ÏA mot est de Tex-capucin Chabot
L*IHSTRUCT10H PUBLIQUE. 7
minces personnages ne valent pas qu'on les tire de l'oubli où elles dorment. Un seul projel, pendant ce long accès de folie, mérite quelque attention, celui de la commission des neuf K Le principal auteur et le rapporteur de ce projet, Romme, avait été, bien que montagnard et des plus ardents, un des collaborateurs de Condorcet dans le comité d'instruction publique de l'Assemblée législative, et il en avait retenu quelque chose. Sur bien des points, ses idées se rapprochent de celles du célèbre girondin. 11 est comme lui grand partisan de la gratuité et de ce que nous appellerions aujourd'hui la laïcité; il veut aussi, comme Condorcet, une première école par village de 400 habitants et plusieurs degrés d'enseignement; enfln et surtout, il a la même prédilection pour les sciences. Nous avons sous les yeux le tableau « des objets qui sont enseignés dans les écoles nationales pour préparer l'homme à l'exercice de ses droits, à la connaissance de ses devoirs et à une profession utile; » tel est le litre exact d'une pièce annexée au projet de la commission des neuf; à part deux ou trois, tous ces objets sont scientifiques. L'influence girondine est ici bien manifeste; il s'en faut pourtant qu'elle soit sans mélange. Le projet de la commission des neuf est bien jacobin en ce sens qu'il détruit toute liberté, toute concurrence. Les seules écoles qu'il admette sont des écoles nationales, tenues par des instituteurs et des institutrices fonctionnaires, .dont le choix appartient à des commissions nommées sur la proposition du conseil général de la commune par le directoire du district. Bien plus, il crée plusieurs catégories d'incapables. « Aucun ci-devant noble, aucun ecclésiastique et ministre d'un culte quelconque ne peut être instituteur national, » lisons-nous dans un article. Un autre étend cette prohibition « aux femmes ci-devant nobles ou ci-
1 . L'ancienne commbsion des six, dont le nombre avait été porté à neur.
devant religieuses, chanoinesses, sœurs grises < et jusqu'aux maîtresses qui auraient été nommées dans le^ anciennes écoles par des ecclésiastiques ou des ci-devant nobles. »
Nous voilà bien loin du libéralisme de la première, et, pourrions-nous ajouter, de la dernière heure; car, à l'exception de ce projet, qui fut voté, mais dont la révision fut presque aussitôt ordonnée, c'est une chose remarquable que le principe delà liberté d'enseignement n'eut pas d'atteinte grave à subir pendant toute la durée de la Révolution. Compromis un moment dans la grande tourmente de 1793, son éclipse ne devait pas être de longue durée. Nous le retrouverons prochainement, et celte fois inscrit dans la loi.
11 nous faut ici distinguer deux groupes : le premier comprend tout ce qui relève de l'instruction publique proprement dite; au second appartiennent les lois et les actes qui s'y rattachent simplement. Nous n'avons pas, on le pense bien, l'intention de traiter ces deux groupes avec la même importance et les mêmes développements. Les fondations scientifiques et littéraires de la Convention forment sans doute un chapitre intéressant de l'histoire de l'instruction publiquependant la Révolution et rentrent par conséquent dans notre sujet. Mais, s'il nous est interdit de les omettre, il nous sera bien permis de nous borner, en ce qui les concerne, à de simples mentions. Il n'y a plus grand'chose & dire aujourd'hui sur ce côté de la question : la matière est épuisée. Comme elle était brillante et qu'elle exigeait d'ailleurs peu d'études, il n'est pas d'historien qui ne s'y soit étendu. Le reste, c'est-àdire l'organisation même de l'enseignement, était plus
ardu, plus obscur et, pour tout dire, moins à Thonneur de la Révolution ; on Ta négligé contre tout droit ; nous tâcherons de rétablir la proportion.
Le décret du 29 frimaire an II. — Le premier acte législatif se rapportant à l'instruction publique qui ait reçu un commencement d'exécution et qui mérite à ce titre de figurer parmi les œuvres, est un décret du 29 frimaire an IL La Convention venait, on l'a vu, de se déjuger à quelques semaines de distance ; après avoir adopté le projet de la commission des neuf, elle en avait prescrit la révision et elle avait chargé de ce travail, concurremment avec le comité d'instruction publique qui rentre alors en scène, une nouvelle commission de six membres désignés par le comité de salut public. Mais cette commission ne s'était pas contentée de revoir l'ancien projet; un de ses membres, Bouquier, en avait fait un tout différent. Le comité d'instruction publique, au contraire, se prononçait pour le maintien du décret légèrement modifié ; il en avaitmôme désigné l'auteur. Homme, comme rapporteur. C'est dans ces conditions que s'engagea le débat, un des plus intéressants et des plus sérieux qui eût encore eu lieu. Cette fois, en effet, ce n'étaient pas seulement deux projets plus ou moins discutables qui sollicitaient les suffrages de la Convention ; c'étaient deux écoles, deux principes qui allaient se rencontrer : d'un côté, les partisans du monopole et de l'omnipotence de l'Etat en matière d'instruction publique ; de l'autre, les défenseurs de la liberté de conscience et d'enseignement. Le projet Bouquier débutait par cette déclaration: « L'enseignement est libre » et ne contenait aucune disposition restrictive louchant les ecclésiastiques, les ci-devant nobles et les cidevant religieux ou religieuses. Il ouvrait la carrière de l'enseignement à toutes personnes munies d'un certificat de civisme et de bonnes mœurs, sans même exiger d'elles aucune condition de capacité. Première et radicale difTé*
rence entre les deux projets. En ce qui concerne renseignement, la disparate n'était pas moins accusée. Autant le programme de Romme était compliqué, autant celui de Bouquier était simple: lire, écrire et compter, son étendue n'allait pas au del& de ces trois objets. Enfln, quant à la rétribution scolaire, le mode adopté par la nouvelle commission n'avait aucun rapport avec celui qui avait été proposé par l'ancienne. Au lieu d'un traitement minimum de 1000 livres pour les instituteurs et d'un cinquième en moins pour les institutrices, pouvant aller dans les grands centres jusqu'à 2400 livres, le projet de la commission des six disposait ainsi : « Les instituteurs et les institutrices qui ouvriront des écoles dans les communes de la République, quelle que soit leur population, recevront annuellement pour chaque enfant ou élève : savoir, l'instituteur la somme de 20 livres ; l'institutrice 15 livres. »
Ainsi, d*une part, un projet qui supprimait toute concurrence, créait plusieurs catégories d'incapables, élargissait démesurément le champ de l'instruction primaire et mettait à la charge de TÉtat une dépense énorme ; d'autre part, un projet qui consacrait le principe de la liberté d'enseignement sans réserves et sans exclusions d'aucune sorte, ramenait les études à de justes proportions et n'obérait pas trop les finances, c'est en ces termes que la question se posait. La discussion fui viv?, ardente : Thibaudeau, Fourcroy, Danton lui-même y intervinrent; les deux premiers surtout pour se prononcer avec beaucoup d'énergie dans le sens de la liberté.
Il faut citer ces discours; ils sont curieux au point de vue du revirement qu'ils indiquent qui s'était produit dans les idées de la majorité de la Convention et même des Jacobins ^ « Le plan présenté par le comité et qui n'est à peu près qu'une copie de celui de Condorcet, dit