Projet dèducation na/to»ate (Paris
4. Daunou : Plan d'éducation présenté à VAssemblée nationale au nom dei instituteurs publics de VOratoire. (Paris, 1791.)
soutenue par un mouvement plus clairet plus vif, et n'avait trouvé pour s'exercer sujet et terrain mieux préparés.
Qu'advint-il cependant? En fait de réformes, on eut une destruction. Où l'opinion publique attendait une meilleure et plus large distribution des études, on n'eut plus d'études du tout, rien que le vide, le néant, et, pour dissimuler ce vide, pour cacher ce néant, une succession de projets plus chimériques les uns que les autres.
C'est un triste spectacle que cette lente agonie d'institutions plusieurs fois séculaires et cependant encore pleines de vie, que l'extinction graduelle de tous ces foyers d'instruction où s'était formé, pendant tant d'années, le génie môme de la France. Il y avait là d'immenses ressources, un fonds d*une richesse inappréciable, de fortes assises et des cadres auxquels il fallait bien se garder de toucher. La Révolution n'eut pas cette sagesse ; . elle ne sut ou ne voulut rien conserver du passé; gn ce point comme dans le reste, elle prétendit faire table rase, improviser des écoles, des maîtres, une méthode, comme elle improvisait des armées. Elle crut de très bonne foi qu'il lui suffirait aussi, sur ce terrain, de décréter la victoire pour la remporter. Grave erreur en un sujet où le progrès est inséparable de la tradition, et où la plus vulgaire prévoyance commandait de ne rien changer d'essentiel aux fondations existantes, avant d'avoir au moins arrêté le plan et jeté les bases d'une nouvelle organisation.
Il faut remonter jusqu'aux premiers temps de l'Assemblée constituante pour trouver le point de départ de toutes ces destructions. Le vandalisme n'a pas tout fait, comme on le croit généralement. Il a sa bonne part assurément de responsabilité, mais il est juste de reconnaître que la Constituante et la Législative ne lui avaient guère laissé que les derniers coups à porter. Dès le principe, l'ancien régime scolaire fut profondément atteint, frappé
56 l'instruction PUBUQUfi ET LA RÉVOLUTION.
aux sources mêmes, de son existence, par Tabolition des privilèges dans la mémorable nuit du 4 août 1789^ Cet acte, tout d'entliousiasme et de générosité, qui excita dans le moment une si vive admiration, et qui est encore aiyourd'hai si bruyamment célébré, fut peut-être un grand acte; ce ne fut assurément pas, k le considérer froidement, un acte très politique. Aristide l'eût conseillé sans doute; fhémistocle, — et par Thémistocle j'entends une assemblée plus rclssise, plus maîtresse d'elle-même^ — ne se fût point tant pressé. La féodalité devait disparaître, personne n'y contredit, mais encore y fallait-il quelques précautions ; le sacrifice était néce83aire, mais ir n'était pas défendu d'en attendre le moment opportun et d'y faire un choix. A côté de vexations et d'abus devenus intolérables, il y avait d'anciennes possessions d'état, légitiméesr par de grands services rendus, à sauvegarder. Aitt6i,.dé temps immémorial, en France, les dîmes avaient été l'une des principales ressources des écoles. Elles formaient, en partie, la dotation de l'instruction publique. Nombre de séminaires, de collèges et même d'universités en vfvafant. Bref, un sérieux Intérêt commandait d'en maintenir au moins la part afférente aux maisons d^éducation^ ou de la remplacer par une subvention pareille. La Constituante, dans sa précipitation, ne vit pas cela; elle abolit les dîmes de toute nature et les revenus qui en tenaient lieu, en même temps que les autres privilèges,
,-« sauf, dit le décret, à aviser aux moyens de subvenir d*une autre manière à tous les établissements, séminaires, écolesy collèges, etc., à l'entretien desquels elles
.sout actuellement affeciées. »
1. Décret du 4 août 1789. Art 5 : « Les dtmes de toute nature et les rede- Tances qui en tiennent Heu, sous quelque dénomination qu'elles soient connue» et perçues.... sont abolies, sauf à aviser aux moyens de subvenir d'une autre manière.... à tous les établissements, séminaires, collèges, hôpitaux, à l'entretien desquels elles sont actuellement affectées. >*
tES DESTâUGTIONS. 57
Par une dispoBilion transitoire, il est vrai, la perceplion « desdites dîmes », devait continuer « jusqu'à cd que left anciens possesseurs fussent entrés en jouissance de leuf remplacement, suivant les lois et en la manière accoutumée. > Mais cette disposition tutélaire ne tarda pas à être elleHmôme abrogée. Ce fut l'objet d'un" décret du 20 avril 1790, quidécida « qu à compter du l^Janvier 1791, les dîmes de toute espèce cesseraient d'être perçues. »
A la môme époque et au même ordre d'idées plus généreux que réfléchi, se rattache une mesure d'une non DK>indre portée : la suppression des taxes indirectes (2-17 mars 1791). Un grand nombre d'écoles et dé collèges jouissaient de rentes plus* ou moins élevée? sur le produit des octrois et se trouvaient conséquemment intéressés à leur maintien. La Constituante- n'hésita pa? à* tarir encore cette source de revenus qui devait être considérable, si Ton en juge par le nombre des réclamations dont on retrouve encore la trace aux arehives, et qui fort ment un dossier du plus triste intérêts II faut voir, dan%.
