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Quatre-vingt-seize d'après le décret du 18 germinal

se présente avec tant d'audace, et vous assurerez à tous ces établissements toutes les ressources et tout l'éclat qu'ils peuvent obtenir de vos soins.

« Enfin nous vous proposons de créer un institut national qui puisse offrir, dans ses diverses parties, toutes les branches de l'enseignement public, et dans son ensemble, le plus haut degré de la science humaine: il faut que tout ce que les hommes savent y soit enseigné dans la plus haute perfection ; il faut que tout homme y puisse apprendre à faire ce que tous les hommes de tous les pays, embrasés du feu du génie, ont fait et peuvent faire encore; il faut que cet établissement honore, non la France seule, mais l'humanité tout entière, en l'étonnant par le spectacle de sa puissance et le développement de sa force. »

Venait ensuite un développement sur cette idée que . la véritable éducation des peuples est dans leurs insti* tutions plus encore que dans leurs lois », et sur la nécessité d'ajouter aux trois degrés d'enseignement (écoles primaires, centrales, Institut) un vaste système de récompenses et de fêtes nationales.

A ce rapport, était joint le texte du projet de constitution et celui des autres propositions élaborées par la commission des onze, au nombre desquelles figurait le projet relatif à l'organisation de l'instruction publique *, dont la rédaction avait été spécialement confiées à

1. Le rapport de ce projet^ bien moins emphatique et généralement mieux écrit que ceux de Lakanal, est encore bien déclamatoire, surtout dans la partie historique. J'y relève pourtant un assez beau passage, tout plein et tout chaud de patriotisme : « .... Cependant, d'autres causes plus actives devaient contribuer à la désorganisation totale de Tinstruction publique. L'amour de la liberté y concourut, même lorsqu'il entraîna loin des lettres et qu'il transporta dans les camps ces milliers d'instituteurs et d'élèves subitement transformés en d'intrépides vainqueurs... Dans ces années de périls et de combats, les Français ne pouvaient guère étudier qu'un seul art, celui de vaincre, et Ton doit convenir qu'ils y ont fait d'assez vastes et rapides progrès. •

Daunou et qui fut voté sans discussion le 3 brumaire an lY, la veille même du jour où la Convention devait se séparer.

Le décret du 3 brumaire an lY est Tœuvre capitale de la Convention en matière d'instruction, la synthèse de tous ses travaux et projets antérieurs, son testament scolaire, pourrait-on dire, comme la constitution de Tan III est son testament politique. Rendu à une époque de calme relatif, par une assemblée redevenue maîtresse d'ellemême, il constitue le plus sérieux effort que la Révolution ait fait pour réparer les ruines accumulées par le vandalisme. Il a d'ailleurs sur tous les décrets antérieurs l'avantage de n'être pas demeuré lettre morte ; appliqué pendant plusieurs années, nous pouvons le juger non seulement au point de vue théorique ou surdesprésomp^ tions, mais sur des résultats et des faits. C'est pourquoi il mérite une attention particulière et comporte une analyse un peu plus détaillée que les lois dont il vient d'être parlé.

Distinguons cependant : il s'en faut que les six titres dont se compose le décret du 3 brumaire aient la même importance et se rattachent aussi étroitement les uns que les autres au sujet de cette étude. Le titre III notamment, portant établissement de plusieurs écoles spéciales dont la plupart ne furent jamais organisées, ne nous offrirait qu'un médiocre intérêt. Les titres Y et YI relatifs aux récompenses nationales et aux fêtes, trouveront leur place ailleurs. Restent donc seulement les titres T, II et lY qui traitent: les deux premiers, des écoles primaires et centrales; le troisième, de l'Institut national des sciences et des arts.

Des écoles primaires. — La première question qui s'imposât au législateur de l'an lY était celle du placement des écoles du premier degré. Devait-il maintenir à cet égard les dispositions consacrées par le décret du 27 bru-

maire? devait-il en adopter de nouvelles? Ce fut cette dernière opinion qui l'emporta dans la commission des onze: d II sera établi dans chaque canton de la République une ou plusieurs écoles primaires dont les arrondissements seront déterminés par l'administration du département. » Ainsi dispose rarlicle i""' de la loi du 3 brumaire.

