Lakanal, Jlapport sur les écoles centrales
2. Nous pourrions ajouter : et dans les fameuses petites écoles de Port- Royal. Voir, à ce sujet, le catalogue de la bibliothèque pédagogique dressé par Adry et reproduit par Sainte-Beuve.
ches de connaissances, et formait presque à lui seul tout le programme. La Convention comprit quMl fallait agrandir ce cadre déjà beaucoup trop étroit au dix-septième siècle et que le rapide développement des sciences au dix-huitième rendait presque ridicule. La chose nous parait toute simple aujourd'hui, elle était révolutionnaire au premier chef en 1794. Sans doute il y avait déjà longtemps qu'une réforme générale des programmes d'enseignement était attendue. Sans compter les écrits des philosophes et les mémoires des parlementaires, les cahiers des États généraux avaient préparé le terrain. Le mal était connu, défini, le remède indiqué. Mais où la difficulté commençait, c'était dans l'application. Il faut toujours un certain courage pour rompre avec des traditions et des préjugés invétérés. En matière d'éducation surtout, l'empire de l'habitude est singulièrement puissant; on ne s'y soustrait que par un violent effort de raison dont bien peu d'hommes et surtout, bien peu de réunions d'hommes, sont capables. Considérez ce qu'il afallu de temps et d'énergie pour arracher de nos jours au« pouvoirs publics certaines réfor.mes scolaires qui répondaient cependant à d'impérieux besoins. Nous ne sommes pas encore aujourd'hui, sous plus d'un rapport, beaucoup plus avancés en pédagogie qu'il y a cent cinquante ou deux cents ans. Ouvrez le Ratio studioi-um des Jésuites et vous y trouverez à chaque instant, suivant un mot piquant de M. Bréœl, de vieilles connaissances. On peut juger par là des difficultés que les auteurs de la loi du 3 brumaire eurent à vaincre, pour imposer un plan d'études fondé sur le principe de l'égalité des sciences et des lettres. De toutes les «conquêtes de 1789», celle-là, certes n'était pas la plus facile à faire passer dans la loi. En revanche, et fort heureusement, ce fut aussi Tune de celles qui passèrent le plus facilement de la loi dans les mœurs. Car si les écoles centrales ont succombé, ce qu'il y avait de légitime et de fécond dans l'esprit de leur institution leur a survécu. Quand elles
disparurent, en 1802, la cause des sciences était gagnée et leur place marquée dans la nouvelle organisation des études. Mais il ne suffisait pas d'établir en principe l'égalité des deux enseignements littéraire et scientifique; il fallait disposer les nouveaux cours dans un ordre proportionnel et logique, afin qu'ils formassent un tout harmonieux et complet. Sous ce rapport, la Convention, ou plutôt son Comité d'instruction publique, fut moins heureusement inspirée. Et tout d'abord, ce fut une faute grave que de substituer aux anciennes classes des collèges, des cours indépendants les uns des autres et facultatifs. Qu'il n'y ait pas une connexité rigoureuse entre les divers exercices d'une faculté, qu'on laisse des jeunes gens qui ont déjà fait choix d'une carrière ou d'une direction se cantonner dans telle ou telle branche d'études, on le comprend. Le système a des inconvénients qui frappent tous les yeux etqui ontélébien souventsignalés, de nos jours même, comme une des causes de l'affaiblissement deshautesétudes; néanmoinsil offre enméme temps certains avantages. Mais qu'on permette à des écoliers de douze, de quatorze voire même de seize ans, de se spécialiser, voilà qui ne s'explique guère. Les auteurs de la loi du 3 brumaire étaient des libéraux sincères ; on peut douter qu'ils fussent d'habiles pédagogues, en les voyant méconnaître à ce point les plus simples règles d'une bonne éducation. Dans leur respect exagéré de la personnalité, humaine, égarés par une de ces généreuses utopies qu'ils tenaient de la philosophie du dix-huitième siècle, il crurent possible de faire du libre arbitre de l'enfant une des bases de leur systènje; ils ne s'aperçurent pas que leur invention de cours facultatifs n'était qu'une prime d'encouragement offerte à la négligence des parents, comme à la paresse des écoliers. Se figure-t-on le désordre et Tindiscipline qui devaient régner dans des écoles où pas une matière n'était obligatoire; où chaque élève avait le droit de choisir et par conséquent de discuter ses professeurs ; où, dans la
même section, tel cours «pouvait compter jusqu'à cent cinquante inscriptions, quand tel autre en réunissait à peine une douzaine! Un tel abus ne pouvait évidemment qu*engendrer l'anarchie dans les études et porter un coup funeste à la discipline.
Une seule chose aurait pu la sauvegarder : c'eût été l'établissement, auprès de chaque école, d'un ou plusieurs pensionnats offrant aux parents les ressources et la sécurité qu^ils trouvaient naguère dans les collèges. Malheureusement, la loi du 3 brumaire était resté emuette en ce point: elle n'avait pas disposé, comme on l'a dit par erreur, «qu'à chaque école fût attaché un pensionnatoù l'éducation proprement dite des élèves pût être efficacement surveillée ^ » Le Directoire essaya de combler cette lacune; il échoua presque partout. Dans beaucoup de départements, à la vérité, des pensionnats s ouvrirent ; mais au lieu d'être un appui pour les écoles centrales, ces établissements entrèrent aussitôt en lutte avec elles et leur firent une redoutable concurrence ; très peu consentirent à partager leur fortune*. Ce fut un grand malheur pour les écoles centrales : elles avaient de nombreux et puissants ennemis qui ne manquèrent pas d'exploiter une organisation où « la partie morale deTéducation était complètement négligée.» Ce régime aurait pu convenir à « des jeunes gens déjà plus avancés en âge; il était dangereux et impossible avec des enfants qui commençaient leurs études'.»
1. Guizot, Suai surVhistoire et sur Véiat actuel de Vinstruction publique en France,
3. Voir, à ca sujet, aux Archives (F. 63009), une très curieuse lettre des professeurs de l'École centrale d'Eure-et-Loir. Idem sur le même sujet, F. 17» 2997, la réponse des professeurs de TEcole cenirale de Seine-et-Oise, à la circulaire du 20 florôal : « L'École centrale, lit-on dans cette pièce, ne connaît encore aucun pensionnat qui veuille correspondre avec elle. »