1. ArchÎTes nationales, F. 6^990. Le 25 août 1792 : pétition des prof«s- . sears du collège de Barcelon nette. Ils exposent que leurs revenus se trouvent. * réduî'.s à la somme de 800 livres par suite de la suppression des.dr0jts fée« daux et réclament une allocation. Le 7 mars 1792 : les administrateurs du ' département des Hautes-Alpes réclament une indemnité de 3332 fr. pour pareille somme que le collège d'Embrun a perdue par la suppression des dîmes et droits féodaux. — Les mêmes appellent Tattention du ministre sur une pétition de la municipalité de Gap, sollicitant les moyens de rétablir ' son collège, dont elle^ient d'être privée par la suppression des Doctrinaires. * — Le 29 décembre 1792, le principal et les professeurs ilu cellège de Moulins exposent qu'ils ont perdu, par suite de la suppression de la dlme, une grande partie de leurs revenus. Demande d'allocation. — Le collège de Laon était autrefois entretenu par la ci-devant abbaye de Saint-Jean. Le Directoire écrit au ministre pour lui demander, des fonds. — Même récla-* mation des collèges de Bourg, d'Ajaccio, de Bastia. Geuxci- n'ont pas touché leurs gages depuis dix-huir mois; ceux-là depuis trois ans. *— De Beaune, les Pères de l'Oratoire écrivent pour réclamer une somme de 540d livres qui leur était payée aneiennem^nt sur le produit d'un octroi. «^ De Péri- ' gueux, on signale au'ministre la détresse du collège, ruiné par la suppres- " slon des dtmes. — De Rethel, on lui mande que la ville ne peiit plus entr^ ^
ces documents, & quelle condition étaient déjà réduites beaucoup de maisons d'éducation à la fm de Tannée 1791. Ce n'est pas encore k ruine, mais c'est déjà la misère. Tel établissement naguère fort convenablement rente se voit maintenant contraint à tendre la main ; tel autre a dô réduire le nombre de ses professeurs par raison d'économie.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.
Tous souffrent et se plaignent, et c'est en vain que, par une loi du 6 juin 179a*, la Législative essayera d'apporter quelque soulagement à tant de détresse, en mettant 200000 francs à la disposition du ministre de l'intérieur « pour donner des secours aux professeurs des collèges et des universités qui avaient perdu leurs revenus par la suppression des dîmes et des octrois. » Ce niaigie crédit devait être et fut presque aussitôt absorbé que voté.
Mais ce n'est pas seulement dans leurs revenus que la Constituante atteignit les maisons d'éducation. 11 lui était réservé de les frapper plus gravement encore par un acte qui porte un nom fameux dans l'histoire : la constitution civile du clergé du 12-26 juillet 1790. Déjà, à ce moment, le clergé avait cessé, non seulement de former un ordre à part dans l'État, mais encore d'être propriétaire. Ses biens avaient été mis à la disposition de la nation par le
tenir son collège, « vu la suppression des octrois. » — D'Avignon ^ les professeurs lui écrivent qu'ils n'ont rien touché depuis 1790; et qu'ils sont dans la dernière détresse, etc., etc.
