‹ L'instruction publique et la RévolutionChapitre 47 sur 110 · Arch.nat., F · texte numérisé non relu

Arch.nat., F

2. Ces cours ne duraient an général qu*une heure, et chaque professeur n'en faisait qu'un par jour. Cela du moins semble résulter d'un règlement de police arrêté par le Comité d'instruction publique de la Convention, après le vote de la loi du 7 yentôse an III, et qui dut servir de modèle à beaucoup d'administrations départementales. L'article 7 de oe règlement (voir à l'appendice) était ainsi conçu :

« Chaque professeur donnera une leçon par jour; chaque leçon durera une heure. >

3. A l'École centrale de Ch&teaurouz, le professeur de langues anciennes

ancieDDes font marcher de front le grec et le latin ; d'autres, en plus grand nombre, s'adonnent exclusivement au latin. Souvent même il arrivait qu'un professeur empiétait sur le domaine de ses collègues. G*est ainsi qu'on peut lire dans un rapport adressé au ministre de l'intérieur par le comité de l'instruction publique (Arch. nat, F"114l) : « Le professeur d'histoire naturelle de Versailles divise ainsi son cours :

« En jetant un coup d'oeil sur le Grand Tout il présente à ses élèves des notions élémentaires sur la cosmographie. . . et cela appartient en propre à la physique.

Il descend ensuite à la contemplation de ce qu'il appelle la géologie, c'est-à-dire qu'il s attarde à mettre sous les yeux de ses auditeurs les recherches faites et les connaissances que l'on a sur la structure, sur l'origine et sur les rapports de tout ce qui existe dans ce monde. De ces notions générales il vient par degrés à l'étude de la composition des corps, c'est-à-dire à leur analyse et à la recherche des principes qui les constituent, et voilà qui appartient en propre à la chimie. »

Ajoutez à cela l'incertitude où sont beaucoup de ces pro^ fesseurs sur l'objet même de leurs cours, ceux d'histoire, de grammaire générale et de législation surtout. Là, chacun suit absolument sa fantaisie ; ce n'est plus seulement de la diversité, c'est une cacophonie criante, un bariolage étrange, c'est la confusion des langues. On ne diffère plus seulement de méthodes; on ne s'entend même plus sur

faisait expliquer dans la même année à ses élèyes les auteurs suivants (Arch. nat., F. 63011):

Commentaires de César.

Géorgiques.

De Âmicitia.

( Phèdre. 3- i Commenu.,

.lAppe„dixd.Dii.. trimestre.; Jf^P^-;

-. ,. L Catilinaires.

. 1 y, « ' ji,^ trimestre. ) Tite-Live.

(colloque. d'Érasme. f Ésope et Lucien.

les mots. Pour celui-ci le cours d'histoire n'est qu'un cours de géographie historique ; celui-là se borne à la chronologie; un autre, plus ambitieux, fera « l'histoire philosophique des peuples. »

Les professeurs de grammaire générale enseignent, les uns la grammaire française*, les autres l'idéologie; — quelques-uns, dit un rapport, donnent des leçons d'italien et d'anglais*; — ceux de législation enseignent tantôt la jurisprudence et le droit civil, tantôt le droit public et les principes généraux de la législation, tantôt la morale; presque tous s'étendent longuement sur la Constitution.

Veut-on à l'appui de ces affirmations quelques documents : nous citerons d^abord cet extrait d'un rapport, sans date ', adressé par les bureaux au ministère de l'intérieur. (Arch. nat, F 173001.)

« Les cours des écoles centrales, par les changements qu'ils ont éprouvés depuis un an, soit en bien, soit en mal, peuvent être considérés sous trois points de vue et partagés en trois classes :

1** Les cours qui ont été suivis avec un succès progressif ;

î? Les cours qui s^ont restés au même point ;

d"* Ceux qui ont été en dépérissant.

Les cours qui ont été suivis avec le plus de succès sont ceux de dessin, de mathématiques et d'histoire naturelle. On

1. L'un d'eux écrit qu'il a divisé son cours en grammaire élémentaire et grammaire générale, (^ch. nat., F^^1141.)

2. Rapport du Conseil d'instruction publique sur une lettre du citoyen Lagé. (Arch. nat.^ F. 17, 1141.) « Ce professeur, par une longue lettre du 15 vendémiaire de cette année, prouve que ni lui, ni le jury d'instruction dont il rapporte les observations, ni l'administration du département qui a adopté ces observations, no comprennent ce que c'est qu'un cours de grammaire générale. 11 ne fait guère que continuer l'enseignement du professeur de langues anciennes et de plus il donne des leçons d'italien et d'anglais. »

3. Voir à l'appendice le texte complet de ce rapport, qui doit être postérieur à la Constitution de l'an VIII, attendu qu'il y est question des préfets.

peut trouver la raison de ce mieux dans la certitude que doivent avoir plus que jamais les élèves qui se livrent à Fétude de ces sciences, de parvenir ainsi à une profession libre, à un état indépendant ou à la carrière du génie militaire par l'École polytechnique.

