Loi du 25 mettidor an IV
Art. V. Les écoles cenlrales établies dans les divers départements de la République seront placées dans les maisons connues ci-devant sous le nom de collèges, lesquelles demeureront affectées à l'enseignement public, et au logement des professeurs.
Art. 2. Les jardins qui font partie de ces mêmes maisons serviront à for-
Il existait un grund nombre de ces maisons dans les départements; beaucoup étaient en fort bon état; avec quelques appropriations, elles furent vite en mesure de recevoir leur nouvelle destination. Les écoles centrales trouvèrent donc, on peut le dire, leur berceau tout préparé ; elles n'eurent qu'à s'installer dans les bâtiments des anciens collèges. Là où ces bâtiments furent jugés trop petits ou trop délabrés pour leur être affectés, on les plaça dans d'autres locaux mieux appropriés à leurs besoins : abbayes, couvents, châteaux, bâtiments des ci-devant intendances, les administrations départementales n'eurent que l'embarras du choix. Aux termes de l'article 4 de la loi précitée du 25 messidor an IV, c'étaient elles qui devaient désigner les locaux les plus convenables, sauf au corps législatif à statuer par une loi sur chaque cas particulier. C'est ainsi qu'une loi du 7 thermidor an IV, disposa que l'école centrale de l'Oise serait établie dans le couvent des Ursulines de Beauvais. Celle de l'Indre fut placée dans la maison des ci-devant religieuses de Châteauroux (loi du 16 nivôse an Y) ; celle de la Drôme dans te ci-devant couvent des Récollets de Montélimart (loi du 10 nivôse an V) ; celle de la Creuse dans le ci-devant couvent des Récollets d'Aubusson (loi du 30 nivôse an V); celle du
mer le jardin botanique qui doit être établi 'près de ces écoles, en exécution de la loi du 3 brumaire an IV.
Art. 3. Aucun édifice national ou terrain autres que ceux désignés ci-dessus ne pourront être consacrés à cet usage sans une loi particulière.
Art. 4. Dans le cas où les bâtiments des ci-devant collèges seraient en trop mauvais état ou insuffisants pour y placer les écoles centrales et où il n'y aurait pas de jardin, Tadministration centrale du département désignera le plus convenable et enverra au Directoire sa pétition avec les plans, afin que le corps législatif puisse statuer sur sa demande.
Art 5. Toute disposition d'édifices et terrains nationaux faite, en faveur des établissements d'inst^ruction, par des arrêtés des représentants du peuple ou émanés d'autres autorités, n*aura son effet qu'autant qu'elle sera comprise dans les articles 1 et 2, ou qu'elle sera confirmée , conformément aux articles 3 et 4.
Mont-Blanc dans le château de Ghambéry (loi du k germinal an V) ; celle de iXisne dans les bâtiments de la ci-devant intendance de Boissons (loi du 10 floréal an Y); celle de l'Ariège dans le ci-devant château de Saint- Girons (loi du 27 nivôse an VI) ; celle de la Somme dans la maison des cidevant Prémontrés d'Amiens (loi du 29 ventôse an VI) ; celle de la Seine-Inférieure dans les bâtiments « connus sous le nom d'église des jésuites et de séminaire de Joyeuse (loi du 8 vendémiaire an VIII) ».
Grâce à ce système, Torganisation des écoles centrales put être menée très rapidement : en moins de deux ans, presque tous nos départements se virent pourvus, y compris ceux de la Corse et de la Belgique, sans qu'il en eût presque rien coûté à l'État. J'ai sous les yeux un tableau*
1. TABLEAU des départementB pourviu d^éeokt eentralet en Van Vly d'ct^ près Vétat dreué par U chef de la i'* division et présenté au ministre le \9 messidor an VL
Ain Bourg. Loire-Inférieure... Nantes.
Aisne Laon. Loiret Orléans.
Ailler Moulin. Lot; Cahors.
Alpes (Basses-) Digne. Lot-et-Garonne.... Agen.
Alpes (Hautes-) Gap. Lozère Monde.
Alpes-Maritimes.... Nice. Maine-et-Loire.... Angers.
Ardéche Privas. Manche . • Coutances.
Ardennes Mézières. Marne (Haute-).... Chaumont.