1. L'Assemblée nationale, considérant l'instante nécessité.... décrète : Art. 1". L'Assemblée nationale^ après avoir reconnu et décrété l'urgence, décrète qu'il sera mis, par la Trcsorerie nationale ^ à la disposition du ministre dellotérieur, une somme de '200000 livres pour être employée, sur les demandes qui lui en seront faites par les directoires de départe* ment, à donner des secours aux professeurs des collèges ou des universités qui ont perdu, en tout ou en partie, leurs revenus par la suppression des dîmes ou droits féodaux, ou d'une autre manière quelconque
décret du 2 novembre 1789*; ses couvents avaient été réduits à un seul du même ordre dans chaque municipalité (5 février 1790)V Enfin, l'émission des vœux monastiques elle-même avait été suspendue (28 octobre 1789) *. La constitution civile du clergé acheva de porter le trouble dans rÉglise. Introduire le principe électif dans l'organisation ecclésiastique et substituer l'institution métropolitaine à Tinstitution pontificale, c'était renverser de fond en comble la hiérarchie établie, usurper sur le domaine spirituel, provoquer avec Rome un conflit sans autre issue possible qu'un schisme bientôt suivi d'une guerre religieuse. C'était jeter l'Église, si nationale au début, dans les bras de la contre-révolution et de l'étranger. Aucune mesure enfin ne pouvait être plus impolitique et n'eut de plus funestes conséquences à tous les points de vue, même à celui des écoles. En effet, l'ancienne organisation des études était trop intimement liée à celle de l'Église, elles avaient des rapports tropélroils pour que l'anarchie pût se mettre dans celle-ci sans que l'autre en ressentit immédiatement les effets. Quand le corps était malade, comment les membres n'auraient-ils pas souffert? Or^ on l'a vu, les membres du corps enseignant, à l'époque de la Révolution, relevaient pour la plupart de l'Église, soit qu'ils appartinssent à quelque corporation, soitqu'ilsfussent simplement prêtres. La constitution imposée par l'Assemblée nationale au clergé les opprimait donc au même
1. Décret du 2 novembre 1789 : « L'Assembl<je nationale décrète que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation.... •
2. Décret du 5 février 1790 : « Il est décidé, en attendant des suppressions plus considérables, la suppression d'une maison de religieux de chaque ordre dans toute municipalité où il en existe deux; de deux maisons dans toute municipalité où il en existe trois; de trois dans toute municipalité où il en existe quatre.... »
3. Décret du 28 octobre 1789 : « L'assemblée nationale ajourne la question sur les vœux monastiques; cependant, et par provision, décrète que rémission des vœux monastiques sera suspendue dans tous les monastères de l'un et de l'autre sexe.
titre que les évoques et les curés ; pour eux, comme pour les autres, Tiniquité, le sacrilège étaient les mômes. D'autant que Tobligation du serment ne devait pas leur être longtemps épargnée. La constitution civile^ ne Tavait d'abord exigé que des archevêques, évoques et curés; un décret subséquent du 22mars 1791", bientôt aggravé par un autre décret' du 15-17 avril suivant, y ajouta «les agrégés et en général tous les individus en fonction dans les établissements appartenant à l'instruction publique. » Ainsi, de l'Église, la persécution s'étendait à l'école; et comme si ce n'était pas assez des évoques et des curés insermentés, la Constituante allait encore se mettre sur les bras le personnel ecclésiastique universitaire qui, malgré ses tendances jansénistes, ne pouvait manquer, dans une question de cet ordre, de régler son attitude sur celle de l'épiscopat; non contente d'avoir enlevé le plus clair de leurs revenus aux maisons d'éducation, elle n'hésitait pas à en décimer le personnel, ou, pour parler plus précisé-
1. Décret du 12-24 juillet 1790 sur la constitution civile du clergé.
Art. 21. « Avant que la cérémonie de la consécration commence, Télu — il s'agit ici de Tévèque — prêtera, en présence des officiers municipaux du peuple et du clergé; le serment solennel d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'assemblée nationale et acceptée par le roi. •
Art. 38. « Les curés élus et institués prêteront le même serment que les évéques dans leur église. »
2. Décret du 22 mars 1791 : « Nul agrégé et en général njl individu ne sera appelé à professer et nul professeur ne pourra continuer aucune fonction dans les établissements appartenant à l'instruction publique, dans tout le royaume, qu'il n'ait auparavant prêté le serment civique, et s'il est ecclésiastique, le serment des fonctionnaires publics ecclésiastiques.» Ce serment des fonctionnaires publics ecclésiastiques avait été, postérieurement à la constitution civile du clergé, réglé par un décret particulier du 27 novembre 1790.
3. Décret du 1517 avril 1791 : « Toutes personnes chargées d'une fonction publique dans le département de l'instruction, qui n'ont pas prêté le serment prescrit par le décret du 22 mars dernier, sont déclarées déchues de leurs fonctions, et il doit être provisoirement pourvu à leur remplacement par le directoire du département. »
ment, à le placer entre la soumission à des décrets frappés d'anathëme par le Saint-Père ou la révocation. C'est à cet élat de misère matérielle et morale qu'en moins de deux ans et demi la Révolution avait déjà réduit les écoles.
