Arch. nat. F
a des éléments plus simples. Elle supprima les objets d'enseigoementqui pouvaient être superflus et de quatorze professeurs établis d'abord, ellen*en conserva que dix^
Le fond du salaire et la forme de le percevoir subirent aussi des changements. Au lieu de trois, quatre et cinq mille livres que les professeurs devaient recevoir en raison delà population des différentes communes, leur traitement fut assimilé à celui des administrateurs de département, indépendamment d'une rétribution de 25 francs en plus que les élèves doivent payer chaque année.
Un de mes premiers soins, en arrivant au ministère, fut de procurer la plus prompte exécution d'une loi qui paraissait devoir fixer l'état de l'instruction dans toute la République.
Le zèle des corps administratifs a généralement secondé mes vues. Presque partout les jurys sont nommés, les examens sont en activité, quelques écoles centrales sont organisées. La plupart touchent au moment de l'être.
Un traitement modeste mais suffisant et la considération attachée aux fonctions de professeur, paraissent avoir déterminé des artistes distingués, des savants et des hommes de lettres recommandables par leurs lumières, leurs talents etleursmœurs, à enrter dans la carrière de l'enseignement, et chaque département voit avec satisfaction se former dans son sein des établissements aussi utiles qu'intéressants.
Si au moment où cette heureuse perspective commence à s'ouvrir... de nouvelles incertitudes venaient à s'élever sur la stabilité des lois relatives au traitement des professeurs, il n'en faut pas douter, à la vive impulsion qui anime tous les esprits, succéderait le découragement, le dégoût, et l'on verrait se tarir à l'instant dans sa source tout le bien que l'on pouvait se flatter d'obtenir...
1. Dix avec le professeur de langues vivantes qui n'exista jamais que sur le papier, neuf en réalité.
l'ustroction ruBuguK. 14
Il s'agit donc d^examiner :
1» si le salaire des professeurs est trop considérable.
2<» S'il convient que la majeure partie de ce traitement soit prélevée sur les élèves au lieu d'être payée parle Trésor public.
3000 livres dans les Communes dont la population excède 50000 âmes et 2000 dans celles au-dessous, tel est le salaire accordé par la loi du 3 brumaire à chaque professeur. En ajoutant ce qui peut revenir delà contribution des élèves dont un quart est exempt, on peut évaluer la somme totale: d'un côté, à trois mille quatre ou cinq cents livres et de l'autre à deux mille trois ou quatre cents.
La dépense que ce traitement occasionnerait au Trésor public est bien inférieure aux revenus dont jouissaient autrefois les établissements destinés à l'éducation et qui appartiennent aujourd'hui à la nation...
Le sort des professeurs de ces établissements était plus avantageux que celui des professeurs des écoles centrales, sinon en traitement Qxe, du moins en mille accessoires qui ajoutaientbeaucoup au bien-être des individus.
D'ailleurs, sauf un très petit nombre, tous ces professeurs étaient essentiellement célibataires. Maintenant ils doivent être essentiellement pères de famille, et, cequiétait plus que suffisant alors, paraîtrait tout au plus aujourd'hui fournir au simple nécessaire.
A moins donc — (conclut le rapport) — de réduire les professeurs des écoles centrales à un état malheureux, il est impossible de diminuer le traitement qui leur est accordé.
Ce traitement, pour toutes les écoles centrales réunies, ne s*élève pas à 3 000 000. Ce ne serait pas sans doute pour une somme aussi modique que la République française voudrait priver ses enfants du moyen de cultiver leurs talents et de servir utilement la patrie... »
Projet (F arrêté joint à ce rapport.
« Le Directoire exécutif, sur le rapport du ministre de rintérieur, considérant que la loi du 7 ventôse an III sur rétablissement des Écoles centrales avait accordé le logement aux professeurs, et que le silence de la loi du 3 brumaire sur ce point doit être considéré comme une approbation de la première ;
Considérant que le bon ordre exige que les professeurs soient rapprochés le plus possible du lieu où ils doivent donner leurs leçons;
Arrête:
Les professeurs des écoles centrales seront logés dans Tenceinte des maisons destinées à ces établissements. »
Le Directoire ne donna pas suite à ce projet d'arrêté, qui lui parut sans doute insuffisant ; il préféra saisir le corps législatif d'un projet de loi qui fut voté le 25 messidor an IV * et qui trancha formellement la question. A partir de ce moment, les professeurs des écoles centrales eurent droit au logement dans les maisons affectées à ces établissements.