Les cours restés au même point sont ceux de belles-lettres, de langues anciennes et de physique et chimie. Les causes probables de ce défaut de progrès sont dans le mauvais choix d'un grand nombre de professeurs de langues anciennes et de belles-lettres, et le défaut d'instruments et de machines, dans les cours de physique et de chimie.

Les cours qui ont été en dépérissant sont ceux d'histoire, de grammaire générale et de législation.

Plusieurs causes y ont coopéré :

1*" Mauvais choix de quelques professeurs ;

2<> Incertitude d'un grand nombre sur l'objet de leurs cours.

En résumé : il existe deux causes fondamentales de la situation déplorable des écoles centrales :

l"" Le défaut d'ordre et de liaison dans les études qui y sont établies par la loi du 3 brumaire an IV ;

2" Le défaut d'instruction primaire, dans les élèves qui arrivent à ces écoles.

Tant que ces deux causes existeront, l'instruction publique ne peut prendre aucun essor. »

Dans un autre rapport adressé aux Consuls, et dont la minute existe également aux archives (F. 17 3001], mais qui est malheureusement aussi sans date et sans signature, je trouve ce qui suit :

a Dans tout ce qui tient à l'instruction publique, on res^ sent encore profondément les traces des erreurs révolution^ naires; on a cru qu'on fait des lois et qu'on change lesha-^ bitudes et les mœurs avec des règlements; on a rendu la loi du 3 brumaire, et cette loi a créé des écoles, mais elle n'a rien fait pour l'éducation, elle n'a préparé aucun moyen

d'instruction, elle n'a donné aucun guide, aucun modérateur, elle n'a assigné aux élèves aucun fruit à retirer de leurs travaux, aux parents aucun dédommagement de la dépense qu'ils font pour leurs enfants : Cette loi vicieuse dans presque toutes ses parties a produit l'effet qu'on devait en attendre, et le tableau que je vais vous tracer, citoyens consuls, extrait fidèlement de la correspondance des préfets et du compte rendu du conseil d'instruction publique, vous prouvera & quel degré de profondeur a pénétré le mal.

Ecoles centrales :

P Dessin, histoire naturelle et mathématiques. Ces trois cours sont les plus suivis ; ils l'ont toujours été; mais, depuis le !•' nivôse jusqu'aujourd'hui, le nombre des élèves s'est accru, soit parce que le goût de l'étude s'est développé avec la liberté, soit parce que la réquisition étant devenue moins sévère au moyen des remplacements, tous ceux qui ont eu quelque aptitude ont continué leurs travaux.

Dans les départements, le dessin est l'école des artisans; c'est là, il faut le dire, un des plus grands biens de la Révolution ; je ne doute pas que les arts mécaniques n'y gagnent.

Les mathématiques ont aussi plus d'élèves depuis le 1^^ nivôse. L'espoir d'arriver à l'École polytechnique et par là de s'affranchir de toute réquisition, et d'arriver ensuite à un état honorable et utile, est un stimulant pour les enfants et pour leurs parents. Ceci prouve combien il est nécessaire de donner un but à l'étude si l'on veut en assurer le succès.

Les cours de physique et de chimie sont moins fréquentés que les précédents et, daûs beaucoup d'endroits, les écoles manquent des choses nécessaires aux démonstrations ; il y a, jiVL reste, une grande infériorité entre ces professeurs et ceux de mathématiques.

En général, les professeurs de langues anciennes sont peu instruits. Il en est à peine un tiers qui puissent enseigner

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le grec, et il en est plusieurs qui n'écrivent que très imparfaitement Torthographe. On en peut dire autant des professeurs de belles-lettres.

La grammaire générale^ l'histoire et la législation n'ont jamais été beaucoup suivies parce qu ilest impossible de déterminer la matière de l'enseignement et d'en définir la forme. Aujourd'hui ces trois études sont tombées dans le plus absolu discrédit et les écoles sont tout à fait désertes. »

Un autre document^, qui est daté celui-là, et qui porte la signature des membres du conseil dlnstruction publique institués par le ministre de l'intérieur, François de Neufchâteau % nous a paru plus concluant encore, en ce qu'il émane d'une réunion d'hommes les plus compétents qui fussent alors. En voici quelques extraits :

MINISTÈRE DE l'iNTÉRIEUR

Conseil d'instritction pMique.

Extrait du procès-verbal de la séance du 16 pluviôse an Yill de la République française, composée des citoyens Lagrange^ Garât^ Palissot^ Ginguené, Domerguey Darcetj Lebreton^ Jacquemont et Tracy.

« Après avoir entendu la lecture de la correspondance, un membre a proposé de présenter au ministre le rapport suivant (qui a été adopté) :

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