Il restait à les laïciser, pour nous servir d'un barbarisme fort à la mode aujourd'hui. Ce fut l'œuvre de la Législative et des Girondins, leur œuvre bien personnelle et bien propre. Le 18 août 1792, un décret rendu sur la proposition du comité d'instruction publique déclarait « détruites et supprimées toutes les corporations séculières ecclésiastiques, et généralement toutes les corporations religieuses et congrégations séculières d'hommes et de femmes, ecclésiastiques ou laïques, même celles uniquement vouées au service des hôpitaux. » Aux termes de ce môme décret, les membres « employés dans l'enseignement public » étaient invités à en continuer l'exercice « à titre individuel et jusqu'à son organisation définitive, sous peine de se voir privés de la moitié de la pension qui leur aurait été accordée. »
Quant aux biens « formant la dotation des corporations », l'article les concernant disposait que les uns seraient administrés Jes autres (les immeubles réels) vendus dans la même forme et aux mêmes conditions que les autres domaines nationaux, à Texceplion des bâtiments et jardins des collèges encore ouverts en 1789, a quoique faisant partie des biens propres des congrégations supprimées. »
C'était surtout pour les collèges et les couvents qu'avait été désastreuse la constitution civile du clergé ; ce furent les petites écoles qui eurent le plus à souffrir du décret ' du 18 août 1792. De toutes les mesures oppressives auxquelles elles succombèrent, aucune ne pouvait leur *tre plus préjudiciable. Il ne suffisait pas en effet d'inviter les membres des congrégations supprimées à continuer
Texercice de leurs fonctions ; pour que cette invitation ne fût pas dérisoire, il n'eût pas fallu commencer par s'emparer des biens dont ils vivaient; ou du moins il eût fallu, dans le même temps, mettre à la charge de l'État leur entretien*. A celte condition, peut-être, un certain nombre de maîtres congréganistes, — ceux qui auraient consenti à prêter serment, — seraient demeurés à leur poste, au lieu qu'ils l'abandonnèrent tous, dès que le décret eut paru ; les petites écoles étaient déjà bien malades à ce moment; on peut dire que ce coup les acheva.
Au résumé, les collèges et les universités ruinés plus d'à moitié par l'abolition des dîmes et des octrois, les petites écoles fermées en grande partie par suite de la suppression des corporations, le personnel enseignant réduit dans des proportions énormes et ce qu'il en restait persécuté, livré en proie à la tyrannie des sociétés populaires et des comités de surveillance, ou au caprice des autorités locales : tel était à la fin de 1792, sans compter l'émigration, la guerre et les assignats, l'état de l'instruction publique en France. Yoilà la situation en face de laquelle allait se trouver la Convention. En vérité, sa tâche était bien simplifiée : consommer la ruine des écoles en soumettant à la loi commune, c'est-à-dire à la confiscation, ceux de leurs biens qui en avaient été jusqu'alors exceptés; puis jeter bas ces débris, témoins importuns d'un régime détesté, ces institutions barbares et gothiques, ces repaires de l'esprit monacal et féodal, universités, collèges, académies ; quoi de plus facile ! 11 n'y avait pas une goutte de sang à verser là : pas de procès,
1. Gomme l'avait fait le décret du 18 août pour les professeurs des collèges.
Titre IV» art. 3 : * Si à raison de la suppression sans indemnité par les décrets antérieurs des droits qui pouvaient faire partie des revenus des collèges ou pour toute autre cause, leur revenu actuel ne suffisait pas à Tentretien de Tinstruction, il y sera incessamment pourvu par le corps législatif sur la demande des directoires de département.... >
comme pour Louis XYI, à instruire ; pas d'enquête à faire, de témoignages à recueillir. La cause était entendue, gagnée d'avance : il ne restait plus qu*à rédiger l'arrêt.
La Convention commença par les biens. Apparemment c'était le plus pressé. Dès les premiers temps de son existence, en mars 1793, un décret mettait à la disposition de la nation « les biens formant la dotation des collèges, des bourses et de tous les autres établissements d'instruction publique, à l'exception de ceux jugés nécessaires pour les cours et pour l'habitation des professeurs et des élèves. » Par ce même décret, l'État prenait à sa charge le traitement des professeurs et instituteurs « sans toutefois qu'il pût excéder 1500 livres dans les villes audessous de trente mille âmes et 2000 livres dans les villes au-dessus de cette population*. « Donc les litres sur lesquels reposait depuis tant d'années la fortune des écoles étaient anéantis ; détruit aussi le riche patrimoine qu'elles tenaient de la muniflcence des princes, des évoques, de quelques grandes maisons, en partie môme de leurs propres membres, et qu'elles avaient lentement accru. Toutes ces fondations, dues pour la plupart au sentiment chrétien, allaient se perdre dans le gouffre où tant d'autres richesses avaient déjà disparu. Mais, par une compensation dont les effets devaient singulièrement se faire attendre, l'éducation de la jeunesse était placée parmi les services que la société rétribue directement : l'État devenait enseignant. Ici finit en réalité l'ancien régime scolaire. La mort peut venir à présent : l'université de Paris elle-même n'a plus qu'un simulacre d'existence. Privée d'une de ses facultés ', de son tribunal, réduite
1. Il est presque superflu. d'ajouter que cette dernière partie du décret demeura lettre morte.
2. La faculté de théologie. Elle avait été fermée par ordre du directoire du département en mars 1791, à cause de l'adhésion de ses membres à la protestation de Tarcbevêque de Pari^ contre la constitution civile du clergé et de leur refus de prêter serment.
