Archives nationales, F
L*III9TRVCnOlf PUBLIQUE 1^
alimenter, attaquées même ouvertement et ridiculisées par ceux qui en devraient être les premiers défenseurs... elles n'existaient pas encore que déjà elles avaient cessé d*ètre...
« Ainsi réduits à l'état le plus déplorable, sans considération au dehors, sans élèves pour la plupart, les instituteurs voient leur zèle entièrement paralysé, et ce n'eût été qu*en se prêtant par une l&che complaisance aux plus honteux préjugés et en devenant parjures à leur serment qu'ils auraient pu obtenir quelque succès. i>
Ce document est de l'an YI. Deux ans plus tard, je note encore ce qui suit dans les minutes de deux rapports ^ émanés des bureaux du ministère de l'intérieur :
Premier rapport : « L'établissement des écoles primaires a été jusqu'ici presque partout sans succès. On peut donner plusieurs causes de l'état de nullité où sont ces écoles : l*" mauvais choix de la plupart des instituteurs, qui ont été élus dans des temps difficiles, cause qui en amène nécessairement une autre : le défaut de confiance des pères de famille ; 2« le vice de la loi qui ne leur a assuré aucun moyen d'existence par un traitement. »
Deuxième rapport : « Les écoles primaires sont presque partout désertes. Deux causes y ont contribué : la première est le détestable choix de ce qu'on a appelé des instituteurs ; ce sont presque partout des hommes sans mœurs, sans instruction, et qui ne doivent leur nomination qu'à un prétendu civisme qui n'est que l'oubli de toute moralité et de toute bienséance* La seconde cause est dans la force toujours subsistante des opinions religieuses que les lois ont trop heurtées et pour lesquelles ces instituteurs affectent uu mépris insolent. »
i. Arcd« nationales, F. 173001.
Au résumé, les écoles, inorganisées en grande partie, désertes presque partout et suspectes aux populations, un très petit nombre dlnstituteurs réduits au plus complet dénuement, d'institutrices point, cela va sans dire, les administrations départementales et les municipalités indifférentes ou paralysées, le pouvoir central impuissant et dés armé, tel est dans sa triste réalité le tableau que présente Tinstruction primaire sous le Directoire. Voilà le bilan de la Révolution dressé parles révolutionnaires euxmêmes. Après quatre années de tâtonnements et d'élucubrations informes suivies de quatre autres années de mise en œuvre^les fondations du « grand édiilce» ne sont pas même jetées ; la République en est encore aux ruines qu'elle a faites. On voudrait pouvoir, en regard de ce néant, signaler quelques résultats, une ébauche, un rudiment d'exécution : Thistorien impartial cherche vainement cette consolation, les documents la lui refusent. Ils lui montrent, pendant toute la durée de la Révolution, la première éducation de la jeunesse dans les écoles publiques absolument nulle, et les quelques efforts du gouvernement pour la développer radicalement infructueux. Tel cet arrêté du Directoire « pour faire prospérer l'instruction publique » qui n'est pas une des moindres curiosités de Tépoque :
Du 27 brumaire an VI (17 novembre 1797).
Le Directoire exécutif, considérant qu'il est de son devoir de faire prospérer, par tous les moyens dont il peut disposer, les diverses institutions républicaines et spécialement celles qui ont rapport à l'instruction publique.
Arrête :
l*> Qu'à compter du 1" frimaire prochain, tous les citoyens non mariés et ne faisant pas partie de Tarmée qui désireront obtenir de lui, des ministres, des administrations, des régies et établissements de toute espèce dépendant du gouvernement, soit une place quelconque, s'ils n'en occupent point encore, soit un avancement dans celle dont ils sont pourvus, seront tenus de joindre à leur pétition leur act« de naissance et un certiGcat de fréquentation de Tune des écoles centrales de la République ; ce certiflcat devra contenir des renseignements sur l'assiduité du candidat, sur les progrès qu*il a faits dans ses études.
3« Les citoyens mariés qui solliciteront une place de quelque nature qu'elle soit, militaire ou autre» seront tenus, s'ils ont des enfants en âge de fréquenter les écoles nationales, de joindre également à leur pétition l'acte de naissance de ces enfants et des certificats desdites écoles, contenant sur eux les renseignements indiqués dans l'article précédent.
3<^ Les administrations centrales de département adresseront tous les trois mois au ministre de l'intérieur Tétat nominatif des élèves qui fréquentent les écoles publiques, soit primaires, soit centrales, avec les noms et domiciles de chacun d'eux. Le Directoire exécutif, sur le rapport qui lui sera fait par le ministre de l'intérieur des résultats qu'offriront ces divers tableaux, prendra les mesures nécessaires pour activer l'instruction des écoles qui ne lui paraîtraient pas assez suivies. •
4* Les citoyens qui prétendraient avoir été dans l'impossibilité de satisfaire aux dispositions précédentes, seront tenus d'en justifier la cause par des certificats ou autres
actes en bonne forme, visés par les administrations des lieux et par l'administration départementale. h"* Le présent arrêté sera imprimé au Bulletin des Uns.
Pour expédition conforme^ Signé : Laréveillère-Lepeaux, président.
Pour le Directoire exécutif,
Le Secrétaire-général^ Lagardb.
Lorsqu'un gouvernement en vient à de tels moyens, c'est qu'il a contre lui quelque chose de plus fort que toutes les contraintes et que toutes les coercitions du monde, le sentiment public. Quoi qu'il tente alors, il échoue. On ne refait pas à coups de décrets la substance dont se compose r&me d'une nation. On ne touche pas impunément surtout à ce qu'il y a de plus intime et de plus profond dans le cœur humain, c'est-à-dire aux croyances religieuses. Cette matière-là ne se traite pas comme les autres matières législatives ; elle est particulièrement délicate, et par sa délicatesse même elle échappe aux règles ordinaires. Il y faut une extrême prudence et une grande légèreté de main. Encore vaudrait-il mieux le plus souvent éviter de s'y ingérer. Malheureusement, ce qui manquait le plus au Directoire, comme à la Convention, c'était le tact. Parmi beaucoup d'autres fautes, il commit celle de traiter en pays conquis un domaine que les gouvernements sages ont toujours respecté. Il eut des violences et mit de la brutalité où il eût fallu beaucoup de douceur et d'habileté pour ramener à soi les esprits. L'organisation des écoles primaires rencontrait déjà de bien grandes difficultés ; cette politique lui porta les derniers coups.