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Loi du 3 brumaire od IY

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sent encore debout. L'ancienne organisation des études ne pouvait échapper au sort commun; elle aussi devait se transformer sous peine d'être brisée. Depuis un demisiècle, l'agitation provoquée par les encyclopédistes et les parlementaires d'une part, l'attraction exercée, de l'autre, par les doctrines et les écrits de Locke, de .Condillac, de Rousseau surtout, avaient, on peut le dire, gagné toutes les classes. Lisez le « résumé des cahiers et pouvoirs remis par les bailliages et les sénéchaussées à leurs députés aux États généraux, » et vous y rencontrerez partout l'expression du môme vœu, l'idée de la nécessité d'un nouveau système d'études et d'éducation. Vous les trouverez môme, chose étrange, plus énergiquement accentuées dans les cahiers du clergé et de la noblesse que dans ceux du tiers.

« Il n'est peut-être pas d'objet (l'instruction) qui mérite une attention plus sérieuse de la part de l'Assemblée nationale, » est-il écrit dans les cahiers du clergé de Barsur-Seine... « C'est du sein des lumières réunies aux États généraux que doit sortir le plan si universellement désiré d'une éducation salutaire et générale. »

Ceux de Rodez et de Saumur demandent « qu'il soit fait un plan d'éducation nationale pour la jeunesse; ceux de Lyon, a que l'éducation publique soit prise en considération et qu'on travaille sérieusement à la réformer; que pour y parvenir elle soit confiée à un corps enseignant dont les membres soient amovibles pour cause de négligence, d'inconduite ou dincapacité; qu'elle ne soit plus dirigée d'après les principes arbitraires, et que tous les instituteurs publics soient tenus de se conformer à un plan uniforme approuvé par les États généraux. »

Les cahiers de la noblesse sont plus explicites encore : « L'assemblée générale portera souvent son attention sur les établissements d'éducation publique, qui manquent absolument dans plusieurs parties du royaume. Ces fon-

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dations, presque toutes anciennes» ont conservé la routine des siècles passés. Il serait temps de les faire participer aux lumières acquises, de leur donner un régime plus propre à former des citoyens de tous étals, et surtout de propager jusque dans les campagnes les moyens d'une éducation suRisante à ceux qui les habitent, et qui puisse s'étendre même jusqu'aux pauvres... Nous recommandons à nos députés de présenter notre vœu pour rétablissement d'une commission chargée spécialement de s'occuper de Tinstruction publique. » Ainsi s'expriment les cahiers de la noblesse de Saintes. Ceux de Lyon réclament dans l'éducation de l'un et de' l'autre sexe des changements de nature à lui imprimer « un caractère national ; » ceux de Paris, « que l'éducation publique soit perfectionnée et étendue à toutes les classes de citoyens ; qu'il soit rédigé pour (ont le royaume un livre élémentaire contenant sommairement les points principaux de la constitution; que ce livre serve partout à l'éducation de la première jeunesse et que les Français apprennent en naissant à connaître et à respecter leurs lois ; » ceux de Touraine, « que, dans le moment où la France va se régénérer et où la constitution, jusqu'à présent flottante, va prendre une forme régulière,... le droit public fasse, après la religion, la base de toutes les études ; » ceux de la Guyenne, « qu'il soit formé un plan d'éducation publique dont les principes soient analogues à la constitution nationale, et que Sa Majesté soit suppliée de nommer un comité à cet effet. » Enfin ceux de Blois, « qu'il soit établi un conseil composé des gens de lettres les plus éclairés de la capitale et des provinces et de citoyens de divers ordres, pour former un plan d'éducation nationale à l'usage de toutes les classes de la société et pour rédiger des traités élémentaires. »

Un tel concert, chez les ordres privilégiés, était singulièrement significatif et dut nécessairement peser d'un

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grand poids sur rAsscmblée nationale et sur les assemr blées postérieures. Dès lors que la noblesse et le clergé s'unissaient pour réclamer une nouvelle organisalion.de rinslruction publique, qui s'y serait opposé? La royauté? elle n'avait pas assez dfe toutes ses forces pour résister sur les points essentiels; c'eût été folie d'en distraire quelque chose pour défendre une position où son existence môme n'était pas intéressée. D'ailleurs, n'avait-elle pas déjà laissé faire les parlements? Leur œuvre se continuait; qu'avait-ellc à y redire? Quant au tiers-état, son adhésion était certaine. Il était acquis d'avance aux réclamations des deux aiitres ordres.

La route était donc libre, et, dans cette direction au moins, la Révolution n'avait à craindre et ne rencontra en réalité aucune résistance. Elle pouvait réformer tout à son aise : elle en avait le pouvoir, et personne ne lui en contestait le di^oit. Les universités ne se défendaient môme pas; dès le principe, il semble qu'elles aient vu leur fin prochaine et qu'elles s'y soient résignées. Les collèges firent mieux : ils secondèrent le mouvement. Les premiers projets d'éducation soumis à l'Assemblée nationale en 1789 et 1790 émanent d'eux pour la plupart : Degranthç* était professeur à Louis-le-Grand; Villier*, Paris' et Daunou* appartenaient è TOraloire, et c'est encore à l'un des membres de cette congrégation qu'il faudrait, suivant quelques personnes, attribuer la paternité du plan de Talleyrand. Quoi qu'il en soit, jamais, à aucun moment, l'action législative n'avait été

1. Degranthe : Projet d'un plan d'éducation nationale, suivant la nouvelle division du royaume en 75 ou 85 départementt, (Paris, 1789.)

2. Villier : Nouveau Plan d'éducation et d'instruction publique dédié à VAssemblée nationale. (Angers, 1789.)

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