Ariège Foix. Marne Gbâlons.
Aube Troyes. Mayenne Laval.
Aude Carcassonne. Meurthe Nancy.
Aveyron Rodez. Meuse Bar-sur- Ornain .
Bouches-du-Rhôae.. Aix. Mont-Blanc Ghambéry.
Gai vados Gaen. Mont-Terrible Porcntruy .
Cantal Saint-Flour. Morbihan Vannes.
Charente Angouléme. Moselle Metz.
Charente-Inférieure . Sainies. Nièvre Nevers.
Cher Bourges. Nord Douai.
Gorrèze TuUe. Oise Beauvaia.
COte-d'Or Dijon. Orne Alençon.
Gôtes-du-Nord Saint-Brieuc. Pas-de-Calais Arras.
Creuse Guéret. Puy-de-Dôme Glermont.
dressé par le chef de la première division du ministère de rintérieur, et présenté au ministre le 19 messidor an VI. (Arch. nat. F. 63007). Il résulte de ce document qu'à cette date 97 écoles centrales, dont neuf des départements annexés, étaient en exercice K Le Directoire n'avait pas, on le voit, perdu son temps. Il est vrai qu'il n'avait pas eu de grands efforts de construction ni d'argent à faire : quelques coups de pioche et de marteau avaient suffi pour mettre
Dordogne Périgueux.
Doubs Besançon.
Drôme Valence.
Eure. . • Évreuz.
Eure-et-Loir Chartres .
Finistère.. • Quimper.
Gard Ntmes.
Garonne Toulouse.
Gers. Auch.
Gironde Bordeaux.
Golo (Corse).. • . . . . Bastia.
Hérault MontpeUier.
llie-et-Vilaine Rennes.
Indre Châteaurouz.
Indre-et-Loire Tours.
Isère Grenoble.
Jura Lons-le-Saulnier.
Landes Mont-de-Marsan .
Liamone (Corse)... Ajaccio.
Loir-et-Cher Blois.
Loire Roanne.
Loire (Haute-) Le Puy.
Pyrénées (Basses-) Pyrénées (Hautes-)
Rhin (Bas-)
Rhin (Haut-)
Rhône
Saône (Haute-)....
Saône-et Loire..,.
Sarthe
Seine-Inférieure...
Seine
Seine-et-Marne . . .
Seine-et-Oise
Sèvres (Deux-)....
Somme
Tarn
Var
Vaucluse
Vendée
Vienne
Vienne (Haute-)* •.
Vosges
Yonne
Pau.
Tarbes.
Strasbourg.
Colmar.
Lyon.
Vesoul.
Màcon.
Le Mans.
Rouen.
Paris.
Melun.
Versailles.
Niort.
Amiens.
Castres.
Toulon.
Aveyron.
Fontenay.
Poitiers.
Limoges.
Épinal.
Auxerre.
Dépariemmis réuni».
Meuse-Inférieure. . MaAsthrtct.
Deux-Nettes Anvers.
Ourthes Liège.
Sambre-et-Meuse.. Namur.
Dyle Bruxelles.
Escaut Gand.
Forets (Les) Luxembourg.
Jemmapes Mons.
Lys Bruges.
1. Un autre document du 2 nivôse an VI porte à cent deux le nombre des écoles centrales en exercice. Sur ces cent deux écoles^ « soixante-six au moins, dit ce document, sont en pleine activité. » (Arch. nat., F. 171140. Minute d'un projet de message au Conseil des Cinq-Cents, préparé dans les bureaux du ministère de l'intérieur.)
les bâtiments existants en état. Toutefois, on doit lui savoir gré d'avoir eu Tidée de leur donner cette destination, au lieu de les vendre à vil prix comme tant d'autres biens nationaux. La, du moins, la confiscation produisit un résultat utile.