à changer le nom de ses collèges et le caractère de son enseignement, opprimée dans sa croyance, abandonnée de ses meilleurs maîtres et du plus grand nombre de ses élèves, elle ne montre plus aux yeux que la triste image d'un corps qui s'en va.
En apparence, le train des choses est toujours le même : la machine n'a pas cessé de marcher, les exercices scolaires se succèdent avec la régularité et dans leur ordre habituels. Singulier spectacle et plus singulier contraste encore ! dans ce Paris agité par tant de secousses violentes, parmi tant de ruines et de catastrophes, en pleine Terreur, quand tout croule et s'effondre, quand de l'ancien régime il ne reste plus rien, pas môme le roi, une seule chose est demeurée fixe, immuable dans ses habitudes et dans ses traditions : la Sorbonne. Au mois de juillet 1793, quelques jours après la mort de Marat, les compositions du concours général entre les collèges de Paris eurent lieu comme à l'accoutumé. Un peu plus tard, le 4 août, la distribution des prix se fit également avec le cérémonial et la pompe d'usage. L'emplacement seul avait été changé ; par une innovation toute révolutionnaire, ce ne fut pas cette fois sous les murs aristocratiques de la vieille maison de Richelieu que les lauréats vinreat recevoir leurs couronnes ; elles leur furent données en un lieu plus approprié aux circonstances, dans la salle même des Jacobins. Des députations de la Convention, du tribunal criminel, du tribunal de cassation et de tous les corps administratifs et judiciaires siégeaient dans l'assemblée. Plusieurs discours furent prononcés, entre autres un du citoyen Dufourny, membre du Directoire, qui commençait par ces mots empruntés à la Marseillaine: « Enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé! » et qui continuait par ceux-ci : « Que vos Âmes, enfants de l'égalité, ne s'effrayent pas de ce que vos fronts seront un moment ceints de ces couronnes, car ces cou-
LES DETSTRUCTIONS. 65
ronnes ne sont pas celles de Torgueil, ni celles de la tyrannie ; ce sont les couronnes de l'émulation, des talents qui ont fondé, illustré et défendu les républiques. »
Après celte harangue enflammée, le doyen des délégués de la Convention s'assit au fauteuil et prit à son tour la parole ; puis le citoyen Grouzet, principal du collège du Panthéon, lut un poème sur la liberté, où personne ne vit une satire et qui fut couvert d'applaudissements. Mais celte pompeuse journée était la dernière que le sort réservât à l'Université, et l'hymne de Grouzet, le suprême accent qu'elle dût faire entendre, son chant du cygne. A quatre jours de là, le 8 août 1793, un premier décret supprimait brutalement « toutes les académies et sociétés littéraires patentées ou dotées par lanation^ »
Un mois après, le 9 septembre, les écoles militaires disparaissaient & leur tour et les corps administratifs étaient « expressément chargés de pourvoir au remplacement de ceux des instituteurs publics qui n'avaient pas constamment professé, depuis 1789, les principes de la Révolution. » Enfin, le 15 septembre suivant, sur une pétition présentée par les autorités constituées du département de Paris et des districts ruraux, accompagnées de députations de la commune, des sections et des sociétés populaires, la Convention décidait a qu'indépendamment des écoles primaires, il serait établi dans la république trois degrés progressifs d'instruction : le pre^ mier pour les connaisss^nces indispensables aux artistes et ouvriers de tous les genres ; le second pour les connaissances ultérieures, nécessaires & ceux qui se destinent
1. Art. l*^ Toutes les académies et sociétés littéraires patentées ou dotées par la nation sont supprimées
Art. 2. Les jardins botaniques et autres, les cabinets d'histoire naturelle, muséums, bibliothèques et autres monuments des sciences attachés aux académies et sociétés supprimées, sont mis sous la surveillance des autorités constituées jusqu'à ce qu'il en ait élé disposé par les décrets sur l'organisation de l'instruction publique.
