‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 34 sur 110 · Archives nationales, P · texte numérisé non relu

Archives nationales, P

3. Voici le texte de celte résolution, confirmée le 26 du même mois par les Anciens : • Le Conseil des Cinq-Cents, après avoir entendu le rapport d'une commission spéciale, considérant que, les ci-devant presbytères faisant partie des domaines nationaux doDt Tadjudication, légalement consommée, est déclarée irrévocable par l'acte constitutonnel, il est instant de

époque, le mal était consommé et,, dans beaucoup de communes, irréparable. Déjà fort à Tétroit dans leurs finances, privées par la suppression des octrois et des droits féodaux du plus clair de leurs revenus, la construction de nouveaux bâtiments scolaires eût dépassé de beaucoup leurs forces. La loi du 3 brumaire n'avait pas prévu cet obstacle. Le Directoire fut bien obligé, faute d'argent, lui aussi, de le supporter, et c'est ainsi que tant de communes» qui auraient dû se trouver pourvues d'écoles dès Tau V, n'en possédaient pas encore longtemps après le 18 brumaire. Au surplus, si les bâtiments avaient existé, les administrations municipales auraient été bien en peine d'y installer des maîtres capables. Trouver du jour au lendemain plusieurs milliers d'instituteurs eût été d'une extrême difficulté dans des temps réguliers et tranquilles. En 1795, avec la réquisition pratiquée comme elle l'était alors, à outrance, l'entreprise ne pouvait qu'échouer radicalement. Il eût fallu, pour qu'elle réussît dans une certaine mesure et dans un avenir assez prochain, que les écoles normales décrétées par la Convention fussent mises en activité partout. Mais on a vu Tinsuccës de cette tentative ; à Paris même, elle avait avorté misérablement ; dans les départements, elle n'avait pas reçu le moindre commencement d'exécution.

Restaient bien, il est vrai, les anciens recteurs et les

suspendre la vente de ces dits presbytères qui restent invendus, aûn de s'assurer la conservation des bâtiments, jardins et autres accessoires qui pourraient ôtre jugés nécessaires à l'établissement des écoles primaires ou pour quelque autre service public,.... prend la résolution suivante :

< Il est sursis à la vente des ci-devant presbytères, jardins et bâtiments y attenant, qui ne sont point encore légalement vendus ou adjugés, jusqu'à ce que les administrations départementales aient déterminé, avec l'approbation du pouvoir exécutif, ceux qu'il sera utile de conserver, soit pour servir à loger les instituteurs des écoles primaires, conformément à l'article 6 du titre 1** de la loi du 3 brumaire an IV, ou pour tout autre service public. •

prêtres qui n'avaient pas émigré ou qui étaient rentrés après le 9 thermidor, mais on ne pouvait guère espérer le concours de gens dont les uns étaient encore, en beaucoup d'endroits, traités avec la dernière rigueur, et qui tous avaient été frappés par la Révolution dans leurs croyances ou dans leurs intérêts. Un changement complet dans la politique et dans le gouvernement aurait seul pu les rallier. Or, ce changement n'avait pas eu lieu : loin de laisser tomber les lois rendues par la Convention contre les prêtres, le Directoire s'était empressé de les faire revivre. Il en avait même expressément recommandé la sévère application dans une circulaire qui porte la date du 15 janvier 1796 : « Dans les cinq premiers mois de cette année, — j'emprunte ce chiffre à une récente publication de M. Victor Pierre, — vingt et un prêtres avaient été condamnés à mort par les tribunaux criminels ou massacrés sans jugement. »

En même temps, et pour bien marquer son désir d'en finir avec la religion catholique, le gouvernement protégeait ouvertement la secte et le culte ridicules des Théophilanthropes, et les installait à Paris dans plusieurs églises. On accusait même un de ses membres, Laréveillère-Lepeaux, d'être leur grand-prêtre. Mais ce n'est pas tout encore : pendant la première période de son existence , le Directoire avait été contenu par les conseils, dont la majoritéy surtout après les élections de l'an V, était manifestement opposée à la continuation des hostilités contre le clergé. Après le 18 fructidor, il ne connut plus de bornes : abroger les lois rendues malgré lui par le corps législatif pour la protection des prêtres^ exiger d'eux un nouveau serment, les déporter et même les fusiller, rien ne l'arrêta. Ce n'est pas ici le lieu de raconter ces tristes exploits '. Ils