Il fallait cependant un budget, si faible qu'il fût, aux nouvelles écoles. La loi du 3 brumaire an IV disposait, que le salaire annuel et fixe de chaque professeur serait le même que celui des administrateurs de département : soit de 3000 et 2000 francs suivant la population. En joignant à cette dépense le chapitre des frais de premier établissement et des frais divers, on dut porter les crédits pour l'an YI à 2 496619 francs^ se décomposant ainsi :
l*" Dépenses de premier établissement et des cours dinstruction provisoirement conservés dans certaines villes où l'organisation des écoles est encore incomplète 120 219
2'» Écoles centrales du premier ordre ' au nombre de huit : traitement des professeurs et dépenses annuelles 296 000
3<' Écoles centrales du second ordre au nombre de quatre-vingt-neuf: traitements et dépenses annuelles fixes 2 100400
Total 2496619
En l'an Vil, ces crédits augmentent : ils s'élèvent à 4 808569', mais en l'an VIII ils s'abaissent à 3516 480 fr., soit 1 267 289 francs d'économies, provenant sans doute de
1. Arch. Dat., F. 63007. Rapport avec état à l'appui^ présenté au ministre de rintérieur, le 19 messidor an VI , par le chef de la 5* division.
2. Celles qui étaient établies dans les villes de plus de 100000 ftmes.
3. Archives nationales, F. 63017. Tableau général et comparatif du crédit ouvert pour les dépenses ordinaires et extraordinaires des écoles centrales en Tan VII et du crédit à ouvrir pour les dépenses ordinaires de l'an VIII, présenté par le bureau des établissements d'instruction publique.
la diminulion des frais généraux de premier établissement. Dans les années suivantes, cette diminution se maintient : l'installation matérielle des écoles est terminée et le nombre des chaires en exercice n'a pas augmenté, bien au contraire. Aussi la dépense continue de se solder par 3 500000 environ. Ce chiffre représente donc assez exactement la somme consacrée par le gouvernement de la République à l'enseignement secondaire, y compris les neuf départements formés par laBelgiqueet le Luxembourg. Les anciens collèges joussaient de revenus bien supérieurs* à cette somme sur les dîmes et les octrois, avant leur suppression; beaucoup possédaient en outre des biens considérables, qu'ils avaient acquis de leurs propres deniers ou qui leur avaient été légués. En affectant trois ou quatre millions au service des écoles centrales, le Directoire ne faisait donc qu'acquitter une dette de la Convention; il restituait à l'enseignement une portion des revenus qui lui avaient été enlevés par la Révolution. La plupart des écrivains qui ont traité de la matière ont trop négligé ce point de vue : ils ont fait à la République un mérite d'avoir fonde le budget de l'instruction publique. Il n'est que juste de rappeler de quels éléments se forma ce budget.
Mais ce n'était pas tout de prendre les bâtiments des cidevant collèges et des ci-devant abbayes pour les transformer en écoles centrales, et de voter les fonds nécessaires à leur entretien : il fallait peupler ces écoles, et c'est ici que la tâche devenait singulièrement difficile. Les anciens collèges, si incomplet que fût leur enseignement, avaient une clientèle d'élèves et un corps de professeurs tout formés. Les écoles centrales soulevèrent dès leur apparition d'extrêmes défiances; outre l'hostilité de tout ce qui tenait â l'ancien régime, elles eurent â lutter contre
1. Voir ci-dessous, page 210, la minute du rapport au Directoire exécutif préparé par les bureaux du ministère de l'intérieur.
des habitudes et des préjugés invétérés. Les familles étaient faites à Tancieune division des classes et des études ; elles virent avec inquiétude cette division bouleversée, et des matières peu connues, telles que la grammaire générale, prendre la place des anciens cours. Ces nouveautés parurent suspectes et déplurent; il eût fallu pour les faire accepter, des programmes très habilement rédigés et de bons maîtres surveillés de très près par une administration vigilante. Tous ces éléments de succès manquèrent aux écoles centrales; à peine organisées, on les livra pour ainsi dire à elles-mêmes, ou, ce qui ne valait guère mieux, au caprice des administrations départementales et à Tigno* rance des jurys d'instruction. Le Directoire ne sut ni les soumettre à des règlements communs, ni recruter leur personnel enseignant. Ce n'était pas à la vérité chose facile, et la Convention avait légué une bien lourde tâche à ses successeurs, en bouleversant tout le système d'études en vigueur avant elle, sans se préoccuper de former, au préalable, un corps de professeurs capable de se plier à la nouvelle organisation de renseignement.
