Arch. nat., F
3. Cette lettre avait été motivée par un rapport du Conseil d'instruction publique ainsi conçu : « L'ouvrage du citoyen Baradère est important et étendu; cependant, il parait donner lieu aux critiques suivantes : l* 0nn*y trouve pas cette précision dans les expressions et cette exactitude rigoureuse dans les analyses qui ont toujours été trop rares dans les ouvrages de métaphysique et que Ton doit enfin commencer à enseigner.
« 2* Ses obligations sont toujours fondées sur cette perpétuelle distinction de rftme et du corps qui est au moins une obligation sans preuve* Il y a plus, on prétend démontrer, à Texemple de Condillac, et presque dans les mêmes termes, Tlncompatibilité de la pensée et de l'étendue dans la même substance. On affirme de môme Timmortalité de Tftme et une vie à venir et l'existence d'un Dieu. On fait ce Dieu intelligent à notre manière. On explique toutes ses qualités, la Providence, la création.... et, qui pis est, on
Ainsi ce n'était pas seulement le dogme qu'on proscrivait; l'atliéisme officiel s'en prenait encore aux idées qui forment le fonds commun de la philosophie spiritualiste et des religions. Singulière aberration de la part d'un gouvernement et qui n'était pas faite, à coup sûr, pour donner beaucoup de vogue aux écoles centrales. Déjà suspectes par leur origine, elles auraient eu besoin de rassurer l'opinion publique par des tendances et une tenue irréprochables. L'étiquette matérialiste acheva de les discréditer.
« Nous nous sommes dit : liberté de l'éducation domestique, liberté des établissements particuliers d'instruction. Nous avons ajouté : liberté des méthodes instructives; car dans Tart de cultiver les facultés de Thomme il existe un nombre presque infini de détails secrets qui sont inaccessibles à la loi, non seulement parce que dans leur extrême délicatesse ils n'ont point encore, si l'on peut ainsi parler, d'expression dans Tidiome du législateur, non seulement parce que, à l'égard de ces détails, la fidélité ou la négligence des maîtres serait toujours trop peu apparente et qu'il n'est pas bon que la loi prescrive ce dont l'exécution ne pourra pas être surveillée, mais surtout parce qu'il ne faut point consacrer et déterminer par des décrets, des procédés qui, entre les mains de fonctionnaires habiles, peuvent s'améliorer par l'expérience de chaque jour. »
C'est en ces termes que Daunou, dans son rapport à la
8*emporte contra les soi-disant athées et on fonde la morale sur ces belles notions... » (Arch. nat., F. 171141.)
GoDventioDi avait marqué le but de la nouvelle pédagogie, et tels étaient les principes, les vues qui avaient présidé, dans le comité d'instruction publique, à l'élaboration du projet de loi sur les écoles centrales. Ainsi, non content de substituer des cours aux anciennes classes des collèges, on n'avait pas craint de donner aux professeurs une entière liberté. Après Témancipation de lélève, celle du maître. Point de programmes; les convenances ou le caprice de chacun tiendront lieu de toute règle. Chacun dis* posera son cours comme il l'entendra et chacun enseignera ce qu'il voudra. Point de contrôle efficace, ni de surveillance* autre que celle des jurys d'instruction, qui ne pouvait ëtr^ qu'illusoire; aucune direction, aucune relation même du corps enseignant avec l'administration centrale. Chaque école est une petite république dans la grande, s'administrant et se gouvernant soi-même et laissant à chacun de ses membres une indépendance absolue. Les administrations départementales elles-mêmes n'interviendront pas dans l'enseignement, si ce n'est en cas de désordre grave, et pour frapper de destitution un professeur.
L'audace était grande, et c'était s'exposer à de singuliers mécomptes que de livrer ainsi la direction de renseignement aux professeurs eux-mêmes. Un tel abandon n'eût pas laissé d'être imprudent, même en face d'un système éprouvé et vis-à-vis d'un corps ayant sa doctrine et ses traditions ; il était rempli de périls et ne pouvait amener que &e mau-
] . Voir, à ce sujet, à l'appendice, la minute d'un très curieux rapport présenté au Directoire exécutif par le ministre de l'intérieur le 29 pluyiôse an VI , et qui porte en marge : ajourné. Ce rapport conclut à la nécessité de surveiller l'instruction publique au moyen « d'agents probes et éclairés, chargés d'inspecter les écoles, de correspondre avec le gouyemement, de lui faire connaître les abus qui pourraient exister et les moyens de les détruire. > Le Directoire ne donna malheureusement pas suite à cette idée, Tune des plus pratiques qui se soient fait jour au ministère de l'inlérieur à cette époque ; un des premiers soins de Bonaparte sera de la reprendre.
vais résultats, étant données la nouvelle organisation des études et Tinsuffisance notoire d'un personnel recruté sans aucune règle. Toute institution qui commence a besoin d'être maintenue, sous peine de tomber dans le désordre. Les écoles centrales n'échappèrent pas à cette fatalité. La Convention avait cru leur faire un magnifique présent en leur accordant une autonomie complète; en réalité, c'était les vouer à l'incohérence.
En effet, ce qui frappe tout d'abord dans les documents de l'époque, quelle qu'en soit l'origine, c'est l'ensemble avec lequel ils s'accordent à déplorer « le défaut de rapport et de liaison » entre les divers cours des écoles centrales. Chacun pour soi et chacun chez soi, telle semble être la devise adoptée par la grande majorité des professeurs. Personne ne s'inquiète du voisin et ne cherche à lui venir en aide. Aucune vue d ensemble, aucun concert, aucun ordre d'études arrêté en commun. « Chaque cours est isolé, dit un rapports comme une école spéciale où l'on pourrait arriver de prime-abord et sans avoir passé par aucune école particulière. » Ainsi le professeur de langues anciennes ignore le professeur de belles-lettres et réciproquement. Tel fait durer son cours un an, tel autre deux, un troisième six mois. Celui-ci donne seize leçons par décade, celui-là cinq, cet autre huit*. Ici Ton explique Virgile à des commençants; ailleurs on fait lire Phèdre à des jeunes gens de seize ans'. Certains professeurs de langues