Telle était la situation matérielle du corps enseignant : un traitement fixe, variant de 3000 à 2000 francs, un traitement éventuel et le logement. Étant donné Tépoque, on reconnaîtra que ces avantages étaient fort raisonnables. Il n'y avait pas beaucoup de carrières alors qui fussent plus rétribuées. On pourrait dire avec plus de justesse encore qu'il n'en existait pas qui offrissent plus de garan-
1. Loi du 25 messidor an IV. Ârt. 1*'. « Les écoles centrales établies dans les divers départements de la République seront placées dans les maisons connues ci*deT«nt sous le nom de collèges, lesquelles demeureront affectées à renseignement public et au logement des professeurs, »
ties. Les professeurs des écoles centrales n'étaient pas précisément inamovibles, mais ils ne pouvaient être destitués qu'après avoir été entendus et de l'avis du jury d'instruction, par un arrêté de l'administration départementale, confirmé par le Directoire. S'ils perdaient leur cause au premier degré de juridiction, ils pouvaient la gagner au second et même au troisième. Ces sages précautions devaient donner une grande sécurité aux membres du corps enseignant, elles étaient surtout de nature à rehausser leur considération et, sous ce rapport comme sous celui du traitement, on peut dire que la Convention poussait très loin le sentiment des égards qu'un gouvernement éclairé doit aux instituteurs de la jeunesse.
Malheureusement, la réalité ne répondait que bien imparfaitement à ces belles promesses, et l'on se tromperait étrangement si l'on jugeait la situation du corps enseignant pendant la Révolution sur ces seules apparences. La loi du 3 brumaire ne nous montre qu'un des côtés de la médaille ; la correspondance administrative nous en dévoile un autre tout différent. Ces professeurs, si convenablement rétribués sur le papier, nous apparaissent là comme de pauvres diables, endettés, mourant de faim ou vivant d'expédients et réduits aux plus dures extrémités. De tous les points de la France il s'élève un long cri de détresse; les traitements restent impayés durant des mois entiers et les réclamations affluent au ministère de l'intérieur. Il y en a, dans le nombre, de navrantes.
« Je vous renouvelle, écrit à Ginguené le commissaire du pouvoir exécutif pour le département de l'Ain, la prière d'acquitter le traitement des professeurs, dont l'état est des plus déplorables, manquant absolument de tout. L'un d'eux ne vit que de pain et d'eau. » (P. 63008.)
Le même commissaire écrit un peu plus tard au ministre de l'intérieur :
oc Les professeurs de l'école centrale du département de
rAin sont en activité depuis trois mois et n'ont pas encore touché le moindre traitement. Ils sont dans la dernière détresse. » (4 germinal an Y.)
A ces lettres, ni Ginguené ni le ministre ne répondent d'abord. Le commissaire revient alors à la charge :
«Citoyen Ministre, écrit-il le 28 germinal, je vous ai écrit le 4 de ce mois pour vous représenter Tétat de détresse où se trouvent les professeurs de l'école centrale du département de l'Ain. Il sont en activité depuis le l*' nivôse et n'ont encore rien touché. La plupart sont des citoyens étrangers qui se sont transportés à Bourg à grands frais ; ils n'ont aucun moyen de subsistance ; je vous renouvelle la demande la plus instante de les faire payer promptement. »
Un mois se passe encore avant que le ministre réponde. Enfin, le 29 floréal, il se décide à donner des instructions au payeur général du département et à en aviser le commissaire.
Mais ces instructions demeurent sans effet, et le 25 messidor une nouvelle réclamation des professeurs arrive au ministère. Ces malheureux exposent qu'il y a plus de sept mois qu'ils exercent et qu'ils n'ont encore touché qu'un faible acompte, à peine suffisant pour les indemniser de leurs frais de route.
Cette fois, le ministre prend sur lui d'ouvrir le crédit nécessaire et de faire délivrer à chaque professeur un mandat à son nom. Vous croyez que tout est fini? Point encore. Munis de leur mandat, les professeurs se présentent au payeur général « qui déclare ne pouvoir y satisfaire avant d'avoir reçu l'autorisation de la trésorerie. »
Et qu'on ne croie pas que ces tribulations fussent un accident; ce qui est un accident, une exception, c'est la régularité des paiements; presque partout ils sont en souffrance, et Ton ferait un dossier énorme avec les plaintes des intéressés : il en vient de partout, on les voit se repro-
duire d'année en année, avec une monotonie désespérante ; jusqu'en Tan IX la correspondance en est pleine.