Quoiqu'il en soit, les écoles centrales ne purent jamais triompher de l'espèce de discrédit qui les frappa dès leur fondation. A part quelques brillantes exceptions comme Paris, Besançon, Toulouse et Montpellier, on peut dire qu'elles végétèrent. C'est en vain qu'on a prétendu le contraire, les chiffres sont là ; nous en avons relevé quelques-uns dans les états adressés par les administrations départementales au ministre de l'intérieure Rien de plus instructif et de plus probant.
1. Archives nationales, F. 63006, 63009, 63010, 63011, 63013, 63014.
École centrale de Lot-et-Garonne (Agen).
Etat des élèves suivant les cours au mois de nivôse an VL
Dessin 61
Histoire naturelle k
Langues anciennes. 5
Mathématiques 18
Physique et chimie 10
Grammaire générale 5
Belles-lettres
Histoire
Législation
École centrale du département d'Eure-et-Loir (Chartres).
Etat des élèves suivant les cours au mois de thermidor an VL
Dessin 52
Mathématiques 10
Grammaire générale 20
Langues anciennes 43
Physique 15
Les autres cours: néant.
École centrale des Basses-Pyrénées (Pau).
Etat des élèves suivant les cours en Van VL
Dessin... kO
Mathématiques 39
Langues anciennes 10
Belles-lettres 9
Grammaire générale.4 7
Législation 6
Histoire 5
Histoire naturelle ; 2
École centrale de la Haute-Garonne (Toulouse).
Etat des élèves suivant l'École centrale en Van VL
Dessin 333
Histoire naturelle 127
Physique et chimie 99
Législation 29
Histoire 28
Grammaire générale 27
Langues anciennes 23
Belles-lettres. 16
Mathématiques 10
École centrale de la Haute-Loire (Le Puy).
Etat des élèves suivant les cours en Van VI.
Dessin 92
Mathématiques 31
Grammaire générale 27
Langues anciennes 22
Histoire 8
Législation 3
Belles-lettres
Histoire naturelle
Physique et chimie.
École centrale de la Haute-Marne (Ghaumont).
Situation au I" germinal an V.
Élèves 81
École centrale de la Mayenne (Laval).
SituQiion en Van VI,
Élèves 124
École centrale de l'Indrb-et-Loirb (Tours).
État des élèves qui ont suivi Us cours en Van VIL
Dessin 102
Mathématiques 49
Histoire naturelle • 27
Physique et chimie « 21
Histoire 14
Langues anciennes « « « • ^ 13
Belles-lettres 10
Législation 7
Grammaire générale «•••«• 3
192 L'JNSTRUQTION PUBUQUB ET LA RÉVOLUTION.
École centrale dk la Dordoone (Périgueux).
Etat des élèves ayant suivi les cours en l'an VIL
Desain 86
Mathématiques • 40
Langues anciennes 16
Histoire 15
Belles-lettres 13
Législation. 10
Physique et chimie
Grammaire générale
Histoire naturelle
École centrale du Doubs (Besançon).
Etat des élèves qui ont suivi les cours en Can VIL
Dessin 221
Mathématiques 159
Langues anciennes 53
Législation 42
Histoire 38
Physique et chimie 37
Grammaire générale 33
Belles-lettres 20
Histoire naturelle > 18
Accouchement 30
École centrale du Gard (Nîmes).
Etat des élèves ayant fréquenté les cours pendant le premier trimestre de Van VIL
Dessin 112
Histoire naturelle • . . • 62
année 41
'année... ..... 51
Langues anciennes... J .
1. Ce dernier cours ne faiiait pas partie des matières ordinaires d'enseignement dans les écoles centrales. Une décision particulière en avait autorisé l'ouverture, ou plutôt la continuation à Besançon, où il existait sous Tancien régime.
.- ., . .. ( r* anaée kl
Mathématiques j g-an^ée 8
Physique et chimie 25
Histoire et géographie 25
Grammaire générale ik
Belles-lettres 13
Législation
Égolr centrale du Gers (Auch).
1" trimestre an Vil,
Dessin 45
Mathématiques 32
Langues anciennes 18
Belles-lettres. . . , 11
Histoire naturelle. .,.,..... 6
Grammaire générale 5
Législation 5
Histoire 2
École centrale du Nord (Boulogne).
Etat des élèves qui ont suivi les cov/rs pendant le /•' trimestre de
Van VIL 63
École centrale de la Gorrèze.
