Cousin : ÉeoU normale^ règlements et programmes
jugement. En parcourant les douze volumes dont se compose le recueil qu'on en a fait, on trouve beaucoup de morceaux qui n'ont rien d'académique et qui sont même fort arides; mais en revanche on en rencontre bien peu qui soient à la portée d'intelligences moyennes *.
Sous le rapport de l'enseignement comme sous celui de la discipline, Técole normale de Tan III ne répondait donc en aucune façon à la pensée dont elle était née : elle eût peut-être à la longue suscité quelques vocations scientifiques ; elle était incapable de donner à la République les instituteurs dont elle avait besoin. Aussi n'y avait il pas encore trois mois qu'elle fonctionnait que de tous côtés on en réclamait déjà la fermeture, et qu'un député, Thibaut, en faisait la proposition. Le débat ne fut pas long: « Il y a une infinité d'élèves qui ne vont pas à l'école, dit un représentant... le but de l'institution est manqué. » — « Il Test absolument, ajouta Romme ; je ne vois dans l'institution actuelle que le charlatanisme organisé, j'en demande la suppression. » — Oui ! oui! s'écrièrent une foule de voix.
Cependant, les membres du comité d'instruction publique gardaient un silence embarrassé. Quelqu'un en fit robservfi^tion. Daunou se décida alors à monter à la tribune. On s'attendait à un discours : on eut une courte oraison funèbre. « Je ne me dissimule pas, dit l'orateur du comité, que les leçons, plus dirigées vers les hauteurs des sciences que vers l'art d'enseigner, n'ont pas eu un caractère vraiment normal. » Et il concluait en demandant la clôture de l'école pour le 30 prairial. Le délai parut encore trop long. « Les plus courtes folies sont les
1. n en est aussi de fort ridicules, notamment ce début de leçon du vieux Daubenton, critiquant la définition du lion par Duflbn : > Le lion, a dit Buflbn, est le roi des animaux.... Le lion^ messieurs, n'est pas le roi des animaux ; il n'y a pas de roi dans la nature. > (Tonnerre d'applaudi sse* ments.)
meilleures, » dil une voix. Et la fermeture fut fixée à la fin du mois courant, au 30 floréal.
Les Écoles de santé. — Il existait avant la Révolution, sans compter les cours publics d'accouchement établis dans beaucoup de provinces en vertu d'ordonnances royales, trente facultés ou collèges de médecine ^ qui, sous un rapport au moins, celui de la quantité, suffisaient largement à tous les besoins, mais il n'y avait pas un seul de ces établissements où ce les principes de l'art de guérir fussent enseignés dans leur entier. » A Paris même, on ne trouvait cette instruction complète qu'en réunissant à grands frais les cours particuliers que plusieurs professeurs habiles donnaient dans leurs maisons. Des examens trop faciles et, par conséquent, presque nuls, multipliaient le nombre des docteurs ignorants et des charlatans avides.» Telle était, d'après Fourcroy, la situation de la médecine en France sous l'ancien régime. Si défectueuse qu'elle fût, cette situation n'approchait pourtant pas de celle qui nous est révélée par les documents postérieurs à la suppression des universités.
« L'ignorance effroyable des sages-femmes ordinaires, dit un de ces documents*, et lelir témérité, doivent faire désirer à toutes les Âmes sensibles que nos sages législateurs fassent cesser un fléau qui désole principalement nos campagnes, et qui moissonne tous les ans un grand nombre de victimes de rimpérilie et du charlatanisme des matrones qui y sont répandues. » Et ailleurs: « Voici comment ces sages-femmes parviennent à leurs fonctions: lorsqu'il manque une matrone dans une commune, soit par mort ou empêchement quelconque, les commères s'assemblent et choisissent une d'entre elles pour la remplacer. Autrefois, le choix était présenté à
1 . J'emprunte ce chiffre au rapport de Fourcroy sur les écoles de sanlé.