l'irsthuction publique. 5
aux autres professions de la société ; le troisième pour les objets d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes. » En conséquence, « les collèges de plein exercice et les facultés de théologie, de médecine et de droit étaient supprimés sur toute la surface de la république. » Ainsi finit, sur une impérieuse sommation de la foule, sans rapport et sans enquête préalable, sans môme obtenir la suprême consolation d'un débat contradictoire et sans qu'une seule voix osât prendre sa défense, incidemment, misérablement, condamné par la rue, un régime qui, dans le cours de son existence six fois séculaire, avait formé lant et de si fortes générations et porté si loin la renommée de la cullurc et de Tesprit français : cette université de Paris, mère de toutes les universités de France et d'Europe, et longtemps la première par Tinfluence et l'autorité de son enseignement encore plus que par son ancienneté; ces universités provinciales qui entretenaient sur tant de points, avec le secours des sociétés savantes et des académies, une si remarquable intensité de vie intellectuelle; ces collèges, enfin, si injustement décriés, qui pouvaient avoir des parties faibles, mais dont l'organisation, en somme, était si forte, la discipline si ferme et la méthode si sûre. C'en est fait de ce vaste ensemble, fruit de tant d'efforts individuels, de libéralités privées et d'obscurs dévouements, où chacun, princes, évoques, cités, corporations, avait apporté sa pierre ; les uns donnant leur obole, les autres leur expérience pédagogique et leurs vertus professionnelles. Toute celte barbmne va disparaître « et tomber sous la faux réformatrice*. » Qu'im-
L Pétition du 15 septembre, t Les collèges de Paris, semblables en cela à tous ceux de la République, sont encore voués à la barbarie du moyen âge.... Pourraient-ils échapper plus longtemps à la faux réformatrice! — Parlez, et à Tinstant nous nous emparons de la génération qui court à la puberté pour la pétrir dans le moule républicain.... >
porte que le sol soit déjà jonché de ruines? il faut que les ruines même périssent, — ethm periere yndnœ, — qu'elles soient réduites en poussière afin que de cette poussière et de ce néant surgisse enfin « le grand édifice promis depuis si longtemps à Timpalience des Français *. »
Constituanle : le travail de Mirabeau sur F éducation pu^ blique. — Il serait beaucoup trop long et sans grand intérêt d'entrer dans le détail de tous les projets, rapports, plans ou discours qui se succédèrent de 1789 à l'an ÎV. La plus robuste patience n'en supporterait pas l'analyse. « On n'étudie pas le vide, » a dit un peu sommairement, à propos des essais pédagogiques de la Révolution, un écrivain d'ordinaire plus mesuré dans ses expressions. Nous ne sommes pas de cet avis, il faut étudier même le vide, en histoire; le vide est un phénomène comme un autre. D'ailleurs il n'est pas vrai que tout soit également creux dans ces improvisations multipliées. S'il en est de sottes, il en est aussi de brillantes. Seulement, il y faut distinguer et, naturellement, en laisser beaucoup plus qu'en prendre.
Le premier de ces projets, par la date comme par l'importance de son auteur, est « le Travail sur l'éducation publique » trouvé dans les papiers de Mirabeau et publié par Cabanis*. De tous les hommes de la révolution, Mirabeau est peut-être celui dont l'opinion, même sur un sujet qui ne lui était pas très familier, nous importe le
L Lakanal.
2. On a contesté raulhenlicité de ce document. Le témoignage de Cabanis qui était, comme on sait, Tami intime de Mirabeau, nous suffit pleinement quant à nous.
DigitizecnDy
plus. En effet, mieux que chez aucun autre, en lui se résume et se réfléchit le mouvement d'idées qui avait préparé 1789 ; il en est l'expression laplus puissante et souvent aussi, malgré sa fougue naturelle, la moins déréglée. C'est une question de savoir s'il eût été de taille à sauver la révolution de ses entraînements, la royauté des imprudences et des faiblesses qui les perdirent l'une et l'autre. Mais un fait certain, c'est qu'il avait sur le gouvernement, sur la politique, sur la société, des vues très supérieures & celles de la plupart de ses contemporains. Passionné pour le progrès et la liberté, il ne l'était pas moins pour Tordre et l'autorité. Et, dans une certaine mesure, il avait le sentiment de l'indépendance nécessaire au pouvoir exécutif. A tous ces titres, ses discours, ses écrits, sesébau* ches même méritent une attention particulière.
Le travail de Mirabeau se compose de quatre discours, ou plutôt de quatre projets de discours que le grand orateur n'eut pas le temps ou ne trouva pas l'occasion de prononcer. Le premier traite de TinstrucUon publique en général et de l'organisation du corps enseignant; le second, des fêtes publiques, civiles et militaires; le troisième, de l'établissement d'un Lycée national, et le quatrième, de l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne.
A première vue, celte division ne paraît pas très heureuse, et de fait il s'en faut qu'elle soit rationnelle. Que vient faire là, par exemple, la question de Thérilier présomptif? Mirabeau semble avoir attaché beaucoup d'importance & cet objet. A ses yeux, le dauphin n'était plus le fils du roi; c'était « l'enfant de la nation * » à qui seule
1. C'est cette mdme idée qui devait inspirer p]us tard à Léonard Bourdon cet étrange projet : nomination du gouverneur du dauphin par le roi, sauf veto du corps législatif. Au cas où la personne choisie aurait été refusée trois fois de suite, le roi perdait son initiative et était tenu d'opter entre trois personnes présentées par la législature. — Après quoi le prince, une fois arrivé à Tftge d*écolier, devait être placé dans une école où on lui don-
devait désormais appartenir le droit de diriger une si précieuse éducation ^ L'Académie nationale sera donc a chargée, — ce sont les termes mêmes, — de dresser un plan d'études, » lequel, après avoir été adoplé par le corps législatif, sera « présenté à l'acceptation royale. » Après quoi le roi « choisira tous les instituteurs de Théritier présomptif sur une liste de présentation également faite par l'Académie nationale. » Enfin le prince sera tenu de suivre régulièrement les cours d'une école publique. Il y sera tenu : le projet ne dit pas, et c'est vraiment heureux, sous quelle peine.
