‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 18 sur 110 · Commission de l'instruction publique · texte numérisé non relu

Commission de l'instruction publique

chefs de division, aux appointements de 12000 francs, sans indépendance et sans initiative. L'instruction publique avait déjà passé par bien des vicissitudes : rattachée nominalement au ministère de l'intérieur, elle s'était vue tour à tour, et parfois dans le môme temps, entre les mains du comité d'instruction publ^ique, du comité de salut public, de la commission des Six et de la commission des Neuf. La nouvelle organisation des services allait en faire un déparlement spécial, administré par une commission dont les trois premiers membres furent : Payan, commissaire, Fourcade et Julien, adjoints*.

Le décret du 18 prairial an IL — Au môme ordre d'idées que le décret sur les livres élémentaires, se rattache une loi du 18 prairial an II, également rendue sur le rapport' de Grégoire : « Le comité d'instruction publique présentera un rapport sur les moyens d'exécution pour une nouvelle grammaire et un vocabulaire nouveau de la langue française. Il présentera des vues sur les changements qui en facilitent l'étude et lui donnent le caractère qui convient à la langue de la liberté. »

Après avoir révolutionné les institutions et les habitudes, il fallait bien révolutionner la langue. L'entreprise était hardie, mais pourquoi ne l'eûl-on pas risquée? on avait déjà tant improvisé de choses!

Le bon Grégoire ne doutait pas du succès et voyait déjà, grâce à sa nouvelle grammaire, tous les patois sup-

]. Aux termes du décret du 12 germinal, les attributions de la commission executive de instruction publique étaient les suivantes : • Elle sera chargée de la conservation des monuments nationaux, des bibliothèques publiques, musées, cabinets d'histoire naturelle et collections précieuses ; de la surveillance des écoles et du mode d'enseignement; de tout ce qui concerne les inventions et recherches scientifiques; de la fixation des poids et mesures; des spectacles et fêtes nationales; de la formation des tableaux de population et d'économie politique. >

3. « Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'u^ niversaliser Tusage de la langue française. »

primés* et « Tunité d'idiome, cette partie intégrante de la révolution, » enfîn établie dans la République.

L'exécution, malheureusement, ne répondit pas à son attente. Les Vaugelas du comité d'instruction publique se récusèrent, et la ci-devant langue française fut épargnée.

1. Il eût été plus simple d'envoyer, comme le voulait Barrère, «des instituteurs de langue française dans chaque commune rurale des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtes-du-Nord et de la Loire-Inférieure. » L*organe bahituel du comité de salut public à la Convention avait présenté à ce sujet un projet qui fut voté, mais ne. reçut jamais d'exécution. On a souvent cité ses paroles dans cette circonstance. .< Vous avez décrété l'envoi des lois à toutes les communes de la République; mais ce bienfait est perdu pour celles des départements que j'ai indiqués. Les lumières portées à grands frais, aux extrémités de la France, s'y éteignent en arrivant, puisque les lois n'y sont pas entendues.

« Le fédéralisme et la superstition parlent bas -breton, l'émigration et la haine de la République parlent allemand; le contre-révolution parle italien, et le fanatisme parle basque. Brisons ces instruments de dommage et d'erreur. » Le décret de Barrère était ainsi libellé :

Art. 1*'. Il sera établi, dans deux jours, à compter du jour de la publication du présent décret, un instituteur de langue française dans chaque commune de campagne des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtesdu-Nord, et dans la partie de la Loire-Inférieure dont les habitants parlent l'idiome appelé bas-breton.

Art. 2. Il sera procédé à la même nomination d'un instituteur de langue française dans les communes des campagnes des départements du Haut et Bas-Rhin, de la Corse, de la Moselle, du Nord, du Mont-Terrible, des Alpes- Maritimes et des Basses-Pyrénées, dont les habitants parlent des idiomes étrangers.

Art. 3. Il ne pourra être choisi aucun instituteur parmi les ministres d'un culte quelconque, ni parmi ceux qui auront appartenu à des castes ci-devant privilégiées; ils seront nommés par les représentants du peuple, sur l'indication faite par les sociétés populaires.

Art. 4. Ils seront tenus d'enseigner tous les jours la langue française et la déclaration des droits de l'homme, à tous les jeunes citoyens des deux sexes, que les pères, mères, tuteurs et curateurs sont obligés d'envoyer dans les écoles publiques....

Art. 5. Les instituteurs recevront du Trésor un traitement de 1500 livres par an, payables à la fin de chaque mois à la caisse du district....

On remarquera que ce décret dérogeait aux prescriptions de la loi du 29 frimaire an II, d'après lesquelles les instituteurs devaient être payés à raison du nombre de leurs élèves, et pouvaient, au moins implicitement, être pris parmi les ecclésiastiques.

LES CEUVRES. 111

VÈcole normale, — Le personnel des petites écoles était déjà, sous l'ancien régime» fort insuffisant, et Ton a vu que la pensée d'en assurer le recrutement d'une façon régulière, au moyen d'écoles spéciales, s'était produite & plusieurs reprises dans les dernières années de la monarchie. En 1794, la situation de ce personnel était bien plus précaire encore : l'émigration, lu terreur, la guerre, l'incertitude du lendemain surtout, y avaient fait des vides énormes. La disette de sujets^ capables, — c'est le mot qui revient à chaque instant dans la correspondance des administrations départementales et des agents nationaux, — était à son comble, et le décret de frimaire n'avait reçu d'exécution presque nulle part.

Il fallait avant tout remédier à cet état de choses.

Le comité de salut public, — rendons-lui cette justice, — en avait eu la pensée; même, à sa demande, la Convention avait pris un décret tendant à l'organisation d'écoles normales d'instituteurs. Toutefois, les choses en étaient restées là. Après le 9 thermidor, le comité d'instruction publique s'appropria l'idée et la présenta sous une forme nouvelle. De là le décret du 9 brumaire an III et la fondation de la première école normale, qu'il ne faut point confondre avec ta grande École normale de 1808.

Réunir à Paris, sous la direction de maîtres éminents, un nombre considérable d'apprentis instituteurs, les y retenir un certain temps, moyennant une rétribution avantageuse* et le remboursement de leurs frais de route, puis, lorsqu'ils seraient en état d'enseigner, à leur tour « non pas les sciences, mais l'art de les enseigner», les renvoyer dans leurs départements respectifs et leur confier la mission d'y ouvrir des écoles, tel était le but de cette fondation.

Voici d'ailleurs en quels termes le rapporteur Lakanal vint l'expliquer à la Convention. Le morceau, bien qu'em-

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