Guizot. Essai sur Vhistoire
Citait aussi l'avis de beaucoup de professeurs. Ceux de Chftteauroux entre autres écrivent, à la date du 6 vendémiaire an VI : « Nous vous obser-
Si du moins ces défauts avaient été rachetés par une sage et judicieuse ordonnance des matières d'enseignement. Malheureusement, ici comme en beaucoup d'autres matières, le législateur avait su poser les principes : il ignora Tart de les appliquer avec mesure et discernement. Certes, c'était un grand progrès que d'admettre les sciences au partage de Tempire exclusif auparavant exercé par les lettres; mais encore y fallait-il un peu de prudence et le sentiment des proportions nécessaires. La Convention n'eut pas ce sentiment. Elle crut faire bonne mesure aux lettres. Lakanal, le rapporteur du premier projet de décret sur les écoles centrales, eut même soin d introduire dans son rapport une éloquente réfutation du fameux sophisme de Jean-Jacques sur la corruption des peuples cultivés*. Toutefois, il s'en fallut bien que la réalité répondit à ces belles prémisses. L'apologie de Lakanal n'était qu'une précaution oratoire, un artifice delangage. En fait, son projet^ dont
veroDs encore, citoyen ministre, que les écoles centrales ne peuvent se monter qu'autant qu'il s'établira dans chacune un pensionnat. Les parents éloignés ne pourront se déterminer à y envoyer leurs enfants que lorsqu'ils sauront qu'ils seront surveillés par les proressejrs. C'est pourquoi le collège de Pontlevoy, où Ton n'enseigne vraisemblablement pas les principes républicains, est peuplé de plus de deux cents pensionnaires. »
1. i Nous avons, depuis longtemps, négligé les belles-lettres, et quelques esprits qui veulent passer pour profonds, regardent cette étude comme futile. S'ils avaient observé la marche do l'esprit humain, ils auraient vu toujours les belles-lettres s'élever comme l'aurore des sciences. Ce sont elles qui ouvrent l'esprit au jour de la raison et le cœur à l'impression du sentiment : elles substituent la moralité à l'instinct, elles policent les peuples, eUes exercent leur jugement, elles les rendent plus sensibles et en même temps plus dociles aux lois, plus capables de grandes vertus. Chez les peuples anciens qui ont marqué dans l'histoire, les lettres ont tenu lieu de toutes les sciences ; ils n'avaient presque aucune vraie connaissance, mais ils étaient lettrés : ils avaient des poètes, des orateurs, des écrivains moraux, et ils ont été grands aux yeux de l'univers.
« L'illustre philosophe de Genève, voyant dans la corruption les peuples éclairés, conclut que les lettres les avaient corrompus; il aurait dû dire qu'ils l'avaient été, non par les lettres, mais malgré les lettres, qui, dans cet état de décadence, modifiaient encore l'action du vice et rallumaient de temps en temps dans les Ames le flambeau de l'honneur.... »
toutes les grandes lignes furent conservées par Daunou, consacrait manifestement la subordination des lettres aux sciences. Dans Tancienne organisation des études, les cours de grammaire et de belles-lettres duraient huit ans, sans interruption. On entrait au collège à onze ou douze ans ; on en sortait comme encore aujourd'hui à dix-huit ou dixneuf ans, après avoir fait de véritables classes. La Convention ne se contenta pas de substituer des cours aux anciennes classes, ce qui modifiait déjà du tout au tout le caractère de l'enseignement, elle crut pouvoir diminuer de moitié la durée des études littéraires et, ce qui était plus grave encore, placer un intervalle de deux années entre les études littéraires du premier et celles du second degré, c'esrt-à-dire entre les langues anciennes et les belleslettres. Aux termes de la loi du 3 brumaire an IV, la première et la troisième section seulement contenaient des matières littéraires; la seconde était entièrement consacrée aux sciences. En sorte qu'après avoir appris de douze à quatorze ans la syntaxe et la méthode avec l'histoire naturelle et le dessin, les élèves des écoles centrales se mettaient aux mathématiques et à la chimie pendant un même laps de temps, pour ne reprendre le cours de belles-lettres qu'à seize ans. On se figure aisément combien cette interruption dut être fatale aux humanités. Véritable bifurcation, bien autrement radicale que celle que nous avons vue fonctionner de nos jours, elle fut cause en grande partie de la désertion* des divers cours de belles-lettres, et de rabaissement du niveau même de renseignement. En effet, de deux choses Tune : ou les jeunes gens qui sortaient de la seconde section la tête pleine de mathématiques, mais ayant oublié le peu de grec et de latin qu'on leur avait appris dans la première, renonçaient à faire leurs humanités ; ou bien ils passaient outre^ et alors il arrivait