Ce singulier hors-d'œuvre est de beaucoup la partie la plus faible du travail de Mirabeau. On n'y sent pas sa marque ordinaire; tout y est pelit et mesquin; on dirait déjà du Robespierre. Pour le retrouver tout entier, c'est aux chapitres de l'organisation de l'instruction publique et de l'établissement d'un lycée national, qu'il faut aller. Non qu'il n'y ait encore là beaucoup à reprendre, beaucoup d'idées fausses et mal venues, exprimées dans une langue qui manque souvent de précision. Il ne faut jamais avec Mirabeau s'attendre à rien de complet ni d'achevé. Il jetait sa pensée comme sa parole, un peu au hasard, même quand il improvisait, la plume à la main. De là de grandes inégalités dans le fond comme dans la forme. Mais, à côlé de ces défauts, quelle largeur et quelle netteté de vues !
L'idée fondamentale du projet de Mirabeau, c'est la liberté. Dans une société bien ordonnée, dit-il à plusieurs
nait pour condisciples des jeunes gens de son Age, au nombre de qualreyingt-trois (un par département), partagés en plusieurs actions, dans chacune desquelles il passait, afin de se frotter successivement à un plus grand nombre de caractères. (Léonard Bourdon, Idées sur Véducation du prince royal.)
1. • L'Assemblée nationale, considérant que Thérilier présomptif de la couronne est Tenfant de l'État, décrète qu'aux seuls représentants du peuple appartient le droit de régler tout ce qui concerne son éducation.
reprises, renseignement devrait-être abandonné « à l'industrie des maîtres et à Témulation des élèves,» le législateur a n'avoir à s'occuper de l'éducation que pour en protéger les progrès. > Conséquemment, l'Assemblée nationale devrait borner sa lâche « à soustraire l'enseignement à des pouvoirs ou à des corps qui peuvent en dépraver l'influence. » Mais, — le correctif arrive aussitôt, — « dans les circonstances actuelles, si l'éducation n'était pas dirigée d'après des vues nationales, il pourrait en résulter plusieurs inconvénients graves et menaçants pour la liberté. » D'où la nécessité d'un plan « qui enchaîne les instituteurs et s'empare de l'esprit de la jeunesse. »
L'Assemblée nationale élaborera donc un projet d'organisation de l'enseignement public. C'est à elle de « constituer les écoles qui seront entretenues et encouragées par la nation et de déterminer le genre d'instruction que les élèves devront y suivre. » Toufefois, elle se gardera soigneusement de « discuter ou de tracer des plans d enseignement, des méthodes pour les sciences. » Outre qu'un tel ouvrage ne serait pas de sa compétence, tous les « travaux de la société doivent être libres, » à la seule condition de « distinguer entre les diverses professions celles de nature înoffehsive et celles de nature dangereuse, comme la médecine et la chirurgie. »
Pareillement l'État n'interviendra pas entre le maître et l'élève, ni pour contraindre ce dernier à fréquenter l'école, ni pour obliger l'autre à l'ouvrir gratuitement, moyennant une rémunération payée par la communauté. En efîet, d'une part, la société n'a pas le droit de prescrire l'instruction comme un devoir, ni la puissance publique celui de franchir à l'égard des membres du corps social les bornes de la surveillance contre l'injustice, et de la protection contre la violence. D'autre part, « tant qu'un enfant ne s'est pas fait connaître comme plus intelligent
et plus laborieux que ses camarades, lui donner une bourse, c'est commettre une véritable iniquité envers ceux qui peuvent y prétendre comme lui. » En d'autres termes, et pour parler la langue du jour, Mirabeau n'est partisan ni de Tobligalion ni de la gratuité, il considère l'enseignement comme « un genre de commerce. « soumis à la loi de l'offre et de la demande, et dans les transactions duquel l'État doit autant que possible éviter de s'ingérer.
