrateurs et qui nomment annuellement un maître d'école. Il n'y a aucun titre qui prouve l'établissement de cette école, et le capital affecté à son entretien est formé par de petits legs de plusieurs particuliers.
Canton de Lanslebourg
BESSANS
Le 25 mars 1729, Jean-Baptiste Personnaz, châtelain du mandement de Bessans, répondant au questionnaire posé par l'intendant de la province sur l'état des écoles publiques, déclare « que rière ladite paroisse et mandement de Bessans il n'y a jamais eu d'écoles publiques, ni rente et fondation pour ce regard, sauf qu'il y a environ quatre ans plusieurs particuliers dudit Bessans se sont proposés de faire venir un maître d'école étranger pour enseigner leurs enfants dans une maison vide appartenante à la communauté, et c'est depuis environ la Toussaint jusqu'à la fin du mois d'avril. . . La matière qu'il y enseigne, c'est d'apprendre à lire, écrire et l'arithmétique. Son gage peut revenir à cinquante ou soixante livres pour chaque hiver ; lequel est payé par les mêmes écoliers qu'il enseigne à raison de vingt-cinq ou trente sols par chacun à ratte et proportion du nombre qu'il y en a. Ne sachant y avoir aucune fondation ni concession pour ladite école. . . » (1).
Le procès verbal de notre châtelain est loin d'être exact. Est-ce ignorance ou plutôt réticence calculée? Quoi qu'il en soit, l'enquête de 1771 nous apprend qu'en 1725, révérend Buisson, curé de Bessans,
(1) Archives départementales. G. 667.
avait légué à la communauté un capital de 1.968 livres, dont une partie était attribuée au salaire du maître d'école. De son côté, la confrérie du Saint-Esprit abandonnait une rente annuelle de 35 livres pour un maître qui devait enseigner toute l'année le latin (1). Elle se proposait d'augmenter ce subside. Ces fondations étaient trop récentes pour que le châtelain Personnaz n'en eût pas connaissance.
Nous possédons des renseignements encore plus anciens sur les écoles à Bessans. Dans l'acte de fondation d'une chapellenie, 3 avril 1670, Clerc notaire, il est dit : « Messire Gallice d'Aibiez-le-Vieux (chapelain choisi) et ses successeurs seront obligés détenir l'écolle et d'enseigner la crainte de Dieu à la jeunesse et d'y apporter les soins à eux possibles, en payant par les pères de famille, tuteurs ou curateurs des enfants, ce qui sera raisonnable pour leurs peines ».
Dans un autre acte de 1785, Rivet notaire, pour la nomination de Rd Gulet, prêtre de Bonneval, à la même chapellenie, le nouveau bénéficier promet « de remplir toutes les fondations attachées à ladite chapellenie, notamment de célébrer comme aussi
d'enseigner le latin à la jeunesse, moyennant que les parents lui payent ce qui sera raisonnable pour ses peines ».
Un procès-verbal de confirmation du 14 juillet 1700 fait aussi mention de cette chapellenie. L'enseignement du chapelain était surtout pour les enfants du chef-lieu, que les vieux documents appellent un peu pompeusement « la ville de Bessans ».
Le recteur du bénéfice du Villaron, fondé par Mi-
(1) Archives départementales. G. 819.
chel Péra, par testament du 3i janvier 1762, avait l'obligation d'instruire la jeunesse du village et d'enseigner le catéchisme et les mystères principaux de notre religion aux enfants et autres personnes ignorantes.
Quant au bénéfice de l'Àvérolle, fondé en 1764, lacté d'homologation du ier septembre de la susdite année dit simplement que « lesdits préires desservants feront le prône, le catéchisme et les exhortations tous les dimanches ».
Joignaient-ils à ces fonctions sacerdotales celles de régent ou maître d'école ? C'est probable ; quoique l'acte de fondation ne le dise pas.