Réflexioni morales du père Quesnel
« d'une probité romaine. » Bref, il voulait un enseignement religieux très fortement organisé auquel tous les professeurs devaient concourir, indépendamment de l'aumônier, en faisant expliquer à leurs élèves les maximes tirées de l'Écriture Sainte. « L'Université, disait-il, consent que l'on tire des auteurs païens la délicatesse des expressions et des pensées; ce sont de précieux vases qu'on a le droit d'enlever aux Égyptiens; mais elle craindrait que, dans ces coupes empoisonnées, on ne présentât aux jeunes gens le vin de Terreur, si, parmi tant de voix profanes dont retentissent continuellement les écoles, celle de Jésus-Christ, l'unique maître des hommes, ne s'y faisait entendre. Elle regarde la lecture de l'Écriture Sainte comme un préservatif salutaire et comme un remède efficace pour prévenir et fortifier les jeunes gens, au sortir des études, contre les fausses maximes d'un siècle corrompu et contre la contagion des mauvais exemples. »
De Rollin à Rousseau l'écart est grand ; rien ne ressemble moins que YEmile à la sombre et chagrine morale de Port-Royal. Rousseau ne croit pas à la. corruption native de l'homme ; il croit au contraire à son innocence originelle, et c'est sur elle qu'il fonde tout son système. Cependant, il se rapproche de Rollin par ses tendances spirituaUstes et son déisme ardent. Emile n'apprendra pas le catéchisme ; on ne lui parlera même pas de Dieu ni de religion avant seize ou dix-huit ans ; on attendra que « son entendement puisse le concevoir. » Mais c'est dans l'intérêt même de la foi que Rousseau retarde ainsi le moment où son élève, placé face à face avec l'idée de Dieu, pourra la saisir, sans le secours de son imagination, par la seule force de son esprit.
Condillac n'attachait pas moins d'importance à l'enseignement religieux: le Catéchisme de l'abbé Fleury, l'^lbrégé de F Ancien et du Nouveau Testamsnt et le Petit Carême de Massillan figurent dans le Cours d'études^ au nombre
des livres où le jeune prince de Parme devra se fami* liariser avec le dogme et l'esprit chrétiens ^ Ce n'est pas qu'il veuille faire de son élève un dévot « occupé de petites pratiques » ; tout au contraire, il a soin de le mettre en garde contre le danger ce de vivre dans une cour comme dans un cloître, » entouré de moines et de prêtres, ayant quitté, les uns leurs cellules, les autres le service des autels. » Seulement, il estimait qu'un prince doit être pieux, d'une piété éclairée^ afin de protéger l'Église tout en sachant au besoin lui résister.
Enfin il n'est pas jusqu'à Diderot qui ne fasse une part à la religion dans son Plan cTuniversité russe. Que dis-je, il la place au seuil même de son cours d*études, à côté des mathématiques et au nombre des connaissances les plus utiles à l'homme. Tant il est vrai que les esprits les plus aventureux étaient encore éloignés de la conception d'un enseignement exclusivement laïque, comme on dirait aujourd'hui. Diderot n'aimait pas les prêtres assurément ; il en voulait <c le moins possible, » et Tun de ses griefs contre l'Université, c'était qu'elle en produisait beaucoup trop. Cependant, il n'allait pas, dans sa haine du gothique, jusqu'à la proscription de l'idée et du nom même de Dieu.
La Révolution fut plus hardie: sans déclarer positivement la guerre à Dieu, elle le bannit des écoles, et en remplaça le culte par celui de la Constitution. C'était substituer une base bien fragile et bien étroite à des fondements éprouvés. L'Evangile avait au moins pour lui sa longue possession d'état ; le nouveau Credo manquait au contraire du prestige qui s'attache aux vieilles choses. 11 était encore trop frais émoulu et, partant, controversé; il n'imposait pas. De là le peu de succès du cours de législation. Le Directoire eut beau faire, il ne parvint jamais à triompher de l'opposition que rencontra dès le début cet en-