Aussi n'est-ce pas de l'État qu'il fait dépendre le corps enseignant. C'est entre les mains « des magistrats élus qui représentent véritablement le peuple,» des administrateurs de département ou de district, qu'il le remet, aucun pouvoir permanent ne devant avoir à sa disposi tion a une arme aussi redoutable que l'éducation. » Les maîtres d'école seront nommés par le directeur de district sur la présentation de la commune. Les collèges et les autres écoles publiques seront « soumis aux départements qui en surveilleront l'enseignement et la police. » Quant aux universités, Mirabeau ne les supprime pas, comme il fait toutes les académies, mais il leur ôte leur caractère d'association* régie par des lois particulières, et les place également dans la dépendance des administrations départementales.
Vient ensuite le lycée, sorte d'école encyclopédique dont « Tobjet sera de procurer à l'élite de la jeunesse française les moyens de terminer son éducation.» L'enceinte de ce vaste établissement renfermera « une immense collection des produits de la nature, des chefsd'œuvre du génie dans les sciences et dans les arts, des machines par lesquelles leurs découvertes se démontrent
1. Art. 17 : « Les universités no forment plus de corps; il n'existera entre les différents collèges ou les différentes écoles que les liaisons qui doivent se former naturellement entre les dépositaires et les propagateurs des connaissances utiles. «
OU leurs travaux s'exécutent. » Cent élèves envoyés par les départements y seront entretenus aux frais de la nation et y étudieront, sous les plus illustres maîtres, la méthode « ou l'art de diriger l'esprit dans tous les objets de nos éludes. »
Enfin, au-dessus du lycée, l'Académie nationale, puissante synthèse de toutes les académies du royaume, sans en excepter la française. Elle comprendra trois sections : philosophie, lettres et sciences. Quant aux beaux-arts, ils formeront une compagnie spéciale.
Telles sont les grandes lignes du « Travail sur l'éducation publique. » Il y a bien des lacunes encore et des parties faibles dans cette ébauche. La question capitale du recrutement du corps enseignant n'y est pas même touchée; celle des réformes à introduire dans les collèges et les universités à peine indiquée*. A la différence des parlementaires et des philosophes, Mirabeau pécherait plutôt en ce point par une sorte d'optimisme. 11 était grand partisan des humanités. Loin de les affaiblir, il eût voulu les fortifier par une étude plus approfondie du grec, dont il admirait fort « le mécanisme si parfaitement analytique», et son programme ne diffère guère de l'ancien, si ce n'est par la durée des cours, qu'il abrège un peu. Il ne leur consacre que six années au lieu de sept; deux pour les langues anciennes, deux pour l'éloquence et la poésie, et deux pour les sciences et la philosophie. Mais on ne voit pas qu'il ait été frappé de la nécessité de faire une plus large place à certaines branches d'études, notamment à l'histoire, qu'il tenait en assez mince estime et dont il disait « qu'on eu avait beaucoup trop attendu, que l'in-
1. Même résen'e en ce qui touche Téducation des femmes. Visiblement, Mirabeau ne s'est pas soucié de traiter à fond ce sujet : « Je proposerai peu de choses, dit-il, pour Téducation de la femme. Les hommes destinés aux afTaires doivent être élevés en public. Les femmes, au contraire, destinées à la vie intérieure, ne doivent peut-être sortir de la maison qu'en des cas rares, t
Mruction qu'on en relire était plus bornée qu'on ne pensait, et qu'on y profitait bien peu dans la seule connais-* sance qui pût lui donner un grand intérêt,' celle de rhomme et des sociétés. »
Que penser aussi de l'idée de confier aux administrations départementales la surveillance de l'enseignement et la nomination des mattres? Même sous le contrôle d'un comité d'éducation nommé par le corps législatif et choisi par ses membres, donner un tel pouvoir à des magistrats élus, c'était livrer l'enseignement & tous les caprices et à toutes les fluctuations de l'opinion publique, aux tyrannies locales, en un mot à Tanarchie. L'homme de gouvernement et d'autorité disparaît ici; nous sommes déjà dans la doctrine révolutionnaire.
Tel qu'il est, pourtant, ce projet ne laisse pas d'avoir une réelle valeur. Incomplet ou dangereux sur certains points, il avait du moins l'avantage de ne pas trop bouleverser l'ancienne organisation des études. On lui a reproché sa timidité'; nous lui en ferions plutôt un mérite. La France de 1791 avait apparemment mieux à faire que de décréter Tobligation et la gratuité. L'obligation? Tidée n'en était pas encore entrée dans les mœurs. La gratuité? elle existait dans des proportions qui ne laissaient rien à délirer. Et vraiment, c'est commettre un singulier anachronisme que de transporter au siècle dernier' des questions qui ne sont pas encore aujourd'hui résolues. Mirabeau n'était pas, comme le sera Condorcet, un théoricien pur, ou, comme SaintJust, un seclaire. C'était un homme d'État, traitant les questions par leur côté pratique, et qui ne se payait pas de mots. Il ne lui vint pas à l'idée, quand les finances publiques étaient déjà dans un si triste état, de les grever encore; franchement, on ne saurait l'enblâmer.