Etat des élèves qui ont suivi les cours en Van Vlll.
Dessin 45
Mathématiques 43
Langues anciennes 24
Grammaire générale 12
Physique et chimie 8
Histoire naturelle • 5
Histoire
Législation
École centrale de l'Hérault (Montpellier).
Situation au 3 pluviôse an VI.
Dessin 60
Mathématiques • • * . 30
l'ikstrogtion publique. 13
Grammaire générale 80
Histoire 25
Langues anciennes 20
Histoire naturelle 20
Législation 15
Physique et chimie 80
École centrale de Saône-et-Loire (Mâcon).
SUiuxtion au \b pluviôse an VI.
Dessin 48
Mathématiques 31
Langues anciennes 13
Histoire naturelle 11
Grammaire générale 5
Belles-lettres 4
Histoire
Législation. >
Ecole centrale de l'Aisne (Soissons).
Situation au W floréal an VL
Dessin 20
Langues anciennes 8
Histoire naturelle 7
Mathématiques 7
Les autres cours.
École centrale de l'Indre (Chateauroux).
Situation en prairial an VL
Dessin 10
Langues anciennes 7
Mathématiques 7
Belles-lettres 3
Grammaire générale
Histoire
Législation
En additioDDant tous ces chiffres, (nous n'avons pu malheureusement retrouver que ceux-là), on constate les résultats suivants :
Nombre des élèves ayant suivi les cours dans les écoles centrales du Lot^UGaronne, d'Eure-et-Loir, des Basses- Pyrénées, de la Haute-Garonne, de la Haute-Loire, dlndreet-Loire, de la Dordogne, du Doubs, du Gard, du Gers, de la Corrèze, de l'Hérault, de Saône et-Loire, de TAisne et de rindre, soit quinze écoles centrales dont deux des plus florissantes, celles de Toulouse et de Besançon ;
Dessin 1327
Mathématiques 429
Langues anciennes 367
Physique et chimie 295
Histoire naturelle 289
Grammaire générale 228
Histoire 160
Législation 117
Belles-lettres 99
Soit, par école, une moyenne : pour le dessin, de 89 élèves ; pour les mathémathiques, de 28 ; pour les langues anciennes de 24; pour l'histoire naturelle, de 19; pour la physique et la chimie, de 19; pour la grammaire générale, de 15; pour Thistoire, de 10; pour la législation, de 8, et pour les belles-lettres, de 6.
Tel est approximativement le tableau de la population des écoles centrales de l'an V à l'an VIII, c'est-à-dire à l'époque la plus florissante de leur courte existence. Et qu'on le remarque bien, ces moyennes sont plutôt au-dessus qu'au-dessous de la réalité, grâce au contingent fourni par Toulouse et Besançon qui les rehausse singulièrement. Mais prenons ces chiffres tels quels et considérons leur portée^
Tout d'abord un fait saute aux yeux : la seule classe un peu fréquentée dans les écoles centrales est celle de dessin. Pour six élèves qui suivent les cours de belles-lettres, il y en a quatre-vingt-neuf qui suivent les cours de dessin. Viennent ensuite, mais bien au-dessous, les classes de mathéma*
thiques et de langues anciennes (lisez de grammaire, car nous le montrerons plus loin, on n'enseignait guère dans la plupart des classes dites de langues anciennes que les éléments du latin). Quant à la grammaire générale, à Thistoire, à la législation et aux belles-lettres, ces divers enseignements sont à peu près nuls. Us n'existent en réalité qu'à Paris, dans les trois écoles centrales des Quatre-Nations*, du Pantliéon' et de la rue Saint-Antoine'. La philosophie, les lettres, la philologie, le droit se trouvaient représentés là par toute une pléiade d'hommes distingués dont la réputation et le talent attiraient de nombreux élèves : Laharpe, Fontanes, Ginguené, Rœderer, Cabanis, Laromiguière, Guéroult, Binet, Daunou, Saussure, Cuvier, pour ne citer que les plus connus ! Avec de tels maîtres, le succès des écoles centrales de la Seine était certain et il fut en effet très vif*.
Mais, si vif qu'il ait été, il ne prouve rien en faveur des autres. Il serait même difficile d'établir une compa-