« Citoyen Ministre, écrit, le 21 germinal an V, le professeur d'histoire naturelle de l'école centrale de Saint-Girons, depuis bientôt sept mois mon traitement m'est dû ainsi qu'à mes collègues. (F 63008.) »
« Citoyen Ministre, écrivent, le 8 pluviôse an VI, les administrateurs du département de l'Allier, les professeurs de l'école centrale gémissent depuis six mois dans Tattente de leurs faibles salaires et les réclament inutilement parce que les crédits ouverts ne se payent pas. (F 63008.) »
« Voilà bientôt sept mois que les professeurs de l'école centrale de l'Aisne n'ont reçu aucun traitement, écrit, le S 5 germinal an VI, le citoyen Levavasseur au président du Directoire exécutif; une partie même de celui de l'an V leur est due. (F 63008.) »
<c Citoyen Ministre, écrivent les professeurs de l'école centrale de Loir-et-Cher (le 14 brumaire an VI), le besoin et la détresse nous forcent de vous importuner d'une nouvelle pétition. (F 63011.) »
« Citoyen Ministre, écrivent, le 1" nivôse an VIII, les professeurs de l'école centrale du Finistère, nous réclamons de vous un acte de justice. Depuis trois mois nous n'avons rien touché de notre traitement et on nous fait craindre de plus longs retards. (F 63010.) »
ce Citoyen Ministre, écrivent à Chaptal les professeurs de l'école centrale du Gers, on nous doit trois trimestres arriérés. (F 63010.) »
<c Depuis vingt et un mois, écrivent ceux de la Gironde, nous n'avons rien touché de notre traitement. (F 63010.) »
Parfois l'ironie se mêle à la plainte.
« Nous finirons cette lettre, citoyen Ministre, écrivent les professeurs de l'École centrale des Bouches du Rhône, en vous félicitant de faire beaucoup pour l'instruction publique, et en vous priant de faire quelque chose pour les
professeurs des écoles centrales qui meurent de faim au milieu des utiles projets que vous formez pour Taméliotion de l'espèce humaine. Veuillez bien, citoyen Ministre, méditer la réponse d'Anaxagore à Périclès ; à la vérité, il s'en faut beaucoup que nous soyons des Anaxagores et vous valez bien Périclès; mais s'il est doux et agréable de mourir pour son pays, il ne Test pas également de mourir de faim lorsqu'on travaille pour le public, et qu'on ne peut donner une autre direction à ses moyens et à sa volonté. (F 63010.) »
Telle est, d'après les papiers du temps, l'exacte vérité sur la condition du corps enseignant dans les écoles centrales. La couleur en est, on le voit, assez sombre, et Ton comprend mieux, devant une telle incurie, les diflicultés que les écoles centrales eureQt à recruter leur personnel, et <c la disette de sujets capables» dont il est question, à tout moment, dans la correspondance des jurys d'instruction. Quelle que fût l'indulgence de ces jurys, quelques efforts qu'ils Gssent pour attirer les candidats, la matière manque, et nous les voyons presque partout obligés de s'adresser au gouvernement :
a Notre département est dans une pénurie presque absolue de sujets, écrit le jury de la Charente. A peine y trouvons-nous un professeur de mathématiques. Nous vous demandons de nous aider en cette circonstance. » ( 15 thermidor an IV). (F "3012.)
ce Le jury d'instruction d'Alençon n'a pas encore nommé les professeurs de l'école centrale, écrit, le 15 vendémiaire an V, le commissaire du Directoire excutif ; aucun sujet ne s'est présenté. (F "63012.) »
Et ainsi de tous : partout les professeurs manquent, partout le corps enseignant souffre et se plaint. Le Directoire a beau rappeler les administrations départementales à l'observation de leurs devoirs ; il ne réussit pas même à obtenir d'elles l'envoi régulier des états des sommes à payer.
témoin cette circulaire adressée, vers la fin de Tan YI, par le ministre de l'intérieur, aux administrations départementales :
« Citoyens :
Nous touchons à la fm de Tan YI et presque rien n'est encore fait pour assurer aux professeurs des écoles centrales et aux instituteurs des écoles primaires, le salaire modique des travaux de l'enseignement depuis le P' germinal. L'instruction publique est une dette si sacrée que le retard de son paiement parait inexcusable...