Cette rédaction manquait peut-être de précision; peutêtre avait-elle aussi rinconvénientde laisser une tropgrandç latitude aux administrations départementales, mais, — et c'est là son grand mérite à nos yeux, — elle était infiniment plus pratique que les ambitieuses prescriptions des lois antérieures. L'expérience démontrait assez qu'il ne servait à rien de décréter l'établissement d'innombrables écoles sans avoir au préalable assuré ses ressources, et dans la détresse où la Révolution avait achevé de mettre les finances, & coup sûr il était bien permis de songer au nécessaire avant de s'occuper du superflu Or, le nécessaire, c'était qu'il y eût au moins une école^ primaire publique dans chaque canton. Ni Condorcet, qui en voulait une par groupe de quatre cents âmes, ni Lakanal, qui en avait fait décréter une par mille habitants» ne s'étaient rendu compte des difficultés matérielles qui s'opposaient à la réalisation de leurs vastes plans. La commission des onze en eut au contraire le sentiment très exact, et c'est en ce point surtout, on peut le dire, que, malgré ses défauts, son œuvre est supérieure à tous les projets de ses devanciers.

L'observation que nous suggère cet article, nous pourrions la renouveler à l'occasion de presque tous les autres articles dont se compose le titre I". Prenons, par exemple, les dispositions relatives à l'enseignement et à la condition des instituteurs. La lecture, l'écriture, le calcul et les éléments de la morale républicaine, voilà pour l'enseignement. Un logement et un jardin fournis par la République, une rétribution annuelle payée par les élèves et

fixée par le département, voilà pour le personnel. Visiblement, nous ne sommes plus ici dans le grandiose, ou plutôt nous sortons de l'utopie. Nous n'avons plus en face de nous une assemblée présomptueuse, enthousiaste ; la Convention a vieilli; ses premières ardeurs, sa foi un peu naïve dans la régénération et le progrès indéftni de l'espèce par la science, ont fait place à une philosophie plus positive, moins transcendante. Elle n'est plus au même degré qu'autrefois la dupe des mots : après trois ans de bavardage et de déclamation, elle voudrait aboutir, et elle conclut en revenant sur plus d'un point aux errements de l'ancien régime.

Des Écoles centrales, — La partie de la loi du 8 brumaire an IV relative aux écoles centrales se rapproche beaucoup de la loi du 7 ventôse. La commissoin des onze et son rapporteur Daunou n'ont guère fait ici que reprendre en la simplifiant l'invention de Lakanal, et c'est bien à ce dernier que doit en être rapporté le mérite ou la responsabilité. Notons cependant quelques différences.

Le décret de ventôse portait établissement d'une école centrale par trois cent mille habitants ; la loi du 3 brumaire an IV n'en institue qu'une par département. Le décret de ventôse avait créé quatorze chaires ; la loi de brumaire en réduit le nombre à neuf.

Dans le système du décret de ventôse, les divers cours étaient absolument indépendants les uns des autres; la loi de brumaire divise l'enseignement en trois sections, comprenant : la première, le dessin, l'histoire naturelle, les langues anciennes et, d'une façon éventuelle, les langues vivantes ; la seconde» les mathématiques, la physique et la chimie; la troisième, la grammaire générale, les belles-lettres, l'histoire et la législation.

Enfin, d'après la loi de ventôse, les professeurs des écoles centrales devaient recevoir un traitement de 3000, 4000 et même 5000 livres ; la loi de brumaire les assimile.

SOUS le rapport des appointements, aux administrateurs de département.

De l'Institut national des sciences et des arts. — L'idée de rinstitut n'appartient pas en propre à la Convention; elleétait déjà en germe dans les travaux de la Constituante et de la Législative. Mirabeau, Talleyrand, Condorcet, ravaient tour à tour entrevue, sans toutefois lui donner une forme bien précise. Il restait à la fixer en la dégageant des incertitudes d'une première ébauche. La commission des onze eut ce mérite : d'une esquisse encore assez confuse elle sut^ tirer un véritable monument, simple et large à la fois. « L'Institut naquit, a dit un écrivain^, et l'encyclopédie fut vivante. »

Tel est bien, en effet, le caractère de cette grande création. Aux anciennes académies provinciales éparses sur toute la surface du territoire, indépendantes, isolées, l'Institut allait substituer un centre d'informations, de recherches, de correspondance, et devenir l'asile commun des sciences, des lettres et des arts'. Embrassant dans sa généralité toutes les branches des connaissances humaines, formé de la réunion de tous les genres et de tous les talents, il devait être en même temps le couronnement de l'édifice scolaire, la clé de voûte du système. La Convention n'alla pourtant pas jusqu'à en faire, comme le voulait Talleyrand, un véritable degré d'enseignement, ou, comme le proposait Condorcet, Tunique directeur de l'instruction publique en France. Elle se contenta de le diviser en trois classes correspondant à peu près aux trois sections des écoles centrales : sciences physiques et mathématiques, sciences morales et politiques, littérature et beaux-arts.

Quant au rôle qu'elle lui réservait, voici en quels ter-

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