francs par an
phatique et d'assez pauvre style, n'est pas sans intérêt : «c II y a quelques mois, dit-il, des hommes qui avaient leurs motifs pour vouloir tout couvrir de ténèbres, étaient prêts à traiter de criminels ceux qui vous auraient parlé d'instruction et de lumières; c'est surtout des tyrans que vous avez renversés qu'il était vrai de dire qu'ils craignaient les hommes éclairés comme les assassins craignent les réverbères*. Aujourd'hui, la Convention gouverne seule la nation qu'elle représente, et le cri unanime de la France et de ses législateurs demande un nouveau système d'enseignement pour répandre sur tout un peuple des lumières toutes nouvelles...
« Une grande difficulté se présentait à l'entrée même de l'exécution de ces idées sur Tinslruclion publique, lorsqu'on voulait les réaliser. Où trouver un nombre fiuflisant d'hommes pour enseigner dans un si grand nombre d'écoles des doctrines si nouvelles, avec une méthode si nouvelle elle-même? 11 ne faut pas les chercher dans les instituteurs des écoles anciennes, ils n'y seraient pas propres. Il faut donc les former, et, par ce cercle vicieux et fatal dans lequel semblent toujours rouler les destinées humaines, il semble que pour les former il faudrait déjà les avoir.
« C'est ici qu'il faut admirer le génie de la Convention nationale. La France n'avait point encore les écoles où les enfants de six ans doivent apprendre à lire et & écrire, et vous avez décrété l'établissement d'écoles normales... Vous avez ainsi voulu créer & l'avance, pour le vaste plan d'instruction publique qui est aujourd'hui dans vos desseins, un très grand nombre d'instituteurs capables d'être les exécuteurs d'un plan qui a pour but la régénération de l'entendement humain.
1. C'est ici le passage obligatoire sur Robe>pierre. Après le 9 thermidor, il D'est si mince orateur où on ne le retrouve, et, naturellement, les plus violents sont ceux qui avaient été les plus silencieui du vivant du - tyran. >
(( Dans ces écoles, ce n'est pas les sciences qu'on apprendra, mais Tart de les enseigner ; au sortir de ces écoles» les disciples ne devront pas seulement êlre des hommes instruits, mais des hommes capables d'instruire. Pour la première fois sur la terre, la nature, la vérité, la raison et la philosophie vont donc avoir un séminaire ; pour la première fois, les plus éminents en tout genre de sciences et de talents vont être les premiers maîtres d'école d'un peuple; car vous ne ferez entrer dans les classes de ces écoles que les hommes qui y sont appelés par l'éclat incontesté de leur renommée dans l'Europe.
a Et nous vous proposons d'appeler de toutes les parties de la République, autour de ces grands maîtres, des citoyens désignés par les autorités constituées. Déjà pleins d'amour pour la science qu'ils posséderont, leurs progrès dans les arts qu'ils étudieront auront une rapidité qui ne. peut être ni prévue, ni calculée. Aussitôt que seront terminés à Paris ces cours de l'art d'enseigner les connaissances humaines, la jeunesse savante et philosophique qui aura reçu ces grandes leçons ira les répéter à son tour dans toutes les parties de la république, elle ouvrira partout des écoles normales... Aux Pyrénées et aux Alpes, l'art d'enseigner sera le même qu'à Paris, et cet art sera celui de la nature et du génie. La raison humaine, cultivée partout avec une industrie également éclairée, produira partout les mêmes résultats, et ces résultats seront la recréation de l'entendement humain chez un peuple qui va devenir l'exemple et le modèle du monde. »
Celait beaucoup dire, et la nouvelle institution eût peut-être gagné à être présentée d'une façon plus modeste: elle eût surtout beaucoup mieux réussi, si des visées moins ambitieuses et des vues plus pratiques avaient présidé à son organisation. Transporter à Paris, en pleine effervescence révolutionnairej mille quatre cents jeunes
L'BimVGTlOR FUBUQUE. 8
gens de toute provenance et de tout Âge, sans s'être au préalable assuré de leurs aptitudes et de leurs dispositions, sans leur avoir fait subir un examen sérieux, était déjà bien scabreux. On fit plus : au lieu de prendre ces jeunes gens, tout frais débarqués dans la capitale, partant plus exposés que d'autres, et de les caserner ou du moins de les soumettre à des règlements d'études très sévères, on les abandonna à eux-mêmes; on ne les astreignit à aucune assiduité. Us furent libres de suivre ou de ne pas suivre les cours. Naturellement, beaucoup en abusèrent, et l'école, au lieu d'élèves, ne compta bientôt plus que quelques auditeurs de bonne volonté.
La plupart de ces cours, au surplus, n'étaient guère faits pour attirer des jeunes gens dont la première instruction se bornait, en général, à quelques notions de grammaire et d'arithmétique. Deux chaires de mathématiques, une de physique, une de géométrie descriptive, une d'histoire naturelle, une de chimie, une d'agriculture, deux de géographie, une d'histoire, une de grammaire générale, une de morale, une de littérature, une d'analyse de l'entendement humain et une d'économie politique, et dans ces chaires, quels hommes I Lagrange, Laplace, Monge, Daubenton, Berthollet, Laharpe, Garât, Volney, Bernardin de Saint-Pierre I en vérité, l'effort n'était pas en proportion de la difficulté de l'entreprise. Tant de science et de talents n'étaient point nécessaires pour former des maîtres d'école, et de bons cours normaux, des conférences d'un caractère pratique, auraient été bien autrement utiles que les grandes leçons de ces illustres professeurs.
« Ces leçons, a dit M. Cousin, étaient plutôt des discours académiques que des conférences propres à instruire ^» Il y a peut-être quelque exagération dans ce