Je ne peux voir qu'avec regret l'espèce d'abandon où languissent depuis six mois les instituteurs publics.
L'administration vous avait demandé l'envoi des états des sommes à payer par acompte aux professeurs des écoles centrales, et du complément a eux dû de leurs traitement pour Tan V et Tan VI.
Le résultat de la correspondance ne me présente les états de Tan Y que pour un très petit nombre de départements, et ceux de l'an YI que pour trente-quatre départements seulement. Cette inexactitude a empêché jusqu'à ce jour reflet de la loi. Elle a autorisé les réclamations et les plaintes des professeurs.
Il est triste de penser que presque toutes les mesures et les vues de l'administration générale sont entravées à chaque instant par le défaut des renseignements et des réponses qu'elle a droit d'attendre devons. (F 63007.) »
C'est de ce ton mélancolique et découragé qu'écrivaient les ministres du Directoire aux administrations, départementales. On comprend que ces dernières en aient pris à leur aise avec un gouvernement qui ne savait pas donner une forme plus énergique à l'expression de sa volonté, et qui n'avait d'ailleurs aucun moyen de l'imposer.
La loi du 3 brumaire avait divisé renseignement des écoles centrales en trois sçctions comprenant:
La première, un cours de dessin, un cours d'histoire naturelle, un cours do langues anciennes et, « lorsque les administrations départementales le jugeraient convenable et qu'elles en auraient obtenu Tautorisation du corps législatif',» un cours de langues vivantes;
La seconde, un cours de mathématiques élémentaires, et un cours de physique et de chimie expérimentales ;
La troisième, un cours de grammaire générale, un cours de belles-lettres, un cours d'histoire et un cours de législation ;
Soit, en tout, neuf cours au lieu des quatorze que la loi du 7 ventôse avait établis.
La durée normale de ces cours était de six années; car on n'était pas admis dans la première section avant Tàge de douze ans, dans la seconde avant quatorze et dans la troisième avant seize ans révolus.
Telles étaient les grandes lignes du plan « géométral » adopté par la Convention après quatre années de tâtonnements. Que valait ce plan d'études? Quels progrès consacraitil? Quels en étaient, d'autre part, les lacunes et les vices?
Une chose frappe tout d'abord dans cette nouvelle organisation de ce que nous appelons aujourd'hui renseignement secondaire, c'est l'importance accordée par le législateur à certaines branches d'études. Au seuil de Tédifice, — encore un mot de Lakanal — apparaît le dessin, le dessin qui « n'avait été considéré jusque-là que relativement à la
1. Le Corps législatif ajourna toutes les demandes qui lui furent présentées i ce sujet.
peinture, mais qui, sous le rapport du perfectionnement des sens, accoutume les yeux à saisir fortement les traits de la nature et est pour ainsi dire la géométrie des yeux comme la musique est celle de l'oreille*. » On retrouve ici très manifestement l'influence de Condillac et de l'école sensualiste. En effet, si les idées viennent des sens, il s'ensuit que les études doivent commencer par la connaissance et la reproduction des objets sensibles. Si la vue d'un chêne éveille en nous l'idée de force, la vue d'une hirondelle celle de vitesse et de légèreté, quel meilleur exercice pour des enfants que de leur donner à copier des hirondelles et des chênes? Quoi de mieux, non seulement pour leur faire l'éducation de l'œil ou de la main, mais encore et surtout pour les mettre en état d'exercer leur jugement? Il ne s'agit plus seulement ici de leur enseigner un art ou de leur apprendre un métier comme dans YÈmile. Tout autre et bien autrement philosophique est la pédagogie de Lakanal et de Daunou. Les législateurs de l'an IV avaient la prétention de bâtir sur des fondements entièrement nouveaux et suivant la méthode rationnelle, celle qui commence par le commencement. C'est pourquoi ils placèrent le dessin dans la première section, et c'est aussi pourquoi ils lui firent une si large place.
L'idée n'était pas sans mérite. Une autre innovation d'une portée plus générale et plus haute, celle-là, fut l'introduction des sciences mathématiques, physiques et naturelles dans les matières d'enseignement. Dans les anciens collèges, dans ceux des Jésuites et des Oratoriens, aussi bien que dans ceux de l'Université* les études scientifiques se bornaient à quelques notions d'arithmétique et de géométrie. Le latin y régnait en maître, à l'exclusion des autres bran-