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AUX ADMINISTRATIONS DEPARTEMENTALES ET COMMISSAIRES

Paris le 17 ventôse an VI [Moniteur du 4 germinal an VI, n* 184).

Citoyens,

Lorsque je recommandai à votre zèle, dans une circulaire du 29 frimaire, la prompte et stricte exécution de Tarrèté pris, le 27 brumaire dernier, par le Directoire exécutif, pour activer l'instruction publique dans les écoles centrales, je vous invitai en môme temps à étendre votre sollicitude sur les écoles et maisons d'éducation particulières et je vous indiquai tout le pouvoir dont vous étiez investi à ce sujet en vous rappelant l'article 356 de l'acte constitutionnel.

Mais, quelque incontestable que fût en lui-même le droit de surveillance qui vous était si solennellement attribué, il devenait nécessaire de donner aux mesures qui seraient adoptées pour l'exercice de ce même droit une marche régulière et uniforme, et de ne rien laisser à l'arbitraire dans un sujet important.

Tel est le principal motif qui a dicté à la sagesse du Directoire exécutif l'arrêté du 17 pluviôse, concernant la surveillance des écoles particulières, maisons d'éducation et pensionnats. Plusieurs administrations centrales, d'après mon invitation, avaient déjà prévenu une partie des dispo-

1. La loi surveille particulièrement les professions qui intéressent les tnœurs publiques, la sûreté et la santé des citoyens.

sitions qu'il renferme, et toutes s'empressaient sans doute à imiter ce glorieux exemple, mais elles pouvaient être encore arrêtées par la nature des moyens qu'elles se proposaient d'employer pour procéder à cette opération : ces moyens, en les supposant également sages, eussent pu néanmoins ne pas produire les heureux effets qui étaient à désirer, par le défaut d'ensemble et d'uniformité.

Maintenant, citoyens, la marche que .vous avez à suivre vous est tracée par l'arrêté du Directoire» et rien ne doit plus s'opposer aux grands avantages qui doivent résulter de son exécution. Aurai-je besoin de v^us exposer ici toute l'importance et la nécessité du zèle que vous devez apporter à remplir exactement tout ce qu'il vous prescrit ? Ce n'est que par ce zèle, en effet, et par une constante surveillance, que vous pouvez arracher l'instruction républicaine à cette espèce de nullité dans laquelle les ennemis des lois et du gouvernement se sont efforcés de la plonger jusqu'ici, et porter enfin le dernier coup à ces institutions monstrueuses où le royalisme et la superstition s'agitent encore contre le génie de la liberté et de la philosophie.

Si l'élat des écoles centrales dans un assez grand nombre de départements est aussi complet qu'on pouvait l'espérer, combien le spectacle que présente le tableau des écoles primaires ne doit-il pas affliger l'âme de tous les vrais républicains ! — En butte à la malveillance et à la calomnie, dénuées des premiers secours qui pouvaient les soutenir et les alimenter, attaquées même ouvertement et ridiculisées par ceux qui en devraient être les premiers défenseurs..., elles n'existaient pas encore que déjà elles avaient cessé d'être....

Aussi, réduits à l'état le plus déplorable, sans considération au dehors, sans élèves pour la plupart, les instituteurs voient leur zèle entièrement paralysé, et ce n'eût été qu'en se prêtant par une lâche complaisance aux plus honteux préjugés et en devenant parjures à leur serment qu'ils auraient pu obtenir quelque succès.

Et cependant, à côté d'eux, s'éle raient et s'élèvent encore avec audace une foule d'écoles privées où l'on propose impunément les maximes les plus opposées à la constitution et au

gouvernement et dont la coupable prospérité nemble croître en raison de la perversité des principes qu'y reçoit la jeunesse.

C'est donc sur ces repaires du fanatisme royal et superstitieux» où des spéculateurs avides étouffent par un vil et sordide intérêt les germes précieux des vertus républicaines, et dérobent à la patrie, dans la génération naissante, ses plus chères espérances, que le Directoire exécutif appelle toute votre vigilance et toute votre activité. Ce ne sont point des menures inquisitorides qui vous sont commandées, c'est cette sévérité paternelle qui veille avec une calme inquiétude sur une tendre famille, pour écarter loin d'elle le soufDe empoisonné de tous les genres de corruption. Vertu, patrie, liberté, amour des lois et de la république, voilà les noms augustes et sacrés que vous avez à défendre, à faire chérir et respecter... Bêlas! ils ignorent, ces jeunes enfants, qu'un fatal aveuglement les immole dès leur aurore à des passions étrangères; ils ignorent tous les maux auxquels on les dévoue. Us sont nés pour être libres et des mains perfides les façonnent à l'esclavage; ils sont destinés à jouir de tous les droits que leur assure la constitution et l'on s'efforce de les plier au joug delà tyrannie; l'égalité doit être leur partage et on leur apprend à connaître un jour à servir un autre maître que la loi. Soyez donc les tuteurs, les pères de ces êtres intéressants dont un affreux calcul s'empare pour en faire ses victimes.... Hecueillez-Ies dans votre sein ; arrachez- les au funeste avenir que des âmes mercenaires leur préparent] qu'ils vous doivent l'énergie des sentiments patriotiques, la pureté de mœurs, la grandeur d'âme et cette fierté généreuse qui caractérise les vrais républicains....