]. Huit cents prêtres déportés à la Guyane; douze cents internés dans les prisons de Tile de Ré et de l*ile d'OIeron, plusieurs fusillés comme émigrés rentrés à Tours, à Nancy, à Besançon, à Marseille, à Lyon, à Colmar, etc.

n'apparliennent à notre sujet qu'au point de vue des dif6cullés qu'ils suscitèrent au Directoire pour Texécution de . la loi du 3 brumaire, et, si nous les signalons, c'est uniquejnent à ce tilre ; mais encore fallait-il en tenir compte; car, . après le caractère irréligieux de l'enseignement, rien ne fut plus nuisible au succès des écoles primaires.

Toutefois, ce n'est pas seulement par des raisons d*ordre moral que s'explique l'extrême pénurie de sujets qui est le fait le plus important de l'histoire de l'instruction publique à cette époque. Même étant données la politique du Directoire, ses violences et ses tracasseries contre^ les prêtres et contre la religion, le recrutement des instituteurs n'eût pas été si difficile, à beaucoup près, si leur situation matérielle avait été seulement tolérable. Il y à toujours des gens pour prendre les places, quand elles sont rémunérées, même très médiocrement; le grand nombre des prêtres assermentéset de ceux qui se marièrent dans les premières années de la Révolution démontrerait, au besoin, cette vérité. Mais on a vu plus haut ce qu'il était . advenu des prescriptions de la loi du 3 brumaire, relative aux logements et aux jardins. D autre part, les élèves manquaient presque partout, et, par ainsi, la rétribution ; en sorte que des deux sources de revenus que le législateur avait cru assurer aux instituteurs, l'une et l'autre à la fois leur faisaient défaut.

Les documents sur ce point sont aussi nombreux qu'unanimes, c'est par centaines qu'ils se chiffrent aux Archives, et, dans tous, on retrouve la même note désespérée. Nous en donnerons quelques extraits seulement, empruntés, non pas aux intéressés dont le témoignage pourrait être suspecté, mais aux autorités révolutionnaires elles-mêmes.

Lé 7 vendémiaire an IV, peu de temps avant le vote de la loi du 3 brumaire, c'est-à-dire à une époque où la situation des instituteurs était encore réglée par la loi du 27 brumaire, où par conséquent leur salaire était-censé de

iSOO livres, voici ce qu'écrivait la commission executive au comité d'instruction publique de la Convention :

« Un cri général s'élève de toutes les parties de la République sur la détresse affreuse dans laquelle se trouvent plongés un grand nombre d'instituteurs. Privés même de Tabsolu nécessaire, la plupart languissent dans les horreurs du besoin, et ne continuent Texercice de leurs fonctions que dans l'espoir très prochain des secours qu'ils réclament et qui deviennent de jour en jour plus nécessaires. Ce ne sont pas les instituteurs et les professeurs seuls qui font entendre leurs plaintes. Un grand nombre d'administrateurs de communes, de districts et de départements, et des représentants en mission qui ont ce tableau désolant sous les yeux, transmettent les mêmes demandes et forment les mêmes vœux. Tous s'accordent sur cet objet important ; tous déclarent qu'il est urgent de venir au secours des instituteurs ou que l'instruction doit périr... * i

Telle était déjà, dans les derniers jours de la Convention, la situation du personnel enseignant, et telle elle demeura pendant toute la durée du Directoire.

«c Depuis près de six ans, il n'existe plus d'instruction publique, y^ lisons-nous dans la minute d'un rapport au Directoire exécutif préparé par les bureaux du ministore de l'intérieur sous l'administration de Bénézech '.

«c Si l'état des écoles centrales dans un aussi grand nombre de départements est aussi complet qu'on pouvait l'espérer, > lisons-nous dans une circulaire du ministre Letourneux aux administrations départementales, «combien le spectacle que présente le tableau des écoles primaires ne doit-il pas affliger l'âme de tous les vrais républicains! En butte à la malveillance et à la calomnie, dénuées des premiers secours qui pouvaient les soutenir et les

1. Archiyes nationales^ F. 17, 1149. Voir plus loin p. 208 le lexle de ce rapport.

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