Tels senties devoirs sublimes que vous impose le Directoire exécutif par son arrêté du 17 pluviôse. Le premier pas que vous ayez à faire pour en remplir les dispositions est de leur donner la plus grande publicité. Je vous recommande de les faire imprimer en placard à la suite de l'arrêté du 27 brumaire et de les faire afficher dans les écoles primaires et centrales, ainsi que dans les écoles particulières, maisons d'éducation et pensionnats.

De l'exécution fidèle et scrupuleuse des dispositions de l'un et l'autre arrêté dépend, en effet, le cours de l'instruction publique. L'un doit actiyer l'enseignement des écoles centrales, l'autre celui des écoles primaires. Tous deux» par leur réunion, vous présentent les moyens les plus efficaces pour paralyser l'influence meurtrière des éducations antirépublicaines. Or, diminuer cette influence, c'est ajouter à la prospérité des écoles nationales.

Que les instituteurs patriotes reprennent donc un nouveau courage ; qu'ils redoublent de zèle et d'ardeur dans l'exercice de leurs fonctions intéressantes. Secondés par le gouvernement, qu'ils secondent le gouvernement à leur tour.... Votre estime et votre considération, citoyens» doivent être le prix le plus flatteur de leurs travaux ; et la meilleure preuve que vous puissiez leur donner de l'intérêt qui vous anime en leur faveur, c'est sans doute votre exactitude à faire exécuter les lois qui les protègent. J'attends cette preuve de votre zèle et je vous invite à me faire connaître le plus tdt possible les mesures que vous aurez prises à cet égard et les effets qui en auront résulté.

Salut et fraternité.

Letodrueux, Ministre de l'Intérieur.

STATISQUE DES PRÉFETS

Aisne.

a L'instruction publiquea été singulièiement négligée dans ce département depuis la Révolution. L'ignorance ou Timmoralité s'en sont emparées dans beaucoup d'endroits, et pendant que différentes causes ont enlevé ou dispersé les anciens sujets qui avaient la pratique de renseignement, il ne s'en est formé presque aucun pour les remplacer.

u Le premier degré d'éducation est rempli par des instituteurs asservis pour la plupart à d'aveugles routines. Ceux des campagnes surtout n'ont ni plan ni méthodes et ne tiennent leurs écoles qu'une partie de l'année : encore la plupart des villages manquent-ils d'instituteurs.

ce Dans les villes, on pourra regretter les ci-devant frères des écoles clirétiennes dont on estimait le zèle, la moralité et le talent particulier pour enseigner et contenir les enfants.

a Pour le second degré d'instruction, il existe quelques pensionnats établis dans ces villes. La plupart sont peu nombreux, offrent une partie des mêmes vices qui nuisent à la première institution et ne disposent à presque aucune des sciences que l'on enseigne à l'école centrale.

ce Gelle-ci est presque déserte et ne compte cette année que quatre-vingt-seize élèves inscrits, dont cinquante-huit pour le

cours de dessin seulement, ce qui n'en laisse que trente-huit

suivant les études des sept autres cours.

<x Le vœu général est prononcé pour le rétablissement dans les principales villes des collèges adaptés au plan actuel d'études. Saint-Quentin, Soissons, Laon et Guise seraient les communes qui offriraient le plus de ressources à cet égard. »

Aube.

« L'école centrale est composée de huit professeurs et de 80 écoliers. Les classes les plus fréquentées sont celles de dessin et de mathématiques.

« On peut blâmer, dans rétablissement des écoles centrales, la centralisation de l'instiuction au chef-lieu de chaque département, ce qui prive de toute instruction les autres villes. Ainsi, dans notre département, Nogent, Bar-sux^Aube, Bar-sur-Seine, n'ont qu'un maître d'école, et si les parents n'ont pas assez de fortune pour entretenir leurs enfants hors de leur maison, ils ne peuvent leur faire apprendre qu'à lire et à écrire. »

Aude (an IX).

« L'enseignement public est presque nul. Dans les campagnes, il y a peu d'instituteurs primaires, et ceux qui en ont le titre n*ont guère de moyens ni de volonté d'exercer convenablement ces utiles fonctions. Il n'y a presque pas d'écoles particulières. Un seul pensionnat donnait des espérances.... Des obstacles extérieurs, et peut-4tre aussi quelques vices dans l'administration intérieure et dans les plans d'instruction, ont arrêté les progrès de cet établissement. Quoique sans rivaux, il ne réunit pas plus de quarante élèves.

« L'école centrale est peu fréquentée....

<x Tous les pères de famille qui sentent le prix d'une bonne éducation attendent avec impatience l'exécution des divers projets du gouvernement, soit pour rétablir les an-

ciens collèges partout où cela se peut encore, soit pour perfectionner et rendre plus utiles les grandes écoles placées dans chaque chef-lieu de département.

« Signé : Barante. »

Bas-Rhin (an X).

« L'école centrale du département du Bas-Rhin est fixée à Strasbourg, dans les bâtiments du ci-devant collège que la loi lui a concédés.

<c Elle a eu, dans le cours de l'an dernier, 156 étudiants. Cette année, ils se montent à près de 200.

« Les cours les plus suivis sont ceux des mathématiques, d'histoire naturelle, de physique et de dessin. Après eux viennent ceux de langues anciennes, qui peuvent compter de vingt à vingt-cinq élèves ; les autres classes sont au-dessous de ce nombre. »

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